Intérim du président de la République française

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Intérim du président de la
République française
Image illustrative de l'article Intérim du président de la République française
Alain Poher assura l'intérim à deux reprises sous la Ve République.

Création
Mandant Constitution française du 4 octobre 1958
Durée du mandat Indéfinie (vacance, empêchement ou absence temporaire du président de la République, dans l'attente de son retour ou de la désignation d'un nouveau titulaire)
Premier titulaire Conseil des ministres du gouvernement Jules Dufaure V
Dernier titulaire Alain Poher
En tant que président du Sénat
Résidence officielle Palais de l'Élysée (Paris)

L'intérim du président de la République française est, en droit constitutionnel, une disposition prévue par la constitution pour organiser les cas de vacance, d'empêchement du président de la République, dans l'attente de son retour en fonction ou de la désignation d'un nouveau titulaire.

Sous la Cinquième République, l’intérim du chef de l’État français est en principe exercé par le président du Sénat.

Organisation de l'intérim[modifier | modifier le code]

L'intérim du président de la République française est prévu à l'alinéa 4 de l'article 7 de la Constitution de 1958.

Si le terme « intérim » n'y figure pas, ses causes sont cependant indiquées. Ainsi l'intérim du président en exercice peut-il intervenir en cas d'empêchement ou de vacance pour quelque cause que ce soit. En pratique on peux penser notamment à son décès, sa démission ou sa destitution (par traduction devant la Haute Cour et condamnation subséquente), un état de santé invalidant (coma, hospitalisation de longue durée, etc.), voire à son enlèvement, etc.

Dès lors les fonctions du président sont exercées provisoirement par le président du Sénat. Selon le fait générateur et l'évolution de la situation (le cas échéant), l'intérim du président prend fin, soit lorsque le président en exercice reprend ses fonctions, soit lorsque le nouveau président élu entre en fonction.

En cas d'empêchement du président du Sénat, c'est le gouvernement qui exerce collégialement l'intérim présidentiel[1]. On peut penser que le Premier ministre exerce alors de facto l'intérim puisqu'il est le chef du gouvernement mais l'intérim reste bien collégial.

N° d'ordre Fonction Titulaire actuel Parti
1 Président du Sénat Gérard Larcher Les Républicains
2 Gouvernement Gouvernement Édouard Philippe Majorité présidentielle

Caractéristiques de l'intérim[modifier | modifier le code]

Le choix de l'intérimaire[modifier | modifier le code]

Il peut surprendre car il aurait pu porter sur quatre autres organes :

C'est finalement la solution du président du Sénat qui fut définitivement retenue dans le projet constitutionnel à partir de juin 1958, pour faire prévaloir notamment la continuité de la fonction présidentielle sur la logique de succession[5]. En effet, il n'était pas interdit de penser que l'intérim pouvait intervenir à un moment où l'Assemblée nationale pouvait avoir été dissoute et, par ailleurs, le Premier ministre apparaissait comme trop impliqué politiquement par la succession du président. C'est ce qui justifie à la fois le choix du président du Sénat et celui du Gouvernement (à défaut).

Un président intérimaire aux pouvoirs restreints[modifier | modifier le code]

Compte tenu que le Sénat est plus en retrait dans la vie politique française, son président apparaissait comme devant avoir toutes les qualités de neutralité nécessaires à l'homme de transition qu'est le président par intérim. C'est aussi ce qui explique les restrictions apportées aux prérogatives du président intérimaire qui ne peut user des articles 11 (référendum législatif) et 12 (dissolution). En outre, sont neutralisés les articles 49 et 50 (responsabilité du Gouvernement), et 89 (révision constitutionnelle) lorsque l'intérim intervient à la suite d'un empêchement définitif (art. 7 al. 11). Ces dernières restrictions sont surtout la conséquence de l'exercice possible de l'intérim par le Gouvernement, de sorte que certains se demandent si elles ne s'imposeraient pas, de facto, même en cas d'empêchement provisoire[6].

Dans la pratique ces garde-fous s'ajoutent au fait que l'article 7 prévoit que, s'il y a lieu, une nouvelle élection présidentielle doit intervenir dans un délai maximum de trente cinq jours. C'est donc seulement en cas de force majeure (art. 7 al. 5) ou d'empêchement provisoire prolongé que l'intérim pourrait risquer de durer. Dans cette optique et en cas de crise, le président intérimaire pourrait parfaitement user des pouvoirs exceptionnels au titre de l'article 16. Rien ne s'oppose non plus à ce que le président intérimaire nomme un nouveau Premier ministre et le Gouvernement au cas où celui-ci viendrait à démissionner.

