Jeanne Grey

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Jeanne Grey
Le Streatham Portrait, découvert dans les années 2000, est considéré par beaucoup comme le premier portrait posthume de Lady Jane Grey (anonyme, NPG, Londres).
Le Streatham Portrait, découvert dans les années 2000, est considéré par beaucoup comme le premier portrait posthume de
Lady Jane Grey (anonyme, NPG, Londres).
Titre
Reine d'Angleterre et d'Irlande
6/10[N 1]
(9 à 13 jours)
Couronnement Déposée avant son couronnement
Prédécesseur Édouard VI
Successeur Marie Ire
Biographie
Dynastie Maison de Grey (en)
Date de naissance
Lieu de naissance Bradgate Park (en) (Leicestershire)
Date de décès (à 16 ans)
Lieu de décès Tour de Londres
Nature du décès Décapitation
Sépulture Chapelle royale de Saint-Pierre-aux-Liens (Londres)
Nationalité Anglaise
Père Henry Grey
Mère Frances Brandon
Fratrie Catherine Grey
Marie Grey
Conjoint Guilford Dudley
Religion Anglicanisme

Signature de Jeanne Grey
Liste des monarques d'Angleterre

Jeanne Grey ou Lady Jane Grey en anglais (octobre 1537 — 12 février 1554) est brièvement reine régnante (ne pas confondre avec reine consort) du royaume d'Angleterre en juillet 1553, entre la mort de son cousin Édouard VI et sa déposition au profit de Marie Ire. Son court règne lui a valu le surnom de Nine Days Queen, « la reine de neuf jours »[N 2].

Arrière-petite-fille d'Henri VII par sa plus jeune fille Marie, Jeanne Grey est choisie comme héritière par Édouard VI, qui exclut de la succession ses demi-sœurs Marie et Élisabeth Ire afin d'éviter que la catholique Marie ne monte sur le trône. Cependant, la jeune reine est rapidement évincée par sa cousine Marie, qui la fait enfermer à la Tour de Londres, tout en semblant vouloir l'épargner. Elle la fait cependant exécuter en raison de la participation supposée de Jeanne à un complot contre la reine et de la révolte menée par son père, le duc de Suffolk.

Lady Jeanne, en dépit de son très jeune âge au moment de sa mort, avait déjà été repérée par ses contemporains comme « une dame de bonne réputation ». Elle est d'ailleurs décrite par l’historienne Alison Weir comme « un des esprits féminins les plus érudits du XVIe siècle »[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et éducation[modifier | modifier le code]

Lady Jeanne naît en octobre 1537 à Bradgate près de Leicester. Elle est la fille aînée d’Henry Grey, 3e marquis de Dorset, et de son épouse Frances, elle-même fille du duc de Suffolk Charles Brandon[2]. Par leur mère, Jeanne et ses deux sœurs Catherine et Marie sont les petites-nièces du roi d'Angleterre Henri VIII. Leur père est également un descendant d’Élisabeth Woodville, l’épouse d’Édouard IV.

On lui enseigne très tôt les langues anciennes et contemporaines, ainsi que les vertus de la religion protestante.

Son enfance est rendue difficile par une mère exigeante et volontiers abusive. Elle tente en effet d’endurcir Jeanne, dont le comportement réservé et la soumission l’irritent, en la maltraitant. Privée d’amour maternel, sa fille se consacre aux livres. Cependant, elle ne se croit pas capable de satisfaire ses parents. Jeanne confie ainsi à Roger Ascham, le tuteur de sa cousine Élisabeth Tudor :

« Quand je me trouve en présence de mon père ou de ma mère, si je parle, me tais, m’assois, suis debout, pars, mange, bois, me réjouis ou m’attriste, couds, joue, danse, fais n’importe quelle chose, il faut que je l’entreprenne comme si la tâche était d’une importance infinie et que je l’achève à la perfection avec laquelle Dieu a créé le monde ; sinon, ils me raillent sans merci, ils me menacent cruellement, parfois par la force… pour que je me crois être en enfer. »

Au printemps 1547, alors qu'elle n'a pas encore dix ans, ses parents en font une pupille de la reine Catherine Parr, la dernière épouse du roi Henri VIII[2]. L’affection de Catherine aide Jeanne à s'épanouir enfin. Elle est présentée dans le même temps à ses cousins royaux, Édouard, Marie et Élisabeth.

Lorsque Catherine Parr meurt en couches en 1548, son mari Thomas Seymour, par ailleurs oncle du roi Édouard VI, propose que Jeanne épouse le souverain qui est son cousin. Cependant, le frère de Thomas, Edward, Lord Protecteur et 1er duc de Somerset, a d'ores et déjà arrangé un mariage entre Édouard et Élisabeth de France, la fille d’Henri II. Aucune de ces deux unions n’est toutefois conclue à cause de la mauvaise santé du nouveau roi.

