Jeanne de Belcier

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Jeanne de Belcier
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Ordre religieux

Jeanne de Belcier, également connue sous le nom de sœur Jeanne des Anges, née le à Cozes, et morte le à Loudun, est une religieuse ursuline française. Elle est restée célèbre pour avoir été, en 1632, la protagoniste principale de l'affaire des possédées de Loudun, qui conduisit, en 1634, à la mort sur le bûcher du prêtre Urbain Grandier, après un procès en sorcellerie, instruit à la demande du cardinal de Richelieu.

Ses écrits autobiographiques, et une abondante littérature consacrée à sa personnalité, ont permis de conclure qu'elle souffrait de troubles du comportement, et de faire, de son histoire clinique, un cas d'école de « Grande Hystérie[1] ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeanne de Belcier est issue d'une famille de la petite noblesse de Saintonge, fille de Louis de Belcier, baron de Cozes, et de Charlotte Goumard, qu'il avait épousée le , ses parents ayant une famille nombreuse de 19 enfants. La grand-mère de Louis de Belcier est la fille d'Olivier de Coëtivy et de Marie de Valois (1444-1473), fille naturelle du roi Charles VII, roi de France, et d'Agnès Sorel[2]

l'abbaye royale Notre-Dame de Saintes, où Jeanne de Belcier passe son enfance

Toute petite, elle a un accident marquant. En tombant, elle fait un effort si violent pour se retenir qu'elle se disloque l'épaule, et se fait une contorsion aux reins, de sorte que son corps demeure de travers le reste de sa vie. Sa mère, qui a honte de ce handicap, prend l'habitude de la dissimuler sous un voile. À l'âge de cinq ans, elle est envoyée auprès d'une de ses tantes maternelles, bénédictine à l'abbaye royale de Saintes, qui lui prodigue une instruction élémentaire et lui enseigne le latin. À la mort de cette tante en 1611, Jeanne se voit soumise à la rigueur de la vie monastique, mais ne supporte pas l'austérité de la règle de saint Benoît : elle rejoint alors la maison familiale où elle restera jusqu'à l'âge de 20 ans. Malgré la déception de sa première expérience, sa vocation religieuse s'affirme auprès de ses parents et, en 1622, elle entame son noviciat au couvent des Ursulines de Poitiers, soumises à la règle de saint Augustin. Elle prononce ses vœux un an plus tard, prenant le nom religieux de Jeanne des Anges. Sa conduite devient alors notoirement inconvenante et déréglée. Elle écrit elle-même dans son autobiographie : « J'ai donc passé ces trois années en grand libertinage, en sorte que je n'avais aucune application à la présence de Dieu. Il n'y avait point de temps que je trouvasse si long que celui que la Règle nous oblige de passer à l'oraison »[3].

Lorsqu'en 1627, un nouveau couvent d'ursulines est créé à Loudun, Jeanne de Belcier fait partie du groupe des fondatrices de l'établissement. Dissimulant les traits de son caractère qui pourraient nuire à ses ambitions, elle s'applique à se rendre indispensable et parvient à s'y faire nommer prieure. C'est alors que commencent à se produire, chez elle, et chez les autres religieuses, divers symptômes spectaculaires, notamment des crises convulsives et des fabulations à thèmes érotiques, interprétés comme manifestations de possessions démoniaques, et donnant lieu à des exorcismes.

Le portail de l'église Saint-Pierre du Marché de Loudun, dont Urbain Grandier fut le curé.

Alors qu'elle ne l'a jamais rencontré, Jeanne des Anges accuse Urbain Grandier, le nouveau curé de la paroisse de Saint-Pierre du Marché, d'être un magicien, d'avoir tenté de la séduire, et d'être responsable de la possession des religieuses du couvent, qui se disent être l'objet de sensations d'attouchements sexuels, d'obscénités et d'attitudes lascives du curé. Esprit rebelle et caustique, le curé Grandier a la réputation d'être un séducteur et possède de nombreux ennemis, notamment le chanoine Mignon, directeur spirituel de Jeanne et neveu du procureur du roi et le conseiller d'État Jean Martin de Laubardemont, lui-même apparenté à la famille de Jeanne. Ceux-ci saisissent l'occasion pour intenter à Grandier un procès en sorcellerie. Acquitté une première fois par un tribunal ecclésiastique, Grandier, dont le cardinal de Richelieu a décidé la perte, est condamné au bûcher, malgré la rétractation des accusations des sœurs, et exécuté le après avoir été soumis à des traitements d'une extraordinaire cruauté.

Après la mort de Grandier, les signes de « possession » ne cessent pas pour autant chez la supérieure des Ursulines. Elle se dit possédée par sept démons, tous associés à un péché capital[N 1].

