Sextus Pompée

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Denarius de Sextus Pompeius, célébrant une victoire navale sur Auguste

Sextus Pompée (Sextus Pompeius Magnus Pius) (v. 68 av. J.-C. - 35 av. J.-C.) est le plus jeune fils du grand Pompée, et de sa troisième épouse Mucia Tertia. Il fut un adversaire des membres du second triumvirat, dans le camp des Républicains, et accomplit de nombreux actes de piraterie, notamment en interceptant la flotte de blé ravitaillant Rome.

La résistance contre César[modifier | modifier le code]

Lorsque César franchit le Rubicon en 49 av. J.-C., déclenchant ainsi la guerre civile, le père et le frère aîné de Sextus Pompée s'enfuient vers l'Orient, comme la plupart des sénateurs républicains. Sextus, lui, reste à Rome avec sa belle-mère Cornelia Metella.

Aureus de Sextus Pompée émis en Sicile vers 36 av.J.C.

L'armée de Pompée est défaite par César à Pharsale en 48 av. J.-C. et Pompée s'enfuit vers l'Égypte dont le souverain lui est redevable. Sextus Pompée et Cornelia le rejoignent en route, à Mytilène (capitale de l'île de Lesbos). Mais à peine Pompée a-t-il atteint le littoral égyptien qu'il est assassiné, sur la plage de Péluse, sous les yeux de sa famille. Tandis que Cornelia retourne à Rome, Sextus s'engage dans la résistance contre César dans les Provinces africaines, aux côtés de Metellus Scipion, Caton le Jeune et son frère Pompée le Jeune.

Il s'ensuit une série de batailles opposant les optimates et les forces de César. César remporte la première à Thapsus en 46 av. J.-C., contre Metellus Scipion. Scipion est exécuté et Caton se suicide. Sextus et son frère se retirent en Hispanie. En 45 av. J.-C., César défait les frères Pompée à la bataille de Munda, près de Cordoue, et met fin à la résistance républicaine. Pompée le Jeune est capturé et exécuté pour trahison. Mais Sextus parvient à s'échapper avec les débris de son armée vers la Sicile, et tient tête au préteur Carrinas puis à Asinius Pollion.

César, de retour à Rome, est assassiné pendant les Ides de Mars en 44 av. J.-C. par un groupe de sénateurs menés par Cassius et Brutus. C'est alors qu'il prépare l'assaut de Carthagène, avec 7 légions, que Sextus apprend la mort de César. Le Sénat, croyant avoir recouvré sa liberté, nomme Sextus préfet de la flotte et commandant en chef des côtes romaines, et Sextus installe son quartier général à Marseille.

La résistance contre le second triumvirat[modifier | modifier le code]

Mais une nouvelle guerre civile éclate entre les assassins de César et ses héritiers, Octave et Marc-Antoine. Sous pression, le Sénat, seulement 4 mois après avoir pris sa décision, retire ses titres à Sextus. En novembre -43, le second triumvirat est formé par Octave, Marc-Antoine et Lépide, dans l'intention d'écraser définitivement toute opposition. Sous la volonté d'Octave, Sextus est déclaré ennemi public et inscrit sur la liste des proscrits. Il fuit de nouveau avec sa flotte et prend possession de la Sicile.

Cependant, l'élimination de Brutus et Cassius étant la priorité du triumvirat, Sextus a la possibilité de reconstituer une base en Sicile pour reformer une armée. Il donne la liberté aux esclaves de l'île, et accueille au sein de son armée les fugitifs, les proscrits, et les esclaves. Il entreprend avec succès d'intercepter tous les convois transportant des vivres vers l'Italie. Il se targue avec un certain aplomb du titre de «fils de Neptune», dont il espère s'attirer les faveurs en lui sacrifiant un cheval et un bœuf aux cornes dorées.

