Ballade des dames du temps jadis

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La Ballade des dames du temps jadis est une œuvre de François Villon. Partie centrale de son recueil Le Testament (connu aussi comme Le Grand Testament), elle précède La Ballade des seigneurs du temps jadis et La Ballade en vieil langage Françoys, avec lesquelles elle forme un triptyque. Comme pour les autres pièces du Testament, le titre provient de l'édition de Clément Marot. Villon n'en a pas proposé, comme l'attestent les premières éditions de son œuvre.

Cette petite ballade en octosyllabes (trois huitains et un envoi) constitue l'un des poèmes les plus célèbres de François Villon. Empreinte d'un lyrisme qui exploite les thèmes traditionnels de l'ubi sunt (Où sont ceux qui furent avant nous ?) et de la fuite du temps, elle évoque la destinée humaine avec une mélancolie que scande le célèbre mais quelque peu énigmatique refrain « Mais où sont les neiges d'antan ? ».

En 1953, Georges Brassens a mis ce texte en musique.

Contexte[modifier | modifier le code]

La Ballade des dames du temps jadis forme, avec les deux ballades qui la suivent (Ballade des seigneurs du temps jadis et Ballade en vieil langage français), un triptyque illustrant le thème universelle de la mort.

Villon l'amorce dans la strophe XXXV du Testament quand, après avoir évoqué sa jeunesse perdue et le passage du temps qui le conduit à l'entrée de vieillesse (Mes jours s'en sont allés errant), il cite la mort qui tout assouvit[1]. Il reprend le thème judéo-chrétien de l'ubi sunt, qu'on trouve chez le prophète Isaïe, dans le livre de Baruch (Ubi sunt principes gentium) et dans les épîtres de saint Paul (Ubi conquisitor hujus saeculi - Corinthiens I, 19-20). C'est un topos de la littérature médiévale[2]. Le vers 225 est explicite : « Où sont les gracieux galants/ Que je suivaie au temps jadis ? ». Villon dépasse sa condition d'homme de pauvre et petite extrace et l'étend aux thèmes du commun trépas cher à Malherbe et du destin mortel des puissants, tel le grand argentier Jacques Cœur, qui pourrit sous riche tombeau (vers 288). La strophe XXXIX exprime sans ambage cette règle à laquelle nul n'échappe : Je congnois que pauvres et riches /.../ Mort saisit sans exception.

Ce lieu commun médiéval se nourrit d'une culture chrétienne qu'illustrent les danses macabres contemporaines. Mais les vers 325-328 introduisent un thème particulier : celui de la fatale décomposition du corps féminin qui tant est tendre/ Poly, suef, et si precieux[3]. La conjonction de ces deux thèmes majeurs de la poésie lyrique médiévale - la mort et le gracieux corps féminin[4] - atteint son point d'orgue dans la Ballade des dames du temps jadis.

La Ballade des seigneurs du temps jadis offre un titre moins approprié. À l'exception de Charlemagne, les seigneurs qu'elle énumère, tous contemporains de Villon, sont morts pour la plupart dans les années 1450 - tel le pape Calixte III, décédé en 1458. Le plus récent est le roi Charles VII, mort en 1461, ce qui permet de dater le poème. Les plus anciens sont cités dans l'envoi : Dugesclin, mort en 1380 ; le duc Jean Ier d'Alençon, tombé à Azincourt en 1415 ; le Dauphin d'Auvergne, décédé en 1426.

La Ballade en vieil langage français qui lui succède est célèbre pour son refrain Autant en emporte le vent. Attestée dans des textes antérieurs (comme le Livre du Chevalier de la Tour Landry pour l'enseignement de ses filles, de la fin du XIVe siècle), l'expression est alors d'usage courant[5]. Villon reprend le thème universel de la mort qui emporte indifféremment tous les êtres humains, quel que soit leur statut social, du pape ou de l'empereur au plus humble serviteur : Princes a mort sont destinez,/ Et tous autres qui sont vivans.