Représentation des démons Béhémoth et Léviathan, par William Blake.

En décembre 1634, un Jésuite, le père Jean-Joseph Surin[N 2], se voit confier la charge de directeur spirituel, confesseur et exorciste de la mère Jeanne des Anges. Pour combattre les effets de la « possession », ce prêtre adopte avec elle une méthode fondée sur l'introspection qui se rapproche de celles de certaines psychothérapies modernes, et qui finit par porter quelques fruits.

À partir de 1635, Jeanne est stigmatisée : à intervalles réguliers, des lettres formant les mots « Iesus », « Maria », « Ioseph » et « F.D.Salles » apparaissent en rouge vif sur le dos de sa main gauche. À deux reprises, en février 1637, puis en décembre 1639, elle est miraculeusement guérie, après avoir fait l'expérience d'une apparition de saint Joseph, qui laisse sur sa chemise des gouttes d'huile sainte parfumées : c'est ce qu'elle appelle l'« onction de Saint Joseph ». Se pensant délivrée de six de ses sept démons, Jeanne des Anges informe le père Surin que Béhémot, le dernier, et le plus tenace d'entre eux, ne la quittera que sur le tombeau de Saint François de Sales, à Annecy. Elle accomplit par conséquent ce voyage, en passant par Meaux, Paris et Lyon. Dans le même temps, la réputation de sœur Jeanne s'accroît, car la chemise portant l'« onction de saint joseph » opère, dit-on, des guérisons miraculeuses. À Meaux, Jeanne est présentée au cardinal de Richelieu[N 3], et à Paris, à la reine Anne d'Autriche et au roi Louis XIII : par la suite, la protection royale fera la prospérité du couvent des Ursulines de Loudun, tant que Jeanne en sera la supérieure.

Après le pèlerinage d'Annecy de l'année 1638, les phénomènes de possession disparaissent chez Jeanne, mais le père Surin sombre dans une grave dépression qui lui fait cesser toute activité durant près de vingt ans. En 1642, à la demande de la supérieure générale des Ursulines de Bordeaux, Jeanne de Belcier rédige la relation des événements vécus par elle entre 1633 et 1642 : ce manuscrit sera plus tard abondamment analysé et commenté comme son « autobiographie ». En 1643, le père Jean-Joseph Surin est remplacé par le père Jean-Baptiste Saint-Jure (1588-1657), un autre Jésuite, comme accompagnateur spirituel auprès de Jeanne des Anges ; celle-ci échangera avec lui une volumineuse correspondance. Les stigmates périodiques persistent chez Jeanne jusqu'en 1661, année au cours de laquelle elle est victime d'une attaque qui la laisse hémiplégique du côté droit, et aphasique. Jeanne de Belcier meurt quatre ans plus tard, à l'âge de 63 ans, de complications infectieuses respiratoires.

Iconographie[modifier | modifier le code]

Il est fait mention de deux portraits de Jeanne des Anges. Le premier fut exécuté à Paris en 1638. Le second fut peint, en deux exemplaires, à Loudun, en 1654. La photographie de l'un de ces trois tableaux serait conservée au musée Charbonneau-Lassay de Loudun. Par ailleurs, une gravure représentant Jeanne des Anges et sa main stigmatisée a été publiée en 1637 et reproduite par Michel de Certeau dans sa Correspondance de J.-J. Surin, p. 417.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Adaptations cinématographiques[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les sept démons énumérés par Jeanne de Belcier dans son autobiographie sont : Asmodée, leur chef, représentant la luxure, Léviathan (l'orgueil), Béhémot (la paresse), Isacaaron (la luxure), Balaam (la luxure), Grésil et Aman). Selon Legué et Gilles de la Tourette, « ils personnifient bien le caractère d'une hystérique nymphomane. »
  2. le nom de Surin était souvent orthographié Seurin ou Seürin au XVIIe siècle.
  3. Celui-ci profite de cette occasion d'utiliser la chemise miraculeuse pour traiter ses hémorroïdes ; cette tentative n'a cependant aucun succès.

Références et sources de l'article[modifier | modifier le code]

  1. Gabriel Legué et Georges Gilles de la Tourette, Sœur Jeanne des Anges - Autobiographie : suivi de « Jeanne des Anges » par Michel de Certeau, Grenoble, Jérôme Millon, , 344 p. (ISBN 2 905614 46 3, lire en ligne)
  2. Gabriel Legué et Georges Gilles de la Tourette, Sœur Jeanne des Anges - Autobiographie, Jérôme Millon, , p. 3
  3. Michel Carmona, Les Diables de Loudun. Sorcellerie et politique sous Richelieu, Fayard, , p. 27
  4. Analyse et critique du film Les Diables sur le site « scifi-universe.com ».