Le Gorille (chanson)

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Le Gorille
Chanson de Georges Brassens
extrait de l'album La Mauvaise Réputation
Sortie 1952
Durée 3 min 16 s
Genre Chanson française
Auteur Georges Brassens
Compositeur Eugène Metehen
Label Polydor

Pistes de La Mauvaise Réputation

Le Gorille est une chanson de Georges Brassens incluse dans l'album La Mauvaise Réputation (1952). La musique a été composée par Georges Brassens, mais est créditée à Eugène Metehen[1].

Cette chanson s'appelait Gorille vendetta dans un premier temps[2].

Résumé[modifier | modifier le code]

Un groupe de femmes lorgnent d'un œil concupiscent l'anatomie d'un vigoureux gorille enfermé dans une cage. Tout à coup, la porte probablement mal fermée de la cage s'ouvre et l'animal s'échappe. Toutes les femmes s'enfuient, sauf une vieille dame (une « centenaire ») et un magistrat (« un jeune juge en bois brut »). L'auteur interroge alors ses auditeurs :

Supposez que l’un de vous puisse être,
Comme le singe, obligé de
Violer un juge ou une ancêtre,
Lequel choisirait-il des deux ?

La décision du gorille est sans appel : il choisit le juge, l'emmène dans un maquis et lui fait subir les pires outrages.

Le thème de l'opposition à la peine de mort[modifier | modifier le code]

La chanson critique la peine de mort, décrite comme une action brutale et cruelle[interprétation personnelle], à l'instar de la triste aventure subie par le juge :

Car le juge, au moment suprême,
Criait : « Maman ! », pleurait beaucoup,
Comme l’homme auquel, le jour même,
Il avait fait trancher le cou.

Interrogé sur ce point, Brassens déclara : « Là, j’ai voulu raconter une histoire pour m’amuser. Mais à la fin de cette histoire un peu burlesque une sorte de morale est venue. En prime, je n’y avais pas pensé »[3].

Diffusion sur les ondes[modifier | modifier le code]

La chanson fut interdite sur les radios françaises et sur Radio Luxembourg. Il faudra attendre la création de la station Europe 1, en 1955, pour qu'elle soit diffusée sur les ondes.

Par ailleurs, Brassens s'est censuré[réf. nécessaire] en élaguant sa dernière strophe :

Nous terminerons cette histoire
Par un conseil aux chats-fourrés
Redoutant l’attaque notoire
Qu’un d’eux subit dans des fourrés :
Quand un singe fauteur d'opprob’e
Hante les rues de leur quartier
Ils n’ont qu’à retirer la robe
Ou mieux à changer de métier.

Reprises[modifier | modifier le code]

Le Gorille a été plusieurs fois interprété en langue étrangère ; parmi les traductions les plus notables, il y a :

  • Il gorilla, de Fabrizio De André (album de 1968 : Volume III) ;
  • Brother Gorilla, de Jake Thackray (album de 1972 : Bantam Cock) ;
  • Vorsicht Gorilla, de Franz Josef Degenhardt (albums de 1986 — Junge Paare auf Bänken — et de 1999 — Vorsicht Gorilla —) ; ce texte allemand, profondément remanié, critique les missiles Pershing II installés à Heilbronn, dont la présence ne fut rendue publique qu'après la mort accidentelle de trois soldats, en janvier 1985, durant une opération de maintenance[4].
  • Macahu (en français : Conte), de Oulahlou (album de 2005 : Azul al Paris) ; dans ce texte le gorille est remplacé par un âne, la vieille dame par une jeune fille et le juge par un gendarme. C'est une critique vis-à-vis du rôle qu'a joué la gendarmerie algérienne lors du Printemps noir en Kabylie.

En 1996, Renaud reprend la chanson dans son album Renaud chante Brassens.

Maxime Le Forestier a fréquemment repris le titre dans plusieurs albums en hommage à Georges Brassens : Le Cahier (40 chansons de Brassens en public), Le Cahier (84 chansons de Brassens en public), Le Cahier récré (17 chansons de Brassens à l'usage des garnements), Le Forestier Chante Brassens : 1er cahier et Le Forestier chante Brassens (intégrale).

En 2006, JoeyStarr revisite Le Gorille pour écrire Gare au Jaguarr[5], en empruntant quelques vers à Brassens et en remplaçant la vieille dame par une hôtesse de l'air. Le , l'album est retiré du commerce : le chanteur de rap n'aurait pas eu l'autorisation d'emprunter des paroles ou de s'inspirer de la chanson de Brassens ; par ailleurs, ses démêlés avec une hôtesse de l'air avaient défrayé la chronique et leur évocation pourrait aussi avoir causé ce retrait. L'album Gare au Jaguarr ressort dans le commerce en conservant son titre, mais sans la chanson incriminée[6].

Quelques compilations reprennent Le Gorille, comme par exemple Chantons Brassens ou Ils chantent Brassens.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. À l'époque, Georges Brassens n'était pas sociétaire de l'organisme chargé du respect des droits d'auteur ; Eugène Metehen servit donc de prête-nom pour déposer cette chanson à la Sacem et apparait officiellement comme compositeur du titre (Sacem, réf ISWC : T-003.136.083.4).
  2. Georges Brassens, Œuvres complètes, Paris, Le Cherche midi, , 1584 p. (ISBN 978-2-7491-0834-6, notice BnF no FRBNF40997402), p. 35
  3. André Sève et Georges Brassens, André Sève interroge Brassens : toute une vie pour la chanson, Paris, Le Centurion, coll. « Les interviews », , 145 p. (ISBN 2-227-32003-6 et 978-2227320031, notice BnF no FRBNF34554807), p. 48
  4. (de) Erwin Brunner, « Raketen-Unfall : Die Angst vor dem nächsten Knall », sur Die Zeit, (consulté le 25 octobre 2014) : « Drei GIs kamen in dem Flammen-Inferno ums Leben, sechzehn weitere erlitten zum Teil schwere Brandverletzungen. »
  5. Allusion à la version de Brassens, où chaque couplet se termine par le court refrain « Gare au gorille », chantonné « Gare au gori-i-i-i-lle ».
  6. CD Gare au Jaguarr, Jive Epic/Sony BMG, 2006.

Voir aussi[modifier | modifier le code]