Ces strophes du Testament égrènent encore des formules comme : Ce monde n'est perpétuel, /…/ Tous sommes sous mortel coutel (vers 421-423), qui confirment que la mort est bien le thème central de l’œuvre. Mais aux vers 419-420, Villon expose une philosophie personnelle, qu'il résume par la formule amusée Mais que j'aie fait mes étrennes (= si j'ai pu en profiter),/ Honnête mort ne me déplaît. Y font écho les Regrets de la Belle Heaumière qui, devenue vieille, songe avec nostalgie au bon temps de sa jeunesse (vers 325). Toutefois, cette invitation à profiter de la vie selon le précepte Carpe diem n'ignore pas l'amertume des chagrins d'amour : Pour un plaisir mille douleurs (vers 624) ou Ainsi m'ont amours abusé (vers 704).

Éclairage[modifier | modifier le code]

Écrit, comme le Testament, vers 1460-1461, le poème présente les traits de la langue mouvante du XVe siècle. Le lexique s'avère parfois ambivalent, donc délicat à interpréter (par exemple, au vers 12, essoine ne veut-il dire qu'épreuve ?). La prononciation médiévale diffère de la nôtre, d'où une métrique déroutante (par exemple, au vers 10 : moine/mouène ; au vers 13 : reine/rouène). L'alternance des rimes masculines et féminines n'est pas systématique. Ainsi, à la deuxième strophe, Héloïs s'écrit sans E et forme une rime masculine dont le S final se prononce. Toutefois, les rimes sont systématiquement disposées selon la structure ABABBCBC. L'envoi final, qui s'ouvre par l'apostrophe « Prince », constitue un quatrain d'une demi-strophe qui amène une dernière fois le refrain.

le titre de Ballade des dames du temps, donné par Clément Marot dans son édition de 1533, semble justifié. Les douze femmes en question sont bien des dames, nobles par leur naissance ou leur réputation. À l'exception de Jeanne d'Arc, toutes renvoient à des époques lointaines résumées par l'adverbe jadis (il y a déjà des jours), au sens où l'entend Verlaine en l'opposant à naguère (il n'y a guère de temps).

Parfois problématique, l'identification de certaines dames reste discutée. Mais leur émumération obéit à une certaine logique : la première strophe rappelle des femmes (mythologie comme Écho, ou antiques comme Flora et Thaïs) célèbres pour leur beauté ; la deuxième évoque des séductrices dont certains hommes (Abélard et Buridan) furent victimes ; la troisième énumère des femmes politiques (Berthe au grand pied ; Blanche de Castille, dont l'identité reste discutée ; Erembourg du Maine ; Jeanne d'Arc)[6].

Pour autant, cette évocation de destins aussi divers n'a rien d'une danse macabre. Les dames se succèdent avec leurs qualités : la très sage (c'est-à-dire savante) Héloïse ; la reine à voix de sirène (difficile à identifier) ; la bonne Lorraine (l'illustre Jeanne d'Arc). Bien qu'elles aient disparu comme ont fondu les neiges des hivers passés, elles laissent le souvenir de leur blancheur. Cette pureté évanouie, c'est finalement à la Vierge Marie - qui seule peut échapper à la décomposition charnelle - que Villon la demande. Le terme antan laisse au lecteur une liberté d'interprétation allant du sens premier (l'année d'avant - ante annum) à celui, plus large, d'un passé indéfini.

La mort n'est pas nommée, elle n'est que suggérée. La question de l'ubi sunt, martelée par le refrain, rythme une lancinante interrogation existentielle que l'emploi de l'octosyllabe rend moins tragique. Avec sa voix bonhomme, Georges Brassens restera dans cette tonalité mélancolique d'une complainte à la gravité atténuée.

En 1989, dans son article François Villon et les neiges d'antan, Paul Verhuyck propose une hypothèse inédite. Il rattache les figures féminines évoquées par Villon à la tradition hivernale des statues de neige dans les régions de l'Artois et des Flandres[7].

Postérité[modifier | modifier le code]

Avec la Ballade des pendus, la Ballade des dames du temps jadis reste l'un des textes les plus célèbres de Villon.

