Tunnel ferroviaire du Saint-Gothard

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne le premier tunnel ferroviaire du Saint-Gothard, celui situé à haute altitude. Pour le second tunnel ferroviaire, celui situé à basse altitude, voir Tunnel de base du Saint-Gothard. Pour le tunnel routier, voir Tunnel routier du Saint-Gothard.
Tunnel ferroviaire du Saint-Gothard
Portail Nord à Göschenen.
Portail Nord à Göschenen.

Type Tunnel ferroviaire
Exploitant CFF Infrastrucutre
Traversée Massif du Saint-Gothard
Altitude 1 151 m
Mode de transport Train
Pays Drapeau de Suisse Suisse
Longueur du tunnel 15,003 km
Nombre de tubes 1
Nombre de voies par tube 2
Début des travaux 1872
Fin des travaux 1881
Ouverture à la circulation 1882
Coordonnées 46° 39′ 46″ N 8° 35′ 19″ E / 46.6628, 8.5886146° 39′ 46″ Nord
       8° 35′ 19″ Est
/ 46.6628, 8.58861
  

Géolocalisation sur la carte : Suisse

(Voir situation sur carte : Suisse)
Tunnel ferroviaire du Saint-Gothard

Géolocalisation sur la carte : canton du Tessin

(Voir situation sur carte : canton du Tessin)
Tunnel ferroviaire du Saint-Gothard

Géolocalisation sur la carte : canton d'Uri

(Voir situation sur carte : canton d'Uri)
Tunnel ferroviaire du Saint-Gothard

Le premier tunnel du Saint-Gothard, tunnel ferroviaire à double voie de 15 km de long, fut construit de 1872 à 1881, mille mètres plus bas que le col alpin du même nom, qui culmine à 2 108 m d'altitude. Il relie Göschenen au nord, dans le canton d'Uri à Airolo dans le canton du Tessin. L'entrée nord est à 1 106 m d'altitude, le point culminant à 1 151 m et la sortie à 1 142 m. Les trains parcourent le tunnel en 11 minutes.

Sommaire

Histoire [modifier]

Genèse du tunnel [modifier]

L'axe ferroviaire transalpin du Saint-Gothard fut imaginé dès 1851 par l'ingénieur Gottlieb Keller, qui mit ce projet à l'étude dès 1853. En 1863, quinze cantons ainsi que deux compagnies de chemin de fer formèrent une « Union du Gothard » pour soutenir cette idée. Trois ans plus tard, le Conseil fédéral approuva le projet en le préférant à celui d'un tunnel empruntant le Lukmanier (Grisons).

La ligne ferroviaire du Saint-Gothard et son tunnel furent concédés à la Compagnie du chemin de fer du Saint-Gothard, fondée le 6 décembre 1871 et présidée par le principal artisan de l'Union du Gothard, le Zurichois Alfred Escher (fondateur du Crédit Suisse). Afin de réunir les fonds nécessaires, la Compagnie fit appel aux deux grands pays intéressés par l'ouverture de cet axe de communication nord-sud : l'Allemagne et l'Italie, signataires avec la Suisse d'un « traité du Gothard » (28 octobre 1871), investirent respectivement 20 et 45 millions de francs sur les 187 millions nécessaires. La Compagnie n'avait d'ailleurs pas hésité à soudoyer un député allemand, en lui versant 25 000 francs pour qu'il plaide la cause du projet au Reichstag.

La construction [modifier]

Ouvriers du chantier de la ligne.
Inauguré à Airolo le 1er juin 1932, en commémoration du cinquantenaire de la mise en service de la ligne, ce monument intègre un relief en bronze de Vincenzo Vela intitulé Les Victimes du travail et réalisé en 1882-1883.
La couverture du tunnel.
Locomotive à air comprimé Tunnel du Saint-Gothard vers 1875

La construction du tunnel, après un appel d'offres international, fut confiée en 1872 à l'entrepreneur genevois Louis Favre de famille savoyarde. Une des conditions de l'adjudication fixait à huit ans la durée du chantier et à 500 francs par jour le montant des indemnités en cas de retard. Aucune clause de force majeure ou d'imprévu n'avait été prise dans ce contrat inique signé par Favre qui ne comprenait pas l'allemand et qui jusque là n'avait eu aucun problème avec les entreprises contractantes françaises avec lesquelles il avait travaillé . Au cours du percement du tunnel de nombreuses avancées techniques furent faites : l'utilisation de perforatrices pneumatiques performantes et l'utilisation dès 1873 de la dynamite qui remplaça la poudre noire utilisée comme explosif au tunnel du Mont-Cenis. La pression du délais contractuel très serré explique peut-être le peu d'attention qui fut accordée aux conditions de travail des ouvriers.

