Joseph François Dupleix

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Joseph-François Dupleix

Description de l'image  Dupleix Jean Francois estampe.jpeg.
Naissance 1er janvier 1697
Landrecies
Décès 10 novembre 1763 (à 66 ans)
Paris
Nationalité Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Profession Militaire, haut fonctionnaire
Activité principale Gouverneur général des Établissements français de l'Inde
Conjoint
Jeanne Albert de Castro
Famille

Joseph-François Dupleix, né le 1er janvier 1697 à Landrecies et mort le 10 novembre 1763 à Paris, fut gouverneur général des établissements français de l'Inde et grand rival de Robert Clive.

Biographie[modifier | modifier le code]

Son père René-François, un fermier général prospère[1] devenu commissaire général de la Compagnie des Indes[2], souhaite qu'il devienne marchand et, pour le distraire de son goût pour la science, l'envoie voyager en Inde en 1715 sur l'un des vaisseaux de la Compagnie française des Indes orientales. Au service de cet employeur, il effectue plusieurs déplacements dans les Amériques et en Inde.

En 1720, il est nommé membre du Conseil Supérieur de Pondichéry et commissaire des guerres. Il fait preuve d'un sens réel des affaires publiques et s'acquitte de ses fonctions avec un talent certain. Unissant le commerce à l'administration, il spécule habilement pour son compte et acquiert en peu de temps une grande fortune. En 1730, il est nommé superintendant des Affaires Françaises à Chandernagor qu'il relève de sa ruine. Sous son administration énergique, la ville prospère et accroît son importance.

En 1741, il épouse Jeanne Albert de Castro, veuve de l’un de ses amis Jacques Vincent, conseiller de la compagnie. Cette belle métisse intelligente, au fort caractère, est connue par les Indiens comme « Joanna Begum » et se montre d’une grande utilité pour son époux dans les négociations avec les princes locaux. Elle meurt en 1756. Dupleix se remarie en 1758.

Le siège de Madras en 1746. La prise de la ville est une brillante victoire française de La Bourdonnais venu porter secours à Dupleix, mais les deux hommes se brouillent sur le sort de la ville.
La fin du siège de Pondichéry en 1748. Attaquée par terre et par mer, la ville est défendue avec brio par Dupleix.
Plan de Pondichéry dédié à la mémoire de Dupleix.

Il obtient en 1742 le poste de gouverneur général de tous les établissements français de l'Inde. Son ambition désormais est d'acquérir pour la France de vastes territoires en Inde. Profitant de l'anarchie produite par la dissolution de l'empire moghol, il voulut faire une puissance territoriale de la Compagnie, qui n'avait été jusque-là que commerçante, et projeta ce que réalisera la Compagnie anglaise des Indes.

À cet effet, il entre en relations avec les princes locaux, et adopte un style de splendeur orientale, dans son costume et son cadre de vie. Les Britanniques en prennent ombrage. Mais le danger pour leur propre expansion et leur pouvoir en Inde est partiellement évité en raison de la jalousie amère réciproque entre Dupleix et La Bourdonnais, gouverneur des Mascareignes : l'île de Bourbon (de nos jours la Réunion) et l'Isle de France (Île Maurice).

En 1746, La Bourdonnais, gouverneur des Mascareignes, débarque sur la côte de Coromandel après avoir repoussé l'escadre de Peyton qui lui barrait la route. Il s'empare rapidement de Madras, dégageant ainsi Pondichéry de la menace anglaise, mais il se brouille avec Dupleix au sujet du sort de la ville. La Bourdonnais, qui est un marin ayant une mentalité corsaire, veut rendre la ville aux Anglais contre rançon. Dupleix, plus « terrien » que son collègue de l'Île-de-France, veut éradiquer la présence anglaise dans le secteur pour y préserver les intérêts français. Il refuse la transaction et fait raser Madras[3]. La Bourdonnais, exaspéré, rentre sur les Mascareignes. Cette violente dispute prive Dupleix de soutien naval et empêche les Français d'obtenir une victoire complète en Inde lors de ce conflit.

Dupleix envoie alors une expédition contre Fort St David (1747), qui est défaite dans sa marche par le nawab d'Arcot, l'allié des Britanniques. Dupleix réussit à vaincre le nawab, et à nouveau tente la capture du Fort St David, en vain. Une attaque à minuit sur Gondelour est repoussée, occasionnant de grandes pertes.

Dans la guerre qui s'ensuivit, il montra courage et talent, et défendit pendant 42 jours Pondichéry contre une flotte britannique formidable et contre une armée de terre. En 1748, Pondichéry est assiégé par les Britanniques, mais, au cours des opérations, des nouvelles arrivent concernant la paix conclue entre les Français et les Britanniques à Aix-la-Chapelle.

Dupleix entre ensuite dans des négociations, dont l'objet est l’assujettissement du sud de l’Inde. Il envoie des troupes importantes à l’aide de l’un des prétendants du Carnatic et du Deccan. Les Britanniques, très inquiets, sont engagés du côté de leurs rivaux.

Il se fit céder, par un prince indien qu'il avait placé sur le trône du Deccan, tout le territoire situé entre le Krichua et le cap Comorin, avec le titre de nabab. Fort de ses succès, il s'engagea dans une suite d'expéditions aventureuses, incompris de la Compagnie dont il était l'agent, mais parfaitement craint de la compagnie anglaise.