Éditions[modifier | modifier le code]

La première édition des textes de François Villon, par Pierre Levret, date de 1489. Dans la première moitié du XVIe siècle, les rééditions se succéderont, dont en particulier celle de Clément Marot en 1533. Ensuite, comme toute la littérature médiévale, l’œuvre de Villon tombe dans l'oubli. Au début du XVIIIe siècle paraissent une édition à Paris en 1723 et, surtout, une édition critique par Eusèbe de Laurrière et le R.P. du Cerceau à La Haye en 1744. Mais c'est l'époque romantique qui redécouvrira vraiment François Villon, avec les Œuvres de Maistre Villon en 1832, par l'abbé Prompsaut, et les Œuvres complètes en 1854 par Paul Lacroix. Dès lors, on considère Villon comme l'un des pères de la poésie lyrique française et le premier poète maudit. La fin du XIXe siècle et tout le XXe siècle connaîtront une succession d'éditions savantes[8].

Références[modifier | modifier le code]

Au XVIe siècle[modifier | modifier le code]

Première référence postérieure connue, le refrain est d'abord cité en 1508 dans Le livre de la Deablerie d'Eloy d'Amerval[9] :

Mais ou sont les nesges d'antan?
Ilz sont passez, eulx et leurs jours.
Ilz sont bien loing, s'ilz vont tousjours.

Puis François Rabelais le cite en 1532 dans son Pantagruel[10] :

Dyamanz et rubiz en perfection.
Et où sont-ilz dist Epistemon.
Par sainct Joan dist Panurge,
Ilz sont bien loing, s'ilz vont toujours.
Mais où sont les neiges d'antan?
C'estoit le plus grand soucy que eust Villon le poète parisien.

Si l'expression les neiges d'antan ne figure pas dans l'édition princeps de Pantagruel, le vers Ilz sont bien loing, s'ilz vont toujours établit une référence indirecte aux neiges d'antan d'après le texte d'Eloy d'Amerval.

Au XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

L'expression neiges d'antan semble déjà établie dans son acception actuelle. À l'article Neige du Dictionarie of the French and English Tongues, publié en 1611 par Randle Cotgrave, on peut lire : Neiges d'antan : Things past, forgotten, or out of date long agoe[11].

Au XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Dans son Dictionnaire universel publié en 1701, Antoine Furetière (1619-1688) écrit à l'article Neige : se dit proverbialement en ces phrases, Je ne fais non plus cas de cette affaire que des neiges d'antan[12], ce qui montre que l'expression reste connue.

Dans une traduction française de Don Quichotte de Cervantes publiée en 1773, Sancho Panza dit ou il n'a pas plus à voir avec nos aventures qu'avec les neiges d'antan[13]. Les neiges d'antan sont aussi citées en page 114 du même ouvrage[14].

Au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

En 1843, le refrain est cité comme proverbe dans un journal à propos de la programmation d'œuvres lyriques : Mais où sont les neiges d'Antan ? C'était l'unique souci qui troublât ce pendart de Villon[15].

En témoigne encore le pastiche de Théodore de Banville avec sa Ballade des célébrités du temps jadis de novembre 1856, reprise dans le recueil des Odes funambulesques[16] que résume l'envoi :

Ami, quelle déconfiture !
Tout s’en va, marchands d’orviétan
Et marchands de littérature :
Mais où sont les neiges d’antan !

Dans Les Misérables publiés en 1862, Victor Hugo rappelle, lui aussi, la célébrité du poème et de son refrain en célébrant ce vers si exquis et si célèbre : Mais où sont les neiges d'antan ? (tome IV, livre septième, ch. II Racines).

Guy de Maupassant cite deux strophes de la ballade dans l'introduction de La Chevelure, nouvelle publiée en 1884 : Et les vers de Villon me montèrent aux lèvres, ainsi qu'y monte un sanglot.

Au XXe siècle[modifier | modifier le code]

En 1928, dans son roman L'Amant de lady Chatterley, D. H. Lawrence écrit They pass away, and where are they ? Where...Where are the snows of yesteryear ?[17], en reprenant la traduction anglaise couramment admise des Neiges d'antan par Dante Gabriel Rossetti[18].

En 1953, Georges Brassens écrit une chanson intitulée Ballade des dames du temps jadis. En 1962, il y fait allusion dans son poème Les amours d'antan : Mon prince, on a les dames du temps jadis qu'on peut.

