Briseur de grève

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Un briseur de grève est un travailleur embauché pour remplacer un salarié en grève ou en lock-out. Il vise à rendre inefficace une grève en permettant à l'entreprise de continuer ses activités (d'où le terme de « briseur » de grève).

Selon les pays, leur utilisation est permise, encadrée ou simplement prohibée.

En Amérique[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Dans l'argot américain, le terme "jaune" se traduit par union scab . Il existe dans le corpus des chansons populaires américaines (folksong) une chanson se moquant d'un "jaune" travaillant pour la compagnie ferroviaire South Pacific Railway.

Elle fut notamment interprétée par le grand Folksinger Pete Seeger.

Intitulée Casey Jones the union scab elle met en scène une version négative de Casey Jones , un cheminot modèle de la fin du XIX° siècle, ici portraituré en briseur de grève, qui, même mort (et expédié au paradis), entreprend de briser une grève des musiciens célestes de Saint Pierre...Ceux ci , organisés en syndicat, ne se font pas faute de le ré-expédier en Enfer , où Satan l'invite Manu Militari à pelleter du soufre dans les chaudières de l'Enfer la morale de la chanson est "voilà c'qu'on gagne à faire le Jaune pour la South Pacific."[1]

Sur un plan plus factuel, le patronat américain de la première moitié du XX° siècle n'a jamais reculé devant l'utilisation de briseurs de grève équipés d'armes à feu et extrêmement violents, en utilisant notamment les célèbres agences de détectives privés Pinkerton ou Baldwin and Felts pour encadrer les"gros bras" recrutés pour briser des grèves, notamment chez les mineurs de charbon du Kentucky.

La famille Rockfeller organisa ainsi les massacres de Ludlow en 1914 pour briser des grèves de mineurs dans le Colorado avec le concours de l'agence Pinkerton.

Six ans plus tard, la grève très dure dans le comté de Matewan , au cours de laquelle les briseurs de grève de l'agence Baldwin - Felts allèrent jusqu'à utiliser des avions pour parvenir à leurs fins est restée dans l'histoire américaine sous le nom de Battle of Matewan

Au Canada[modifier | modifier le code]

Au Canada, deux provinces ont des législations interdisant l'usage des briseurs de grève : la Colombie-Britannique et le Québec. L'Ontario a eu une telle législation de 1992 à 1995[2].

Adoptée en 1970, la législation britanno-colombienne prohibe l'usage de briseurs de grève professionnels[2].

La législation québécoise est plus stricte. Le Code du travail édicte un grand nombre de situations où des personnes ne peuvent remplacer un travail en grève ou en lock-out[3],[4]. De manière générale, le Code prévoit deux situations. D'abord, au sein de l'établissement en grève, il n'est possible pour l'employeur que d'utiliser les cadres pour effectuer le travail des employés en grève et seulement si ceux ont été engagés avant le début des négociations de la convention collective. Toutefois, à l'extérieur de l'établissement, l'employeur peut y faire transférer le travail des employés. Ainsi, un employeur peut utiliser des employés d'autres établissements non en grève ou sous-traiter auprès d'une autre entreprise.

Article détaillé : Briseur de grève au Québec.

Au niveau fédéral, des discussions ont lieu régulièrement pour instaurer une limitation à l'utilisation des briseurs de grève. Toutefois, le dernier vote à la Chambre des communes, en , s'est soldé par 122 voix en faveur et 177 voix en défaveur[5]. Théoriquement toutefois, il est interdit d'utiliser d'engager quelqu'un durant une grève ou un lock-out pour tenter de miner la capacité de représentation d'un syndicat[6].

En Asie[modifier | modifier le code]

En Europe[modifier | modifier le code]

En France[modifier | modifier le code]

L'expression "Jaune" ayant pour connotations "Briseur de Grève" puis "Traître", comme dans la désignation Syndicalisme jaune, aurait pour origine les teintureries d'Izieux, près de Saint Chamond, dans le département de la Loire. La poussière de soufre utilisée pour fixer les pigments sur les étoffes imprégnant les vêtements des ouvrières, permettant d'un coup d'œil comme à leur odeur particulière d'œufs pourris, d'identifier celles et ceux qui furent embauchées à la journée pour briser les grandes grèves de 1870.

En Espagne[modifier | modifier le code]

En Espagne, le terme esquirol (es) est utilisé pour désigner un briseur de grève. Ce nom vient du catalan « esquirol », qui désigne à la fois un écureuil et la Santa Maria de Corcó surnommé ainsi pour son auberge éponyme qui avait cet animal dans une cage dans le hall d'entrée au XIXe siècle. Au début du XXe siècle, certains habitants de cette ville entourée par des usines de textile avaient offerts de travailler à la place des grévistes, donnant lieu au surnom péjoratif.

En Belgique[modifier | modifier le code]

En Belgique francophone, on utilise pour les briseurs de grève la qualificatif (péjoratif) de jaune.

En Italie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Crumiro.

En Italie, le terme crumiro est aujourd'hui utilisé avec une connotation négative pour désigner un travailleur qui n'adhère pas à un mouvement de grève et continue son activité salariée.

Article connexe : Mondina.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. https://youtube.com/devicesupport,‎ (lire en ligne)
  2. a et b Gérard Hébert, « Grèves et lock-out », sur L'Encyclopédie canadienne, Historica-Dominion,‎ (consulté le 5 décembre 2011).
  3. Code du travail, art. 109.1.
  4. Voir de manière générale : Fernard Morin, Jean-Yves Brière et Dominic Roux, Le droit de l'emploi au Québec, Montréal, Wilson & Lafleur,‎ , 3e éd. (OCLC 70266758), p. 1051-1058; Michel Coutu, Laurence Léa Fontaine et Georges Marceau, Droit des rapports collectifs du travail au Québec, Cowansville (Québec), Yvon Blais,‎ (OCLC 429726353), p. 544-553.
  5. « Le Code du travail du Canada », Hansard révisé « 39e législature, 1re session », no 125,‎ (lire en ligne).
  6. Code canadien du travail, art. 94(2.1) [lire en ligne (page consultée le 5 décembre 2011)].

Articles connexes[modifier | modifier le code]