Jules Barni

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Jules Barni
Jules Barni par Athanase Fossé
Jules Barni par Athanase Fossé
Fonctions
Parlementaire français
Député
1872-1877
Gouvernement IIIe République
Groupe politique Union républicaine
Biographie
Date de naissance 1er juin 1818
Date de décès 4 juillet 1878
Résidence Somme

Jules Romain Barni, né à Lille (Nord) le 1er juin 1818 et mort à Mers-les-Bains (Somme) le 4 juillet 1878, est un philosophe et un homme politique français, député de la Somme.

Biographie[modifier | modifier le code]

Un professeur de philosophie[modifier | modifier le code]

Il était le fils d’un opticien d'origine italienne. Après de brillantes études commencées au collège royal d'Amiens et terminées au collège Rollin à Paris, il fut admis, en 1837, à l'École normale supérieure. Il en sortit, en 1840, premier à l'agrégation de philosophie, et fut nommé quelque temps professeur au collège de Reims. Il revint ensuite à Paris, et Victor Cousin, qui préparait alors une édition personnelle de ses premiers cours, se l'attacha comme secrétaire. La connaissance approfondie de la langue allemande qu'avait le jeune agrégé rendit sa collaboration particulièrement précieuse au philosophe universitaire, qui n'avait jamais lu Kant dans le texte. Jules Barni en profita lui-même pour étudier plus à fond la doctrine du penseur allemand, dont il songea dès lors à publier une traduction française.

Après être resté une année seulement auprès de Cousin, de 1841 à 1842 — c'était la durée habituelle de ces fonctions de secrétaire, récompense en quelque sorte consacrée du premier rang à l'agrégation de philosophie — il se fit recevoir docteur ès lettres, tout en enseignant successivement la philosophie au Lycée Louis-le-Grand, au Lycée Charlemagne, au Lycée impérial Bonaparte, en même temps qu'il commençait la publication de sa grande traduction de Kant. Il donnait également de nombreux articles à une revue libérale, la Liberté de penser, fondée par Jules Simon à la fin de 1847, et qui était devenue, en 1848, nettement républicaine. Il devint aussi en 1848 vice-président de la Société démocratique des libres penseurs.

Un opposant au Second Empire[modifier | modifier le code]

Ses articles, dont l'un était intitulé le Suffrage universel et l'instruction primaire, excitèrent bientôt la défiance du pouvoir. En 1850, tombé en disgrâce, il fut brusquement envoyé de Paris au lycée de Rouen. Il se rendit à son nouveau poste, mais un peu plus tard, lorsque le Coup d'État du 2 décembre 1851 imposa aux fonctionnaires l'obligation de prêter le serment de fidélité, il refusa. Il fut considéré, avec plusieurs autres, comme ayant donné sa démission de professeur, et fut exclu de l’enseignement. Paul Janet écrivit : « Il avait alors, sans être marié, tous les devoirs de la famille : un père aveugle, une nièce orpheline, qu'il dut élever ».

À cette occasion, il lia connaissance avec Henri Brisson, avec qui il cofonda le journal l’Avenir. Il se consacra alors à la philosophie de Kant qu’il se donna pour mission, par ses ouvrages, d'introduire en France. Il publia des traductions de divers ouvrages du philosophe allemand, avec des analyses critiques très développées, où, parlant en son nom propre, il exprimait hautement ses espérances démocratiques. Il collabora en outre avec d'autres universitaires insermentés, Étienne Vacherot, Frédéric Morin, Eugène Despois, Albert Le Roy à divers recueils périodiques d'opposition : la Revue de Paris, l'Avenir, et toujours à la Liberté de penser.

