Henri Gatien Bertrand

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Henri Gatien Bertrand
Le général Henri Gatien Bertrand.
Le général Henri Gatien Bertrand.

Naissance
Châteauroux, Indre
Décès (à 70 ans)
Châteauroux, Indre
Origine Drapeau de la France France
Allégeance Drapeau de la France République française
Drapeau de l'Empire français Empire français
Drapeau de la Principauté de l'île d'Elbe Principauté de l'île d'Elbe
Drapeau de l'Empire français pendant les Cent-Jours Empire français (Cent-Jours)
Arme Génie
Grade Général de division
Années de service 1793-1816
Conflits Guerres de la Révolution française
Guerres napoléoniennes
Commandement 4e corps de la Grande Armée
Faits d'armes Bataille des Pyramides
Bataille d'Austerlitz
Bataille d'Iéna
Bataille d'Eylau
Bataille de Wagram
Bataille d'Essling
Distinctions Grand Aigle de la Légion d'honneur
Comte de l'Empire
Hommages Nom gravé sous l'arc de triomphe de l'Étoile, 14e colonne.
Autres fonctions Grand maréchal du palais
Député de l'Indre
Commandant de l'École polytechnique
Famille Henri Bertrand (fils)

Henri Gatien, comte Bertrand, né le à Châteauroux dans l'Indre et mort le dans cette même ville, est un général du Premier Empire, compagnon de Napoléon à Sainte-Hélène.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille bourgeoise[1], Henri Gatien Bertrand naît au château Raoul à Châteauroux, logement de fonctions de son père, Henry Bertrand, maître particulier des eaux et forêts, subdélégué de l'intendance de Bourges au département de Châteauroux. La mère de Bertrand, Henriette Boucher, était la fille d'un inspecteur général des Ponts et Chaussées.

Il est élève chez les pères de la Doctrine chrétienne au Collège royal de La Flèche, où Descartes l'a précédé. Le 11 septembre 1793, il entre comme sous-lieutenant à l'École royale du génie de Mézières en 1793. Il est le major de sa promotion. Il en sort lieutenant, est promu capitaine le 21 mars 1795 et, à vingt-deux ans, il remplace pendant près d'un an (juin 1795-avril 1796) l'illustre Monge à la chaire de stéréotomie et de géométrie descriptive de l'École polytechnique, ce qui témoigne de sérieuses capacités en mathématiques.

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Gloire nationale : Henri Gatien Bertrand.

Il sert d'abord dans la garde nationale de Paris. Le 10 août, son bataillon se porte aux Tuileries pour défendre la royauté constitutionnelle. Sous-lieutenant dans la guerre des Pyrénées en 1795 et 1796, il fait partie l'année suivante de l'ambassade envoyée à Constantinople. Il est alors attaché à la mission du général Aubert du Bayet, ambassadeur extraordinaire auprès de la Porte, afin d'aider les Turcs à organiser la défense des Dardanelles. Après bien des péripéties, la mission parvient à Constantinople où elle se heurte à une fin de non-recevoir des Turcs. Bertrand prend alors le chemin de l'armée d'Italie, qu'il atteint en 1797.

C'est là qu'il rencontre Bonaparte, qu'il suit en Égypte, où il se distingue aux Pyramides et reçoit alors le grade de chef de bataillon. Il est nommé sous-directeur des fortifications. Légèrement blessé à la tête à Aboukir le 25 juillet 1799, son cheval tué sous lui, le général en chef l'appelle pour remplacer son chef de brigade et Bertrand, la tête enveloppée d'un bandage, s'élance à l'attaque du fort d'Aboukir, prend un drapeau et reçoit une blessure à la cuisse. En récompense, il est promu chef de brigade. Le 6 septembre 1800, il est promu général de brigade et le 21 mars 1801, directeur des fortifications d'Alexandrie.

