Shkodër

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Shkodër
Blason de Shkodër
Héraldique
Vue de Shkodër
Vue de Shkodër
Administration
Pays Drapeau de l'Albanie Albanie
District Shkodër
Préfecture Shkodër
Démographie
Population 86 200 hab. (2008)
Densité 5 237 hab./km2
Géographie
Coordonnées 42° 04′ 01″ N 19° 30′ 00″ E / 42.067, 19.542° 04′ 01″ Nord 19° 30′ 00″ Est / 42.067, 19.5  
Altitude 13 m
Superficie 1 646 ha = 16,46 km2
Localisation

Géolocalisation sur la carte : Albanie

Voir sur la carte Albanie administrative
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Shkodër

Shkodër - Shkodra - (en italien - Scutari - ou sous sa dénomination illyrienne - Scodra -) est une ville du nord-ouest de l'Albanie, la ville principale de la région et au bord du lac du même nom, le plus grand lac des Balkans (d'une surface de 370 km2), près des fleuves Drin, Kir et Buna, où passe la frontière actuelle de l'Albanie avec le Monténégro. Elle compte actuellement environ 200 000 habitants et abrite le Château de Shkodra, qui se trouve à une hauteur de 130 mètres. L'origine de son nom provient de l'endroit où passe pour se verser à l'Adriatique le fleuve Drin, de l'albanais "Shko - Drin" qui signifie "Va-Drin". Shkodra est entourée également d'un massif montagneux, incluant les montagnes de Cukal (1 722 mètres), de Maranaj (1 576 mètres), de Tarabosh et de Sheldi.

Fondée au Ve siècle avant J.-C., Shkodra est une des villes les plus vieilles de l’Albanie. C’est un centre économique et culturel important pour l’Albanie.

Nom[modifier | modifier le code]

Rozafa, Shkoder, Albanie

On connaît aussi Shkodër sous sa forme définie Shkodra, plus conforme à l'usage des spécialistes occidentaux, qui désignent les toponymes féminins albanais par leur forme définie et les masculins par leur forme indéfinie : d'où Shkodra, et Vlora plutôt que Vlorë, Peja et non Pejë (le "ë" fonctionne comme l'"e" muet du français : il n'est donc pas prononcé en position finale) ; alors qu'on dit Elbasan plutôt qu' Elbasani et Prizren au lieu de Prizreni.

Histoire[modifier | modifier le code]

Antiquité[modifier | modifier le code]

Shkoder, Albanie

La zone autour de l'emplacement actuel de Shkodra a été habitée depuis la Préhistoire. Des traces de l'époque du Paléolithique moyen y ont été retrouvées. Les fouilles ont mis en évidence une présence humaine continue du Néolithique jusqu'à nos jours. Cela provient du fait que cette zone connaît une combinaison de facteurs climatiques rares et très favorables. Au pied de la colline de Tepe, au sud de la ville actuelle, les fouilles archéologiques ont révélé des objets de l'âge du bronze (2000 av. J.-C.).

À cette époque, vers le IVe siècle av. J.-C., Shkodra était le centre d’une tribu d'Illyriens, les Labéates, et deviendra dès -385 la capitale du Royaume d'Illyrie.

La ville connut un développement économique important, les premières monnaies datant de 260 av. J.-C.. Ces monnaies ont révélé le nom de la ville à l'époque : Scodrinon.

A Shkodra est fondé par le roi Bardylis Ier (-385/-358) le dernier royaume d'Illyrie en 385 av. J.-C., qui unifie le pays et prend la ville pour capitale. Au roi Bardylis Ier succèderont notamment le roi Agron (Illyrie), et sa fille, la reine Teuta qui régna de -231 à -228. Shkodra demeurera capitale de l'Illyrie jusqu'à la fin du règne du roi Gent (en albanais) ou Gentius (181-168 av. J.-C.) jusqu'au découpage du royaume par les romains, qui suivit l'occupation de l'Illyrie par Rome.

