Knut le Grand

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Knut II de Danemark)
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Knut.
Knut le Grand
Monnaie de Knut.
Monnaie de Knut.
Titre
Roi d'Angleterre
Couronnement à Londres
Prédécesseur Edmond Côte-de-Fer
Successeur Harold Pied-de-Lièvre
Roi de Danemark
Prédécesseur Harald Svensson
Successeur Hardeknut
Roi de Norvège
Prédécesseur Olaf Haraldsson
Successeur Magnus le Bon
Biographie
Dynastie Maison de Jelling
Date de naissance vers 985-1000
Date de décès
Lieu de décès Shaftesbury
Sépulture Old Minster (Cathédrale de Winchester)
Père Sven à la Barbe fourchue
Mère Gunhild ?
Conjoint Ælfgifu de Northampton
Emma de Normandie
Enfants Sven Knutsson
Harold Pied-de-Lièvre
Knut le Hardi
Gunhild
Liste des rois d'Angleterre
Liste des rois de Danemark
Liste des rois de Norvège

Knut le Grand[N 1] (Knud den Store en danois) est un prince danois né à la fin du Xe siècle et mort le . Fils du roi Sven à la Barbe fourchue, il conquiert le royaume d'Angleterre en 1016, puis devient roi de Danemark en 1018, à la mort de son frère Harald. Il ajoute également la Norvège à son domaine en 1028, un an après s'être rendu en pèlerinage à Rome.

L'empire de Knut, qui s'étend sur les deux rives de la mer du Nord, ne lui survit que quelques années, et sa lignée mâle s'éteint en 1042, après la mort de ses deux fils Harold Pied-de-Lièvre et Hardeknut. Son héritage politique est par conséquent limité, et le nom de Knut reste principalement associé à la légende populaire selon laquelle il aurait tenté en vain d'imposer son autorité aux vagues de l'océan.

Sources[modifier | modifier le code]

La Knútsdrápa est un poème en vieux norrois, composé par le scalde Óttarr svarti du vivant de Knut, qui relate ses victoires en Angleterre et en Norvège. Elle est l'une des sources de la Knýtlinga saga, rédigée en Islande vers 1250.

L'Encomium Emmae a été composé quelques années après la mort de Knut à la demande de sa veuve Emma de Normandie. Ce texte latin s'intéresse aux événements survenus en Angleterre entre 1014 et 1042, de l'invasion de Sven à la Barbe fourchue jusqu'à l'avènement d'Édouard le Confesseur.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Knut est le fils de Sven à la Barbe fourchue, roi de Danemark de 986 à 1014. L'identité de sa mère est incertaine, mais elle semble avoir été une fille du duc de Pologne Mieszko Ier, qui pourrait avoir été mariée en premières noces avec le roi de Suède Éric le Victorieux. Sa date de naissance exacte est également inconnue, mais elle se situe certainement dans les dernières années du Xe siècle, entre 985 et 1000 environ[1].

Sven envahit le royaume d'Angleterre en 1013. Knut l'accompagne durant cette campagne, tandis qu'un autre de ses fils, Harald, reste au pays pour assurer la régence, ce qui suggère que Knut est son frère cadet plutôt qu'aîné. Les Danois contraignent le roi anglais Æthelred le Malavisé à l'exil, et ses sujets reconnaissent Sven comme nouveau souverain, mais il meurt au mois de février 1014. L'armée danoise proclame Knut roi, mais les Anglais choisissent de rappeler Æthelred pour le remettre sur le trône. Knut se retire à Gainsborough, dans le Lincolnshire, d'où il est chassé le 25 avril par une attaque anglaise imprévue[1].

La conquête de l'Angleterre[modifier | modifier le code]

L'affrontement entre Edmond Côte-de-Fer et Cnut vu par Matthieu Paris au XIIIe siècle.

Après être rentré au Danemark pour refaire ses forces, Knut envahit l'Angleterre en . Il mène une campagne peu concluante contre les Anglais, menés par Æthelred, puis par son fils Edmond Côte-de-Fer, jusqu'à sa victoire écrasante à Assandun en , due en grande partie à la trahison de l'ealdorman anglais Eadric Streona. Lors d'une rencontre sur l'île d'Alney, Knut et Edmond s'accordent sur un partage du royaume : le second conserve le Wessex, tandis que le premier obtient la Mercie et probablement la Northumbrie. Cette situation ne dure guère, car Edmond meurt le . Knut est alors reconnu comme seul roi de toute l'Angleterre[1].

Knut renforce sa position suprême en épousant la veuve d'Æthelred, Emma, fille du duc de Normandie Richard sans Peur, en 1017. Par cet acte, il consolide les liens politiques et commerciaux entre l'Angleterre et la Normandie, tout en établissant ses intentions de régner en suivant le christianisme. La même année, il procède à une division du royaume en quatre grands comtés : le Wessex, qu'il se réserve, l'Est-Anglie, qu'il donne à son second Thorkell le Grand, la Mercie, qu'il laisse à Eadric Streona, et la Northumbrie, qu'il donne à Éric Håkonsson. Knut se débarrasse d'Eadric avant la fin de l'année en le faisant assassiner par Éric[1].

En 1018, Knut obtient le paiement de 82 500 livres par les Anglais, dont 10 500 pour la seule ville de Londres. Ce danegeld, obtenu grâce à la robustesse du système de taxation mis en place par ses prédécesseurs, lui permet de solder ses hommes et de les renvoyer au Danemark, ne conservant qu'une flotte de 40 navires avec lui en Angleterre[1].

