Vénus d'Urbin

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Vénus d'Urbin
Image illustrative de l'article Vénus d'Urbin
Artiste Titien
Date 1534
Technique Huile sur toile
Dimensions (H × L) 119 cm × 165 cm
Localisation Galerie des Offices()

La Vénus d'Urbin[1] (en italien Venere di Urbino et donc quelquefois Vénus d'Urbino en français) est une peinture de la Renaissance réalisée par Titien en 1538 ou 1539. Le peintre a alors 50 ans et c'est la première fois qu'on lui passe commande d'un tel nu. La toile, exposée à la Galerie des Offices de Florence, fut au départ conçue pour être transportable, selon les vœux d'un noble italien de l'époque (dimensions 119 cm × 165 cm).

Une œuvre de commande[modifier | modifier le code]

La Vénus d'Urbin est une commande de Guidobaldo Della Rovere, l'héritier de Francesco Maria Della Rovere, le Duc d'Urbino. Le duc a déjà acheté deux ans plus tôt, le portrait du même modèle, La Bella[2]. Une lettre de Guidobaldo Della Rovere parle de la donna nuda, et cette tournure suffit à montrer que le sujet mythologique n'est ici qu'un prétexte. Le repos de Vénus permet en effet de mettre en évidence la beauté et l'attrait du corps de la femme[3]. Au XVIe siècle, on attribue une puissance magique aux images. Il est recommandé d'accrocher de belles nudités, homme ou femme, dans les chambres à coucher des époux[4]. Si la femme regarde ces beaux corps au moment de la fécondation, son enfant sera plus beau[5].

Le tableau représente probablement[6] la déesse Vénus entièrement nue. Elle est probablement inspirée de la Vénus de Dresde appelée aussi la Vénus endormie de Giorgione. La femme nue se présente allongée légèrement en appui sur le bras droit, la tête relevée par un coussin, cheveux dénoués sur l’épaule, quelques roses entre les doigts. Elle s'offre entièrement aux regards. Seul son sexe est caché de sa main gauche d'une manière à la fois naturelle et pudique. Un petit chien lové à ses pieds. Le décor est celui d'un palais de la Renaissance. En arrière-plan, deux servantes, s’affairent autour d’un coffre à vêtements. Les nus dans les couvercles des coffres étaient une pratique florentine du XVe siècle issue du Moyen Âge mais jamais pratiquée dans la peinture vénitienne. On pourrait presque penser que la Vénus est sortie nue du coffre de mariage.

La Vénus endormie de Giorgione (vers 1510)
Olympia d'Édouard Manet (1863)

Analyse[modifier | modifier le code]

La Vénus d’Urbin affirme sans détour sa sensualité et sa séduction dans une œuvre qui montre le naturalisme tout en nuance de Titien. Le peintre révèle encore une fois au spectateur sa capacité à représenter une réalité concrète, un moment et un climat particuliers. Construit sur le modèle de la Vénus de Giorgione, il s'en détache grâce à l'environnement somptueux, aux servantes et surtout au regard de la femme qui se pose sur le spectateur. Ces éléments permettent de briser l'isolement mythique dans lequel Giorgione avait placé son idéal de la beauté[7].

Certains critiques d'art ont assimilé la main posée sur le sexe à une masturbation. La représentation du geste est tout à fait exceptionnelle. Titien ne l'a jamais reprise et aucun autre peintre non plus. Sous cet angle, le sujet paraît un peu osé, à la limite du pornographique. Il met sur le devant de la scène, un geste qui est admis dans l'intimité du mariage[5]. L'historienne de l'art Rona Goffen a montré qu'au XVIe siècle, la science disait que les femmes ne pouvaient être fertilisées qu'au moment de leur jouissance. Certains médecins suggéraient donc aux femmes mariées de se masturber avant le coït pour avoir un enfant. C'est donc un tableau imaginé dans un contexte de mariage (Guidobaldo Della Rovere a été marié 4 ans plus tôt à une jeune fille de 10 ans et le mariage n'a pas encore été consommé). Le myrte sur la fenêtre, les roses dans la main droite, les deux coffres du fond et le petit chien endormi sur le lit sont aussi des symboles liés au mariage. Toutefois ces symboles ne sont pas univoques. Les coffres peuvent être de simples coffres de mariage mais il faut savoir que les courtisanes en possèdent aussi dans leur palais. Le myrte et les roses peuvent n'être seulement que des roses et du myrte[5].

