Dorure

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La dorure est une technique visant à rehausser les objets d'art, de culte ou précieux, en les recouvrant d'or. Elle est connue depuis l'Antiquité, notamment en Égypte antique. Ce métal, le seul à l'époque à avoir la particularité de ne pas s'oxyder, était symbole d'immortalité, et donc du divin.

On trouve ainsi des statuettes de bois, des objets en métal, en pierre, dont la surface totale ou partielle a fait l'objet d'un recouvrement, à l'aide d'une feuille d'or très mince, afin de ne pas boucher les détails du support.

Cette pratique a évolué au cours des siècles, et on dore encore au début du XXIe siècle beaucoup d'objets. Au fil du temps, on a vu apparaître deux autres procédés de dorure.

Dorure à la feuille[modifier | modifier le code]

La dorure à la feuille, la plus ancienne, est toujours pratiquée, notamment pour des supports en bas-relief supportant mal d'autres procédés, comme le bois (encadrements de miroirs ou tableaux), le fer forgé, les plaques commémoratives, etc, tel que pratiqué par les Ateliers Ardeco, les Ateliers Gohard, l'Atelier Leonis et l'Atelier Mariotti. Mais aussi des toitures (Dôme des Invalides), des sculptures et autres décors (Opéra Garnier) à Paris.

L'or étant un métal très ductile, il est possible par martelage d'obtenir des feuilles très minces (quelques micromètres) et plastiques sans casser le fil du métal. Une feuille d'or est mise à plat sur un support puis attrapée à l'aide d'un pinceau large appelé « palette », sur lequel elle s'accroche en raison de l'électricité statique. La feuille d'or est alors déposée sur la surface à dorer, parfois préparée à l'aide de blanc d'œuf pour assurer l'adhésion. Un lustrage assure l'aspect final. Dans la dorure à la française, le polissage est réalisé à l'aide d'une pierre d'agate ayant la forme d'une dent de loup qui servait au XVIIIe siècle pour cette opération.

Dorure au mercure[modifier | modifier le code]

Ce procédé consiste à appliquer sur le support parfaitement décapé aux acides un amalgame liquide, l'or ayant la particularité de se dissoudre dans le mercure. On chauffe ensuite l'objet, ce qui a pour effet de faire évaporer le mercure, laissant l'or seul au fond des moindres détails du support.

Ce procédé donne une dorure très solide et durable, mais ne peut s'appliquer qu'à des objets de petite taille pour des raisons de manipulation, et supportant l'épreuve du feu. Il s'agit le plus souvent de bronzes d'art ou d'ameublement, ou d'autres métaux.

La dorure appliquée, on termine la surface par un brunissage, qui consiste à écraser la couche d'or dans les pores du support, à l'aide d'un outil appelé brunissoir constitué d'une pierre dure emmanchée : hématite, agate.

Une finition peut être réalisée grâce à diverses recettes afin de modifier le ton de la dorure.

C'est un procédé qui donne une dorure de grande qualité, durable, qui a été appliqué à la plupart des sculptures en bronze doré depuis la Renaissance. Il est aujourd'hui quasi-abandonné, car sa mise en œuvre dégage des vapeurs de mercure très toxiques et dommageables pour l'artisan et l'environnement.

Ce procédé est également appelé or moulu[1], ou ormolu en anglais.

Dorure par déplétion[modifier | modifier le code]

La dorure par déplétion, appelée également dorure par enlèvement ou dorure par décapage, est un procédé utilisé sur les alliages d'or (électrum, tumbaga, shakudō). L'opération consiste, par le biais d'une attaque acide, à retirer l'ensemble des métaux composant l'alliage à l'exception de l'or. Il en résulte, à la surface de l'objet en alliage, une fine pellicule composée d'or pur.

Ce procédé était largement utilisé par les civilisations précolombiennes de Mésoamérique utilisant le tumbaga pour façonner des artéfacts, essentiellement à vocation religieuse.

Dorure galvanique[modifier | modifier le code]

C'est le procédé technologiquement le plus récent. Il utilise la découverte de Galvani, qui consiste à plonger deux électrodes métalliques dans un bain de sel, formant une pile électrique. Mais si on fait passer du courant, on provoque le déplacement de molécules métalliques d'une électrode vers l'autre, de l'anode vers la cathode. Ce procédé s'appelle galvanisation.