Jeanne souhaite quant à elle se fiancer à Edward Seymour (1539–1621), comte de Hertford, le fils aîné du Lord Protecteur. Mais, dans le même temps, sa mère est en pourparlers avec le duc de Northumberland John Dudley, désireux de marier son propre fils Guilford. Lady Jeanne s’alarme de l'union qui lui est proposée car elle exècre les Dudley. Lady Frances parvient toutefois à « persuader » sa fille (qu'elle n'hésite pas à frapper pour l'occasion) et le mariage est finalement célébré le 25 mai 1553. Le même jour, sa sœur Catherine épouse en premières noces le comte de Pembroke Henry Herbert (en), avant de convoler sept ans plus tard avec l'ancien prétendant de Jeanne, Edward Seymour lui-même.

Lutte pour le pouvoir[modifier | modifier le code]

Jeanne Grey est en droit de revendiquer le trône anglais par sa mère Frances, descendante d'Henri VII puisqu'elle était la fille de Marie Tudor. Le testament du roi Édouard VI stipule d'ailleurs que Jeanne doit lui succéder. Conformément à la règle de primogéniture, Jeanne ne peut cependant monter sur le trône, sauf si les héritières directes d’Henri VIII, Marie et Élisabeth, s’avèrent incapables d'accéder à cette position.

La fondation de l’Église anglicane par Henri VIII a engendré une élite non catholique, enrichie par la dissolution des monastères. Quand la nouvelle leur parvient que le roi Édouard est mourant, les personnalités de cette nouvelle aristocratie, le duc de Northumberland John Dudley (beau-père de Jeanne Grey) en tête, conspirent contre Marie qui préconise un retour au catholicisme, le rétablissement de l’autorité de l’Église catholique romaine en Angleterre étant seul à même de priver la noblesse anglicane de sa toute récente richesse. C'est dans le but de déjouer ce plan qu'Édouard, sur son lit de mort, privilégie Jeanne afin de lui succéder tout en excluant Marie, l'héritière légitime.

Les bases juridiques sur lesquelles reposent les prétentions de Jeanne, bien décidée à honorer les dernières volontés du défunt souverain, sont toutefois très fragiles. Édouard a en effet transgressé la loi anglaise en déshéritant Marie, et le roi n’avait pas encore seize ans à l’époque de sa mort (il était né la même année que Jeanne, sa seule parente anglicane).

Accession au trône[modifier | modifier le code]

Une lettre signée par « Jane the Quene ».

Édouard VI meurt le et le duc de Northumberland proclame Jeanne reine d'Angleterre quatre jours plus tard. Elle élit domicile à la Tour de Londres, où les monarques anglais séjournaient habituellement entre leur accession au pouvoir et leur couronnement. Elle refuse toutefois de conférer le titre de « roi » à son époux Guilford Dudley, proposant de le créer duc de Clarence à la place.

De son côté, le duc de Northumberland doit faire face à plusieurs défis afin de consolider le pouvoir acquis par les anglicans. Il souhaite notamment arrêter et mettre au secret la princesse Marie avant qu’elle ne récolte suffisamment d’appuis pour la cause qu'elle défend. Informée des intentions du duc, l'intéressée s’enferme derrière les murs du château de Framlingham, dans le Suffolk. En seulement neuf jours, elle réussit à mobiliser assez de membres de la noblesse pour retourner à Londres le 19 juillet, à la tête d'une procession triomphale. Le Parlement est alors contraint de reconnaître Marie en tant que reine légitime. La nouvelle souveraine commence par faire emprisonner Jeanne Grey et son époux dans les geôles de la tour de Londres sous l'inculpation de haute trahison, et elle commande l'exécution du duc de Northumberland, le 21 août 1553.

Exécution[modifier | modifier le code]

L’ambassadeur au Saint-Empire romain germanique est chargé d'annoncer à Charles Quint que Marie a l’intention d’épargner Jeanne ainsi que le tout nouveau duc de Clarence, son conjoint. Cependant, la rébellion anglicane dirigée par Thomas Wyatt en janvier 1554, bien qu’ils n’y soient pas impliqués directement, achève de décider de leur sort. La révolte de Wyatt est en effet la conséquence directe du mariage entre Marie et le futur roi catholique d’Espagne, Philippe II.

Parmi les anglicans exigeant le retour de Jeanne Grey sur le trône figure le propre père de la jeune femme, le duc de Suffolk. Les conseillers de Marie la poussent alors à exécuter la « reine de neuf jours » afin d'étouffer dans l’œuf ce soulèvement politique. Cinq jours après l’arrestation de sir Thomas Wyatt, la reine signe les ordres d’exécution de lady Jeanne Grey et lord Guilford Dudley.

Le Supplice de Jane Grey par Paul Delaroche, huile sur toile, 1833, NPG, Londres.

