Défense de la Loire

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Défense de la Loire
Le Pont des Cadets, situé à Saumur (Maine-et-Loire).
Le Pont des Cadets, situé à Saumur (Maine-et-Loire).
Informations générales
Date du 18 au 20 juin 1940
Lieu entre Saumur et Gennes, Maine-et-Loire, France
Issue Victoire allemande marginale
Belligérants
Drapeau de la France France Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand
Commandants
Drapeau de la France Charles Michon Drapeau de l'Allemagne Kurt Feldt
Forces en présence
2 500 hommes ;
quelques pièces d'artillerie ;
24 blindés
40 000 hommes,
300 pièces d'artillerie ;
150 blindés
quelques éléments de la Luftwaffe
Pertes
250 tués ou blessés
218 prisonniers
2 chars endommagés
132 tués
plusieurs centaines de blessés
7 blindés détruits
Seconde Guerre mondiale,
Bataille de France
Batailles
Bataille de France et campagne des 18 jours
Pour le front néerlandais, voir Bataille des Pays-Bas.

Prélude et traversée allemande des Ardennes

Drôle de guerre · Évacuation des civils de la ligne Maginot · Mobilisation · Offensive de la Sarre · Baie de Heligoland · Accident de Mechelen · Plan jaune · Plan Dyle · Luxembourg · Ében-Émael · Hannut

Percées de la Meuse et rupture du front belge :

Sedan · Dinant · Monthermé · Givet · La Horgne · Gembloux · Flavion · Louvain · Charleroi

Tentatives de contre-attaques alliées :

Stonne · Montcornet · La Sambre · Arras

Défense des ports de la Manche et rembarquement britannique à Dunkerque :

L'Escaut · Amiens · La Lys · Massacre de Vinkt · Boulogne-sur-Mer · Calais · Poche de Lille · Massacre du Paradis · Abbeville · Dunkerque · Capitulation belge

Effondrement de la Ligne Weygand et avancée allemande sur la Seine :

L'Aisne · L'Ailette · Opération Paula · l’Exode

Front italien et percée allemande dans le Sud :

Pont-de-l'Arche · Les Alpes · Vallon du Seuil · Bombardement de Toulon · Opération Vado · La Loire · La vallée du Rhône · Bombardements de Marseille · Pont Saint-Louis · Armistice du 22 juin

La défense de la Loire est un épisode de la Seconde Guerre mondiale, quand les cadets de Saumur (du nom donné aux élèves officiers de réserve de l’École d’application de la cavalerie, à Saumur) et d'autres éléments de l'Armée française, s’opposent, en juin 1940, à l’avancée allemande sur la Loire. Les principaux affrontements eurent lieu à Saumur et à Gennes.

Cette résistance, qualifiée d'héroïque, opposa pendant deux jours près de 2 500 soldats français, sous-équipés et inexpérimentés, à la 1re division de cavalerie de l'armée allemande, alors même que le maréchal Pétain venait d’annoncer la demande d'armistice et d’appeler à cesser le combat. Ce faisant, les cadets de Saumur sont parfois considérés comme les premiers résistants, avec les derniers défenseurs de la ligne Maginot.

Histoire[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Le pont de Balbigny sur la Loire en train de s'écrouler en juin 1940.

En mai 1940, les armées françaises engagées en Belgique dans le Nord de la France sont encerclées avec le Corps expéditionnaire britannique et l'armée belge à la suite de la percée des Allemands dans les Ardennes. Encerclés à Dunkerque, les Alliés sont évacués par la mer. Le 28 mai, la Belgique capitule, l'armée française ne possède plus que 60 divisions et 1 200 chars et peu de couverture aériennes.

Le 10 juin la ligne de défense reconstituée sur la Somme et sur l’Aisne cède. La retraite de l'armée française se transforme en déroute, même si quelques unités retraitent en ordre. Devant la progression allemande vers la Seine et la prise de Paris déclarée ville ouverte le 14 juin, le gouvernement français, qui trouve refuge à Bordeaux, demande à ce que les fleuves et rivières soient mis en défense pour bloquer la progression des armées du Reich vers le sud de la France. La Loire, compte tenu de son tracé et de sa largeur, doit devenir un obstacle majeur.