Une fois les forces de Cassius et Brutus battues lors la bataille de Philippes en Macédoine orientale, en -42, le triumvirat porte son attention sur Sextus et la Sicile. Sextus est toutefois bien préparé et obtient même le secours providentiel de deux légions et 80 navires rescapés de la bataille de Philippes. Ainsi, à la tête d'une importante armée, il repousse la flotte d'Octave, commandée par Quintus Salvidienus Rufus, en -42, au large des côtes italiennes, près de Reggio. Pendant les années qui suivent, plusieurs batailles ont lieu dont aucun parti ne tire avantage. Néanmoins, en -40, l'amiral de Sextus, Menas, bat Marcus Lurius et prend le contrôle de la Sardaigne. Sextus s'empare également de la Corse, et son blocus affame Rome.

Les soldats et le peuple, accablé par la disette et les impôts, réclament la paix. Des émeutes éclatent en Italie qui sont durement réprimées. Fort de ses succès, Sextus n'est pourtant pas en mesure d'attaquer l'Italie. Sa mère Mucia tente de le persuader qu'il est temps de faire la paix. Son beau-père, Lucius Scribonius Libo, s'interpose aussi entre les triumvirs et Sextus, et arrange un mariage entre Octave et sa sœur Scribonia pour apaiser la situation.

L'impossible réconciliation[modifier | modifier le code]

Les triumvirs et Sextus se retrouvent donc à Misène pour conclure un accord de paix en -39, escortés chacun par leurs légions. Sextus demande d'abord à intégrer le triumvirat à la place de Lépide, ce qui provoque la rupture des pourparlers. Mais Libo et Mucia parviennent à convaincre Sextus de revenir à la table des négociations. Finalement, le traité de Misène est conclu, et reconnaît la puissance de Sextus : il est nommé gouverneur de la Sicile, de la Sardaigne, de la Corse, et de l'Achaïe. Ses troupes doivent recevoir les mêmes avantages que celles des triumvirs - butins, retraites, etc. Les proscrits engagés à ses côtés sont réhabilités et recouvrent leurs biens - à l'exception des assassins de César. Les esclaves réfugiés en Sicile sont affranchis. Sextus obtient de plus la promesse d'avoir le consulat de l'année -38, et d'être dédommagé pour son héritage. En contrepartie, Sextus s'engage à cesser ses actes de piraterie, à débarrasser les côtes des pirates et de ses légions, et à rétablir la livraison de blé depuis la Sicile et la Sardaigne vers le continent.

Après le traité, Sextus invite Antoine et Octave à dîner sur son vaisseau, qu'il présente ironiquement comme ses «Carènes», une allusion pinçante à son ancienne demeure dans le quartier des Carènes, à Rome, dont Antoine s'était emparé. Afin de marquer la nouvelle alliance, la fille unique de Sextus Pompée, Pompeia Magna, est donnée en mariage au neveu d'Octave, Marcellus.

Le traité de Misène, signé peu après le pacte de Brindes - qui doit sceller le partage du monde romain entre les triumvirs - est un bon compromis pour Antoine et Octave : Antoine, qui prépare la campagne contre les Parthes, a besoin de toutes ses légions et de libérer le front de la Sicile ; Octave, lui, peut s'occuper des affaires intérieures. Ainsi, après que le traité fut signé, la plupart des alliés de Sextus au Sénat et les anciens proscrits choisissent le camp d'Octave ou d'Antoine. Sextus perd en fait de nombreux et précieux alliés.

La chute[modifier | modifier le code]

La paix ne durera pas. Antoine refuse de livrer l'Achaïe à Sextus, car il a besoin du revenu des impôts du Péloponèse pour financer sa campagne contre les Parthes. Octave, lui, répudie Scribonia pour épouser Livie, ce qui est pour Sextus une provocation. Sextus reprend son blocus et laisse les côtes italiennes à la merci des pirates. Mais Octave parvient à corrompre un des plus brillants alliés de Sextus, Menas, qui lui livre, en -37, la Corse, la Sardaigne et plusieurs légions. Placé sous le commandement de Caius Calvisius Sabinus, Menas s'avère aussi un excellent soutien militaire.

