La Jetée

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La Jetée

Réalisation Chris Marker
Scénario Chris Marker
Acteurs principaux

Hélène Châtelain
Davos Hanich
Jacques Ledoux

Pays d’origine Drapeau de la France France
Sortie 1962
Durée 28 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

La Jetée est un film français de science-fiction de Chris Marker, sorti en 1962 et d'une durée de 28 minutes. Ce film expérimental, considéré comme un chef-d'œuvre par nombre de critiques et de réalisateurs, est en fait, à l'exception d'un seul plan filmé, un diaporama de photographies en noir et blanc (un « photo-roman » selon le générique), commentées par un narrateur unique et accompagnées d'une bande-son réalisée par Trevor Duncan. Cela donne à ce récit très singulier un fort contenu poétique et sert à représenter une face de la « réalité » : les souvenirs que l'on a d'un moment de sa vie sont partiels, tronqués et lorsqu'on regarde un album photos, les souvenirs viennent dans le désordre avec des « sauts dans le temps ».

Synopsis[modifier | modifier le code]

La jetée d'Orly, sur une photographie presque contemporaine du film (aux environs de 1965).

« Ceci est l'histoire d'un homme marqué par un souvenir d'enfance ». Enfant, le héros se rend souvent avec ses parents à l'aéroport d'Orly. Un jour, il assiste à un événement dramatique qui va le marquer, mais qu'il ne comprendra que plus tard. Un homme meurt sous les yeux d'une femme dont il gardera en mémoire les traits. Puis la Troisième Guerre mondiale survient qui détruit toute la surface de la Terre. À Paris, les survivants se réfugient dans les sous-sols.

Le héros, prisonnier dans un camp souterrain sous Chaillot, est alors le cobaye de scientifiques qui cherchent à l'envoyer dans le passé pour établir un corridor temporel afin de permettre aux hommes d'autres époques de transporter des vivres, des médicaments et des sources d'énergie, bref d'« appeler le passé et l'avenir au secours du présent ». Il a été choisi en raison de sa très bonne mémoire visuelle et de l'image très forte et présente du traumatisme qu'il a connu sur la jetée d'Orly. Ce souvenir empêchera que le transport temporel ne le rende fou.

Renvoyé à plusieurs reprises dans le passé, l'homme retrouve la femme de ses souvenirs. Au fur et à mesure de ses visites temporelles, il entame une liaison avec elle. Une fois le succès du retour vers le passé confirmé, les scientifiques du camp envoient leur cobaye dans le futur, opération plus délicate. Le héros y retrouve des hommes de l'avenir, qui lui confient un générateur susceptible de sauver l'époque d'où il vient. Comme eux aussi voyagent dans le temps, l'homme demande à retourner définitivement à l'époque qui précédait la guerre. Il est envoyé à Orly, le jour de son souvenir. Il se précipite pour rejoindre la femme, mais est tué par un des hommes du camp qui le retenait prisonnier. Il comprend alors que le souvenir d'enfance qui l'avait marqué n'était autre que celui de sa propre mort.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Récompenses et nominations[modifier | modifier le code]

La Jetée a reçu les récompenses suivantes[1] :

  • Prix Jean-Vigo - 1963
  • Grand prix du festival de Trieste, 1963
  • Prix Giff-Wiff - 1963
  • Astronef d'or, Festival de Trieste, 1963

Réception[modifier | modifier le code]

Réception du public[modifier | modifier le code]

Réception critique[modifier | modifier le code]

Le film a reçu 21 voix parmi celles des 78 critiques qui ont établi en 2008 une liste des 100 films pour une cinémathèque idéale, ouvrage dirigé par Claude-Jean Philippe pour les Cahiers du cinéma[2]. Par ailleurs, il a été classé en 2010 à la 37e position des Essential 100, les cent meilleurs films de l'histoire du cinéma selon le Festival international du film de Toronto[3]. Le magazine The Village Voice, dans son classement établi en 2000, le classe quant à lui en 66e position[4]. Selon un classement réalisé par la Online Film Critics Society en 2002, il s'agit du 24e meilleur film de science-fiction[5]. En 2003, Steven Jay Schneider, dans ses 1001 films à voir avant de mourir (1001 Movies You Must See Before You Die), le place à la 369e place. Enfin, le Time Magazine en fait en 2010 le meilleur film de voyage dans le temps[6].

Analyse[modifier | modifier le code]

Élaboration du projet[modifier | modifier le code]

Enfant, Chris Marker utilisait un Pathéorama, une visionneuse dans laquelle il se projette des images de films. « Chaque image représentait une scène différente, de sorte que le spectacle s'apparentait plus à une lecture de diapositives qu'à du home-cinéma, mais ces scènes étaient des plans magnifiquement reproduits, de films célèbres, Chaplin, Ben-Hur, le Napoléon d'Abel Gance[7] ». L'enfant s'amuse alors à joindre à ses images des photos personnelles. Il s'agit peut-être là d'une source d'inspiration pour La Jetée[8].

