Maurice André

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Maurice André

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Maurice André (en 1969)

Naissance
Alès (Drapeau de la France France)
Décès (à 78 ans)
Bayonne (Drapeau de la France France)
Activité principale trompettiste
Style Musique classique
baroque, musique contemporaine, musique populaire, ...
Activités annexes Professeur au CNSM de Paris
Maîtres Raymond Sabarich
Élèves Eric Aubier,
Guy Touvron,
Bernard Soustrot,
Thierry Caens,
Rubén Simeó
Descendants Nicolas André, Béatrice André, Lionel André
Récompenses 1er prix du Concours international d'exécution musicale de Genève
1er prix du Concours international de musique de l'ARD Munich
Distinctions honorifiques Chevalier de la Légion d'honneur
4 Victoires de la musique
Site internet maurice-andre.com

Maurice André (né le , à Alès, et mort le , à Bayonne[1]) est un trompettiste français classique.

Il a été professeur de trompette au conservatoire national supérieur de musique de Paris où il a introduit l'enseignement de la trompette piccolo notamment pour le répertoire baroque. Inspirateur de nombreuses innovations de l'instrument, sa grande maîtrise technique et son profond sens artistique ont contribué pendant cinquante ans à populariser la trompette dans le monde entier.

Maurice André a joué et enregistré les grands concertos du répertoire avec les plus illustres chefs d'orchestre de son époque. Il est reconnu par ses pairs comme étant le plus grand trompettiste classique de ce siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

L'apprentissage et les débuts[modifier | modifier le code]

Maurice André est issu d'une famille de mineurs. En 1944, il commence par apprendre le solfège durant deux années avant même de pouvoir toucher à son premier cornet, cadeau de prix, pour un père d'origine modeste. Il descend à la mine de 14 à 18 ans, tout en commençant à étudier la trompette, avec comme premier professeur son père, Marcel-Jean André, grand amoureux de musique classique. Son frère Raymond est également trompettiste et ils feront quelques concerts et enregistrements ensemble notamment le concerto pour deux trompettes de Vivaldi.

Ensuite, c'est Léon Barthélémy, secrétaire-comptable aux abattoirs d'Alès et ancien élève de trompette de Merri Franquin, qui dirigera le jeune Maurice André dans ses premières études musicales.

Au conservatoire de Paris, où il entre en 1951 après s'être engagé comme trompettiste dans le 8e régiment de transmissions, il est l’élève de Raymond Sabarich et obtient un premier prix d'honneur de cornet en 1952 et un premier prix de trompette l'année suivante (le 9 juillet 1953). Il entre dans l'orchestre symphonique de la société des conservatoires aux côtés de Louis Menardi. Rapidement, il s’impose comme la figure marquante d’une génération de trompettistes français : il est trompette solo aux concerts de l'orchestre Lamoureux (1953-1960), à l'orchestre philharmonique de l'ORTF (1953-1963) et à l'Opéra-Comique (1962-1967).

À l'automne 1953, il enregistre chez Erato son premier disque avec l'orchestre Jean-François Paillard où figurent des compositeurs italiens.

Il joue également au cirque Medrano, au théâtre Mogador… et réalise en même temps de nombreux enregistrements studio avec, notamment, Henri Salvador et Charles Trenet (trompette bouchée dans la chanson Nationale 7 en 1955).

L'ascension[modifier | modifier le code]

En 1955, il obtient le premier prix du concours international d'exécution musicale de Genève. Il joue en soliste et sa carrière prend un essor international après le premier prix qu’il remporte au concours international de musique de l'ARD Munich en 1963. À noter qu'on l'avait d'abord sollicité pour faire partie du jury mais qu'il a préféré participer en tant que candidat n'ayant jamais tenté ce concours auparavant (il raconte lui-même que le lauréat étant mieux rémunéré qu'un membre du jury, le choix était vite fait[2]). Après le succès de ces deux concours, il sera invité par les plus grands chefs d'orchestre en tant que soliste.

Il enchaîne concerts après concerts et illumine l'auditoire dans l'interprétation redoutable du 2e concerto brandebourgeois de Bach qu'il passe avec aisance et légèreté. Ce morceau deviendra son « signe de reconnaissance » avec la badinerie de la Suite en si mineur. De 1967 à 1978, il est professeur au conservatoire de Paris succédant à son maître Raymond Sabarich, il y introduit la petite trompette (piccolo) pour le répertoire baroque. Il y forme plus de cent trompettistes, parmi lesquels Bernard Soustrot, Guy Touvron, Éric Aubier, Thierry Caens.