Shkodra devint après ce découpage, et notamment avec les réformes de Dioclétien, le chef-lieu de la Prévalitane et un centre régional de l'Empire Romain. La ville sera traversée par des routes commerciales importantes allant vers la côte dalmate au nord et à travers le fleuve Drin vers l'est Kosovo.

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Fuites des Shkodranais à Venise, Occupation turque, Albanie

Avec l'arrivée des Slaves dans les Balkans (VIe et VIIe siècles) Shkodra fut à nouveau occupée birèvement par les slaves (centre de Zeta au XIe siècle), et les bulgares. Au XIVe siècle, elle devint un centre important autonome possédant des institutions développées. Elle sera dirigée en 1360 par la famille Balshaj de Shkodra, avant de passer en 1396, sous la domination de la République de Venise. Cette dernière reconstruisit le château de Shkodra et appela la ville Scutari (cf. code "Statuts de Shkodra" (Statutet e Shkodres) (XVe - XVIe s.) code des lois de Shkodra, sous la direction de la philologue Lucia Nadin, G. Ortalli, O.J. Schmitt, G.B. Pellegrini).

Shkodra possédait alors des institutions et des lois comme tous les autres centres vénitiens développés autour de l'Adriatique. Les Vénitiens se retirèrent après deux révolutions populaires, en 1474 et 1478-1479, et après avoir tenu face[1] aux diverses tentatives de conquête ottomanes la cédèrent par traité à l'Empire ottoman en 1479, juste après la mort du héros national albanais Gjergj Kastrioti dit Skanderbeg.

Période ottomane[modifier | modifier le code]

La ville, tenue par les Vénitiens avec une garnison d'environ 1 600 personnes, fut assiégée en 1479 par le sultan Mehmet II avec plus de 100 000 soldats. Il s'agissait alors de la dernière ville catholique non occupée de l'Albanie. Le siège qui dura sept mois, fut décrit par le premier historien albanais, témoin de ces événements, originaire de Shkodra, Marin Barleti, qui immigra en Italie. Son livre, Le Siège de Shkodra, fut édité en Europe en 1504. La ville fut finalement cédée par traité.

Après l'occupation ottomane, la ville se dégrada petit à petit, mais se développa à nouveau au XVIIe siècle, devenant un centre important de l'Empire ottoman. À cette époque, la ville compte plus de 1800 maisons et commence à s'établir dans la plaine où elle se trouve actuellement. Se développèrent particulièrement le commerce, la production d'armes, le travail de la soie, du cuivre, et de l'argenterie.

Au XVIIIe siècle, la ville est chef-lieu d'un pachalik comprenant la partie nord de l’Albanie, administrée conjointement par les Ottomans et par les riches familles albanaises. En 1718 sont ouvertes à Shkodra les premiers consulats et en 1730 fut fondée la Chambre de Commerce. La ville est administrée à partir du milieu du siècle par la famille des Bushatllinj (1757-1831). En 1787, cette famille tente pour la première fois de créer une principauté indépendante albanaise, tentative qui fut écrasée par l'Empire Ottoman. Le dernier souverain de la famille est finalement déposé en 1831.

Des révoltes populaires eurent lieu en 1833-1836, 1854, 1861-1862 et 1869.

La ville connut sa plus grande période de développement économique au milieu du XIXe siècle. En 1870, la ville comptait 50 000 habitants. Elle devint un grand centre commercial pour la région balkanique occidentale avec environ 3 500 commerces. Les industries de tannerie, textile, du tabac et de la poudre à canon s’y développèrent. En 1865 le château de Shkodra fut abandonné du fait que le lit du fleuve Drin avait changé. La ville se transforma en port fluvial et continua son commerce avec l'extérieur à travers les liaisons avec Oboti, Ulqin et plus tard Shengjini et Tivar. Une école jésuite et un monastère franciscain furent créés.