L'Empereur en fait son aide de camp le 7 mars 1805. À la suite de l'Empereur, il participe à toutes les grandes batailles de l'Empire : il est à Austerlitz[2], à Iéna, obtient la capitulation de Spandau le 25 octobre 1806. Il est à Eylau et au siège de Dantzig. Il est nommé général de division le 30 mai 1807, et il est créé comte de l'Empire en mars 1808. Le 16 septembre de la même année, le général comte Bertrand épouse, à la mairie du Ier arrondissement, Élisabeth Françoise Dillon, dite Frances ou Fanny, fille du général Arthur Dillon et d'une créole de la Martinique, Laure Girardin de Montgérald, petite cousine de l'impératrice Joséphine. Le mariage religieux eut lieu le lendemain à Saint-Leu chez Hortense de Beauharnais.

Henri Bertrand est envoyé en Espagne, puis construit les ponts de l'île Lobau sur le Danube qui permettent à la Grande Armée de traverser ce fleuve et de remporter la bataille de Wagram[3]. Son aide de camp est alors Auguste du Moulin de La Fontenelle. Il est fait grand aigle de la Légion d'honneur le 14 août 1809[4]. Le 9 avril 1811, il succède à Marmont comme gouverneur général des Provinces illyriennes. C'est un demi-échec, Bertrand, peu à l'aise dans ce rôle nouveau pour lui, semblant hésiter à prendre des décisions. À la fin de 1812, Napoléon doit lui retirer ses fonctions, mais il lui donne le commandement du IVe corps de la Grande Armée. Bertrand n'y fait pas merveille, notamment lorsque ses troupes sont battues par Blücher et Yorck devant Wartenburg, le 3 octobre 1813. Le 18 novembre 1813, il est nommé grand maréchal du palais et s'installe aux Tuileries le 20.

Après l'Empire[modifier | modifier le code]

Napoléon Ier dictant ses mémoires aux généraux Montholon et Gourgaud en présence du grand-maréchal Bertrand et du comte de Las Cases. École française, XIXe siècle, musée napoléonien de l'île d'Aix.

C'est tout naturellement qu'il suit l'Empereur à l'île d'Elbe où il exerce les fonctions de ministre de l'Intérieur et gouverneur des affaires civiles. Il y est rejoint par son épouse Fanny, qui mit au monde un petit Alexandre décédé à quelques mois à la suite d'une erreur médicale. Pendant les Cent-Jours, il se réinstalle aux Tuileries. Il redevient grand maréchal du Palais et le conseiller militaire de Napoléon pendant cette période. Après Waterloo, il suit l'Empereur à la Malmaison, puis dans le reste de son périple jusqu'à Sainte-Hélène[5].

Le 7 mai 1816, Bertrand est condamné à mort par contumace pour trahison envers le roi Louis XVIII, à cause d'une lettre secrète qu'il avait écrite au duc de Fitz-James dans laquelle il déclarait : « je reste sujet du Roi et je serai son sujet fidèle », et promettait de quitter Napoléon en échange d'un retour chez sa famille en France[6]. Bertrand revient à Paris en octobre 1821. Amnistié de sa condamnation à mort par contumace le 24 octobre 1821[7], triomphalement accueilli à Calais, il se partage entre ses terres de Laleuf, près de Châteauroux, et son petit hôtel parisien de la rue de la Victoire. La monarchie de Juillet le nomme recteur de l'École polytechnique en novembre 1830. Élu député de l'Indre en 1831, il siège à gauche. Il est battu en 1834, et se retire de la vie publique.

Sa femme Fanny Dillon meurt d'un cancer du sein le 10 mars 1836. Sa seule fille, Hortense[8]-Eugénie (18 novembre 1810 - Palais des Tuileries, Paris1889) a épousé Amédée Thayer, sénateur du Second Empire. Ils ont quatre fils, Napoléon, Henri, Arthur (1817-1871) - né à Sainte-Hélène, et dont sa mère annonça ainsi la naissance à l'Empereur : « Sire, j'ai l'honneur de vous présenter le premier français qui soit entré à Longwood sans la permission du gouverneur » - et Alphonse. Ses deux fils aînés lui causent bien des soucis, à tel point qu'il s'éloigne d'eux pendant trois ans à la Martinique, avec le titre de gouverneur, sous le prétexte d'exploiter les plantations de canne à sucre léguées par sa belle-mère.

Bertrand dans les dernières années de sa vie.