Texte et transcription[modifier | modifier le code]

Voici le texte[19] et sa transcription en français moderne :





5





10




15





20






25




Dictes moy ou, n'en quel pays,
Est Flora, la belle Rommaine,
Archipiades, ne Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine,
Écho parlant quand bruyt on maine
Dessus riviere ou sus estan,
Qui beaulté ot trop plus qu'humaine.
Mais ou sont les neiges d'antan ?

Ou est la très sage Hellois
Pour qui chastré fut et puis moyne
Pierre Esbaillart a Saint Denis ?
Pour son amour ot ceste essoyne.
Semblablement, ou est la royne
Qui commanda que Buridan
Fust geté en ung sac en Saine ?
Mais ou sont les neiges d'antan ?

La royne Blanche comme lis
Qui chantoit a voix de seraine,
Berte au grant pié, Bietris, Alis,
Haremburgis qui tint le Maine,
Et Jehanne la bonne Lorraine,
Qu'Englois brulerent a Rouan,
Ou sont ilz, Vierge souveraine ?
Mais ou sont les neiges d'antan ?

ENVOI
Princes, n'enquerez de sepmaine
Ou elles sont, ne de cest an,
Qu'a ce reffrain ne vous remaine :
Mais ou sont les neiges d'antan ?

Dites-moi, où et en quel pays
Est Flora, la belle romaine,
Alcibiade et Thaïs
Qui fut sa cousine germaine ?
La nymphe Écho, qui parle quant on fait du bruit
Au-dessus d'une rivière ou d'un étang
Et eut une beauté surhumaine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

Où est la très savante Héloïse
Pour qui fut émasculé puis se fit moine
Pierre Abélard à Saint-Denis ?
C'est pour son amour qu'il souffrit cette mutilation.
De même, où est la reine
Qui ordonna que Buridan
Fût enfermé dans un sac et jeté à la Seine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

La reine blanche comme un lys
Qui chantait comme une sirène,
Berthe au Grand Pied, Béatrice, Alix,
Arembour qui gouverna le Maine,
Et Jeanne, la bonne lorraine
Que les Anglais brûlèrent à Rouen,
Où sont-elles, Vierge souveraine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

ENVOI
Prince, gardez-vous de demander, cette semaine
Ou cette année, où elles sont,
De crainte qu'on ne vous rappelle ce refrain :
Mais où sont les neiges d'antan ?

Explications[modifier | modifier le code]

Noms propres[modifier | modifier le code]

Ce texte illustre l'érudition médiévale, de ses emprunts à des écrivains antérieurs jusqu'à ses erreurs de traduction des auteurs antiques.

Villon embrasse toute l'échelle du temps alors connue. Il énumère :

Prononciation[modifier | modifier le code]

Le moyen français pratiqué par Villon est une transition entre le vieux français et le français moderne. Certaines rimes, exactes pour Villon, ne le sont plus de nos jours. Par exemple, au deuxième huitain, moyne (moine en français moderne) rime avec essoyne et royne (reine en français moderne). La prononciation du oi (ou oy) a évolué, entre le XIVe siècle et le XVIe siècle, de [wa] à [wε] pour soit s'établir généralement à [ε] (royne devenant reine), soit revenir au [wa] d'origine (moyne restant notre actuel moine )[20]. En l'occurrence, et même si cela reste un débat d'experts, Villon faisait probablement rimer ces trois mots en [wεnэ] (soit ouène).

Précisions[modifier | modifier le code]

Les traductions proviennent du Lexique de l'Ancien français de Frédéric Godefroy (Librairie Honoré Champion, éditeur).

Vers 1 : cette attaque rappelle que la rhétorique (l'un des sept arts libéraux) figurait au programme des études de Villon.

Vers 1 : il faut prononcer l'S final de pays : c'était la règle du temps de Villon.

Vers 2 : d'après l'auteur romain Lactance, la courtisane Flora légua toute sa fortune à Rome à condition que des fêtes fussent célébrées chaque année en son honneur. Elle fut donc divinisée. Toutefois, par pudeur, on en fit une déesse des fleurs, invoquée pour favoriser la végétation.

Vers 3 : la courtisane imaginaire « Archipiades » semble être l'homme d'État athénien Alcibiade. La confusion de personnages - et de sexe - provient de l'erreur de traduction[21] d'un texte du philosophe latin Boèce commise à la fin du XIIIe siècle ou au début du XIVe siècle. En toute bonne foi, Villon l'aura reprise à son compte.

