Les Fausses Confidences

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Les Fausses Confidences
Image illustrative de l'article Les Fausses Confidences

Auteur Marivaux
Genre Comédie
Pays d'origine Drapeau de la France France
Lieu de parution Paris
Éditeur Prault père
Date de parution 1738
Date de la 1re représentation 16 mars 1737
Metteur en scène Comédiens italiens
Lieu de la 1re représentation Hôtel de Bourgogne

Les Fausses Confidences est une comédie en trois actes et en prose de Marivaux jouée pour la première fois le 16 mars 1737 par les Comédiens italiens à l’Hôtel de Bourgogne.

L’idée de provoquer l’amour par de fausses confidences a été souvent mise en œuvre avant et après Marivaux. Cette comédie à l’intrigue bien conduite, sagement développée, aux caractères aimables et en relief, aux situations comiques et intéressantes n’ayant pas obtenu, à ses débuts, tout le succès qu’elle méritait, elle reçut néanmoins un accueil plus favorable à sa reprise au Théâtre-Français en 1793.

Personnages[modifier | modifier le code]

  • Araminte, riche veuve et fille de Madame Argante
  • Dorante, neveu de Monsieur Rémy
  • Monsieur Rémy, procureur[1] et oncle de Dorante
  • Madame Argante, mère d’Araminte
  • Arlequin, valet d’Araminte (personnage comique, chargé au cours de la pièce de servir Dorante)
  • Dubois, ancien valet de Dorante, au service d’Araminte
  • Marton, servante d’Araminte
  • Le comte Dorimont, prétendant d’Araminte
  • Un domestique parlant (c'est-à-dire qu'il reste dans les coulisses)
  • Un garçon joaillier.

L’histoire[modifier | modifier le code]

Acte I[modifier | modifier le code]

Dorante, jeune homme d’une famille honorablement connue se trouve ruiné. Son ancien valet, Dubois, qui l'a quitté parce que son maître n'avait plus les moyens de le payer, et qui est maintenant au service d’une jeune veuve prénommée Araminte, riche, bonne, sans vanité, entreprend de la lui faire épouser, le voyant épris de cette dame. Il engage Dorante à se faire présenter dans la maison en tant qu’intendant par M. Rémy, son oncle, procureur[1] de la dite dame.

Toute l’action est menée par Dubois, qui met en place un stratagème redoutable pour rendre Araminte amoureuse de Dorante.

Araminte est bien disposée pour lui dès l’abord ; elle lui trouve l’air distingué : il est bien fait de sa personne, bien recommandé ; elle l'engage. Elle est en procès avec le comte Dorimont qui l’épouserait volontiers pour mettre un terme à ce procès qu'il craint de perdre. Quant à elle, qui ne se sent aucune envie d’épouser le comte, elle charge Dorante d’examiner ses papiers et de lui dire si elle a quelque chance de gagner.

M. Rémy décide que Dorante ferait bien d'épouser Marton, la jeune protégée d'Araminte. Elle recevrait ainsi 1 000 livres en cadeau du comte car il lui a promis mille livres s'il se mariait avec Araminte. Marton tente de montrer à Dorante que cette somme serait bénéfique à tous les deux. Bien que cette péripétie ne fasse pas partie du stratagème de Dubois, elle sert bien leurs intérêts, puisqu’elle a pour but de rendre Araminte jalouse par la suite.

La mère d’Araminte, une femme ambitieuse qui rêve de voir sa fille accéder au statut de comtesse, ordonne à Dorante de dire à Araminte qu’elle perdra son procès, pour qu’elle n’ait d’autre choix que d’épouser le comte, mais Dorante refuse d'entrer dans ce jeu, et Araminte, mise au courant, le félicite de sa probité. Dubois, qui survient pendant cette conversation, feint d’être étonné de voir Dorante, et Araminte gêné d'être vu.