Exilé à Genève, il fut appelé, en 1861, par le régime radical à enseigner l'histoire et la philosophie à l'académie de cette ville, où il remplaça un autre exilé, Victor Chauffour. Il occupa cette situation jusqu'en 1870. Plusieurs de ses ouvrages, Les Martyrs de la libre-pensée, Napoléon Ier et son historien M. Thiers, Histoire des idées morales et politiques en France, La Morale dans la démocratie ne sont que le résumé de ses idées exposées par lui dans ses cours de Genève. En 1867, fortement influencé par les principes de Kant, il organisa et présida le premier congrès de la Paix et de la Liberté à Genève. À l'issue de ces assises, il devint l'un des fondateurs et dirigeants de la Ligue internationale de la paix et de la liberté, qui avait pour objet la substitution de l'arbitrage à la guerre.

Un élu républicain[modifier | modifier le code]

Le 4 septembre 1870 le rappela en France. Il se mit aussitôt à la disposition du Gouvernement de la Défense nationale, et prit la direction d'un journal officiel populaire, le Bulletin de la République, qui cessa de paraître au moment de la conclusion de la paix. La Délégation de Tours avait nommé Barni, inspecteur général de l'Université, mais cette nomination, irrégulière parce qu'il n'existait alors aucun vide dans le cadre « inspecteurs », resta nulle et non avenue. Barni rentra alors dans la politique. Un grand nombre d'électeurs républicains de la Somme songèrent à lui pour la députation, mais il échoua d'abord à l'élection complémentaire du 7 janvier 1872, en remplacement du général Faidherbe qui venait d'opter pour le Nord. Candidat radical, il obtint 40 660 voix seulement contre 52 826 voix accordées à Albert Dauphin, républicain conservateur, qui fut élu. Mais Dauphin s'étant presque aussitôt démis de son mandat, Barni se trouva seul, le 9 juin 1872, contre deux adversaires conservateurs Cornuau et Lejeune. Il fut élu par 54 820 voix. Il s'était déclaré, dans sa profession de foi, disposé à soutenir la politique de Thiers. En 1874, il devint franc-maçon, membre de la Grande Loge de France.

À l'Assemblée de Versailles, il siégea à gauche, se fit inscrire aux deux groupes de la Gauche et de l'Union républicaine de Gambetta, et donna dès lors tout son concours à la politique conseillée par ce dernier, qui devait aboutir au vote de la Constitution de 1875. Sans aborder la tribune, il vota à l'Assemblée nationale :

  • le 29 novembre 1872, Pour le message de Thiers contenant une déclaration en faveur de la République
  • le 24 juin 1873, Contre la démission de Thiers
  • le 24 mai 1873, Contre l'approbation de l'arrêté du préfet Ducros sur les enterrements civils
  • le 19-20 novembre 1873, Contre la prorogation des pouvoirs du maréchal Mac-Mahon
  • le 20 janvier 1874, Contre la loi des maires
  • le 30 janvier 1875, Pour l'Amendement Wallon sur la réélection septennale du Président de la République
  • le 25 février 1875, Pour l'ensemble des lois constitutionnelles.

Le rôle de Barni prit plus d'importance à la Chambre des députés de 1876, où il fut, le 20 février 1876, élu par la 1re circonscription d'Amiens avec 11 133 voix sur 20 974 votants et 26 958 inscrits contre 9 448 voix à de Fourment, conservateur. Il avait voté dans l'Assemblée précédente Contre la loi de 1875 sur l'enseignement supérieur. Nommé en 1876 membre et président des commissions saisies de la révision de cette loi, ainsi que de celles qui régissaient l'enseignement primaire, il prit la parole à la Chambre dans la discussion des grades, combattit deux amendements tendant à l'institution de jurys spéciaux qui auraient été désignés soit par le conseil supérieur, soit par le ministre, et s'attacha à prouver que de tels jurys seraient loin d'offrir les mêmes garanties de compétence et d'impartialité que les facultés. Barni, qui aurait souhaité une réforme plus complète, déposa la même année une proposition spéciale, qui avait pour but de favoriser l'initiative individuelle, c'est-à-dire les cours isolés et les conférences. Cette proposition fut momentanément écartée.