Knut élimine les dangers extérieurs : il anéantit une série d’équipages vikings qui s’aventurent encore sur les côtes anglaises, refoule les Écossais et les contraint à reconnaître la suprématie anglaise. Les jarls qu’il met en place portent tous des noms scandinaves, mais les lois qu’il promulgue sont conçues et rédigées selon la tradition anglaise, avec l’aide de juristes anglo-saxons. Il gouverne avec énergie, entouré d’une garde nombreuse et bien entraînée, les housecarls, en prenant des mesures fiscales et administratives pour assurer la défense du royaume. Il entretient une flotte permanente. La sécurité en Angleterre lui permet d'effectuer des voyages à l’étranger et s'entreprendre diverses missions militaires. Après sa conversion au Christianisme en Allemagne, il est reconnu comme roi d’Angleterre par le pape Benoît VIII.

Dans le régime qu'il institue en tant que roi d'Angleterre, Knut combine des institutions et du personnel anglais et danois. Les mutilations qu'il inflige en à des otages capturés par son père comme gage de loyauté vis-à-vis de l'Angleterre ne sont pas conformes à ses habitudes. En codifiant les lois de l'Angleterre (vers 1020), il crée une sorte d'uniformité de l'ensemble de la tradition anglo-saxonne.

Roi de Danemark et de Norvège[modifier | modifier le code]

L'« empire » de Knut le Grand en 1028.

En 1018, Knut succède à son frère Harald comme roi du Danemark où il réside jusqu'en 1020, puis régulièrement en 1022 et 1023.

En 1028 il conquiert la Norvège avec une flotte de 50 navires anglais : sa tentative d'en confier le gouvernement à Ælfgifu et leur fils Sven Knutsson se solde néanmoins par une rébellion et la restauration de l'ancienne dynastie norvégienne représentée par Magnus Ier, fils du roi destitué Olaf II.

Conrad II le Salique, saint empereur romain, entretient des relations amicales avec Knut, et son jeune fils Henri le Noir épouse la fille de Knut, Gunhilda ou Cunégonde. L'empereur laisse Knut gouverner le Schleswig et la Poméranie.

Mort et succession[modifier | modifier le code]

Armoiries imaginaires attribuées à Knut au XIIIe siècle par Matthieu Paris.

Knut meurt en 1035, à Shaftesbury dans le Dorset, et est enterré à Winchester. À sa mort, son fils Hardeknut lui succède sur le trône du Danemark, mais Harold Pied-de-Lièvre profite de son absence pour prendre le pouvoir en Angleterre. Harold meurt en 1040, permettant à Hardeknut de réunir à nouveau les deux couronnes, mais il meurt à son tour deux ans plus tard. Un fils d'Æthelred le Malavisé, Édouard le Confesseur, monte alors sur le trône d'Angleterre.

Postérité[modifier | modifier le code]

Knut est généralement considéré comme un roi d'Angleterre sage et bénéfique, toutefois cette image est peut-être partiellement attribuable à ses bonnes relations avec l'Église, qui contrôle ceux qui archivent l'histoire. Ainsi, il est encore décrit, aujourd'hui, comme un homme pieux, en dépit du fait qu'il était en pratique bigame et qu'il fut responsable de nombreux assassinats politiques.

Dans la culture populaire, Knut reste principalement connu pour la légende selon laquelle il aurait ordonné à la marée montante de refluer. D'après cette légende, Knut se serait un jour lassé des flatteries de ses courtisans, qui allaient jusqu'à prétendre qu'il pourrait se faire obéir des vagues. Le roi aurait alors ordonné que l'on transporte son trône sur le rivage, afin de démontrer par l'exemple qu'il n'en était rien et que même les rois les plus puissants restent inférieurs à Dieu. Cette histoire apparaît pour la première fois au XIIe siècle, dans la chronique de Henri de Huntingdon, qui s'en sert pour illustrer l'humilité de Knut. Il arrive qu'elle soit interprétée d'une façon diamétralement opposée, en faisant de Knut un monarque arrogant persuadé de pouvoir se faire obéir des éléments et ridiculisé par l'échec de sa tentative.

Le prince puis roi Knut est l'un des personnages principaux du manga Vinland Saga de Makoto Yukimura.

Arbre généalogique[modifier | modifier le code]

 
Gunhilda
 
 
 
 
 
 
 
 
 
DNA Sven à la
Barbe fourchue

(mort en 1014)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Sigríð
Storråda
 ?
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
D Harald Svensson
(mort en 1018)
 
Ælfgifu de Northampton
(fl. 1006-1036)
 
 
 
DNA Knut
le Grand
(mort en 1035)
 
 
 
Emma de Normandie
(morte en 1052)
 
Estrid Svendsdatter
ép. Ulf Thorgilsson
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
A Harold
Pied-de-Lièvre

(vers 1015 – 1040)
 
N Sven Knutsson
(vers 1016 – 1036)
 
DA Knut
le Hardi

(vers 1018 – 1042)
 
Gunhilda
(vers 1020 – 1038)
ép. Henri III
 
D Sven
Estridsen

(vers 1019 – 1076)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Béatrice
(nonne)
 
Rois de
Danemark
 
 
 

Notes[modifier | modifier le code]

  1. On trouve également les orthographes Knud, Cnut, Canut et Canute.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Lawson 2004.

Bibliographie[modifier | modifier le code]