Cantharide officinale

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Lytta vesicatoria

La cantharide officinale, Lytta vesicatoria, est un insecte coléoptère de la famille des méloïdés. Il mesure de 12 à 21 mm de long, son corps est allongé, et d'une couleur vert brillant.

On l'appelle aussi mouche cantharide ou mouche espagnole ou encore mouche de Milan, bien que ce ne soit absolument pas une mouche d'un point de vue scientifique (diptère).

Malgré son nom, elle n'appartient pas à la famille des cantharidés et n'est pas non plus une « mouche » (ordre des diptères). Elle ne se trouve pas spécialement en Espagne ou à Milan, mais c'est un insecte aux propriétés particulières (voir plus bas).

Description[modifier | modifier le code]

La cantharide officinale se remarque par ses élytres luisants, le plus souvent vert vif aux reflets mordorés ou cuivrés. Des variantes asiatiques existent, tirant sur le rouge-cuivré, certaines sous-espèces présentant des bandes rouges plus marquées sur le bord des élytres. Le corps est allongé, la tête est bien séparée, élargie en arrière et les antennes sont fines, plus longues chez le mâle. Le thorax est petit et le bout de l'abdomen, mou, dépasse en arrière des élytres.

Illustration "Brehms Tierleben" (1887)

Distribution[modifier | modifier le code]

Elle a une répartition géographique étendue, en Europe méridionale et centrale, en Asie, en Afrique tempérée et en Amérique où elle a été introduite.

Biologie[modifier | modifier le code]

On la trouve sur le frêne, le lilas commun, le troène, le seringat ou le sureau dont l'adulte dévore le feuillage au printemps. Cet insecte vit généralement en colonie.

Sa vie larvaire se fait en parasite des nids d'abeilles solitaires. La femelle pond près des nids et les larves se nourrissent des œufs, des réserves de pollen, de nectar, passent par plusieurs stades évolutifs, de l'état larvaire à l'état nymphal d'où sortiront les adultes qui se nourriront de feuilles d'arbres. Les colonies importantes peuvent causer des dégâts dans les jardins.

Lytta vesicatoria dégage à distance une odeur forte assez désagréable, rappelant une odeur de souris et si cela n'est pas suffisant pour décourager les prédateurs, elle exsude par ses articulations (il s'agit d'une saignée réflexe) une hémolymphe jaunâtre chargée de cantharidine, substance très toxique, vésicatoire. Cette substance toxique provoque des brûlures sur la peau et est très dangereuse pour les yeux[1].

Usage pharmacologique et aphrodisiaque[modifier | modifier le code]

La cantharidine est encore employée aujourd'hui en pharmacopée comme emplâtre vésicant pour soigner de nombreuses affections. Au XIXe siècle, la récolte des cantharides officinales était assez répandue et rémunératrice[1].

Mais une autre caractéristique a assuré la célébrité de la « mouche espagnole », c'est la propriété aphrodisiaque de la cantharidine. Depuis l'Antiquité, une poudre faite avec l'insecte est reconnue comme étant un stimulateur de l'érection. On retrouvait notamment de petites quantités de cette poudre dans les « dragées d'Hercule[à définir] » et les « pastilles de Richelieu ».

D'après le spécialiste Yves Cambefort, « Son action principale est d'irriter l'urètre, ce qui peut en effet provoquer une forte érection et un gonflement du gland, par une excitation réflexe dont le point de départ se trouve dans les muqueuses urinaires enflammées. » Par contre les effets non voulus s'avèrent graves : émissions d'urines sanglantes, vomissements, douleurs abdominales. La surdose peut être mortelle (50 à 100 mg suffisent)[2].

Selon l'historien Augustin Cabanès :

« La liste serait longue de tous les spécifiques inventés, par le caprice de la mode ou l'imagination des blasés, pour rendre une vigueur passagère aux tempéraments épuisés. […] Ce fut à l'intention de Louis XV que le Maréchal de Richelieu, un des compagnons habituels de débauche du roi, imagina la composition des fameuses pastilles connues sous son nom.

Ces pastilles, qui étaient des dragées de toutes couleurs, avaient été préparées par un apothicaire de l'époque, pour le maréchal duc de Richelieu, qui en faisait fréquemment usage, non pour lui, mais pour les femmes qu'il voulait avoir à sa merci, et dont la résistance se prolongeait trop au gré de ses désirs.

Ce sont des pastilles de ce genre, ou plutôt des bonbons cantharidés, que le marquis de Sade distribua dans un bal, à Marseille. Toutes les femmes, brûlées d'un [sic] fureur utérine, et les hommes devenus autant d'Hercules, convertirent cette fête en Lupercales. Le "divin marquis" eut même, à cette occasion, quelques démêlés avec la justice[3]. »

En effet le marquis de Sade offrait à l'occasion à ses partenaires des bonbons d'anis enrobés de poudre de cantharide. Il fut embastillé pour empoisonnement, pour avoir offert de tels bonbons à quatre femmes lors d'une soirée, les effets n'étant pas ceux espérés[4].

La poudre de cantharide est aussi un des ingrédients possibles du ras el hanout[5] (dont la composition est très variable), un ensemble de 25 à 50 épices utilisés dans la cuisine maghrébine, en particulier dans les traditionnels tajines et couscous.

