Mary Wortley Montagu

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Lady Mary Wortley Montagu par Charles Jervas

Lady Mary Wortley Montagu, née le 15 mai 1689 à Londres où elle est morte le 21 août 1762, est une écrivaine britannique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Mary était la fille aînée d'Evelyn Pierrepont, 5e duc de Kingston-upon-Hull, et de Lady Mary Fielding. Elle fut baptisée le 26 mai 1689, soit onze jours après sa naissance[1]. Enfant précoce, elle apprit seule[réf. nécessaire] le latin et le grec ancien. Elle devint très tôt la coqueluche des milieux intellectuels de Londres et était très proche de Steele ou Addison.

Elle s'enfuit avec Edward Wortley Montagu (1678-1761), petit-fils d'Édouard Montagu, comte de Sandwich, qu'elle épousa en 1712. Il fut nommé ambassadeur à Constantinople en 1716. Comme elle avait eu la variole, dont elle avait gardé des séquelles, et qu'elle se sentait fiévreuse à la suite de la naissance de leur premier enfant, elle décida de l'accompagner, espérant qu'un changement de climat lui ferait du bien. Cette décision surprit : aucune épouse n'avait jusque-là osé accompagner[réf. nécessaire] son époux lors d'une mission diplomatique. Ils passèrent par Rotterdam, l'Allemagne, Vienne puis Andrinople pour enfin atteindre Istanbul, un an après être partis de Londres. Ils séjournèrent à Péra pendant 18 mois.

Lady Wortley Montagu découvrit lors de ce séjour la technique ottomane de l'inoculation contre la variole, l'ancêtre de la vaccination mise au point soixante ans plus tard par Edward Jenner. Elle accepta de faire inoculer son fils — plus tard, lorsqu'elle revint à Londres, elle demanda le même traitement pour sa fille. Elle joua ainsi un rôle important dans la lutte contre la variole et le développement de la vaccine[2]. Lady Wortley Montagu quitta la Turquie avec regrets. Le trajet du voyage de retour passa par la Grèce et l'Afrique du Nord.

En 1738, elle fit la connaissance d'un poète et dandy italien, Francesco Algarotti, dont elle tomba passionnément amoureuse ; elle rentre alors en compétition avec Lord John Hervey pour l'amour de Francesco Algarotti[3]. Elle quitta la Grande-Bretagne l'année suivante pour Venise, prétextant à nouveau qu'un changement de climat lui ferait du bien. En fait, elle espérait rejoindre Algarotti. Lui-même bisexuel[3], il réussit à l'éviter pendant deux ans, lui préférant Lord Hervey. Elle visita donc la France et l'Italie (Rome et Naples) depuis Venise où elle s'était installée dans un palais qu'elle louait sur le Grand Canal. Lorsqu'elle retrouva enfin Algarotti, sa déception fut grande et elle partit pour Avignon, en passant par Genève.

En Avignon, elle vécut dans un moulin transformé en habitation. Elle resta encore vingt-deux ans éloignée de la Grande-Bretagne : elle vécut à Brescia, Venise à nouveau ou Padoue, toujours accompagnée. Elle recevait aussi beaucoup. Lui rendre visite était souvent une étape obligatoire et des plus agréables sur la route du Grand Tour. Elle fut donc très bien accueillie à son retour à Londres après la mort de son mari en 1762 mais mourut d'un cancer la même année.

En 1761, elle prit contact avec le révérend Benjamin Sowden qui vivait à Rotterdam : elle lui remit le manuscrit révisé de ses souvenirs à Istambul et le chargea de le publier ; ce texte avait circulé jusqu'à présent dans un cercle restreint d'amis. La mort de son mari qui laissait un fortune colossale, sa fille qui vivait avec John Stuart, le nouveau premier ministre, rendait impossible une publication de son vivant et encore moins sous son nom. Le texte paru anonymement juste après sa mort en 1763 et se présente sous la forme de lettres. Intitulé Letters of the Right Honourable Lady M--y W---y M----e, during her Travels in Europe, Asia and Africa, To Persons of Distinction, Men of Letters &c. in different Parts of Europe. Which contain, ... Accounts of the Policy and Manners of the Turks, Drawn from Sources that have been inaccessible to other Travellers, connu sous le titre générique de Turkish Letters, cet ouvrage est une source inestimable sur les femmes dans l'Empire ottoman au XVIIIe siècle. En effet, en tant que femme, elle put avoir accès à des lieux interdits aux hommes : harems ou bains par exemple ; plus généralement, elle eut de véritables contacts avec les femmes ottomanes.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Ses Turkish Letters publiées en 1763, ont toujours été rééditées depuis.

Plusieurs auteurs[4] ont fait l'hypothèse quelle était la rédactrice du texte féministe Woman Not Inferior to Man (1739). Celui-ci a probablement été traduit en français par l'amante du philosophe Denis Diderot, Madeleine de Puisieux (voire par son mari, Philippe-Florent de Puisieux) sous le titre de La Femme n’est pas inférieure à l'homme (1750) puis Le Triomphe des dames (1751), et est considéré comme un prélude au A Vindication of the Rights of Woman de Mary Wollstonecraft.

Représentations dans les arts[modifier | modifier le code]

  • Charles Jervas réalise le Portrait de Lady Mary Wortley Montagu en pieds avec turban et babouches, après 1716 (National Gallery of Ireland) mais aussi un simple portrait (1717).
  • Jean-Baptiste van Mour peint une grande composition représentant Lady Mary Wortley Montagu with her son, Edward Wortley Montagu, and attendants, en 1717 (National Portrait Gallery, Londres).
  • Jonathan Richardson the Younger, Portrait de Lady Mary Wortley Montagu, vers 1725.
  • Jean-Étienne Liotard a fait un tableau de Lady Montagu en robe turque, vers 1756 (Palais Łazienki, Varsovie).
  • William Powell Frith, Pope makes love to Lady Mary Montagu, 1852 (Auckland City Art Gallery).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Montagu, Lady Mary Wortley » par Isobel Grundy in Oxford Dictionary of National Biography (2004).
  2. Catriona Seth, Les rois aussi en mouraient. Les Lumières en lutte contre la petite vérole, Paris, Desjonquères, 2008.
  3. a et b (en) Roger Lonsdale, Roger H. Lonsdale, Eighteenth Century Women Poets: An Oxford Anthology, Oxford University Press (1990), p. 55
  4. Cf. Camille Garnier, « La Femme n'est pas inférieure à l'homme (1750) : oeuvre de Madeleine Darsant de Puisieux ou simple traduction française ? », dans Revue d'histoire littéraire de la France, 4, Paris, Armand Colin, 1987, p. 709-713 (en ligne) ; Sophie Loussouarn, « La revendication féminine dans Woman Not Inferior to Man (1739) », dans XVII-XVIII. Bulletin de la société d'études anglo-américaines des XVIIe et XVIIIe siècles, 47, 1998, p. 215-228 (en ligne).

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