Le secteur allant de Candes-Saint-Martin (Indre-et-Loire) au Thoureil (Maine-et-Loire) fut confié à l’École de cavalerie de Saumur, commandée par le colonel Michon. Ce secteur comporte notamment quatre ponts constituant des points de franchissement cruciaux pour les armées allemandes.

Cependant, le 15 juin 1940, l’École de cavalerie reçoit l’ordre d’évacuer Saumur pour rejoindre Montauban. Le colonel Michon, refusant de reculer, obtint de conserver les cadres et élèves de l’école pour mettre le secteur imparti en défense. L’évacuation ne concerne donc que les éléments non-combattants de l’École de cavalerie. Dans la même journée, Maxime Weygand annonce refuser toute reddition de l'armée française.

Le 16 juin 1940, les Allemands sont à Orléans, ville déserte bombardée à plusieurs reprises par leur aviation[1]. Les ponts routiers (Joffre et George-V) sont détruits pour empêcher la progression des Allemands vers le sud. Seul le pont de chemin de fer ou pont de Vierzon n'a pu être détruit, laissant les troupes allemandes rejoindre la rive gauche de la Loire.

Le 17 juin 1940, le maréchal Pétain adresse un message aux armées françaises demandant de cesser les combats dans la perspective de l’armistice. Le colonel Michon rassemble ses cadres pour leur exposer la situation. Tous sont volontaires pour poursuivre la résistance armée, malgré des moyens très faibles, et faire ainsi honneur, dans un esprit de sacrifice, à l’armée française. C’est avec la défense de la ligne Maginot, le premier acte de résistance armée sur le territoire national. Les Allemands sont alors à Nevers et à La Charité-sur-Loire.

Le 19 juin 1940, les Allemands atteignent Gien, Beaugency et Sully-sur-Loire. Dans le même temps, Blois et Nantes, villes déclarées ouvertes, sont prises par l'ennemi.

Troupes en présence[modifier | modifier le code]

Françaises[modifier | modifier le code]

Les troupes françaises sont hétéroclites, et sont constituées de :

  • 550 élèves aspirants de réserve (ÉAR) de cavalerie et des 240 ÉAR du train (équivalent des EOR actuels) de la 4e division d’instruction, encadrés par leurs instructeurs ;
  • 360 soldats de divers centres d’instruction de la région aux ordres du capitaine de Cadignan ;
  • 80 hommes commandés par le capitaine Monclos ;
  • 200 fantassins et mitrailleurs du 13e régiment de tirailleurs algériens ;
  • un bataillon de 350 hommes de l’École d’infanterie de Saint-Maixent ;
  • le 1er Groupe Franc motorisé de cavalerie aux ordres du capitaine de Neuchèze (dont le compositeur Jehan Alain) ;
  • un escadron de reconnaissance (capitaine Gobble) ;
  • 260 cavaliers du 19e régiment de dragons aux ordres de chef d’escadron Hacquard.

Soit environ 2 500 hommes armés de 24 blindés, 5 canons de 75 mm, 13 canons antichars et 15 mortiers pour tenir 40 km de front.

Allemandes[modifier | modifier le code]

Les troupes allemandes sont composées de :

  • 40 000 hommes, 300 pièces d'artillerie, 150 blindés et de plusieurs éléments de la Luftwaffe.

Déroulement des combats[modifier | modifier le code]

Soldat allemand blessé recevant un traitement médical sur le front en juin 1940.

Ceux-ci bloqueront pendant plus de deux jours plus de deux divisions allemandes (dont la 1re division de cavalerie), sans oublier l’appui de la Luftwaffe. Les combats commencèrent le 19 juin 1940 après que les troupes françaises prirent positions sur quatre ponts de la Loire, qu'elles eurent ordre de tenir coûte que coûte.