Revenu en France en 1840, il remet à Louis-Philippe l'épée de l'Empereur. Cet acte n'est pas sans soulever l'indignation de la famille Bonaparte qui réclamait ce legs que leur illustre parent leur avait laissé par testament[6]. Avec son dernier fils Arthur, Bertrand embarque sur la Belle Poule le 7 juillet 1840 et participe à l'expédition organisée pour ramener les cendres de l'Empereur Napoléon restées à Sainte-Hélène depuis mai 1821[6]. Arthur a d'ailleurs raconté ce retour des cendres dans un ouvrage intitulé "Lettres sur l'expédition de Sainte-Hélène en 1840"[9].

À l'automne 1842 le général Bertrand gagne à nouveau la Martinique où il séjourne quelques mois. Après un périple maritime dans les Caraïbes, il débarque à la Nouvelle Orléans et visite les États-Unis du sud au nord-est (13 juillet - 25 novembre 1843) : c'est l'occasion pour lui de découvrir un pays où il a failli accompagner Napoléon en 1815. Il bénéficie d'un accueil très chaleureux dans toutes les villes où il passe et rencontre plusieurs personnalités politiques américaines de premier plan [10]. À son retour en France, victime d'un refroidissement, il meurt brutalement à Châteauroux le 31 janvier 1844, à l'âge de soixante-dix ans. Son enterrement, suivi seulement par son fils Arthur, fait contraste avec son ultime destinée : le 5 mai 1847, sur la proposition du colonel et député Bricqueville, on ramène sa dépouille à Paris pour l'enterrer aux Invalides, vis-à-vis de Duroc. Depuis le transfert des cendres de Napoléon dans la crypte conçue par Louis Visconti, il veille à l'entrée du tombeau de ce maître qu'il continue de servir dans la mort.

Publications[modifier | modifier le code]

Noms gravés sous l'arc de triomphe de l'Étoile : pilier Est, 13e et 14e colonnes.
  • Ses fils ont publié en 1847 les Campagnes d'Égypte et de Syrie (2 volumes in-8 et atlas), qu'il avait écrites à Sainte-Hélène, sous la dictée de Napoléon.
  • Général Bertrand, lettres à Fanny 1805-1815, annotées et présentées par Suzanne de la Vaissière-Orfila, Paris, Albin Michel, 1979
  • Général Bertrand, Sur la détresse des colonies françaises en général, de l'île Martinique en particulier..., Paris, Typographie de Firmin Didot frères, 1838
  • Lettres sur l'expédition de Sainte-Hélène en 1840, par son dernier fils Arthur - Paulin Éditeur 1841

Le général Bertrand est également l'auteur des Cahiers de Sainte-Hélène, une relation scrupuleuse, cryptée, au jour le jour des moindres mots, faits et gestes de Napoléon 1er, en exil à Ste-Hélène, du 1er avril 1816 à mai 1821.

Cahiers de Sainte-Hélène. Décryptés et annotés par Paul Fleuriot de Langle : - Journal 1816-1817. Paris : éd. Sulliver, 1951. - Journal 1818-1819. Paris : éd. Albin Michel, 1959. - Journal janvier-mai 1821. Paris : éd. Sulliver, 1949.

Les « Cahiers de Sainte-Hélène » se composent de trois volumes publiés longtemps après la mort de Bertrand, et correspondent à la cote 390 AP 25 du Centre Historique des Archives Nationales, à Paris. Le premier volume commence le 14 avril 1816 et ne comprend pas le Journal de Sainte-Hélène coté 390 AP 24, qui commence le 1er avril 1816. Celui-ci reste donc à ce jour, inédit. En revanche, les « dates et notes pouvant servir de suite au journal du comte Las Cases », également cotées 390 AP 24, ont été intégrées à ce premier volume par l’éditeur. D’autre part, il faut souligner que ces « Cahiers » ne restituent pas le texte original de façon intégrale. Les documents publiés comptent en effet de nombreuses lacunes certainement dues aux difficultés de lecture du manuscrit. Sous la cote 390 AP 32 sont répertoriés les Transcriptions des manuscrits de Bertrand : Dossier 1. « Notice pour mes enfants ». Dossier 2. « Dates et notes pouvant servir de suite au journal du Comte Las Cases ». Dossier 3. Cahiers de Sainte-Hélène. Cette transcription est l’œuvre d’Ernest Razy, conseiller à la Cour des Comptes à qui la fille du général Bertrand, Hortense, devenue Mme Thayer, avait légué le manuscrit des Cahiers de Sainte-Hélène reçu en héritage, avec mission de le publier après sa mort. (Source et citations : Fonds du Général Bertrand 390 AP 1-34, Archives Nationales, Paris).

