Jack Garfein

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Jack Garfein
Jack Garfein.jpg
Fonctions
Producteur, metteur en scène de théâtre, réalisateur, écrivain
Biographie
Naissance
Nom de naissance
Jakob Garfein
Nationalité
Activité
Conjoint
Enfant

Blanche Baker Herschel Garfein Rela Garfein Rodriguez

Elias Garfein Rodriguez

Jack Garfein, né en 1930 à Mukačevo en Tchécoslovaquie (aujourd'hui en Ukraine) est un professeur d'art dramatique américain, importante figure de l’Actors’ Studio, ancien réalisateur et metteur en scène de théâtre et producteur.

Rescapé du camp de concentration d'Auschwitz, Jack Garfein s'est installé aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale. Il suit alors les cours de l'Actors Studio où il fréquent Stella Adler, Al Pacino, Lee Strasberg et se marie avec l'actrice Carroll Baker, avec laquelle il aura une fille, l'actrice Blanche Garfein Baker (Blanche Baker) et un fils Herschel Garfein (en).

Assistant réalisateur de George Stevens sur Géant (avec James Dean et Elizabeth Taylor), il réalise en 1957 The Strange One, dont l'action se déroule dans une académie militaire, et qui évoque les questions de la condition des Noirs et de la ségrégation. Son film suivant, Something Wild, sorti en 1961, aborde le thème du viol et du suicide. Son style lui valut d'être comparé à Elia Kazan et à Ingmar Bergman.

Il met cependant fin à sa carrière cinématographique, préférant se consacrer à la formation des comédiens (on compte parmi ses élèves Sissy Spacek, Paul Schrader, Tom Schulman, Phil Alden Robinson…) et à la mise en scène. Il devient directeur de l'Actor's Studio en 1966, dont il fonde l'établissement de Los Angeles, réalise des téléfilms et met en scène plusieurs pièces de théâtre.

Il a produit et dirigé de nombreuses pièces et consacra une énergie toute particulière au soutien et à la reconnaissance du travail de ses amis. Il a par ailleurs découvert des talents tels que Pat Hingle, Bruce Dern, George Peppard, Ben Gazzara, James Dean, Susan Strasberg). Ses expériences ont fait de lui un metteur en scène exceptionnel.

Il crée et dirige aussi le « studio Jack Garfein » à Paris, qui a notamment formé Irène Jacob, Sam Karmann, Valérie Stroh et Samuel Le Bihan, et anime des masterclasses dans différents pays. En 1984, la Cinémathèque française a organisé un hommage à Jack Garfein avec la projection de ses films.

Vie[modifier | modifier le code]

Carroll Baker Something Wild 1961.jpg

Garfein est l’ainé d’une famille de deux enfants et de multiple cousins. Il grandit dans ce qui était alors la Tchécoslovaquie, où son père tenait une entreprise. Quand le régime nazi commença à incriminer les Juifs, une large part du gouvernement Tchécoslovaque décida de collaborer et fut même payée pour l’envoi des Juifs dans les camps. L’entière famille de Jack fut tuée mais il survécut 11 camps de concentration.

Au moment de la libération, Jack Garfein se trouvait dans le camp de Bergen-Belsen, qui fut libéré par l’armée anglaise. Il pesait 22 kg. Après avoir reçu des premiers soins dans un hôpital bordant le camp et l’avoir regardé brûler, il fut envoyé en Suède où il reçut les soins d’une none, Hedvig Ekberg, à qui il rendu visite des années plus tard. En 1946, il fut parmi les cinq premiers rescapés de l’Holocauste à se rendre aux États-Unis.

The-Strange-One-1957.jpg

Arrivé à New York, il fut accueilli par un oncle qui y vivait et reçu l’aide de la Jewish Child Care Association dans la réalisation du rêve qui le taraudait depuis son arrivée à New York : devenir acteur.