En 1878 fut créée la Ligue de Prizren (mouvement révolutionnaire albanais) pour éviter le démantèlement des terres albanaises. Shkodra sera un centre important de ce mouvement national patriotique. L'armée de Shkodra lutta pour la défense des terres albanaises de Plavë et Guci (actuellement au Monténégro), Hot (partiellement actuellement au Monténégro et au nord de l'Albanie), Ulqin et Tivar (au Monténégro actuellement). Commence ainsi une période trouble, qui a pour conséquence une diminution rapide de la population. Shkodra prit une part active à la déclaration d'indépendance de l'Albanie, notamment à travers la figure éminente de Luigj Gurakuqi.

Histoire récente[modifier | modifier le code]

Le soulèvement de 1911 de la région du nord, secoua l'occupation ottomane en Albanie. Pendant les guerres balkaniques et la Première Guerre mondiale, Scutari/Shkodra[2], qui donne sur l'Adriatique, devient un objectif pour la Serbie et le Monténégro, appuyés par la Russie, à cause de sa position stratégique sur le plan international.

Après la proclamation de l'indépendance en 1912 au cours de la Première Guerre balkanique, la ville signa un acte contre les décisions des grandes puissances occidentales (Conférence des Ambassadeurs à Londres de 1913) qui laissaient en dehors des territoires albanais plus de 40 % de ses terres. Les habitants de Shkodra organisés dans la Ligue de Shkodra prirent part à la lutte contre l’annexion par les Serbes et les Monténégrins des régions de Plava, Gucia, Hoti et Grudes.

Drapeaux des forces internationales sur la forteresse de Shkodra en mai 1913

La ville (alors sous influence de l'Empire austro-hongrois à travers le clergé catholique de la ville) subit un siège meurtrier par les armées serbes et monténégrines en 1912-1913 pendant sept mois. Elle capitula finalement en avril 1913, après un accord entre les assiégeants et le commandant de la garnison, Esat Pashe Toptani (Essad Pacha), qui négocia leur soutien en échange de sa reddition. Les armées serbes et monténégrines entrèrent dans Scutari/Shkodra et brûlèrent une grande partie de la ville. Une flotte internationale commandée par l'amiral britannique Burtney organisa un blocus le long des côtes monténégrines. Les armées serbe et monténégrine durent en conséquence se retirer le 14 mai 1913, la Conférence des Ambassadeurs à Londres ayant attribué la ville au duché d’Albanie, et fut alors sous la surveillance des forces internationales. Le capitaine de corvette allemand von Klitzing (commandant de bord du SMS Breslau) fut nommé gouverneur de la ville et commanda un bataillon de fusiliers marins.

Au cours de la Première Guerre mondiale, Shkodra fut occupée en janvier 1916 par les armées autrichiennes, mais avec la fin de la Première Guerre mondiale, la ville fut placée sous administration internationale, et ce n'est qu'après le Congrès de Lushnja qu'elle fut gouvernée par le gouvernement albanais issu de ce Congrès.

Dans les années 1924 à 1939, Shkodra connut un développement industriel avec quelques petites fabriques principalement dans l'alimentation et le ciment. En 1939 elle avait environ 70 fabriques et durant cette période de monarchie albanaise, la ville fut administrée par les puissances européennes, possédant ainsi des institutions et subissant des réformes progressistes. En 1939 l'Albanie est occupée par l'armée fasciste de l'Italie.

En 1945, la dictature communiste commence, et la ville souffrira durant quarante-cinq ans de l'écrasement communiste qui avait pour but de défaire Shkodra de ses traditions démocratiques, catholiques, économiques et culturelles provenant de ses relations étroites avec le monde extérieur (notamment avec l'Italie et le Saint-Siège, Venise et Milan, et l'ancien Empire austro-hongrois). Des personnalités éminentes et importantes du clergé catholique de Shkodra seront alors poursuivies et exécutées, les institutions culturelles et religieuses seront transformées selon la nouvelle idéologie. Tout fut mis en œuvre pour que Shkodra perde son identité millénaire. Néanmoins, Shkodra sera la première ville albanaise à donner les premiers signaux du rejet du communisme et de l'ouverture vers le chemin de la démocratie et de l'Occident en janvier 1990, juste après la chute du Mur de Berlin.