Erwin Panofsky, un grand historien de l'art, a vu dans le grand pan de peinture noire à gauche, les plis du rideau, créant ainsi une rupture qui sépare visuellement les deux espaces au centre du tableau, à l'aplomb précis du sexe de Vénus Cette ligne noire verticale est prolongée par le bord du pavement horizontal, noir également. Mais pour Daniel Arasse, lui aussi historien de l'art, s'il y a bien un rideau derrière Vénus, c'est un rideau vert, soulevé et noué au-dessus de sa tête. Du même coup, ce grand pan de peinture noire n'est certainement pas un rideau. Ce n'est pas non plus un mur. Cela ne représente rien. Même chose pour le bord de pavement. Le tableau est donc incohérent, et pourtant parfaitement construit[5]. Les bords se contentent de fixer les limites entre les deux lieux du tableau : le lit avec la femme nue et la salle avec les servantes.

Deux espaces perspectifs du tableau sont distincts : la salle d'un palais vénitien Renaissance où évoluent deux servantes et celui du lit sur lequel repose Vénus, les deux sols n'appartenant pas au même plan continu. La perspective de l'arrière salle est travaillée avec une attention très rare dans l'œuvre de Titien. L'objectif n'est pas de construire une unité spatiale mais une unité mentale. Le point de fuite des lignes de pavement est placé à l'aplomb de la main gauche de "Vénus" et à la hauteur de son œil gauche[5]. La couleur qui traite de façon équivalente le premier plan et le fond donne une impression de douceur à l'intérieur du palais.

Ni portrait de courtisane, ni tableau de mariage, La Vénus d'Urbin est devenue une matrice du nu féminin qui inspirera Édouard Manet pour son Olympia.

Anecdotes[modifier | modifier le code]

En 1822, Ingres a copié le tableau de Titien. Cette copie se trouve au Walters Art Museum de Baltimore aux États-Unis. Au début de la IIIe République, Victor Mottez a peint lui aussi une copie de la Vénus d'Urbin pour l'éphémère musée des copies. La copie a ensuite été attribuée par l'État au musée de Mâcon[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fondation Berger, cette Notice du Louvre, l'Universalis, le Sénat français, la Sorbonne, Daniel Arasse dans Histoires de peinture, p. 161...
  2. La Bella est conservée au Palais Pitti, à Florence
  3. Georges Brunel, article Iconographie de Vénus, Encyclopaedia Universalis, DVD, 2007
  4. Souvent placées dans les cassoni, coffres de mariage
  5. a, b, c, d et e La Vénus d'Urbin, consulté le 30 décembre 2008
  6. Pas pour Daniel Arasse même ref.
  7. Anne Pallucchini, Article Titien, Encyclopaedia Universalis, DVD, 2007
  8. Information présenté par le site du Ministère de la cultutre [1], page consultée le 31 décembre 2008

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Erwin Panofsky, Problems in Titian, Mostly Iconographic, New York University Press, 1969 (édition française : Le Titien : questions d'iconologie, Hazan, 1990).
  • Daniel Arasse, « La Femme dans le coffre », On n’y voit rien, Descriptions, Paris, Denoël, 2000, p. 107-152 (réédité dans la collection Folio Essais).
  • La Vénus dévoilée, catalogue de l'exposition consacrée à la Vénus d'Urbin, qui se tint du 11 octobre 2003 au 11 janvier 2004, à Bruxelles, sous la direction d'Omar Calabrese et Herman Parret, éd. Snoeck, 2003.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]