Invisibilité

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Dispositif optique créant une zone invisible dans deux directions spatiales.

L'invisibilité est l'état d'un objet ou d'un organisme vivant qui ne peut être vu, on dit alors qu'il est invisible.

Le terme est utilisé dans de nombreux films et romans de fantasy ou de science-fiction, où les objets sont rendus invisibles par les pouvoirs de la magie ou de la technologie. Cependant, on peut aussi voir ses effets dans le monde réel, dans certains domaines de la physique.

Métamatériaux[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Métamatériaux.

Dans l'édition du de la revue Science, des chercheurs britanniques et américains ont déclaré que théoriquement l'emploi de métamatériaux pouvait permettre de dévier les rayonnements électromagnétiques (dont la lumière fait partie) et leur faire reprendre une trajectoire « normale » après avoir passé ce dernier[1].

Avec les travaux de l'équipe de David Smith de l'université Duke en Caroline du Nord aux États-Unis d'Amérique, les métamatériaux se limitent à des longueurs d'onde de l'ordre du millimètre qui sont du domaine des micro-ondes[2]. Mais quelques mois plus tard, la lumière visible est déviée dans le rouge[3] à la suite des travaux d'une équipe germano-américaine.

En , des scientifiques allemands du Deutsche Forschungsgemeinschaft (DFG) annoncent avoir réussi à occulter en trois dimensions dans le proche infrarouge un objet d'un micromètre. Jusque-là, l'occultation n'était efficace qu'en deux dimensions, ce qui faisait que lorsque l'observateur déplaçait son point de vue, l'objet réapparaissait[4].

Biomimétisme ; Inspiration dans le monde vivant : Les céphalopodes sont dotés de moyens de se fondre dans leur environnement ; certains peuvent en quelques millisecondes modifier la couleur et aussi la texture de leur peau en imitant assez fidèlement la granularité de leur environnement grâce à une peau entièrement dotée d’une triple couche de leucophores (réfléchissant uniformément la lumière), d’iridophores (source de couleurs iridescentes par diffraction différentiée de la lumière) puis de chromatophores (qui, sous l'action du cerveau permettent à la peau de changer brusquement de couleur (y compris dans des longueurs d'onde que nous ne voyons pas mais que d'autres espèces marines perçoivent), en arborant des motifs colorés parfois très complexes)[5]. Les chromatophores sont également « contractiles », ce qui permet à la peau de l’animal de susciter de petites cornes et d’autres pustules mimétiques imitant des algues, du sable, du gravier, une roche ou une croûte d'organismes marins... La peau de certaines seiches peut même générer des motifs dynamique très complexes trompant un ennemi ou imitant les taches lumineuses projetées par les vaguelettes de surface[5].
Ceci fait de cet animal une source d'inspiration pour le biomimétisme et pour la robotique molle, qui pourrait « bientôt » peu à peu intégrer une « cape d'invisibilité » avec une peau se colorant à la manière d’un écran LCD souple et modifiant sa forme, comme le montrent Pikul et al. en oct 2017 dans la revue Science : ils ont en effet obtenu des textures complexes au relief modifiable sur une « peau » artificielle à base de silicone. En 2017, les possibilités de transformation bi- ou tri-dimensionnelles programmables de surfaces élastiques et colorées sont encore très rudimentaires, mais, par exemple associées à un réseau de neurones artificiels, elles laissent entrevoir un nouveau champ du possible. Dans ce cas ce sont des membranes élastomères enrobées de mailles textiles inextensibles et peuvent être plus ou moins « gonflées » pour prendre des formes pré-programmées[6],[7].

Science-fiction et fantastique[modifier | modifier le code]

De par son caractère fantastique et spectaculaire, l'invisibilité est souvent utilisée dans les fictions et ce quel que soit le support (littérature, films, etc.).