Maurice André jouera avec les plus grands chefs : Jean-François Paillard (selon ses propres dires, le chef dont il épousait le plus totalement les options artistiques), Karl Richter, Herbert von Karajan, Karl Münchinger, Riccardo Muti, Jesús López Cobos, Michel Plasson, Charles Mackerras, Karl Böhm, Léonard Bernstein, etc. Toujours avec simplicité et modestie.

En 1980, l'émission de Jacques Chancel - Le Grand Échiquier - lui ouvre ses portes et un très large et jeune public découvre son expression musicale. Le succès de cette émission poussera à renouveler l'expérience, 8 années plus tard.

Son activité discographique est impressionnante : il grave plus de 255 enregistrements dont près de 50 réalisés avec l'orchestre de chambre Jean-François Paillard.

Malgré une carrière remplie de succès, Maurice André n'a jamais oublié ses origines modestes auxquelles il fait référence à chaque concert ou émission de télévision. Il a notamment enregistré de nombreux airs populaires avec la même exigence que pour les grands concertos classiques.

Dernières années[modifier | modifier le code]

Maurice André vécut de nombreuses années à Presles-en-Brie où l'école publique porte son nom en son hommage. Il s'est ensuite retiré à Urrugne, au Pays basque, où il s'adonnait à la sculpture sur bois entre deux morceaux de trompette. Il a continué à donner des cours de maître à de jeunes trompettistes prometteurs, tel Rubén Simeó, etc.

En 2003, il est reconnu par ses pairs comme étant le trompettiste du siècle (XXe siècle).

Après une carrière intense menée jusqu'au début des années 1990, avec parfois près de 250 dates programmées dans une même année, Maurice André donne son dernier concert le 9 octobre 2008, à la cathédrale Saint-Nazaire de Béziers, à l'âge de soixante-quinze ans.

Il meurt à 79 ans, à l'hôpital de Bayonne, et est inhumé en Lozère dans le cimetière de Saint-André-Capcèze.

Son apport à la musique[modifier | modifier le code]

L'organiste Marie-Claire Alain et Maurice André au festival Bach de Saint-Donat en 1969.

Maurice André a considérablement fait évoluer le jeu de la trompette, qui est devenue, grâce à lui, un instrument virtuose, mais surtout, un instrument mélodique. Bon nombre d'œuvres baroques et classiques, tombées dans l’oubli en raison de leur difficulté technique (usage presque exclusif des tessitures aiguës) ont été ressuscitées grâce à lui. Il a réalisé de nombreux enregistrements notamment avec la célèbre organiste Marie-Claire Alain. Ensemble, ils réalisèrent de nombreuses tournées à travers toute l'Europe.

Il a travaillé, en se basant sur un prototype des années 1950, en étroite liaison avec la célèbre maison Selmer qui fabrique, sur ses directives, une trompette piccolo en si bémol aiguë à quatre pistons spécialement adaptée à ce répertoire. Cette collaboration a duré jusqu'en 1985.

La trompette connaît, grâce à lui, une popularité nouvelle qui entraîne de nombreux émules dans son sillage. Il a suscité aussi des partitions nouvelles : concertos de Henri Tomasi, Boris Blacher et Marcel Landowski, Heptade et Arioso barocco d’André Jolivet, œuvres d’Antoine Tisné, Germaine Tailleferre et Jean-Claude Éloy. Il commandera aussi une œuvre à son ami Claude Bolling alliant trio jazz et le soliste classique : Toot suite. Sous son impulsion, la trompette a retrouvé les lettres de noblesse qu’elle avait acquises au XVIIIe siècle et l’école française s’est imposée comme la plus importante de la fin du XXe siècle.

Maurice André participe également de manière importante à la musique de kiosque de style champêtre, reprenant un vaste répertoire composé notamment au début du XXe siècle, formé de polkas, marches, scottish et mazurkas populaires, comme les célèbres Variations sur le carnaval de Venise, ou des airs populaires, comme Viens Poupoule, C'est l'piston (de Bourvil) ou Le Corso Blanc.

Ouvert à tous les styles, il interpréta également des musiques viennoises et de films.

En 1979, la ville de Paris crée le concours de trompette Maurice André, premier des concours internationaux de la Ville de Paris. En 2006 a eu lieu la sixième édition[3] du concours (qui s'est tenu tous les 3 ans à partir de 1997). Le concours était présidé par Maurice André, et le jury choisi parmi les meilleurs trompettistes du monde entier.