Armoiries[modifier | modifier le code]

Figure Blasonnement
Ornements extérieurs Comtes de l'Empire français.svg
Blason Henri Gatien Bertrand (1773-1844).svg
Armes du comte Bertrand et de l'Empire (décret du 19 mars 1808, lettres patentes du 21 septembre 1808 (Château-Roux))

Écartelé : au premier des comtes militaires ; au deuxième d'or, à l'ombre de soleil rayonnant d'azur, au troisième d'or, au palmier de sinople, issant de la pointe et fruité du champ, trois à dextre, trois à sénestre, posés deux et un, au quatrième d'azur au créquier d'or issant de la pointe.[11],[12],[13]

Livrées : bleu, rouge, jaune et vert ; le vert dans les bordures seulement[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « mais de ces bourgeois en route pour la noblesse et déjà vivant noblement » dit Frédéric Masson (Masson, Napoléon à Sainte-Hélène, tome I, p. 87)
  2. Bertrand fit preuve de talent et de courage à Austerlitz, et, après la bataille on le vit, à la tête d'un faible corps, ramener un grand nombre de prisonniers et 19 pièces de canon
  3. Il rend le service le plus essentiel de la campagne à Essling les 21 et 22 mai 1809, par la rapide construction des ponts hardis établis sur le Danube. Sans l'active habileté de Bertrand, l'armée française, renfermée dans Unter-Lobau (île du Danube), ne pouvait se porter sur le champ de bataille de Wagram
  4. Testu, Almanach impérial pour l'année 1810 : présenté à S.M. l'Empereur et Roi par Testu, Paris, Testu, (lire en ligne)
  5. « C'était un homme fort borné, mais très honnête », tranche la comtesse de Boigne. « Il a été bon mari et bon gendre […] On dit qu'il avait de la capacité dans son arme. L'Empereur était bon juge et le distinguait, mais je crois que son vrai mérite était un dévouement aveugle et sans bornes d'aucune espèce ».
  6. a, b et c Albert Benhamou, L'autre Sainte-Hélène, 2010
  7. Louis XVIII annula le jugement et le réintégra dans tous ses grades
  8. Prénom de sa marraine, Hortense de Beauharnais
  9. Lettres sur l'expédition de Sainte-Hélène en 1840 par Arthur Bertrand - Paulin Éditeur 1841
  10. Lucien Lacour, « Le général Bertrand aux Etats-Unis en 1843 : jours de gloire et rencontre d’un pays ", Bourges, Cahiers d’archéologie et d’histoire du Berry, n° 201, , p. 9-37 p.
  11. a et b PLEADE (Archives nationales).
  12. Armorial de J.B. RIETSTAP - et ses Compléments
  13. Source : www.heraldique-europeenne.org

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacques de Vasson, Bertrand, le Grand Maréchal de Sainte-Hélène, Issoudun, 1935
  • Le Général Bertrand, fils du Berry, catalogue de l'exposition du bicentenaire, musée Bertrand, Châteauroux, 1973
  • Michel Berthelot, Bertrand, grand-maréchal du Palais. Dans les pas d'un fidèle, Châteauroux, Chez l'auteur, 1996
  • Annette Surrault, De la Campagne d'Egypte au Berry. Le général Henri-Gatien Bertrand et le savant Hervé Faye, Issoudun, Alice Lyner Ed., 2012
  • Arthur Bertrand, Lettres sur l'expédition de Sainte-Hélène en 1840, Paulin Éditeur 1841

Liens externes[modifier | modifier le code]