Essad Pacha

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Essad Pacha
Délégation pour renverser le sultan Abdülhamit II le 27 avril 1909. De gauche à droite, le contre-amiral Arif Hikmet Paşa, Emmanuel Carasso, Esad Paşa Toptani, Aram Efendi ve Albay Galip Bey (Pasiner)

Essad Pacha, né Essad Toptani en 1863 et mort le 13 juin 1920, est un militaire, homme politique et dictateur albanais du 5 octobre 1914 au 24 février 1916.

Sa carrière[modifier | modifier le code]

Né en 1863 à Tirana, Essad Pacha est issu de l’illustre famille des Toptani. Grand propriétaire en Albanie centrale, sa carrière commence dans l’administration turque où il grimpe rapidement les échelons. Et au début du siècle, il est nommé commandant de gendarmerie de la province de Janina.

Partisan des Jeunes-Turcs, il est élu en 1908, député au Parlement turc. Mais l’année suivante, le sultan Abdülhamid II exige sa démission.

Devenu chef de gendarmerie dans la province de Scutari, il combat glorieusement les Monténégrins durant la Guerre des Balkans. Mais en avril 1913, après cinq mois de combat, son armée est épuisée et Essad doit se rendre. Depuis cette époque, Essad voue une véritable haine aux Monténégrins et particulièrement à leur roi, Nicolas.

Débuts en politique : ambitions et trahisons…[modifier | modifier le code]

Reddition des Malissores

C’est cette même année que la conférence de Londres reconnaît officiellement l’indépendance de l’Albanie, proclamée depuis novembre 1912 par Ismail Qemali.

Profitant de l’anarchie qui règne sur l’Albanie[1] pour mettre à profit ses ambitions politiques, Essad prévoit de faire de l’Albanie un état musulman. Il forme alors, son propre gouvernement en opposition à celui d'Ismail Qemali, et prévoyant de s’autoproclamer roi, Essad signe déjà des accords avec la Serbie.

Mais ses plans sont compromis par l’arrivée le 7 mars 1914, de Guillaume de Wied, un Prussien protestant élu Prince d’Albanie par les grandes puissances. Malgré tout, il lui fait un accueil favorable pour entrer dans son gouvernement. Il devient ainsi ministre de l’Intérieur et de la Guerre, mais se retrouvant vite en désaccord avec le Prince, Essad complote et prévoit de le renverser. Le complot découvert, il s'enfuit.

Retour au pouvoir[modifier | modifier le code]

La Première Guerre mondiale éclate. Et le Prince Guillaume, incapable de faire face aux évènements et à la recrudescence de la guerre civile, s’enfuit le 3 septembre.

Essad Pacha, alors exilé en Italie, trouve en la personne du Premier ministre serbe, l'aide parfaite pour prendre le pouvoir en Albanie. En effet, ce dernier craignant qu’un prince ottoman monte sur le trône d’Albanie, signe des accords secrets avec Essad prévoyant son retour prochain. Ainsi le gouvernement serbe finance et équipe militairement son retour en Albanie où tout de suite, il se proclame Chef du Gouvernement et Commandant suprême de l’Armée. Néanmoins, il ne contrôle que le nord et le centre du pays.

La dictature[modifier | modifier le code]

Dès son arrivée au pouvoir, il participe à la guerre au côté de l'Entente. Mais sa véritable préoccupation est de rester au pouvoir et impose alors une dictature.

Fin 1914 et début 1915, le pays est envahi par la Grèce au sud, l’Italie à l’est et est menacé par l'Autriche-Hongrie. De plus, son pouvoir est de plus en plus contesté par les anciens rebelles. Essad Pacha demande alors au gouvernement serbe d’envahir le pays pour en reprendre le contrôle ; mais les Monténégrins en profitent aussi pour occuper le nord. En juin 1915, les Serbes occupent enfin l’Albanie et l’ordre revient. Cependant cette période de « tranquillité » est de courte durée. La Bulgarie entre en guerre auprès des Empires centraux et les aident à mener, durant l’automne 1915, une grande offensive sur les Balkans. En janvier 1916, l’Autriche-Hongrie occupe le pays.