Araminte, seule avec Dubois, lui demande quelques renseignements sur son nouvel intendant. Il lui dit que c’est le plus honnête homme du monde, instruit, probe, distingué, mais qu’il a une folie en tête : il est amoureux. On lui a proposé plusieurs partis fort avantageux, qu'il a tous refusés à cause de son fol amour. Lorsque Araminte demande à Dubois s’il connaît la personne qui lui a inspiré cette passion, il lui confie que c’est elle-même. Elle est étonnée, mais touchée en même temps. Tout en se disant qu’elle ne devrait pas garder son intendant, elle ne peut se résoudre à le renvoyer tout de suite et décide d’attendre au moins un peu, par compassion.

Acte II[modifier | modifier le code]

Dorante conseille à Araminte de plaider. Monsieur Rémy arrive pour proposer à son neveu un riche mariage, et s'irrite de le voir refuser. Marton croit que c'est pour elle. Un portrait mystérieux est alors apporté au domicile d’Araminte, Marton est sûre que c'est le sien, mais, quand Araminte ouvre la boîte en présence de sa mère et du comte, tous découvrent que c’est un portrait d’elle.

Araminte apprend de Dubois que le projet de marier Dorante et Marton est une invention de Monsieur Rémy, et que le portrait a bien été peint par Dorante et non pas par le comte comme elle le pensait au début. Araminte décide alors de lui tendre un piège.

Elle l'oblige à écrire une lettre annonçant au comte qu'elle accepte de l'épouser. Il est troublé, inquiet, mais soupçonnant le piège, ne se dévoile pas. Marton vient annoncer qu'elle est prête à l'épouser ; il explique alors à Araminte qu'il ne peut pas, car il aime ailleurs. Comme il ne veut pas dire qui, elle ouvre la boite du portrait, il se jette alors à ses genoux et lui demande pardon. Araminte lui pardonne, mais affirme ensuite à Dubois qu'il n'a pas parlé.

Acte III[modifier | modifier le code]

Marton, ayant compris que Dorante ne s’intéresse nullement à elle, subtilise une lettre, sur les conseils de Dubois. Cette lettre que Dorante a écrite à l'instigation du même Dubois, fait part à un destinataire imaginaire de sa passion pour Araminte et de son désir de s'expatrier, par honte de l’avoir offensée.

Madame Argante essaie une dernière fois de convaincre sa fille de renvoyer Dorante et se dispute avec Monsieur Rémy, furieux qu'on traite son neveu d'impertinent à l'air galant et la mine doucereuse. Marton, qui voit en la lettre une vengeance idéale, la fait lire au comte à haute voix, en présence de tous les protagonistes. Cette lettre, qui avait pour but de rendre publique sa passion, Dorante ne la renie pas. Araminte, particulièrement irritée, congédie tout le monde.

Elle reproche à Dubois d'avoir trahi son ancien maître, rend son amitié à Marton qui vient s'excuser, et accepte que Dorante vienne lui faire ses adieux, avant de finir par lui avouer qu’elle l’aime. Il lui confesse alors que la plupart des rapports qu’on lui a faits étaient de fausses confidences, et que c’est Dubois qui a tout mené. Il n’y a de vrai que l’amour profond qu’il éprouve pour elle, et le portrait qu'il a peint.

Elle lui pardonne tout en faveur de cet amour et de sa franchise. Le comte, qui a compris que Dorante lui a plu, se retire avec élégance, Madame Argante affirme qu'il ne sera jamais son gendre, mais Araminte n'en a cure, et Dubois se félicite de sa victoire.