Cependant, on pouvait penser que le président intérimaire devait rester en dehors de l'arène politique ou quitter sa charge sinon. Pourtant, le président Alain Poher, lors du premier intérim qu'il assura, malgré les engagements qu'il avait pris, ne s'est pas estimé tenu d'abandonner sa fonction intérimaire lorsqu'il fit acte de candidature à l'élection présidentielle de 1969 contre Georges Pompidou (notamment)[7]. Malgré ce précédent, certains estiment que la question reste à trancher[8].

L'intérim est à distinguer de la suppléance[modifier | modifier le code]

L'article 21 de la constitution de la Cinquième République prévoit que le Premier ministre peut suppléer le président de la République dans la présidence des conseils et des comités prévus par l'article 15 (art. 21 al. 3). Il prévoit surtout, qu'à titre exceptionnel, il peut, sur délégation, sur un ordre du jour déterminé, le suppléer pour présider le Conseil des ministres (art. 21 al. 4). Cette faculté a déjà joué au profit de cinq Premiers ministres dans diverses circonstances majoritairement liées à l'état de santé du président, subsidiairement à une absence prolongée lors d'un voyage présidentiel.

Pratique de l'intérim depuis 1875[modifier | modifier le code]

Nom de l'organe intérimaire Régime, circonstances Durée de l'intérim
Sous la IIIe République
Conseil des ministres du gouvernement Jules Dufaure V Démission du président Mac-Mahon le 30 janvier 1879
Conseil des ministres du gouvernement Maurice Rouvier I Démission du président Jules Grévy du 2 au 3 décembre 1887
Conseil des ministres du gouvernement Charles Dupuy II Assassinat du président Sadi Carnot du 25 au 27 juin 1894
Conseil des ministres du gouvernement Charles Dupuy III Démission du président Jean Casimir-Perier du 16 au 17 janvier 1895
Conseil des ministres du gouvernement Charles Dupuy IV Décès du président Félix Faure du 16 au 18 février 1899
Conseil des ministres du gouvernement Alexandre Millerand II Démission du président Paul Deschanel du 21 au 23 septembre 1920
Conseil des ministres du gouvernement Frédéric François-Marsal Démission du président Alexandre Millerand du 11 au 13 juin 1924
Conseil des ministres du gouvernement André Tardieu III Assassinat du président Paul Doumer du 7 au 10 mai 1932
Sous la IVe République
néant Le président René Coty démissionna le 8 janvier 1959, lors de l'entrée en fonction du général de Gaulle élu le 21 décembre 1958 -
Sous la Ve République
Alain Poher, président du Sénat Démission du général de Gaulle du 28 avril au 20 juin 1969
Alain Poher, président du Sénat Décès du président Pompidou du 2 avril au 27 mai 1974

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Constitution du 4 octobre 1958 (lire en ligne)
  2. Comme l'avait proposé également Paul Bastid en 1946 lors des travaux de la Seconde Assemblée constituante en vue de la future Constitution de la IVe République. En 1958, Étienne Dailly fit la même suggestion lors des travaux préparatoires sur la Ve République et déposa même un projet de loi en ce sens en 1974.
  3. Toutefois, en 1848, le vice-président, destiné à remplacer le président empêché, n'était pas élu avec le président comme aux États-Unis, mais par l'Assemblée nationale (art. 70)
  4. Debré 1975, p. 55 et 62.
  5. Debré 1975, p. 66 et Renoux et de Villiers 1994, p. 250.
  6. Renoux et de Villiers 1994, p. 250.
  7. Barrillon et al. 1986, p. 468.
  8. Pour des raisons d'opportunité, le Premier ministre de l'époque, Maurice Couve de Murville, n'a pas souhaité saisir le Conseil constitutionnel de cette question, ibid. et Renoux et de Villiers 1994, p. 251, pour qui « une telle candidature n'est peut-être pas une hypothèse inattaquable... politiquement ».

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Raymond Barrillon, Jean-Michel Bérard, Marie-Hélène Bérard et Georges Dupuis, Dictionnaire de la Constitution : Les institutions de la Ve République, Paris, Cujas, , 4e éd., 606 p. (ISBN 2-254-87050-3 (édité erroné))
  • Jean-Louis Debré (dir.), La Constitution de la Ve République, Paris, PUF, , 340 p. (notice BnF no FRBNF34570936)
  • Simon-Louis Formery, La Constitution commentée article par article, Paris, Hachette supérieur, coll. « Les fondamentaux » (no 17), , 9e éd., 159 p. (ISBN 2-01-145682-7)
  • François Luchaire et Gérard Conac, La Constitution de la République française : Analyses et commentaires, Paris, Economica, , 2e éd., 1402 p. (ISBN 2-7178--1334-9)
  • Thierry S. Renoux et Michel de Villiers, Code constitutionnel, Paris, Litec, , 1512 p. (ISBN 2-7111-2306-5)

Articles connexes[modifier | modifier le code]