Jules Barni s'associa à tous les votes de la majorité de gauche, notamment le 19 mai 1876, Pour la proposition de Guillaume Margue tendant à une amnistie partielle des condamnés de la Commune. Il fit partie enfin des 363 députés qui témoignèrent de la défiance à l'égard du gouvernement du 16 mai. Mais sa santé, gravement altérée depuis quelque temps, ne lui permit pas d'accepter, après la dissolution de la Chambre, le renouvellement de son mandat. Il vécut encore une année et fut inhumé civilement à Amiens (tombe au cimetière de la Madeleine).

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • La morale dans la démocratie ; traduit en japonais en 1887 par Nakae Chômin (Minshukoku no dôtoku 民主国之道徳)
  • Les martyrs de la libre pensée ;
  • Les moralistes français au dix-huitième siècle. Vauvenargues, Duclos, Helvétius, Saint-Lambert, Volney ;
  • Napoléon premier et son historien M. Thiers ;
  • Manuel républicain ;
  • Ce que doit être la République ;
  • Les principes et les mœurs de la République ;
  • Les institutions républicaines ;
  • Discours de MM. Jules Barni, député à l’Assemblée nationale et Eugène Delattre, Avocat, Réunion privé du dimanche 3 novembre 1872
  • Philosophie de Kant : examen de la Critique du jugement ;
  • Philosophie de Kant : examen des Fondements de la métaphysique des mœurs¸ et de la Critique de la raison pratique ;
  • Fragments inédits sur Condorcet ;

Traductions de l’allemand[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Considérations destinées à rectifier les jugements du public sur la Révolution française ; précédées de la Revendication de la liberté de penser, auprès des princes de l'Europe qui l'ont opprimée jusqu'ici par Johann Gottlieb Fichte ;
  • Critique du jugement, suivie des Observations sur le sentiment du beau et du sublime, par E. Kant. (Paris, Ladrange, 1846. 2 vol) ;
  • Critique de la raison pratique, précédée des Fondements de la métaphysique des mœurs, par E. Kant. (Paris, Ladrange, 1848. In-8°, 400p.) ;
  • Éléments métaphysiques de la doctrine du droit (première partie de la Métaphysique des mœurs), suivi d'un Essai philosophique sur la paix perpétuelle et d'autres petits écrits relatifs au droit naturel, par E. Kant. (Paris, A. Durand, 1853. In-8°, 392p) ;
  • Éléments métaphysiques de la doctrine de la vertu (deuxième partie de la Métaphysique des mœurs), suivi d'un traité de pédagogie et de divers opuscules relatifs à la morale, par E. Kant. (Paris, A. Durand, 1855. In-8°, 278 p) ;
  • Critique de la raison pure, par E. Kant. (Paris, G. Baillière, 1869. 2 vol. In-8) ;
    • Théorie transcendantale des éléments (esthétique, logique, analytique et dialectique)
    • Méthodologie transcendantale
  • Traité de pédagogie par E. Kant (Paris, F. Alcan, 1886. In-18, 133 p).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • "Jules Barni (1818-1878), L'homme qui a introduit Kant dans la morale laïque", in Dorna (A.), Beaumont (S.), (dir.), Les grandes figures du radicalisme, Paris, Ed. Privat, 2001 ;
  • "Jules Barni (1818-1878) ou l'entreprise démopédique d'un philosophe républicain moraliste et libre-penseur", in CURAPP, Les Bonnes Mœurs, PUF, 1994, p. 216-245 ;
  • Sudhir Hazareesingh: "An Intellectual Founder of the Third Republic: The Neo-Kantian Republicanism of Jules Barni." in: History of political Thought, 22.1 (2001), p. 131-165.
  • Eddy Dufourmont, « Nakae Chômin a-t-il pu être à la fois un adepte de Rousseau et un matérialiste athée ? Une

tentative de resituer sa philosophie à la lumière de ses sources françaises et du Citoyen de Genève », Ebisu, 45, printemps-été 2011, p. 5-25.

Sources[modifier | modifier le code]