Sextus parvient malgré tout à contenir l'agression grâce à l'expérience de ses troupes et sa supériorité tactique : ses navires, plus petits et légers, sont capables de mener des attaques rapides et destructrices contre ses ennemis. Octave est battu à la bataille de Messine en -37, puis à nouveau en août -36. Il peut toutefois compter sur l'un des plus grands généraux de l'histoire de Rome, Agrippa, préfet de la nouvelle flotte romaine. Il utilise une nouvelle arme navale, l'harpax, une pièce de bois d'environ 2 mètres munie de crochets et lancée par une baliste. Elle permet d'accrocher le bateau ennemi et de l'aborder.

Sextus est finalement vaincu lors de la bataille de Nauloque, en septembre -36. Sextus est contraint de s'enfuir une nouvelle fois et se réfugie à Milet avec sa fille et 17 navires. Il tente de nouveau de rassembler une flotte et attaque désespérément Antoine. Fuyant vers l'Arménie, il est capturé en Bithynie, en -35. Il est assassiné par Marcus Titius, un lieutenant d'Antoine. Toutefois, l'identité de celui qui donna l'ordre de cet assassinat est encore mal connue. En effet, il pourrait s'agir d'Antoine lui-même ou bien de Lucius Munatius Plancus, lieutenant du triumvir qui possédait alors le sceau d'Antoine. Marcus Titius a également pu agir de son propre chef, sans l'ordre d'un supérieur, mais cette piste est toutefois moins probable.

Le récit le plus détaillé de l'élimination de Sextus Pompée est donné par Appien dans le Livre V de sa Guerre Civile. Au § 144, Appien précise que Sextus Pompée fut exécuté pendant sa 40ème année, ce qui le ferait naître en -75. Mais -75 est la date de naissance de Pompée le Jeune, son frère aîné.

Après la mort de Sextus, Lépide est écarté du pouvoir par Octave pour entente avec Sextus Pompée, alors qu'Antoine combat les Parthes en Orient. Le sort de Sextus, exécuté sans procès, sera l'une des armes utilisées par Octave contre Antoine, plusieurs années plus tard, lorsque leur rivalité les tournera finalement l'un contre l'autre.

Sextus Pompée était avant tout mû par un désir de réhabilitation de la gloire paternelle. C'est pour cette raison qu'il reprit la lutte des pompéiens et avait ajouté à son nom ceux de Magnus et de Pius montrant respect et dévouement pour son illustre père.

Chronologie[modifier | modifier le code]

  • 48 avant J.-C. - en Égypte, où son père est assassiné
  • 47/45 avant J.-C. - résistance en Afrique
  • 45 avant J.-C. - défaite à Munda
  • 42 avant J.-C. - contrôle la Sicile avec une importante flotte
  • 40 avant J.-C. - prise de la Sardaigne
  • 39 avant J.-C. - traité de Misène avec Octave et Marc-Antoine
  • 37 avant J.-C. - défaite d'Octave au large de Messine
  • 36 avant J.-C. - victoire d'Agrippa sur Sextus
  • 35 avant J.-C. - capture et assassinat en Asie Mineure

Homonymie et consulat[modifier | modifier le code]

Quatre homonymes portent également le nom de Sextus Pompeius, notamment deux consuls en -35 et 14. Ces quatre homonymes forment une lignée directe, à laquelle Sextus n'appartient pas directement.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Moses Hadas, Sextus Pompey, The W.F. Humphrey Press, Geneva, NY, 1930 ; Réimpression AMS Press, New York, 1966.
  • Anton Powell, Kathryn Welch (Hrsg.): Sextus Pompeius. Classical Press of Wales, Swansea 2002 (ISBN 0-7156-3127-6) (Rezension bei BMCR)
  • Bruno Schor, Beiträge zur Geschichte des Sextus Pompeius. Hochschulverlag, Stuttgart 1978, (ISBN 3-8107-2015-1)
  • Victor Duruy, Histoire des Romains, Librairie Hachette, Paris, 1880.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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