En 1947, la Jewish Child Care Association l’envoya étudier à la Dramatic Workshop, branche de la New School of Social Reseach à l’époque (et qui devint indépendante en 1949). Il y suivit les cours de l’influent réalisateur allemand Erwin Piscator. Ce fut là-bas qu’il rencontra Samuel Beckett, Henry Miller, Elia Kazan, Harold Clurman, qui devinrent ses proches amis et collaborateurs. Pendant ces années, il créa la troupe de théâtre The New Horizon Players avec laquelle il apprit l’art du jeu et de la direction : les années suivantes ils jouèrent Home of the Brave par Arthur Laurent, Birthday of the Infanta, Wolf are you ready, parmi d’autres…

En 1952, Jack est naturalisé Américain à l’âge de 22 ans.

Débuts[modifier | modifier le code]

NYC DOC THEATRE END AS MAN 1F.jpg

En 1953, Garfein fait ses débuts à Broadway en tant que directeur de End as A Man, mise en scène du chef-d’œuvre de Calder Willingham, et donnant son premier rôle au alors tout jeune Ben Gazzara.

Si la pièce commença dans l’off-Broadway, elle attira bientôt l’attention et fut couverte de critiques enthousiastes. La pièce révéla Ben Gazzara comme un acteur prometteur et gagna le Show Business Award pour le meilleur metteur en scène à Broadway. Elle marqua le début d’une longue et prolifique carrière pour Jack Garfein à la fois comme producteur, metteur en scène et réalisateur.

En juin 1955, Garfein reçut une lettre lui annonçant qu’il était invité par le conseil d’administration de l’Actors’ Studio à y devenir membre. Il y rencontra l’actrice Carroll Baker, qui y étudiait aussi, et avec qui il se maria. Baker et Garfein eurent ensemble une fille, l’actrice Blanche Baker, et un fils, le compositeur Herschel Garfein (en).

Carrière comme producteur et directeur de théâtre[modifier | modifier le code]

Ben Gazzara dans The Strange One

Garfein était un des fondateurs et le directeur artistique du théâtre Harold Clurman (1978), ainsi que du théâtre Samuel Beckett à New York. Il produit notamment deux pièces d’Arthur Miller, The Price and The American Clock et produisit d’autres pièces à Broadway telles que The Sin of Pat Muldonn, et Girls of Summer.  Parmi ses productions off-Broadway on compte The Lesson, and Rommel’s Garden (1985) Childhood par Glenn Close (1985), For No Good Reason par Nathalie Sarraute (1985), Kurt Weill Cabaret par Alvin Epstein et Marta Schlamme (1985), Endgame (1984), Les pièces de Beckett (Ohio Impromptu, Catastrophe, What Where) (1983-84), Sketchbook d’Anton Tchekov avec les acteurs Joseph Buloff et John Herd (1981) California Reich et La Leçon par Eugène Ionesco (1978–79), ainsi que les Beckett Plays à la Warehouse Theatre à London (1984).

Il dirigea la première française de Maître Harold… and the Boys à Paris, et la première mondiale Nacht und Träume de Samuel Beckett en Autriche.  

On lui compte aussi la mise en scène de pièces de l’auteur Canadien John McLiam, Richard Nash (Girls of Summer), Sean O’Caseys (Shadow of a GunMan), Calder Willingham (End as A Men, qui devint The Strange One, 1957), Garbor Harvey (Rommel’s Garden, in 1985), Gastón Salvatore (Stalin, in 1989), du Putziler Eugene O'Neil avec Anna Christie (dirigé en 1966), du très grand écrivain Sud Africain, Athold Fugard (Master Harold, 1985) Franz Kafka (Rapport pour une académie, 2013). Enfin il a aussi produit des pièces d’Alvin Espstein (End Game, 1984) et d’Alan Schneider (Catastrophe, 1983) parmi d’autres.

Carrière comme réalisateur[modifier | modifier le code]

Carroll Baker sur le plateau de Something Wild

Artiste multiple, Jack Garfein est l’auteur de deux films politiquement et artistiquement novateurs qui s’attirèrent les foudres du tout conservateur Hollywoodien. En 1957, Jack Garfein réalise son premier long métrage, The Strange One dans lequel il soulève la question du racisme aux États-Unis. En tant que survivant juif à l’holocauste il fut profondément choqué par la ségrégation qu’il découvrit à son arrivée aux États-Unis et reflétant son propre passé. Il se battit donc pour l’apparition d’acteurs noirs à l’écran, à l’époque censurée : le studio lui objecta que l’apparition d’acteurs noirs signifierait l’échec commercial du film. Garfein filma tout de même la scène. Le film fut également censuré par le Motion Picture Production Code pour ses échos à l’homosexualité et « une excessive brutalité et des scènes suggestives qui tendent à éveiller la révolte contre les autorités ».