Une des utilisations les plus marquantes dans la fiction moderne de l'invisibilité a été faite par l'auteur britannique H. G. Wells dans son livre L'Homme invisible, qui a servi d'inspiration et a été adapté dans diverses œuvres. Parmi les œuvres de fiction célèbres mettant en scène des personnages doués d'invisibilité, on peut également citer Le Secret de Wilhelm Storitz de Jules Verne, roman dans lequel Wilhelm Storitz utilise une potion d'invisibilité concoctée par son père pour assouvir sa vengeance envers la famille de la jeune fille qu'il souhaitait épouser, l'Anneau unique, forgé par Sauron, qui rend son porteur invisible, et dont la découverte et la destruction constituent le fil conducteur du Hobbit et du Seigneur des anneaux de J. R. R. Tolkien, et la cape d'invisibilité, dans l'univers de Harry Potter de J.K. Rowling, une des Reliques de la Mort qui rend toutes personnes invisibles quand elle est portée.

La série télévisée Star Trek met en scène le concept d’invisibilité par déviation des ondes pour la technologie dite du « bouclier occulteur » utilisé très fréquemment dans la série.

Platon parle déjà d'un anneau d'invisibilité : l'Anneau de Gygès (deuxième livre de La République).Cette idée sera reprise par Zacharie de Lisieux dans son ouvrage Gyges Gallus publié en 1658 en latin, puis traduit en français en 1663. Ces ouvrages sont certainement les premiers à parler de l'invisibilité.

Jeux vidéo[modifier | modifier le code]

L'invisibilité est également un thème récurrent dans l'univers des jeux vidéo.

On peut citer notamment l'un des plus célèbres, "Crysis", ainsi que les opus suivants édités par la société allemande Crytek, dans lesquels le joueur possède une combinaison spéciale pouvant être utilisée de plusieurs façons, dont la plus impressionnante est le "mode camouflage".

Cette utilisation demande cependant beaucoup d'énergie et n'agit que pendant un temps assez limité.

Cette caractéristique laisse penser que, dans l'imaginaire du jeu, cette fameuse combinaison doit générer un puissant champ électro-magnétique pour pouvoir se "glisser" entre les rayonnements de la lumière ambiante.

Religion[modifier | modifier le code]

Le catholicisme traduit le concept d'invisibilité par la notion d'hypostase, c'est-à-dire l'objet eschatologique de l'espérance, celui des biens du monde à venir.

« La foi est l'hypostasis des biens que l'on espère, la preuve des réalités qu'on ne voit pas ». Pour les Pères et pour les théologiens du Moyen Âge, il était clair que la parole grecque hypostasis devait être traduite en latin par le terme substantia (Spe Salvi, 7).

Visibilité/invisibilité sociale[modifier | modifier le code]

Au sein de nos sociétés contemporaines, le duo visibilité/invisibilité est commun à la fois chez les individus, les organismes à but non lucratif et les organisations publiques et privées. Cette logique implique qu'être visibles dans l’espace public et médiatique nous dote d’une acceptation sociale, qui elle est très prisée (Aubert et Haroche [8]; Voirol[9],[10]).

En science sociale, la visibilité n’est pas synonyme de visible physiquement. La visibilité fait plutôt plutôt référence à la perception (aspect esthétique) et au pouvoir (aspect politique) (Brighenti[11]). Ces relations forment des phénomènes ambigus car la production et la compréhension de la visibilité dépendent de contextes sociaux, techniques et politiques complexes (Brighenti[12]). La visibilité peut à proprement parler être comprise comme une catégorie sociale. Elle devient aussi une exigence, voire d’une injonction, qui constituerait une nouvelle forme de pouvoir. Michel Foucault avec son ouvrage-phare « Surveiller et punir » (1975) est souvent cité pour marquer ce contrôle, le regard panoptique (c'est-à-dire de l’interne) ne proviendrait plus que des personnes en pouvoir : il proviendrait également des personnes qui se soumettraient elles-mêmes à cette injonction de la visibilité.