Distinctions et récompenses[modifier | modifier le code]

Outre les dizaines de disques d’or et de platine, Maurice André a reçu de nombreuses distinctions et récompenses.

Citations[modifier | modifier le code]

(Extraites du site internet consacré à Maurice André[6].)

Sur Maurice André[modifier | modifier le code]

  • Jacques Chancel : « Maurice André est un humaniste qui ne se sait pas (...) C'est un homme simple. Il n'est pas comme certains qui, n'ayant pas de talent, croient que les autres vont leur reconnaître du génie. »
  • Herbert von Karajan : « C'est sûrement le plus grand trompettiste, mais il n'est pas de notre monde. »
  • Pierre Dutot : « Merci à Maurice André pour tous ces instants de bonheur simples et vrais. Son aura, servie par un son incomparable a fait l'unanimité autour de sa personnalité. Seule la musique servie par les plus grands peut ainsi rassembler les hommes dans le plaisir et l'émotion. »[7]
  • Otto Sauter : « Sans Maurice, la trompette piccolo ne serait jamais entrée dans les salles de concerts comme instrument seul, telle qu'elle est. »

De Maurice André[modifier | modifier le code]

  • « Ma réussite je la dois à soixante pour cent de don et quarante pour cent de travail. Même en bossant comme un fou et bien comme il faut, cela ne sert à rien si l'on n'a pas le don. »
  • « Je pense que, unis comme le sont les trompettistes à travers le monde, ils réussiront à faire de la trompette l'égale du violon ou du piano. »
  • « Bien souvent, on va chercher des complications inutiles. Je me suis dit : une embouchure, c'est ni plus ni moins qu'un bout de fer qu'on met sur les lèvres. Plus le bord est étroit, plus il va couper la lèvre. Mais, à l'opposé, plus il sera large, plus il sera reposant. »
  • « Beaucoup me suivent mais je n'ai qu'un prédécesseur : Adolf Scherbaum à qui je dois tout. Mon style s'est formé sur le sien. Scherbaum a été l’une de mes idoles. J’ai tous ses enregistrements de Bach. »
  • « Beaucoup de jeunes trompettistes possèdent la technique et le son mais ils manquent parfois de musicalité. »
  • « Il faut beaucoup écouter les autres instrumentistes. J’ai forgé mon staccato sur celui du piano, mon registre grave sur celui du violoncelle, mes mélodies sur le lyrisme du violon, mes notes rapides sur celles de la clarinette (...) Beaucoup de jeunes trompettistes ne vont pas au concert, ils ne veulent pas écouter un pianiste, un violoncelliste... C’est une grave erreur (...) Le fait de travailler pianissimo m'aide beaucoup. Je sens les "creux" dans les notes, celles qui ne répondent pas. »
  • « Quand on joue un andante, on doit vous faire pleurer... »
  • « La clé de tout, c'est le travail journalier. C'est le fondement. »
  • « ... C'était ça Karajan, un businessman. Il est le premier à avoir fait des vidéos, il enregistrait trois fois plus que les autres. S'il s'était occupé de la régie Renault, on aurait vendu dix fois plus de voitures... »
  • « Ce qui m'a forgé, c'est le travail dans la mine, à 14 ans, où je chargeais dix-sept tonnes par jour. »
  • « Travailler le bois est pour moi une respiration (...) La sculpture, c'est mon refuge. »
  • « Sans l'armée, je n'aurais jamais pu faire une carrière. »[8]

Discographie[modifier | modifier le code]

Environ 280 disques dont :

Une grande partie des enregistrements vinyles de Maurice André n'a pas été rééditée en CD.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • 2003 : Une trompette pour la renommée, biographie écrite par le soliste international Guy Touvron, publiée aux éditions du Rocher (ISBN 2268047857)
  • 2007 : Le Soleil doit pouvoir briller pour tout le monde : souvenirs et mémoires de la trompette du siècle par Thierry Martin, aux éditions Publibook (ISBN 9782748335095)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Le trompettiste Maurice André est décédé » sur leparisien.fr (avec AFP).
  2. In Maurice André intime.
  3. Et la dernière à ce jour (2012).
  4. Association pour le « rayonnement des arts » fondée en 1915.
  5. Notamment l'école de musique d'Albert dans la Somme.
  6. Voir sur Maurice-andre.com.
  7. Magazine Bordeaux Culture no 9 de juin 2006 dédié à Maurice André
  8. In Maurice André intime.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]