La Jetée a été inspiré par Sueurs froides (Vertigo) d'Alfred Hitchcock, plusieurs séquences y font explicitement référence, notamment celle du tronc d'arbre symbolisant le Temps. Terry Gilliam est encore plus démonstratif dans L'Armée des douze singes : la scène originale de Vertigo est projetée lorsque James Cole et le Dr. Kathryn Railly se cachent dans un cinéma.

Parmi les autres influences reçues par Chris Marker, il faut citer celle du film Traité de bave et d'éternité (1951) de Isidore Isou qui par l'autonomisation du son avait pour but de le faire s'épanouir pleinement, sans tenir compte de l'image, lui offrant ainsi toute la richesse stylistique de la prose, devenant un véritable roman parlé. C'est ce procédé qui l'inspira notamment pour La Jetée.

Écriture[modifier | modifier le code]

Réalisation[modifier | modifier le code]

Le film est composé uniquement de photographies, à l'exception d'un seul plan, le temps de quelques battements de paupières de l'actrice Hélène Chatelain[9]. Cette séquence filmée, d'une durée de cinq secondes, intervient à la dix-huitième minute. Par ailleurs, certaines images sont si rapprochées dans le temps qu'elles donnent un sentiment d'un ralenti cinématographique.

Postérité[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Éditions du film[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

  • Michel Chion, Le complexe de Cyrano : La langue parlée dans les films français, Paris, Cahiers du cinéma, coll. « Essais »,‎ mars 2008, 192 p. (ISBN 978-2-86642-515-9), chap. XII, (« La Jetée, 1962, de Chris Marker »), p. 75-80
  • Philippe Dubois, « La Jetée ou le cinématogramme de la conscience », Théorème, no 6 « Recherches sur Chris Marker »,‎ 2002, p. 8-45 (ISBN 2-87854-162-6, ISSN 1159-7941)
  • Vincent Baticle, « Ceci est l'histoire d'un art marqué par les images d'un film : Itinéraires cinématographiques de La Jetée », L'Avant-scène cinéma, no 606 « Spécial Chris Marker »,‎ octobre 2013, p. 18-22
  • Florence Coronel, « Vertigo vs La Jetée / La Jetée vs Vertigo », Cadrage.net,‎ mars 2007 (lire en ligne)

Livres[modifier | modifier le code]

Documentaires audio et vidéo[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Filmographie », Théorème, no 6 « Recherches sur Chris Marker »,‎ 2002, p. 168 (ISBN 2-87854-162-6, ISSN 1159-7941)
  2. Claude-Jean Philippe (dir.), 100 films pour une cinémathèque idéale, Paris, Cahiers du cinéma,‎ 2008, 222 p. (ISBN 978-2-86642-539-5)
  3. (en) « The Essential 100 », sur le site du Festival international du film de Toronto
  4. (en) « 100 Best Films of the 20th Century by the Village Voice Critics' Poll », sur filmsite.org, AMC
  5. (en) « OFCS Top 100: Top 100 Sci-Fi Films », Online Film Critics Society, 24 septembre 2010
  6. (en) « Top 10 Time-Travel Movies », Time, 26 mars 2010
  7. Chris Marker dans le fascicule de l'édition DVD
  8. Coronel 2007
  9. Dubois 2002, p. 36 ; Dubois note toutefois dans l'épilogue de son article, p. 44, qu'une unique copie du film, conservée à la Cinémathèque royale de Belgique (dont le conservateur a été jusqu'en 1988 Jacques Ledoux, l'un des acteurs du film), contient un autre plan en mouvement, juste avant le générique.
  10. Carolina Ferrer, « L'évolution de la fin : De “La Jetée” à “12 Monkeys” », Cinémas : Revue d'études cinématographiques, vol. 13, no 3 « Imaginaire de la fin »,‎ printemps 2003, p. 53–77 (DOI 10.7202/008707ar)
  11. (en) Stefaan Van Ryssen, « Leonardo Review: La Jetée, Ciné-Roman », sur Leonardo On-Line
  12. François Albera, Bernard Bastide et Jean-A. Gili, « Livres et revues », 1895, no 57,‎ 2009, p. 199–227 (lire en ligne)
  13. (en) Catherine Lupton, Chris Marker : Memories of the Future, Londres, Reaktion Books,‎ 2005 (ISBN 1-86189-223-3), p. 87
  14. Stéphane Frachet, « Cinéma : Sauve qui peut le court-métrage », dans « Les 100 qui font bouger Clermont-Ferrand », L'Express,‎ 17 janvier 2002 (lire en ligne)
  15. Christophe Rault et Thomas Baumgartner, « Souvenir de La Jetée », Arte radio,‎ 21 février 2003
  16. (en) « La Jetée, Son of a Bricklayer », sur Radio Screamer, Last.fm
  17. (en) « Son Of A Bricklayer & Shitao – La Jetée », sur discogs.com
  18. « "La Jetée" revisitée par Matt Lambert », sur Arte Creative,‎ 20 octobre 2013