Post-it

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : Navigation, rechercher

Un Post-it est une petite feuille de papier autoadhésive amovible, rassemblée en petit bloc.

Inventée en deux temps, en 1966 et en 1977[1] par deux chimistes de la 3M, Spencer Sylver [2]et Art Fry [3]mais commercialisée seulement en 1980[4]. Un Post-it est conçu pour pouvoir y inscrire des notes et les coller et décoller à volonté sur toutes sortes de supports sans les endommager.

1980. Le Post-it. Une innovation atypique fruit d'une double sérendipité[5]

Post-it est un nom de marque utilisé comme synonyme de pense-bête, papillon adhésif, papillon autocollant ou becquet[6].

Sommaire

Description[modifier]

Les Post-it se présentent sous forme de petits blocs carrés ou rectangulaires de feuilles détachables, de tailles variables (76 x 76 mm puis 38 x 51 mm, 76 x 127 mm, 152 x 102 mm, 210 x 152 mmetc.) et de couleurs vives et claires (traditionnellement le jaune, mais aussi le rose, le vert, l'orange, etc.), ayant une petite bande autoadhésive au dos. Il en existe 320 variétés.
Ils sont fabriqués à Cynthiana, dans le Kentucky, ainsi qu'à Beauchamp, en France, pour le marché européen.

Marque déposée[modifier]

Post-It est une marque déposée appartenant à la Minnesota Mining and Manufacturing Company, plus connue sous la marque commerciale 3M, et c'est aussi une marque utilisée comme nom. Le brevet de base est en revanche tombé dans le domaine public depuis 2000.

Histoire[modifier]

L'invention du Post-it est souvent prise comme exemple de sérendipité[7],[8]parce qu'elle résulte de la rencontre fortuite entre une situation banale et une préoccupation apparemment sans rapport avec elle mais qui débouche sur une combinaison créative et favorable.
Elle ne se résume pas dans le « trait de génie » d’Art Fry. Elle a duré 15 ans :

  1. Découverte fortuite au sein de 3M d’un adhésif qui ne colle pas très bien par Spencer Silver.
  2. Faute de lui trouver une application pratique, mise en sommeil pendant sept ans de cette découverte
  3. Idée d’une application imprévue (les papillons adhésifs) par Art Fry.
  4. Un développement industriel conventionnel : comment coucher cet adhésif sur le papier.
  5. Un échec commercial.
  6. Une relance commerciale non-conventionnelle.
  7. Une innovation

1. La découverte par hasard d’une colle qui ne colle pas

1966. Dans le cadre d'un programme de recherche commencé en 1964, en s’amusant à mélanger en proportions diverses, pour voir, des monomères que lui a envoyés, pour essais, un fournisseur, Spencer Silver[9], un chimiste de 3M, invente par hasard un adhésif poisseux, un nouveau polymère adhésif acrylique.
C’est plus un cohésif qu’un adhésif. Il ne colle qu’à lui-même. Et, pire, il ne colle que dans un sens, il est antidérapant mais pas collant
1966-1968. Silver cherche à le faire commercialiser sous forme de Spray (comme il l’est aujourd’hui pour les arts graphiques) et sous forme de tableau de conférencier auto-collant (comme il l’est depuis peu).
L’idée : un support adhésif. Aucune réaction du marché.

2. Interruption du développement.

1968-1972. Le programme des polymères adhésifs est supprimé.
Sept. 1972. Nomination d’un nouveau directeur de département, Geoffrey Nicholson. Fortuitement, Silver parvient à obtenir de lui les crédits nécessaires pour breveter (brevet n° 3 691 140) sa formule, mais pour les États-Unis seulement.

3. La découverte fortuite d’une utilisation imprévue

Un des hymnaires (recueil de psaumes) d'Art Fry.
1974. Art Fry[10], un collègue de Silver, est chef de chœur de l’église presbytérienne de North St-Paul. Un dimanche matin, il lui vient l’idée d’empêcher les signets qu’il utilise pour marquer les psaumes dans son hymnaire de glisser en les enduisant de la colle anti-dérapante de son ami Silver. Ça marche ! On peut les repositionner d’une page à une autre et ils ne glissent pas. Il vient d'inventer le « post-it ».