L'objet, préalablement rendu conducteur à l'aide de plombagine (poussière de plomb) s'il ne l'était pas, est immergé dans un bain conducteur, et sert de cathode. L'anode est constituée d'inox ou de platine.

Ce procédé a été maîtrisé au XIXe siècle par l'orfèvre Christofle, dont la réputation est due à la dorure de l'immense statue, fort connue, qui couronne Notre-Dame de la Garde à Marseille, réalisée sous Napoléon III.

Ce procédé est actuellement le plus répandu, à l'échelle industrielle, notamment en électronique. Il permet une dorure régulière, dont on maîtrise l'épaisseur. En ce qui concerne les bronzes d'art, il a l'inconvénient de se ternir un peu, et d'avoir un éclat métallique un peu froid, pas toujours heureux, le plus souvent mat.

Dorure chimique[modifier | modifier le code]

Des sels d'or peuvent se décomposer au contact des métaux cuivreux, cuivre, bronze, laiton, maillechort, en déposant une mince couche d'or. D'assez nombreuses formules de dorure sur bronze reposent sur cet effet[2].

- Dorure au bain. On dissout dans deux litres d'eau distillée, 100 g de cyanure de potassium et 20 g de chlorure aurique (AuCl3). les pièces à traiter sont trempées dans le bain chauffé à 80 °C.

- Formule des doreurs. Il s'agit de la même préparation que la précédente fixée sous la forme d'une pâte à frotter sur les objets cuivreux qui peut se décliner comme suit : 1 g de chlorure d'or, 3 g de cyanure de potassium, 5 g de blanc d'Espagne, 0,25 g de tartrate de potassium en poudre très fine dissous dans 5 g d'eau distillée.

Ces deux produits sont extrêmement dangereux : ce sont des poisons violents du fait de leur contenu en cyanure. La recette suivante, moins efficace, est aussi moins offensive.

- Formule non toxique. Cette formulation repose sur la préparation d'un sel d'or potassique. On dissout du chlorure aurique dans très peu d'eau régale et on imbibe un chiffon de la solution jaune obtenue. Lors de la combustion du chiffon on obtient un sel d'or potassique contenu dans la cendre résiduelle. Une couche d'or brillante se dépose sur un objet cuivreux frotté avec cette cendre à l'aide d'un chiffon imbibé d'alcool à 90).

Ces trois procédés ne permettent le dépôt que de couche très minces d'or, car la réaction de décomposition du sel d'or s'interrompt dès qu'il n'y a plus contact avec le cuivre

Dorure sous vide[modifier | modifier le code]

De nouvelles techniques ont réformé la technologie traditionnelle de revêtement d'or par rapport à la dorure galvanoplastique. Le procédé de dépôt ionique produit des revêtements aussi magnifiques et somptueux, mais plus résistants à la corrosion et au frottement, et ils ont pour ainsi dire un effet inaltérable, ce qui est très important et valorisant pour les objets décoratifs de luxe.

Dorure sur bois[modifier | modifier le code]

Il existe deux techniques principales de dorure : la dorure à l'eau et la dorure à la mixtion. On peut appliquer des feuilles d'or, d'argent, de cuivre, de palladium, etc. La dorure à l'eau ou à la détrempe est le procédé traditionnellement utilisé sur le bois.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gilles Perrault, Dorure et polychromie sur bois - Techniques traditionnelles et modernes, éditions Faton, Dijon, 1992, 190 p., (ISBN 2-87844-008-0), (notice BnF no FRBNF35552274j).
  • M. J. Saulo, La dorure sur bois, éditions Roret, coll. « Manuels Roret », Paris, 1886. — Réédition en fac-similé : Nouveau manuel complet de la dorure sur bois à l'eau et à la mixtion par les procédés anciens et nouveaux ; suivi de : La Fabrication des peintures laquées sur meubles et sièges, édition L. Laget, Paris, 1977, XII-164 p., (ISBN 2-85204-030-1), (notice BnF no FRBNF345923855).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [1] Bronzes dorés : or moulu et feuille d'or
  2. D'après Roger Crespin « Tout avec rien, bricolage scientifique », Société parisienne d'édition, Paris, 1970, page 202
  3. « Atelier de restauration Gérald Ganay »