Divers[modifier | modifier le code]

Ce coléoptère a été popularisé par son utilisation par Serge Gainsbourg dans sa chanson Ballade de Johnny-Jane.

Littérature[modifier | modifier le code]

  • Plutarque y fait référence dans son traité De la malignité d'Hérodote : « Comme en cueillant des roses on a souvent à craindre la piqûre des cantharides, de même en lisant Hérodote, il faut être en garde contre ces calomnies et ces critiques amères qu'il cache sous des phrases si douces et si polies »[6];
  • Il est cité dans L'herbe rouge de Boris Vian au chapitre 19 : « Il circulait des marchandes de poivre et de cantharide, vêtues d'un gros ruban de fleurs dans les cheveux et portant des petits plateaux de métal mat avec des sandwiches tout prêts » ;
  • Paul Éluard achève son poème intitulé L'ami en affirmant que « L'espoir des cantharides / Est un bien bel espoir » ;
  • Dans La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole, Jones en parle à propos de ce que vend Lee : « Alors j'me retrouve à bosser pour des clopinettes avec un bestiau, en plus, et pour une patronne qui doit vendre de la mouche d’Espagne aux enfants. Ouah-ho ! » ;
  • La poudre de Cantharide (identifiée dans l'ouvrage comme Telephora vesicans splendens) est au cœur du roman policier Les charbonniers de la mort de Pierre Magnan. Elle y figure comme constituant principal d'une préparation aphrodisiaque et y est ensuite utilisée à fins d'empoisonnement. Dans le cinquième chapitre, Pierre Magnan décrit précisément la collecte des insectes... mais la description semble plutôt correspondre à celle du Bostryche typographe (Ips typographus) cité aussi dans le roman comme constituant de la poudre. Il décrit en effet l'exploration de galeries dans des résineux (mélèzes) alors que la cantharide était récoltée en secouant les branches des arbres les hébergeant sur un drap[7] ;
  • Dans Périple d'un cachalot de Pierre Magnan, de la poudre de Cantharide est versée dans une barrique de vin que boivent les invités d'une noce. Des effets aphrodisiaques spectaculaires y sont décrits[8] ;
  • Cité dans L'histoire de France vue par San-Antonio Neuvième leçon. ;
  • Arthur Rimbaud parle des Cantharides dans son poème Ce qu'on dit au Poète à propos de fleurs adressé à Monsieur Théodore de Banville : « Tu ferais succéder, je crains, / Aux Grillons roux les Cantharides » [9] ;
  • Gustave Flaubert dans Madame Bovary : « des cantharides bourdonnaient »[précision nécessaire].
  • Dans Le Guépard de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, le Père Pirrone fait remarquer à un herboriste de son village natal : « Vous, quand vous découvrez une touffe vigoureuse d'origan ou un nid bien fourni de cantharides (car vous cherchez ça aussi, Don Pietrino, je le sais), vous êtes en communion directe avec la nature que le Seigneur a créée avec ses possibilités indifférenciées de bien et de mal afin que l'homme puisse exercer son libre choix. »[10].

Télévision[modifier | modifier le code]

  • Dans l'épisode 21 de la saison 7 de la série Dr House, la patiente est victime d'un empoisonnement à la poudre de cantharide, qui aurait, selon les médecins, des effets similaires à ceux des radiations.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Claire Villemant, « Les Coléoptères Méloïdés cleptoparasites de nids d'abeilles solitaires », Insectes, no 2,‎ , p. 7.
  2. Yves Cambefort, Le Scarabée et les Dieux : Essai sur la signification symbolique et mythique des Coléoptères, Paris, Boubee, , 224 p. (ISBN 978-2850040795) Voir aussi C. Villemant, "Les Coléoptères Méloïdes", art. cité.
  3. Augustin Cabanès, Remèdes d'autrefois, Paris: A. Maloine, 1910, p. 498ff. Lequel ajoute en note: "Cadet de Gassicourt, dans son formulaire, donne la composition des pastilles de Gen-Seng [sic], qui jouissaient d'une certaine réputation comme aphrodisiaques, et que l'on prenait, au nombre de quatre à cinq, à une heure de distance. Ces pastilles étaient-elles les véritables Pastilles de Richelieu? Nous n'avons aucun indice qui nous permette de l'affirmer."
  4. Raymond Jean, Un portrait de Sade, Actes Sud, (ISBN 2742739343)
  5. Cité dans Fès vu par sa cuisine de Z. Guinaudeau, éd. J.E. Laurent, Rabat, 1966, ASIN B0000DSLJH.
  6. « Plutarque :  Œuvres morales : De la malignité d'Hérodote. (bilingue) », sur remacle.org (consulté le 1er janvier 2016)
  7. François-Laurent-Marie Dorvault, L'Officine, ou Répertoire général de pharmacie pratique, .
  8. Pierre Magnan, Périple d'un cachalot, Éditions Denoël, , 514 p. (ISBN 2070393267), p. 442
  9. Arthur Rimbaud, Poésies Une saison en enfer / Illuminations, Gallimard, , 342 p. (ISBN 978-2-07-031955-8), p. 107
  10. Giuseppe Tomasi di Lampedusa, Le Guépard, Paris, Seuil, coll. « Points Grands Romans », , 359 p. (ISBN 9782757806432), p. 206.

Références externes[modifier | modifier le code]

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