Manipulé par l’Entente[modifier | modifier le code]

Sur le front de Salonique, discussion avec Maurice Sarrail, général français et Carlo Petitti di Roreto général italien.

Après l’occupation de l’Albanie par la Triple-Alliance, Essad et son armée s’exilent en France. Ignorant tout du Traité secret de Londres qui préconise l’annexion de l’Albanie par l’Italie, la France le manipule, lui donnant espoir de pouvoir revenir au pouvoir. Elle lui offre ainsi, une aide matérielle et le renvoie en Albanie avec ses partisans où ils organisent une guérilla.

Commence alors une certaine tension entre la France et l’Italie. Cette dernière ne souhaite en aucun cas le retour d’Essad Pacha, qui pourrait compromettre sa légitimité sur l’Albanie. Essad reçoit alors l’ordre de rester à Salonique, à la disposition du commandement français. Mais le traité de Londres est dévoilé par Lénine.

Des retours avortés[modifier | modifier le code]

La Guerre finit, la France et l’Italie dissolvent l’armée d’Essad. Ce dernier, bien décidé à reprendre le pouvoir, coopère de nouveau avec la Serbie. Celle-ci le soutiendra lors de la Conférence de paix de Paris. Une rivalité se crée alors entre l’Italie et la Serbie, chacun espérant la faveur de la Conférence de paix de Paris.

Pour Essad, la situation est la même ; il a lui aussi deux rivaux : le gouvernement provisoire et officiel d’Albanie, dirigé par Turhan Pacha Përmeti, et le Prince Guillaume de Wied, qui n’ayant jamais abdiqué, réclame le trône. Mais ce dernier n’est pas un rival, le Prince étant allemand.

Le gouvernement provisoire, discrédité par sa mollesse à faire reconnaître ses droits, est renversé en janvier 1920 par le Congrès de Lushnjë. Le nouveau gouvernement nettement plus nationaliste, obtient le retrait des troupes françaises. Essad Pacha essaie alors de profiter de la situation pour mener à bien un nouveau coup d’État. Mais son insurrection est matée par son neveu, Ahmed Zogu, le futur roi d’Albanie.

Continuant à militer à Paris, il se fait élire roi, le 10 juin 1920, par « l’Assemblée nationale d’Albanie ». Trois jours après, Essad Pacha est assassiné à Paris, devant l’Hôtel Continental où il logeait. L’assassin, Avni Rustemi, un compatriote albanais, refusait de l’avoir pour roi.

Essad Pacha est resté dans la mémoire des Albanais comme un dictateur ayant trahi son peuple en pactisant avec les Serbes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « L'anarchie règne toujours en Albanie », Le Miroir, 1er février 1914

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Michael Schmidt-Neke, Entstehung und Ausbau der Königsdiktatur in Albanien (1912-1939), Munich, 1987 (ISBN 3-48654-321-0)
  • (en) Miranda Vickers, The Albanians. A modern history, Londres, 1995 (ISBN 1-85043-749-1)
  • (fr) Pierre La Mazière « Essad Pacha », L'Opinion, 1916, p. 689
  • (fr) Arben Puto, L'indépendance albanaise et la diplomatie des grandes puissances 1912-1914, Éditions "8 Nentori", Tirana, 1982, 525 p.
  • (it) A. Italo Sulliotti, In Albania. Sei mesi di regno. Da Guglielmo di Wied a Essad Pascià. Da Durazzo a Vallona. Con 19 incisioni fuori testo, Milan, 1914, 182 p.
  • (sq) Idriz Basha I Novosejt, Essad Pasha e Shqipnia 1912-1920, Idriz Basha i Hovosejt, Bruxelles, 1982, 170 p.
  • (sq) Tahir Kolgjini, Esat Pashë Toptani dhe Akuzat, Qi bahen, T. Kolgjini, Istanbul, 1977, 238 p.
  • (fr) Histoire de l'Albanie et de sa Maison Royale (5 volumes), Patrice Najbor, JePublie, Paris, 2008, (ISBN 978-2-9532382-04).