4. Résolution d’un problème de fabrication

Problème : l’adhésif poisseux reste soit sur l’un des supports soit sur l’autre et n’adhère pas au papillon (adhésif sans mémoire).
Deux membres de l’équipe de Nicholson : Henry (Hank) Courtney et Roger Merrill trouvent le moyen de coucher en continu le cohésif sur du papier et qu’il y reste en continu de façon industrielle.

5. L’échec commercial

1978. Marché test à Tulsa, Denver, Richmond et Tampa en push (auprès des distributeurs de fournitures de bureau).
Échec commercial. C’est un fiasco !
Incapable d’expliquer à quoi cela servait, les commerciaux étaient incapables de les vendre.

6. La réussite commerciale

Geoffrey Nicholson y croit et relance en pull à Richmond, et au sein de 3M dont Joseph (Joe) Ramey, directeur général des ventes du département ruban commercial.
Diffusion au sein de 3M. Ça marche !
1978. Arrive un directeur marketing musclé : Bill Schonenberg
Il se livre à Boise - capitale de l'Idaho - à une distribution gratuite de « Press'n'Peel ». Ce sera l’opération « Boise Blitz ». 90 % des utilisateurs (RÉ)-achètent.
1980. Adoption du nom « Post-it ». Ventes nationales sur 11 États. Réussite.
1981. Canada et Europe. Avec le succès que l’on sait.

7. L'innovation

Conclusion : il aura fallu la pugnacité d’au moins sept personnes — Art Fry, Spencer Silver, Joe Ramey, Geoffrey Nicholson, Bill Schonenberg, Henry Courtney, Roger Merill — pendant près de vingt ans pour faire déboucher une innovation aussi simple que le papillon auto-collant. On trouve du hasard chanceux, la nécessité de forcer la chance par une action commerciale hors-norme, etc

Le brainstorming avec Post-it[modifier]

Les Post-it sont très utilisés dans une forme particulière de brainstorming, le brainstorming avec Post-It. Les participants notent leurs idées sur des Post-it puis vont les coller sur un mur, un panneau ou un paper-board. Il est alors possible de les regrouper par thème[11].

Post-it électronique[modifier]

Le principe du Post-it est transposé aux interfaces graphiques informatiques grâce à de nombreuses applications logicielles : le bureau de l'ordinateur peut ainsi se voir « coller » des notes (virtuelles) de couleur vive. C'est le cas notamment avec les systèmes MacOS et Linux (bureaux KDE, Gnome…) dont le « post-it » est une fonction de base. Une volonté de réalisme fait qu'il y a différentes écritures (dont Lucida Handwriting, qui comme son nom l'indique, imite l'écriture manuscrite) et qu'il y a possibilité de choisir la taille et la couleur du post-it, ainsi que la taille de l'écriture. En dépit de cela, le post-it électronique ne parvient pas à s'imposer face au post-it papier[12].

Détournements artistiques[modifier]

« Bataille des post-it » à Issy-les-Moulineaux en 2011

Le post-it peut être détourné de son usage initial à des fins artistiques. Des représentations et des fresques graphiques peuvent être réalisées en juxtaposant des post-it de différentes couleurs sur une large surface plane, comme une vitre ou un mur. L'artiste canadien Immony Men a réalisé une fresque murale à partir de 10 000 post-it, fresque réalisée et exposée à la galerie Grunt à Vancouver dans le cadre de l'exposition « Taking Care of Business » en 2011[13].

La technique a été popularisée et médiatisée en France en juillet 2011 par certains employés de Ubisoft et BNP Paribas à Montreuil[14], dont les locaux se font face, ceux-ci se livrant à un concours de mosaïques de notes autocollantes représentant des personnages de jeux vidéo, de jeux d'arcade et de dessins animés[15]. Surnommée « Guerre des post-it », « Bataille des post-it » ou « Post-it War » par certains médias, celle-ci s'est rapidement étendue à Paris, La Défense, à la région lyonnaise[16], à Lille ainsi qu'à Bruxelles[17].

À Liège, à l'occasion du départ du Tour de France 2012, une fresque de 190 000 post-it a été réalisée, établissant ainsi un nouveau record du monde[18]. Pour sa réalisation, il a fallu presque 400 heures de travail à quatre équipes de colleurs pour répartir les post-it sur un espace de 600 m2[18].

