Ken Kesey

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Ken Kesey en 1984, au Miami Book Fair International.
Statue de Ken Kesey à Eugene, Oregon.

Ken Kesey, né Kenneth Elton Kesey à La Junta (Colorado) le (17 septembre 1935 et mort à Eugene (Oregon) le 10 novembre 2001, est un écrivain américain. Il a écrit Vol au-dessus d'un nid de coucou (1962), Et quelquefois j'ai comme une grande idée (roman) (adapté au cinéma par Paul Newman sous le titre Le Clan des irréductibles) (1963), Sailor Song (1993), Last Go Round (1995), une pièce de théâtre, Twister (1999), et deux livres pour enfants, Little Tricker the Squirrel Meets Big Double the Bear et The Sea Lion: A Story of the Sea Cliff People.

Son premier roman a été porté à l'écran en 1975 par Miloš Forman sous le même titre, Vol au-dessus d'un nid de coucou, et interprété par Jack Nicholson et Louise Fletcher.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

1959-1966 : l'aventure psychédélique : les Merry Pranksters[modifier | modifier le code]

À côté de son activité d'écrivain, Ken Kesey, avec son groupe communautaire les Merry Pranksters, est aussi l'un des inspirateurs les plus importants du mouvement psychédélique des années 1960.

Perry Lane[modifier | modifier le code]

Tout débute aux environs de 1959. À cette époque, Ken Kesey est étudiant à l'université Stanford et habite Perry Lane, quartier de Palo Alto dans la baie de San Francisco où se concentre la bohème. Il y rencontre Vic Lovell, un jeune diplômé de psychologie qui lui parle de certaines expériences menées sur les drogues modifiant l'état de conscience. Pour quelques dollars, Kesey se porte volontaire et expérimente diverses drogues : la psilocybine, la mescaline et, un beau jour, le LSD. Les effets procurés par cette dernière drogue - qui, à l'époque, n'est guère connue que dans certains milieux scientifiques - lui laisse entrevoir une expérience nouvelle du monde. C'est un vrai choc. Kesey a la sensation d'avoir trouvé la grande clé qui permettra à l'homme d'ouvrir son esprit et d'étendre son champ de conscience au-delà de tout ce qu'on aurait pu imaginer.

C'est le début de l'aventure. Perry Lane change rapidement de visage. Les drogues - en particulier le LSD - sont largement consommées ; Kesey et ses amis se laissent aller à toutes les fantaisies : musique à gogo, déluge de Day-Glo (peinture fluorescente) et comportements incompréhensibles pour les âmes bien-pensantes du coin, qui vont très vite s'interroger : « mais que peuvent-ils bien faire ? ».

La Honda[modifier | modifier le code]

En 1963, Perry Lane ayant été racheté par un entrepreneur, Kesey achète une maison en Californie, à La Honda (en). C'est là que va se constituer un groupe autour de lui et, surtout, autour du LSD (toujours aussi méconnu à l'époque) : les Merry Pranksters (littéralement « les joyeux lurons »). La vie passe de trip en trip ; il s'agit de se laisser aller, d'y aller à fond, d'être « synchro », de coller à l'instant, le plus possible. La maison est remplie de matériel audio, enceintes, câbles, micros, table d'effet sonore ; même les bois alentour sont sonorisés. Rien ne peut se dire, aucun bruit ne peut faire vibrer l'air sans qu'un micro ne puisse le capter, pour le renvoyer à un autre endroit, avec du décalage ou des effets sonores : il est par exemple tout à fait possible de l'intérieur de la maison de répondre à ceux qui tripent dans les bois. La Day-Glo continue de couler à flot, même les arbres sont peints, les troncs, les feuilles. On ne s'étonnera pas que les gens du coin, et les policiers, finissent par s'interroger sur ces comportements pour le moins étranges. Mais à cette époque, le LSD n'est pas encore interdit et c'est pour possession de marijuana que certains Merry Pranksters, dont Kesey, seront inculpés, avant d'être relâchés sous caution.

La virée en autobus[modifier | modifier le code]

Au début de l'été 1964, les Pranksters décident de faire une virée à travers les États-Unis. Ils achètent un vieux bus scolaire qu'ils repeignent à la Day-Glo et dans lequel ils entassent du matériel audio et vidéo de toute sorte. Ne manque plus que le jus d'orange au LSD et les voilà partis. Le voyage est long, mouvementé et filmé. L'idée est de faire un film, un film sous LSD, une révolution dans l'histoire du cinéma : pas de cadrage, pas de scénario, juste la vie des Pranksters prise sur le vif. Chacun doit y aller à fond, jouer son rôle, être ce qu'il est le plus possible. De ces bandes, ils tireront, après montage, 40 heures d'images. Ce projet sera un véritable gouffre financier, Kesey investira une bonne partie de ce que lui avait rapporté son succès "Vol au-dessus d'un nid de coucou". À noter que c'est Neal Cassady, qui est le conducteur de l'autobus durant le premier voyage jusqu'à New York.

Les acid tests[modifier | modifier le code]

De retour à La Honda, les Merry Pranksters reprennent leur vie sur fond de LSD, de marijuana et d'amphétamines. Ils accueilleront, entre autres, les Hells Angels introduits entre autres par Hunter S. Thompson, qui viendront passer quelques jours et, pour certains, feront leur premier trip au LSD. Commencent aussi les « acid tests », ces soirées où les gens sont censés faire « l'expérience du LSD sans LSD », grâce à un dispositif sonore, des effets de lumière (notamment les premiers stroboscopes), des projections d'images dans tous les coins, etc. C'est principalement dans ces tests que naît l'imagerie, les symboles, les codes du mouvement psychédélique. Il va sans dire que, dans ces soirées, la plupart des gens sont, malgré le slogan, sous LSD - la drogue est d'ailleurs souvent fournie par les Pranksters eux-mêmes. Notons au passage que dans nombre de ces soirées, on pouvait entendre le groupe Grateful Dead, dont les guitares électriques faisaient partie intégrante du show.