Au matin du 12 février 1554, les autorités compétentes mènent Guilford Dudley à l’échafaud afin qu'il soit décapité en public. On renvoie ensuite son corps dans l'enceinte de la Tour de Londres, pour qu'il soit visible depuis l'endroit où Jeanne est retenue captive. Sur ordre de la reine, on entraîne ensuite la jeune veuve jusqu'à Tower Green, une petite étendue de gazon dans l'enceinte de la tour, afin qu'elle y soit exécutée à son tour, à l'abri des regards du plus grand nombre (une telle procédure ne s’appliquant en principe qu’aux personnalités de sang royal). En montant sur l’échafaud, elle s’adresse aux quelques personnes autorisées encore présentes à ses côtés :

« Gens de bien, je viens ici pour mourir, condamnée par la loi au même lot. L’acte contre la majesté était illégitime, comme ma participation : mais ce jour, pour autant que je l’aie désiré et en aie ambitionné l’achèvement, j’en lave les mains, devant Dieu et devant vous, bons chrétiens. »

Elle récite ensuite le psaume 50 Miserere mei Deus (« Ô Dieu, aie pitié de moi ») en anglais et donne ses gants ainsi que son mouchoir à une dame d’honneur. John Feckenham, chapelain catholique, n'ayant pas réussi à convertir Jeanne Grey, reste malgré tout près d'elle. Elle est mise à genoux et avant de se bander elle-même les yeux, elle pardonne d'avance à son bourreau tout en le suppliant de la « dépêcher promptement ». Ayant résolu de mourir avec dignité mais s'avérant incapable de se diriger droit vers le billot à cause du bandeau, elle s'exclame : « Que dois-je faire ? Où est-il [le billot] ? » (« What shall I do? Where is it? »).

Après qu’une main inconnue l'y a menée (sans doute sir Thomas Brydges, sous-lieutenant de la Tour de Londres), elle cite les dernières paroles du Christ telles que les rapporte l'Évangile selon Luc : « Seigneur, entre vos mains, je remets mon esprit ! » Le bourreau abat ensuite sa hache sur le cou de Jeanne, séparant son corps de sa tête, puis il saisit cette dernière par les cheveux et s'écrie : « Périssent ainsi les ennemis de toute reine. C'est la tête d'une traîtresse ! »

À ce moment-là, la reine a déjà emprisonné le père de la suppliciée, le duc de Suffolk, pour sa participation à la révolte de Wyatt. Il est exécuté une semaine plus tard, le 19 février.

Lady Jeanne et son mari reposent dans la chapelle royale de Saint-Pierre-aux-Liens (St Peter-ad-Vincula) dans l'enceinte de la Tour de Londres.

Adaptation au cinéma[modifier | modifier le code]

L'ascension et la chute de lady Jeanne Grey sont racontées, sur fond de sa relation amoureuse avec son mari lord Guilford Dudley, dans le film britannique de 1986 Lady Jane, réalisé par sir Trevor Nunn, avec Helena Bonham Carter dans le rôle de lady Jane Grey.

Ascendance[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En raison de la succession contestée d'Édouard VI, plusieurs dates sont retenues dans les sources pour l'avènement de Jeanne. La liste des rois et reines d'Angleterre du Oxford Dictionary of National Biography situe le début du règne de Jeanne le 6 juillet, date de la mort d'Édouard, tout comme celui de Marie Tudor (Reference list: Monarchs of England (924x7–1707)). Le Handbook of British Chronology retient la même date, alors que le Kings & Queens cite la date du 10 juillet. ((en) David Williamson, Kings & Queens, National Portrait Gallery Publications, (ISBN 978-1-85514-432-3), p. 43).
  2. En réalité, treize jours se sont écoulés entre la mort d'Édouard VI et la déposition de Jeanne Grey. Eric Ives suggère que le surnom de nine days queen est lié à la locution « nine days wonder », désignant un événement qui attire brièvement l'attention générale (Ives 2009, p. 2).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Elle lisait le philosophe grec Platon dans le texte et faisait l'admiration de son entourage (Michel Duchein, Élisabeth Ire d'Angleterre, Fayard, p. 53).
  2. a et b Plowden 2004.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Faith Cook, Nine Days Queen of England ;
  • (en) Eric Ives, Lady Jane Grey: A Tudor Mystery, Chichester, Wiley-Blackwell, (ISBN 978-1-4051-9413-6).
  • (en) Alison Plowden, Lady Jane Grey: Nine Days Queen, 1985 ;
  • (en) Alison Plowden, « Grey , Lady Jane (1537–1554) », dans Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press (lire en ligne) (inscription nécessaire).
  • (en) auteur inconnu; rédigé par John Gough Nichols, Chronicle of Queen Jane and of Two Years of Queen Mary ;
  • (en) Maureen Waller, Sovereign Ladies : Sex, Sacrifice, and Power. The Six Reigning Queens of England, St. Martin's Press, New York, 2006. (ISBN 0-312-33801-5) ;
  • (en) Alison Weir, Children of England: The Heirs of King Henry VIII.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]