Analyse[modifier | modifier le code]

Les « fausses confidences » qui parsèment la pièce prennent des formes diverses et recourent à des moyens différents – une confidence verbale, par exemple, peut être étayée par des preuves matérielles telles que la lettre ou le portrait. Fausses, les confidences le sont également à des degrés divers – mensonges purs et simples, demi-vérités, exagérations, dissimulations – il ne s’agit donc pas toujours à proprement parler de mensonges. Autre interprétation possible : les « fausses confidences » sont ainsi dénommées parce qu’elles ne sont pas à proprement parler des confidences, mais plutôt des révélations de faux secrets dont la mise en scène a été soigneusement calculée. Dans l’univers des Fausses Confidences, chaque personnage, guidé par ses sentiments ou par l’intérêt, ment et manigance pour parvenir à ses fins. Dans ce chassé-croisé de manœuvres intrigantes qui fondent la structure de la pièce, le recours aux « fausses confidences » est un ressort fondamental de la progression dramatique. Le maître amoureux et son valet ingénieux ont mis sur pied un complot systématique d’une efficacité diabolique. Dubois, calculateur et fin psychologue, se pose d’emblée comme la tête pensante du stratagème. C’est lui qui est l’auteur de la première fausse confidence faite à Araminte. Pour les trois « fausses confidences » suivantes, Dorante et Dubois ont recours à des artifices empruntés à la tradition théâtrale et romanesque : un portrait d’Araminte appartenant à Dorante, un autre tableau d’elle qu’il aurait contemplé avec trop d’admiration, et une fausse lettre dans laquelle il parle de son amour pour Araminte à un destinataire fictif.

Le rôle du langage dans Les fausses confidences[modifier | modifier le code]

Une confidence étant généralement un secret que l’on communique verbalement à autrui, le titre Les Fausses Confidences a l’avantage de souligner dès le début la place prépondérante qu’occupe le langage dans la pièce. La confidence suppose également une relation de confiance entre le locuteur et son destinataire. Ce rapport fiduciaire est par ailleurs indispensable à tout acte de communication : c’est la nécessité de croire à la parole de l’autre qui donne à celle-ci tout son pouvoir. Ainsi, le mécanisme de la « fausse confidence » ne pourrait fonctionner sans l’entière confiance de la victime envers le manipulateur. La pièce pourrait même être lue tout entière comme une illustration de l’extrême puissance du langage en tant qu’instrument de manipulation. C’est bien sûr Dubois qui sait tirer le meilleur parti de l’immense pouvoir de séduction du langage. Lors de ses « fausses confidences » à Araminte, il sait mettre en scène ses révélations, employer la curiosité, la jalousie et l’amour-propre de son interlocutrice pour parvenir à ses fins. Exercer les pouvoirs du langage revêt l’apparence d’un jeu chez Marivaux, jeu qui n’est pas toujours dénué d’une certaine cruauté. Dubois souligne d’ailleurs précisément le lien entre amour et langage : « quand l’amour parle, il est le maître, et il parlera », En d’autres termes, conclut Maryse Laffitte, « chez Marivaux, […] c’est par le langage que l’amour parvient à la conscience du sujet qui résiste ». Son statut est donc double : s’il est le vecteur privilégié des faux-semblants et des manipulations, il permet aussi au personnage d’accéder à un état amoureux véritable.

L’être et le paraître, une impossible réconciliation ?[modifier | modifier le code]

« Le masque par excellence, c’est la parole », dit Jean Rousset à propos des Fausses Confidences. On ne pourrait mieux résumer le rapport entre paraître et langage chez Marivaux. Avec Les Fausses Confidences, on touche à un leitmotiv de l’œuvre de Marivaux, que Jean Rousset a nommé « le double registre » : les personnages marivaudiens fonctionnent selon deux niveaux de réalité, celui du paraître (qui les conduit à endosser un masque) et celui de l’être (la vérité du cœur, au-delà des apparences). Le dénouement de la pièce permet-il de faire coïncider ces deux réalités ? On a pu voir, à travers l’analyse des « fausses confidences », l’extrême complexité des rapports entre l’être et le paraître. En réalité, jamais le masque n’est (ne peut être) totalement levé sur le réel. Au final, toutes les pistes de lecture restent ouvertes. Le caractère fuyant de la pièce tient à son ambiguïté fondamentale entre l’être et le paraître. Enfin, peut-être est-ce aussi cela, le marivaudage : un art du trompe-l’œil, où, dans un jeu infini de reflets entre le vrai et le faux, la réalité n’est plus discernable du mensonge. Le théâtre de Marivaux joue sans cesse sur l’illusion, le déguisement et les ambiguïtés entre vérité et apparence. Toute confusion entre la scène et la vie est impossible. Cet univers, souvent qualifié d’abstrait ou de précieux, ne s’enracine pas dans le quotidien. Il n’est jamais réaliste. Les fausses confidences exploitent la dualité équivoque de l’être et du paraître. Le titre exprime à la fois le mensonge et la sincérité. Tout se déploie dans un perpétuel jeu de bascule entre les mirages du faux-semblant et les cris du cœur.