La fuite au Mexique[modifier | modifier le code]

Mais Kesey est rattrapé par ses histoires de marijuana, dont la possession est toujours très sévèrement punie aux États-Unis. Pour quelque chose comme 3 g, il risque la prison. Il décide donc de s'enfuir au Mexique. Moment difficile, Kesey joue le fugitif et, comme d'habitude, il y va à fond. Mais la police est à ses trousses, le FBI en particulier. Il passe par des phases paranoïaques ; à de nombreuses reprises, il se terre dans la jungle toute proche de la petite maison où il habite avec quelques amis.

Plus tard, alors qu'il est toujours au Mexique, des Pranksters le rejoignent. Fini le jeu du fugitif, Kesey veut faire du bruit, comptant que personne ne croirait que c'était lui, le fugitif, qui parade avec des fringues maculées de Day-Glo et ce bus tape-à-l’œil. Des acid tests sont organisés au Mexique, mais les Pranksters ne restent pas longtemps au même endroit, histoire de ne pas laisser le temps aux flics de leur mettre la main dessus.

De retour aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Cependant ce petit jeu doit prendre fin. Kesey veut retourner aux États-Unis, pour narguer le FBI sur ses terres, il veut y aller au culot. La frontière passée, la rumeur ne se fait pas attendre : « Kesey est de retour ». Rumeur qui va se confirmer : Kesey fera quelques apparitions dans des Tests organisés par divers groupes psychédéliques qui ont éclos un peu partout aux États-Unis ; il fera même une apparition télévisée, dans laquelle il provoque J. Edgar Hoover, le grand patron du FBI. Mais l'issue est inévitable : Kesey se fait arrêter.

À son premier procès pour possession de marijuana (il a été arrêté plusieurs fois pour ce même motif), il parvient à s'en sortir de justesse. Il convainc juge et jurés qu'il s'est repenti, qu'il a réfléchi et qu'il veut maintenant demander aux jeunes de cesser de prendre du LSD, qu'il faut aller au-delà. Ce discours, pour des autorités débordées par la marée psychédélique, est une aubaine. Kesey est relâché. Dans les milieux hip, c'est l'incompréhension, est-ce qu'il bluffe, est-ce qu'il pense vraiment qu'il faut « dépasser l'acide » ?

Le procès terminé, Kesey veut organiser un test, un dernier test, qu'il nomme Acid Test Graduation et qui sera la plus grande réunion de drogués de tous les temps. Cette réunion doit avoir lieu dans une salle "Le Winterland", tout est prêt. Mais tout doit être annulé, certains craignent trop ce que Kesey prépare. Néanmoins, ce test a finalement bien lieu, mais dans le hangar des Pranksters, là où ils entreposent leur bus. Lors de ce test, les Pranksters communient avec Kesey, qui explique que l'acide a ouvert la porte et qu'il est maintenant temps de passer à un autre niveau, qu'il faut avancer. Mais le gros de la foule n'est déjà plus là, seuls les fidèles font cercle autour de lui. Au terme de la cérémonie, Kesey remet des diplômes : oui, ceux qui sont là ont bel et bien passé le test.

La prison[modifier | modifier le code]

Quelques semaines plus tard, Kesey retourne devant le juge pour deux autres procès, toujours pour marijuana, il sera condamné les deux fois : 90 jours de prison, 6 mois de travail dans un établissement pénitentiaire et 1 500 dollars d'amende. On est en 1966, l'aventure des Pranksters est terminée. Une fois sa peine purgée, Kesey s'installe avec sa femme Faye et ses enfants dans la ville où il a grandi, à Springfield, Oregon, où il se remet à écrire.

Anecdotes[modifier | modifier le code]

  • Le film Gerry (2002) de Gus Van Sant est dédié à la mémoire de Ken Kesey[1].
  • Gus Van Sant a le projet d'adapter une période de la vie de Ken Kesey (ses aventures dans le bus avec les Merry Pranksters) tirée du livre Acid Test de Tom Wolfe.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Œuvres traduites en français[modifier | modifier le code]

  • La Machine à brouillard, [« One flew over the cuckoo's nest »], trad. de Michel Deutsch, Paris, Éditions Stock, 1963, 291 p. ((notice BnF no FRBNF33062175p))
    • réédité sous le nom Vol au-dessus d'un nid de coucou, trad. de Michel Deutsch, Paris, Éditions Stock, 1976, 287 p. ((ISBN 2-234-00508-6))
  • Et quelque fois j’ai comme une grande idée, [« Sometimes a Great Notion »], trad. d’Antoine Cazé, Toulouse, France, Éditions Monsieur Toussaint Louverture, 2013, 800 p. ((ISBN 978-1-09-072406-9))[2]

Œuvres non traduites[modifier | modifier le code]

  • Kesey's Garage Sale,essais, 1973
  • Demon Box, essais et nouvelles, 1986
  • Caverns, roman, 1989
  • The Further Inquiry, pièce, 1990
  • Sailor Song, roman, 1992
  • Last Go Round, avec Ken Babbs, roman, 1994
  • Twister, pièce, 1994
  • Kesey's Jail Journal, essais, 2003

Bibliographie et liens[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. "in memory of ken kesey", dernier panneau du générique de fin du film Gerry (2002) de Gus Van Sant au timecode approximatif (01:42:49:00).
  2. David Caviglioli, « Ken Kesey : le grand roman politique d'un hippie sous acide », sur nouvelobs.com,‎ 19/10/2013 (consulté le 20/10/2013)