Culture[modifier | modifier le code]

Pater Gjergj Fishta, Père de la nation, Shkoder, Albanie
Photographie du père Georges Fishta, franciscain, surnommé le père de la Nation
Revue L'Etoile de la Lumière, Shkoder, Albanie
Revue L'Étoile de la lumière
Shkoder, Albanie
Vue d'une rue de la ville

L'héritage culturel de Shkodra pour la nation albanaise commence au XVe siècle par les premiers écrits en langue albanaise que sont les ouvrages de théologie du clergé catholique, tout le nord d'Albanie étant alors catholique et sous la dépendance de l'Église catholique (alors que le sud de l'Albanie était sous la dépendance de l'Église orthodoxe byzantine).

Aux XVIIIe et XIXe siècles, se développent l'art, le sport, les musées, les bibliothèques, la photographie, l'édition et plus tard, le cinéma et l'énergie électrique. On parle notamment de la bibliothèque de la riche famille des Bushatllinj, de la société littéraire, et des différentes organisations culturels et sportives (les sociétés « Bashkimi » (l’Union) et « Agimi » (l’Aube)).

Les premières revues albanaises diffusées à l’intérieur des frontières de l’Albanie sont imprimées à Shkodra. En 1878, on y fabriqua la première bande musicale, et les photographes albanais de la famille Marubi y travaillèrent — la photothèque de ces photographes était très riche. C’est aussi à Shkodra que la Fête du Travail du 1er mai est fêtée pour la première fois en Albanie.

Le lac de Shkodra/Skadar[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Lac de Shkodra.

Le lac de Shkodra (Liqeni i Shkodrës en albanais), aussi connu sous son nom serbe de « lac de Skadar » (Skadarsko jezero en serbe), sous son nom italien de « lac de Scutari » (Lago di Scutari en italien), est le lac le plus grand de la péninsule balkanique.

Archevêché[modifier | modifier le code]

Personnalités nées à Shkodër[modifier | modifier le code]

  • Gjon Buzuku (date de naissance inconnue), auteur du premier écrit édité en langue albanaise, Le missel ("MESHARI"), contenant la formule dite de baptême, en 1555.
  • Marin Barleti [Marinus Barletius – en latin / Marino Barlezio – en italien] (1450-1513), humaniste, prêtre catholique, le premier historien albanais.
  • Pjeter Budi (1566-1622), prêtre, évêque de Sapa et Sarda, vice-administrateur des diocèses de Serbie.
  • Frang Bardhi [Franciscus Blancus – en latin, Francesco Bianchi – en italien] (1606-1643), évêque de Sapa et Sarda.
  • Pjeter Bogdani [Pietro Bogdano – en italien, Petro Bogdano - en latin] (1625-1689), prêtre, évêque, archevêque, théologien, et écrivain albanais, auteur du traité théologique Cuneus Prophetarum (La cohorte des prophètes), 1685, premier livre en prose écrit essentiellement en albanais et en italien.
  • Pashko Vasa (1825-1892), un des premiers leaders les plus connus du mouvement national albanais, gouverneur général du Liban, à Beyrouth, de 1883 à 1892.
  • Filip Shiroka (1859-1935), poète lyrique.
  • Ndre Mjeda (Pater/At) (1866-1937), prêtre et poète albanais.
  • Gjergj Fishta (Pater/At) (1871-1940), prêtre franciscain, dit « militant de la littérature albanaise » et « poète de la nation des Albanais ».
  • Luigj Gurakuqi (1879-1925), une des figures les plus brillantes de la Renaissance nationale albanaise.
  • Millosh Gjergj Nikolla, dit Migjeni (1872-1924), poète.
  • Kolë Idromeno (1860-1939), peintre, pionnier de la photographie et du cinéma.
  • Muhammad Nassiruddine al Albani (1914-1999), théologien musulman.
  • Amarildo Belisha (1981-), footballeur

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Description du siège par Giorgio Merula, composé en latin, édité en septembre 1474.
  2. Dans la presse française de l'époque, la ville est nommée Scutari

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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