Vers 3 : courtisane athénienne du IVe siècle av. J.-C., Thaïs est au moyen-âge l'archétype de la femme de mauvaise vie[22]. Si certains commentateurs estiment qu'il s'agit de l'hétaïre [23], d'autres évoquent sainte Thaïs ou s'en tiennent à l'impossibilité de trancher [24].

Vers 4 : le terme cousine germaine traduit non pas une parenté mais une identité de réputation, comme l'indique Thuasne citant Rutebeuf[22].

Vers 5 : Écho, nymphe de la mythologie grecque. Après sa mort, ses ossements furent transformés en pierres qui devinrent une source.

Vers 6 : la métamorphose en source des restes pétrifiés d'Écho explique l'allusion à la rivière et à l'étang.

Vers 8 : au sens premier, antan[23] signifiait l'an passé. Plus généralement, il voulait dire naguère, autrefois.

Vers 9 : Héloïse. Il faut prononcer l'S final de Hellois : c'était la règle du temps de Villon.

Vers 10 : il faut prononcer mouène : c'était la règle du temps de Villon.

Vers 11 : Pierre Abélard.

Vers 11 : il faut prononcer l'S final de Denis : c'était la règle du temps de Villon.

Vers 12 : essoine[24] signifie ici empêchement (d'être un homme pour cause de mutilation). Il faut prononcer essouène : c'était la règle du temps de Villon.

Vers 13 : Jeanne de Bourgogne. Il faut prononcer rouène : c'était la règle du temps de Villon.

Vers 14 : le philosophe Jean Buridan fut l'instigateur du scepticisme dans la pensée européenne. Sa mémoire survit dans le paradoxe de l'âne de Buridan.

Vers 15 : cette tentative de noyade, lors de l'affaire de la tour de Nesle, relève de l'imaginaire.

Vers 17 : dans son ouvrage[25],Joseph-Nicolas Guyot rapporte que le nom de "reine blanche" était communément attribué aux reines veuves, qui portaient le deuil en blanc.

Vers 18 : cette souveraine aux dons de cantatrice reste difficile à identifier. Aucune chronique ne prête pareil talent à Blanche de Castille ni à Blanche de Bourgogne. À la rigueur, la voix de séductrice pourrait faire allusion à la vie dissolue de cette dernière. Mais il semble plus vraisemblable que teint blanc et voix suave résument l'archétype médiéval de la beauté féminine. Toutefois, Li roumans de Berte aus grans piés (vers 19) a été écrit par Adenet le Roi qui, dans son œuvre Cléomadès, produit l'un des acrostiches les plus célèbres La Roysne de France Marie et Madame Blanche. Bien que documenté tardivement[26], il aurait pu être connu de Villon et inspirer cette Royne Blanche. Il pourrait en fait s'agir de deux dames distinctes. Villon a lui-même utilisé l'acrostiche, par exemple dans la Ballade de la grosse Margot.

Vers 19 : Berte au grant pié est probablement Bertrade de Laon, épouse de Pépin le Bref et mère de l'empereur Charlemagne. Certains commentateurs citent la Reine Pédauque. Selon d'autres[27], les trois dames de ce vers seraient inspirées d'une chanson de geste du XIIIe siècle, Hervis de Metz (ou Mes)[28]. Enfin, Adenet le roi encore indique que berthe est « tant est blanche et vermeille qu'on peut s'y mirer » (vers 126)[29], la reine blanche et berthe pouvant être une même personne. Toujours, dans ce roman, on peut trouver au vers 185 et suivants référence à une Aliste (Alis du vers ?) qui l'usurpa temporairement auprès de Pépin le Bref.

Vers 20 : Erembourg, comtesse du Maine, morte en 1126.

Vers 21 : Villon serait né à l'été 1431, donc quelques mois après le supplice de Jeanne d'Arc. Si la date présumée de sa naissance est exacte, pareille coïncidence n'aura pas manqué de le marquer, sachant son obsession de la douleur physique et de la mort.

Vers 23 : pour elles. Cette incorrection de genre est attestée par l'usage[30].

Vers 27 : rappelle.

