Sans soleil

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Sans soleil est un film documentaire français réalisé par Chris Marker sorti en 1983, visant à mettre en relation diverses cultures comme la civilisation japonaise et la Guinée-Bissau ou encore le Cap-Vert.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Le film est construit autour du discours d'un cameraman fictif, Sandor Krasna, rédacteur de lettres lues tout au long du film par Florence Delay. Dans ses écrits, il va traiter successivement du temps, de la mémoire, de la fragilité humaine face aux séismes du Japon ou encore face à la famine, menace constante au Cap Vert ou en Guinée-Bissau. Le cinéaste voyage alors aux « deux pôles extrêmes de la survie » tel qu'il le dit lui-même. Il montrera non pas les difficultés pour ces sociétés à s'en sortir, mais plutôt leur façon de vivre et d'exister au-delà de ce qui peut leur coûter la vie. Car comme il l'annonce : « Moi, ce que je veux vous montrer, ce sont les fêtes de quartier ».

Fiche technique[modifier | modifier le code]

  • Composition et montage : Chris Marker
  • Bande électro-acoustique  : Michel Krasna (thème de Sans soleil, Modeste Moussorgski). Valse triste de Sibelius traitée par Isao Tomita
  • Chant  : Arielle Dombasle
  • Mixages : Antoine Bonfanti, Paul Bertault
  • Images incorporées : Sana Na N'Hada (Carnaval de Bissau), Jean-Michel Humeau (Cérémonie des grades), Mario Marret, Eugenio Bentivoglio (Guérilla à Bissau), Danièle Tessier (Mort d'une girafe), Haroun Tazieff (Islande 1970)
  • Assistant à la réalisation  : Pierre Camus
  • Les lettres de Sandor Krasna sont lues par Florence Delay
  • Durée  : 1 h 40
  • Couleurs
  • Date de réalisation : 1983

Petite analyse du Documentaire[modifier | modifier le code]

Ce film est un essai cinématographique reliant de multiples sujets : histoire, géographie, sociologie, politique et religions s'y croisent, s'y font écho et se répondent ; Chris Marker se sert aussi de plans qu'il avait filmés pour d'autres cinéastes, tel Claude Lelouch ou encore pour des chercheurs comme Haroun Tazieff.

Dans le générique il ne se présente pas sous le registre "réalisation", mais sous celui de "composition et montage", ce qui souligne cette volonté de mise en rapport d'éléments a priori disparates. On retrouve d'ailleurs la même logique dans la bande son, où bruits et commentaires se mélangent de façon très subtile. Il s'agit donc d'un processus avant tout poétique, mettant en lien des images et des idées tantôt très éloignées, tantôt très proches.

Le titre, dès le départ complexe (il est rédigé en trois langues : français, anglais et russe), renvoie à la fois à la mélodie de Moussorgski, à un commentaire sur la conception occidentale de la dénomination des choses, ici parlant du soleil ("Il m’écrivait: «Je rentre par la côte de Chiba... Je pense à la liste de Shônagon, à tous ces signes qu’il suffirait de nommer pour que le cœur batte. Seulement nommer. Chez nous un soleil n’est pas tout à fait soleil s’il n’est pas éclatant, une source, si elle n’est pas limpide. Ici, mettre des adjectifs serait aussi malpoli que de laisser aux objets leurs étiquettes avec leurs prix. La poésie japonaise ne qualifie pas. II y a une manière de dire bateau, rocher, embrun, grenouille, corbeau, grêle, héron, chrysanthème, qui les contient tous."), et au soleil noir de Hiroshima.

La voix "off" n'est pas celle d'un commentaire en direct, elle a un statut très particulier ; la répétition de la formule "il m'écrivait" crée en effet une double distance: elle rejette le commentaire dans une sorte de passé indéfini et rappelle en quelque sorte que la voix entendue n'est pas celle du commentateur lui-même. Seule la fin va faire coïncider à peu près le présent du commentaire et le présent des images : "il m'écrit (...) Y aura-t-il une dernière lettre ?".

Lien externe[modifier | modifier le code]