Bien qu'elles soient inexpérimentées, elles repoussent les divers assauts allemands, leur infligeant de lourdes pertes, menant même une contre-attaque mais qui est rapidement contenue. Ce n'est que grâce à l'arrivée de renforts et par l'utilisation massive de l'artillerie et par suite du manque de munitions que les Allemands s'emparent de ces ponts dans la journée du 20 juin 1940, marquant ainsi la fin de la bataille et de tout obstacle majeur à la progression de l'armée allemande dans le Sud du pays. Tours est prise le 20 juin. A Port-Boulet les défenseurs ne réussissent pas à détruire le pont mais le défendent jusqu'à l'ordre de replis, dans la nuit du 20 au 21. Suite aux combats à Saumur, l'armée française livre bataille aux Allemands du coté de Bressuire puis à Poitiers, qui tombe le 22 juin.

L'issue de cette bataille permit donc également aux Allemands de lancer une vaste offensive vers le Sud-Est, plus particulièrement dans la vallée du Rhône, où les troupes françaises de l'Armée des Alpes qui devaient déjà faire face aux Italiens furent prises à revers par les forces allemandes. Cette aide militaire précipite donc la signature de l'armistice du 24 juin 1940, les forces françaises n'étant pas en mesure de se battre sur deux fronts.

Après les combats[modifier | modifier le code]

Les combats héroïques menés par cette poignée de soldats équipés de leurs armes d’instruction contre des forces très supérieures tant en hommes qu’en armements furent reconnus par leurs vainqueurs : c’est le général Feldt commandant la 1re division de cavalerie qui leur donnera le nom de « cadets » et qui leur permettra de repartir libres vers la ligne de démarcation, aux ordres de leurs officiers, sans escorte allemande, une section de la Wehrmacht leur rendant les honneurs militaires au passage du pont à Beaulieu-lès-Loches.

Les cadets de Saumur furent également cités pour actes de bravoure à l'ordre de l'armée par le général français Maxime Weygand.

Bilan[modifier | modifier le code]

Pertes humaines[modifier | modifier le code]

Les pertes de cette bataille sont de 250 tués ou blessés du côté français, et de 132 tués et plusieurs centaines de blessés du côté allemand.

218 soldats français sont faits prisonniers par les Allemands après la bataille de Saumur/Gennes (mais qui seront relâchés plus tard par le général allemand Kurt Feldt). De nombreux autres soldats sont également portés disparus (plusieurs centaines d'hommes au total).

Distinctions et mémoire[modifier | modifier le code]

Jehan Alain, compositeur et organiste français, cité pour actes de bravoure, meurt le 20 juin 1940 au champ d'honneur à 29 ans après avoir résisté seul à un peloton d'assaut allemand[2]. Cette bataille est également considérée par certains historiens comme un des premiers actes de résistance face à l'occupant nazi.

Maurice Druon, devenu plus tard homme de lettres et académicien, était élève-officier à Saumur et a fait partie de ces « cadets ». Il a écrit son premier roman, « La dernière brigade » en 1946, qui raconte cette bataille.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) Histoire de la ville d'Orléans, consulté le 5 mai 2013
  2. (fr) Dominique Lormier, La Bataille des Cadets de Saumur. Juin 1940, p. 49 (éd. Les Chemins de la Mémoire, 2003)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Roy Macnab, For Honour Alone: The Cadets of Saumur in the Defence of the Cavalry School, France, June 1940, Éditions Robert Hale Limited, 1988, 208 p. (ISBN 0709033311)
  • (fr) Patrick de Gmeline, Les Cadets de Saumur, juin 1940, Éditions Presses de la Cité, 2010, 397 p. (ISBN 2258084202)
  • (fr) Robert Milliat Le Dernier Carroussel, Défense de Saumur 1940, édité en 1945

Sources[modifier | modifier le code]