Éditions[modifier | modifier le code]

  • Villon, Poésies, édition bilingue de Jean Dufournet, Imprimerie nationale, 1984 — Grand prix de l'édition critique de l'Académie française
    • réédition : Flammarion, coll. « GF », 1992 — « Ballade des dames du temps jadis », p. 108-111.

Études[modifier | modifier le code]

  • Jean Frappier (de), « Les trois Ballades du temps jadis dans le Testament de François Villon », Bulletin de la classe des lettres et des sciences morales et politiques de l'Académie royale de Belgique, tome 47, 1961, p. 525-539.
  • Danielle Kada-Benoist, « Le phénomène de désagrégation dans les trois Ballades du temps jadis de Villon », Le Moyen Âge, tome 80, 1974, p. 301-318.
  • Leo Spitzer, « Étude a-historique d'un texte : la Ballade des dames du temps jadis », Modern Language Quarterly, 1940, tome I, p. 7-22.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Leo Spitzer, « Étude a-historique d'un texte : la Ballade des dames du temps jadis », Modern Language Quarterly, 1940, tome I, p. 19-20 « Il y a une unité d'inspiration dans toute cette introduction du Grand Testament ».
  2. De la Bible à François Villon, Étienne Gilson, École pratique des hautes études, Section des sciences religieuses. 1922, pp. 3-24 [1].
  3. Progrès, réaction, décadence dans l'Occident médiéval publié par Emmanuèle Baumgartner,Laurence Harf-Lancner, pages 144-145 [2].
  4. précurseurs de l'obsession sépulcrale schubertienne.
  5. Père, mère et filles : les gestes du désir dans le Livre du Chevalier de la Tour Landry pour l'enseignement de ses filles Danielle Bohler : citation de l'édition d'Anatole de Montaiglon, Paris, l854, p. 264 : Se il [l'amoureux] la requiert d'acoler et de baiser, ce n'est mie grant chose, car autant en porte le vent).
  6. Jane H.M. Taylor Ballade des seigneurs du temps jadis : la poétique de l'incohérence in Villon at Oxford, Amsterdam, 1999, p. 45-46 [3].
  7. Actes du Colloque pour le cinq-centième anniversaire de l'impression du Testament de Villon, Bibliothèque historique de la Ville de Paris, 15-17 décembre 1989 [4].
  8. Manuel bibliographique de la littérature française du Moyen Âge Par Robert Bossuat,Jacques Monfrin [5].
  9. Le livre de la Deablerie [6].
  10. Les cinq livres de François Rabelais [7].
  11. Dictionarie of the French and English Tongues, [8].
  12. Dictionnaire universel, contenant généralement tous les mots françois tant vieux que modernes & les termes des sciences et des arts [9].
  13. Histoire de l'admirable Don Quichotte de La Manche, en VI. volumes, Volume 4, page 480 [10].
  14. Histoire de l'admirable Don Quichotte de La Manche, en VI. volumes, Volume 4, page 114 [11].
  15. France musicale -1844,page 409 [12].
  16. Wikisource [13].
  17. [14].
  18. The Ballad of Dead Ladies [15].
  19. d'après les éditions de Thuasne (1923) et Longnon-Foulet (1932).
  20. http://ebooks.grsu.by/history_french_lang/le-moyen-fran-ais-les-changements-phonetiques.htm.
  21. Henri Langlois, « Archipiada », dans Mélanges de philologie romane dédiés à Carl Wahlund, 1896, p. 173-179 [lire en ligne].
  22. a et b Œuvres de François Villon par Thuasne [16].
  23. ALTIF, CNRS et Université de Lorraine - Dictionnaire du Moyen Français - ANTAN|[17]
  24. ALTIF, CNRS et Université de Lorraine - Dictionnaire du Moyen Français - ESSOINE|[18]
  25. Répertoire de jurisprudence [19]
  26. Un acrostiche historique du XIIIe siècle
  27. Hervis de Mes par Jean-Charles Herbin|[20]
  28. Roman des Loherains : Hervis de Metz, Garin le Loherain, Girbert de Metz|[21].
  29. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k298405w/f17.imagehttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k298405w/f17.image
  30. Œuvres de François Villon par Thuasne [22].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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