L’invisibilité sociale, quant à elle, est un processus qui empêche de participer pleinement à la vie publique. Elle s’appuie sur une impression d’être relégué socialement et elle découle d’un sentiment d’inutilité et de la honte de se sentir ainsi (le Blanc[13]).

Guillaume le Blanc décrit trois types de régimes d’invisibilité :

a) l’invisibilité de la mort, souvent causée par des génocides ou des meurtres

b) l’invisibilité en maintenant volontairement dans l’ombre des populations qui devraient être visibles afin d’exprimer leur désaccord avec le traitement qu’il leur est réservé (l'appropriation culturelle peut entrer dans cette catégorie puisqu'on efface les créateurs d'un contenu culturel)

c) l’invisibilité comme un défaut de perception, où des personnes n’existent pas car jugées indignes d’être inclues.

On peut résumer l’invisibilité comme une tendance nette à regarder « à travers » une personne, donc sans la voir ni la reconnaître (Honneth[14]). Ne pas démontrer de signes de reconnaissance suite à une connaissance d'autrui implique une forme de mépris moral envers les personnes qui sont effacées [15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) Méta-matériaux : l'invisibilité est en vue !
  2. (fr) Quand l’invisibilité devient une réalité !
  3. (fr) Invisibilité : les métamatériaux arrivent dans le visible
  4. (fr) « Une réelle avancée concernant une cape d'invisibilité en trois dimensions », Bulletins-électroniques.com, (consulté le 11 avril 2010)
  5. a et b Octo camouflage (sweetrandomscience) : http://sweetrandomscience.blogspot.fr/2012/05/octo-camouflage-les-super-pouvoirs-de.html
  6. Cecilia Laschi (2017) Helping robots blend into the background ; Science13 Oct 2017
  7. Pikul J.H & al. (2017) “Stretchable surfaces with programmable 3D texture morphing for synthetic camouflaging skins “| Science 13 Oct 2017|Vol. 358, Issue 6360, p. 210-214 | DOI: 10.1126/science.aan5627|[ http://science.sciencemag.org/content/358/6360/210 résumé]
  8. Aubert, Nicole., Les tyrannies de la visibilité : être visible pour exister?, Erès, (ISBN 9782749213507 et 2749213509, OCLC 717081287, lire en ligne)
  9. Olivier Voirol, « Présentation. Visibilité et invisibilité : une introduction », Réseaux, vol. 129-130,‎ , p. 9-36
  10. Olivier Voirol, « Les luttes pour la visibilité. Esquisse d'une problématique », Réseaux, vol. 129-130,‎ , p. 89-121
  11. Andrea Mubi Brighenti, « Visibility. A Category for the Social Sciences », Current Sociology, vol. 55, no 3,‎ , p. 323-342
  12. Andrea Mubi Birghenti, Visibility in Social Theory and Social Research, Londres, Palgrave Macmillan,
  13. Le Blanc, Guillaume, 1966- ..., L'invisibilité sociale, Presses universitaires de France, impr. 2009 (ISBN 9782130573470 et 2130573479, OCLC 470852329, lire en ligne)
  14. Axel Honneth, « Invisibilité : sur l'épistémologie de la « reconnaissance » », Réseaux, vol. 129-130, no 1,‎ , p. 39 (ISSN 0751-7971 et 1777-5809, DOI 10.3917/res.129.0039, lire en ligne, consulté le 19 décembre 2018)
  15. Truchon Karoline (2017) "Invisivilité et invisibilisation", in Anthropen.org, Paris, Éditions des archives contemporaines.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Guenneau, S., McPhedran, R., Amra, C., & Enoch, S. (2013) "Méta-matériaux et invisibilité (partie 2)". Photoniques, (64), 47-51.
  • Le Meur H (2012) 3° Quatre façons de rendre invisible. La Recherche, (461), 50-51.