Dans son deuxième film Something Wild(1961) dérivé du roman d’Alex Karmel, il réitère dans son attaque en filmant crument le viol de l’héroïne. Ce film, dans lequel jouait la femme de Jack Garfein Carroll Baker, fut plus tard décrit par Garfein comme une métaphore de sa propre histoire. Le film incluait également des dialogues interrogeant les questions de race et de classe aux États-Unis. Le compositeur Aaron Copland signa une bande originale applaudie et l’acclamé Saul Bass signa le générique.

Sa vie fit l’objet d’un documentaire du reconnu Brian McKenna The Journey Back racontant son retour à Auschwitz et dans lequel on devine l’implication de Jack Garfein pour la réhabilitation des juifs d’Ukraine et la récupération de leur héritage. Le film fut projeté lors d’un hommage à Jack Garfein au théâtre Billy Wilder au Musée Hammer à Los Angeles en 2010.

Carrière à la télévision[modifier | modifier le code]

Garfein dirigea un sitcom américain, The Marriage, qui fut programmé sur NBC de juillet à aout 1954. La série mettait en scène le (vrai) couple que formait Jessica Tandy et Hume Cronyn. Le programme fut finalement suspendu car jugé trop excentrique. Le Washington Post l’avait sacré comme étant une des meilleures séries d’été, applaudissant « son approche mûre du sitcom », avec « des situations crédibles et des personnages intelligents ».

Carrière d’enseignement[modifier | modifier le code]

Garfein n’a pas seulement suivi mais fut également un acteur important de la révolution qu’était l’Actors Studio. Il fut tout d’abord élève d’Erwin Piscator, puis théoricien (son livre Life and Acting : Techniques de l’Acteur, 2010, est précieux pour qui souhaite comprendre cette école). En 1966, Jack créa la deuxième branche de l’Actors Studio à Los Angeles dont il devient le directeur. Il est également le co-créateur du théâtre Harold Clurman et plus tard du théâtre Samuel Beckett, qu'il dirigea tous deux.

En 1974, il ouvrit le Actors and Directors Lab à New York, une nouvelle école où l’écrivain et scénariste Paul Schrader (Taxi Driver), Tom Schulman (la société des poètes disparus) échangeaient avec Phil Alden Robinson (Field of Dreams), et l’actrice Sissy Spacek.

En 1984, la Cinémathèque française rend hommage au travail de Jack Garfein en projetant ses deux films, que Costa-Gavras présenta à cette occasion. À la suite de cette première projection, qui fut suivie d’un hommage similaire à la filmothèque espagnole à Madrid, Garfein décida d’ouvrir un Studio à Paris : le Studio Jack Garfein en 1985.

Vie personnelle[modifier | modifier le code]

Jack Garfein et Samuel Beckett à Paris

La vie de Jack Garfein s’est mêlée à celle des plus grands artistes de son temps. Garfein ne fut pas seulement un brillant producteur et metteur en scène : il a aussi activement contribué à leur voyage intellectuel, apportant sa propre profonde voix à la fois dans un but de création mais aussi afin de permettre l’épanouissement d’autrui.

Henry Miller applaudit son talent dans son livre My Bike and Other Friends et Marilyn Monroe le considérait comme un de ses plus proches amis. À tour de rôle admiré ou jalousé, il était un ami cher de Samuel Beckett et d’Eugène Ionesco mais aussi un compagnon de route de Lee Strasberg, Tennessee Williams et Elia Kazan parmi tant d’autres.

Héritage[modifier | modifier le code]

En septembre 2010, les deux films de Jack Garfein furent projetés en son honneur au théâtre Billy Wilder. Le documentaire A Journey Back fut également projeté. Un événement similaire fut organisé au Film Forum à New York les 20 et 21 mars 2011.

En juillet 2012, Jack Garfein reçut le Masque d’Or, récompense félicitant sa carrière d’enseignant en France. 

Filmographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]