Ces derniers, originaires pour la plupart de la région du Piémont en Italie, vivaient en effet dans des conditions particulièrement difficiles, entassés dans des baraquements exigus et privés de tout confort. Quant aux conditions de travail, elles étaient dramatiques en raison des accidents, de la chaleur régnant dans les galeries (plus de 30 °C) ou de l'atmosphère polluée par les poussières : 307 ouvriers trouvèrent la mort, sans compter les victimes de maladies comme la silicose ou en raison de la chaleur et de l'humidité, de l'ankylostomose, une maladie parasitaire responsable d'anémie. Les ouvriers, dont l'effectif varia entre 2 000 et 4 000, étaient payés entre 4 et francs par jour, mais il fallait retrancher à cette somme les frais de logement et de nourriture (2,50 francs) ainsi que l'achat du matériel et une retenue de 30 centimes par jour pour l'huile des lampes.

Le 27 juillet 1875, une grève éclata à Göschenen : les ouvriers demandaient, outre une réduction du temps de travail de 8 à 6 heures, le versement bimensuel d'un salaire en argent (au lieu d'un paye mensuelle grevée par des acomptes en bons d'achat utilisables dans les épiceries de l'entreprise).
Inquiet à l'idée de prendre du retard et de devoir verser des indemnités, Favre fit appel au gouvernement uranais, qui envoya quelques policiers, bientôt renforcés par une vingtaine de miliciens civils armés (auxquels Favre fut contraint de verser une indemnité de 3 000 francs). Le 28 juillet, ils firent feu sur les grévistes tuant quatre d'entre eux. Cet incident relança le débat sur les conditions de travail et la protection des travailleurs.

La mort de l'ingénieur Louis Favre, sur le chantier, en 1879.
Un train de marchandise sur la rampe menant au tunnel.

Louis Favre, qui avait rencontré des difficultés imprévues en raison de la nature du sol[1] et dut faire face à des dépassements du devis constatés dès 1876, fit un malaise lors d'une visite d'inspection du chantier et mourut à l'intérieur du tunnel d'une rupture d'anévrisme le 19 juillet 1879. La direction de l'entreprise a été reprise par l'ingénieur français Edouard Bossi et le samedi 28 février 1880, la première perforatrice traversa la paroi depuis le front d'attaque nord du tunnel ; le décalage latéral entre les 2 galeries ne dépassait pas 20 cm.
Pour la construction de ce tunnel furent utilisées pour la première fois des locomotives à air comprimé pour excaver les matériaux hors du tunnel. Ces locomotives avaient l’avantage de ne produire ni fumées ni gaz toxiques difficiles à évacuer dans un tunnel.

Même si le dépassement des délais fut minime, entre le début des travaux le 13 septembre 1872 (d'abord par le sud, le côté nord ayant été entrepris au mois suivant) et l'inauguration du tunnel au trafic le 25 mai 1882[2], la Compagnie du Gothard attaqua les héritiers de Louis Favre en justice.

L’exploitation [modifier]

Le tunnel fut ouvert au trafic le 1er juin 1882 de Lucerne à Chiasso (frontière italienne), sur une section opérée par la compagnie ferroviaire Gotthardbahn, avec des locomotives à vapeur. La ligne fut ensuite reprise par les CFF en 1909 suite à la signature, avec l'Allemagne et l'Italie de la convention du Gothard. Le tunnel fut électrifié en 1920, initialement avec une tension d'alimentation réduite à 7.5 kV à cause des défauts d’isolation dus à la suie déposée sur les isolateurs par la fumée des locomotives à vapeur qui continuaient à circuler. Un an plus tard, la traction vapeur fut entièrement remplacée par la traction électrique et la tension d'alimentation dans le tunnel put être augmentée à 15 kV le 29 mai 1921 pour être homogène avec le reste de la ligne.
Dès la première année le trafic dépassa 1 million de voyageurs pour croitre progressivement jusqu'à 5 million en 1956, cette ligne devint le principal axe traversant la chaîne alpine du Nord vers le Sud. La vitesse moyenne qui était de 31 km/h en 1882 fut portée à 45 km/h en 1922 après l’électrification puis à plus de 60 km/h en 1956.

Annexes [modifier]

Notes et références [modifier]

Source [modifier]

Liens externes [modifier]

Bibliographie [modifier]

  • Kilian T. Elsasser, La Ligne du Gothard, éd. Rossolis, 2007, 192 p. (ISBN 978-2-940365-15-9) .
  • Bernard Lescaze, Louis Favre 1826-1879, 1979, réédité par la Commune de Chêne-Bourg en 2007, 86 pp.
  • Hans G. Wägli, Louis Favre 1826-1879, éd. Société d'étude en matière d'histoire économique, 2010, 96 p. .
  • (de) Hansjakob Burkhardt, Dynamit am Gotthard, Sprengstoff in der Schweiz, hier+jetz, Baden, 2012, 335 p. 

Articles connexes [modifier]

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Simplontunnel01.jpg
Plus long tunnel ferroviaire du monde (hors métro)
1882 - 1906
Tunnel du Simplon, Suisse et Italie