Ruiné par tant de guerres, les conflits entre les deux grandes puissances continuent en Inde jusqu’en 1754, quand les directeurs de la compagnie, sur la foi de rapports tronqués, forcent le gouvernement d'envoyer en Inde un commissaire spécial (Charles Godeheu) avec l'ordre de remplacer Dupleix et de le renvoyer en France, à la surprise des Indiens de Pondichéry et à la joie des Anglais de Madras. Ces ordres sont accomplis avec une brutalité inutile. La neutralisation de Dupleix fut l'un des facteurs qui permet ensuite aux Anglais de lancer la guerre de sept ans, laquelle leur permet d'obtenir le reste de l'empire colonial français. Le ministre de Louis XV, Machault, fut le principal responsable de ce renvoi pour tenter d'amadouer Londres et éviter un conflit. Cette manœuvre se révéla inutile et produisit l'effet contraire. Ce qui restait du travail de Dupleix fut donc ruiné en un instant, et lui-même fut obligé d’embarquer pour la France, le 12 octobre 1754 à la grande joie des Anglais. Ce faisant, le champ libre était donné à l'Angleterre qui mit en place une politique de conquête strictement copiée sur celle de Dupleix.

Dupleix passa le reste de sa vie à plaider contre la Compagnie, à laquelle il réclamait 13 millions de livres, qu'il avait avancés pour son service. Il y dépense le reste de sa fortune privée. La Compagnie des Indes refuse de reconnaître ses responsabilités. Le gouvernement ne veut rien faire pour un homme qu’il persiste à regarder comme un aventurier ambitieux[réf. nécessaire]. Le plus grand des gouverneurs coloniaux français meurt dans l’oubli, l’indigence, la misère et l'humiliation le 10 novembre 1763 à Paris, rue des Capucines, sans avoir pu se faire rendre justice.

Il avait publié peu avant sa mort un Mémoire qui fit grand bruit.

« J’ai sacrifié ma jeunesse, ma fortune, ma vie, pour enrichir ma nation en Asie. D’infortunés amis, de trop faibles parents consacrèrent leurs biens au succès de mes projets. Ils sont maintenant dans la misère et le besoin. Je me suis soumis à toutes les formes judiciaires, j’ai demandé contre le dernier créancier ce qui m’est dû. Mes services sont traités de fables, je suis traité comme l’être le plus vil du genre humain. Je suis dans la plus déplorable indigence. La petite propriété qui me rentait vient d’être saisie. Je suis contraint de demander une sentence de délai pour éviter d’être traîné en prison. »

Son frère, Charles-Claude-Ange, fermier général, sera peint par Hyacinthe Rigaud en 1738 et sa belle-sœur, Jeanne-Henriette de Laleu, par Nattier.

Honneurs et postérité[modifier | modifier le code]

Bâtiments de la Marine nationale française[modifier | modifier le code]

Plusieurs bâtiments de la Marine nationale française sont nommés d'après Joseph François Dupleix :

Lieux[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pastellists
  2. A. Kernéis, « Notes généalogiques et biographiques concernant la famille Dupleix en résidence à Brest », Bulletin de la Société académique de Brest, 1897, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k207643p/f141.image.r=Recouvrance.langFR
  3. Sur la prise Madras on peut consulter le plan en couleur dressé en 1750 sur le site des archives de l'outre-mer avec possibilité de zoom sur les détails des quartiers détruits par Dupleix.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Joseph François Dupleix » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie,‎ 1878 (Wikisource) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Philippe Haudrère et Gérard Le Bouëdec, Les Compagnies des Indes, Éditions Ouest-France,‎ 2010
  • André Zysberg, Nouvelle Histoire de la France moderne, t. 5 : La monarchie des Lumières, 1715-1786, Point Seuil,‎ 2002
  • Prosper Cultru, Dupleix : ses plans politiques ; sa disgrace, Paris, Hachette & Cie,‎ 1901 (lire en ligne)
  • Collectif, Dupleix, Slatkine, 464 p. (lire en ligne)
  • Eugène Guénin, Dupleix : d'après des documents inédits, tirés des archives publiques ou privées de France et d'Angleterre, Paris, Hachette,‎ 1908 (lien OCLC?)
  • Pierre de Vaissière, Dupleix, Plon,‎ 1931
  • Léon Moreel, Dupleix, marquis de fortune et conquérant des Indes, 1697-1763, Éditions Le Port de Dunkerque,‎ 1963
  • Marc Vigié, Dupleix, Fayard,‎ 1993 (ISBN 2213030162)
  • Abel Clarin de La Rive, Dupleix : ou, Les Français aux Indes orientales, Lille, Desclée, de Brouwer & Cie,‎ 1888, 242 p. (lire en ligne)
  • Judith Gautier, Dupleix,‎ 1913
  • Alfred Martineau, Dupleix : sa vie et son œuvre, Société d'éditions géographiques, maritimes et coloniales,‎ 1931
  • Dupleix : d'après sa correspondance inédite ; un essai d'Empire français dans l'Inde au dix-huitième siècle, Plon
  • Chrétien César Auguste Dehaisnes, Dupleix : notes biographiques et historiques, par Mg. Dehaisnes, L. Quarré,‎ 1888

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]