Autour du post-it[modifier]

  • Il a été calculé qu'il faudrait 506 880 000 post-it pour faire le tour du monde.
  • Les Français sont les premiers consommateurs au monde de blocs par an.
  • En 1996, un technicien de l’aéroport de Las Vegas déposa un post-it sur le nez de l’avion, lequel reste scotché jusqu'à sa destination, à Minneapolis, malgré la vitesse de 800 km/h et la température de - 15°C[19].

Notes et références[modifier]

  1. « Post-it : L'effet papillon jaune », Directsoir, n°241, mardi 13 novembre 2007.
  2. http://en.wikipedia.org/wiki/Spencer_Silver
  3. http://en.wikipedia.org/wiki/Art_Fry
  4. The History of Post-it, sur post-it.com. Consulté le 9 juillet 2012
  5. Ranganath Nayak & John Ketteringham, « Les petits papillons jaunes de 3M », dans : 12 idées de génie auxquelles personne ne croyait, First, 1987, p. 84-111.
  6. ou béquet, en imprimerie, le Petit Larousse 1998 (ISBN 2-03-301-198-4)
  7. http://lecercle.lesechos.fr/entrepreneur/creation-dentreprise/221166975/est-serendipite-et-quel-role-a-t-elle-joue-naissance-you
  8. http://www.jeanjacquesurvoy.com/entreprise-economie/nutella-post-it-et-la-serendipite/
  9. http://en.wikipedia.org/wiki/Spencer_Silver
  10. http://en.wikipedia.org/wiki/Arthur_Fry
  11. Scott Isaksen, Brian Dorval & Donald Treffinger, « Brainstorming avec Post-it », dans : Résoudre les problèmes par la créativité: la méthode CPS, Éditions d'Organisation, Paris, 2003, p. 108-110. Traduction de : (en) « Brainstorming with Post-it » in : Creative approaches to problem solving: a framework for change,Kendall/Hunt Publishing Co., 2000, p. 106-108.
  12. Hubert Guillaud, Pourquoi les ordinateurs n’arrivent-ils pas à concurrencer les Post-it ?, Le Monde, 20 mars 2009.
  13. (en) Marsha Lederman, « In Vancouver, 10,000 Post-its add up to a notable art exhibit », The Globe and Mail, 25 juillet 2011 [texte intégral] 
  14. Pierre Baudis, « «Guerre des post-it» : les entreprises jouent le jeu », Le Figaro, 10 août 2011 [texte intégral (page consultée le 17 août 2011)] 
  15. Charlotte Cheynard, « Bataille de post-its dans des grandes entreprises parisiennes », Paris Match, 4 août 2011 [texte intégral] 
  16. Jennifer Delrieux, « Des entreprises lyonnaises se lancent dans la «bataille des Post-it» », Le Progrès, 6 août 2011 [texte intégral] 
  17. Sébastien Bergès, « Guerre des Post-it : après les fenêtres qui parlent, Lille a les fenêtres qui collent », La Voix éco, 2011. Consulté le 20 août 2011
  18. a et b S.Lo., « Record battu à Liège : 190 000 Post-it collés », lavenir.net, 2012. Consulté le 28 juin 2012
  19. Laurence Lacontre, « Carrément scotachant ! », in Le Figaro Magazine, semaine du 10 mai 2013, page 91.

Voir aussi[modifier]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Ranganath Nayak & John Ketteringham, « Les petits papillons jaunes de 3M », dans : 12 idées de génie auxquelles personne ne croyait, First, 1987, p.84-111. Traduit de :(en) Breakthroughs! , Rawson Associates, 1986.
  • Scott Isaksen, Brian Dorval & Donald Treffinger, « Brainstorming avec Post-it », dans : Résoudre les problèmes par la créativité: la méthode CPS, Éditions d'Organisation, Paris, 2003, p. 108-110. Traduction de : (en) « Brainstorming with Post-it » in : Creative approaches to problem solving: a framework for change,Kendall/Hunt Publishing Co., 2000, p. 106-108.
  • Jean-Louis Swiners, Le conundrum de l'innovation, Le cercle des Entrepreneurs, Nancy, 2009, p. 15-18.

Article connexe[modifier]

Lien externe[modifier]