Bibliographie[modifier | modifier le code]

Édition princeps.
  • J. Y. Boriaud, « Les Jeux de l’être et du paraître dans les Fausses confidences », L’Information Littéraire, 1988, no 40 (1), p. 16-19.
  • (en) Alfred Cismaru, « The ‘Molieresque’ Origins of Les Fausses confidences », Kentucky Romance Quarterly, 1968, n° 15, p. 223-29.
  • Monique Claisse, « Approches du discours : formes et variations dans Les Fausses Confidences », Revue Marivaux, 1990, n° 1, p. 17-25.
  • Michel Gilot, « Du Jeu de l’amour et du hasard aux Fausses confidences : remarques sur l’évolution du théâtre de Marivaux », Études Littéraires, Summer 1991, n° 24 (1), p. 9-18.
  • Sjef Houppermans, « La Pensée du corps chez Marivaux : de L’Ile des esclaves aux Fausses confidences », Franck Salaün, Éd. et intro., Pensée de Marivaux, Amsterdam, Rodopi, 2002, p. 55-67
  • Judd D. Hubert, « Les Fausses Confidences et ‘l’intendant de qualité’ », Kentucky Romance Quarterly, 1973, n° 20, p. 153-61.
  • Christoph Miething, « Le Problème Marivaux : le faux dans Les Fausses Confidences », Études Littéraires, été 1991, n° 24 (1), p. 81-94.
  • Maryse Laffitte, « Mensonge, amour et séduction dans Les Fausses Confidences de Marivaux », Revue Romane, 2005, n° 40 (2), p. 257-73.
  • Gilles Revaz, « L’Illusion dans l’énonciation comique (Corneille et Marivaux) », Littératures Classiques, hiver 2002, n° 44, p. 97-114.
  • (en) Jodi Samuels, « Theatrical Letters in Eighteenth-Century France », Text & Presentation, Apr. 2000, n° 21, p. 43-55.
  • Jacques Scherer, « Analyse et mécanisme des Fausses confidences », Cahiers de la Compagnie Madeleine Renaud-Jean Louis Barrault, 1960, n° 28, p. 11-19.
  • Antoine Spacagna, « Structure dramatique et jeux linguistiques dans Les Fausses Confidences de Marivaux », RLA, 1989, n° 1, p. 306-15.
  • Henri Suhamy, « Malvolio et la comédie du trouble-fête », Q/W/E/R/T/Y, Oct 1995, n° 5, p. 21-25.
  • André Tissier, Les Fausses Confidences de Marivaux : analyse d’un ‘jeu’ de l’amour, Paris, Éds. d’Enseignement Supérieur, 1976.
  • Éric Turcat, « L’Espace triangulaire de la duplicité : les Fausses Confidences et leurs antichambres », Neophilologus, July 2000, no 84 (3), p. 359-70.

Mises en scène notoires[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]

  • Jean Fleury, Marivaux et le marivaudage, Paris, Plon, 1881, p. 136-38

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Le terme désigne alors un avoué.

Lien externe[modifier | modifier le code]

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