Pierre-Philippe Thomire

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Pierre-Philippe Thomire

Description de cette image, également commentée ci-après

Autoportrait (1810) par Pierre-Philippe Thomire[1], buste ornant sa sépulture au cimetière de Montmartre à Paris.

Naissance
Paris
Décès (à 91 ans)
Paris
Nationalité Drapeau de France Français
Activités Bronzier, fondeur, ciseleur-doreur
Formation Académie de Saint-Luc
Récompenses Chevalier de la Légion d'Honneur

Pierre-Philippe Thomire, né à Paris le 6 décembre 1751 et mort dans la même ville le 9 juin 1843, est un sculpteur et bronzier français appartenant à la catégorie des fondeurs, ciseleurs et doreurs.

L'un des plus remarquables bronzier de sa génération, il est reconnu pour sa production de bronze d’ameublement sous l’Ancien Régime. Il élève ce métier sous l’Empire à son plus haut niveau de qualité, tout en créant dans les premières années du XIXe siècle, une entreprise industrielle dont le rayonnement est européen. Il se retira en 1823.

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation[modifier | modifier le code]

Dès 1765, il étudie la sculpture à l’Académie de Saint-Luc sous la direction d'Augustin Pajou et de Jean-Antoine Houdon. Ce dernier, qui aurait souhaité en faire un sculpteur, lui confiera très tôt des commandes importantes. C'est probablement à l'instigation de ses deux maîtres que l'Académie décerne en juillet 1772, la première médaille à Thomire sculpteur. Trop peu riche pour faire face aux dépenses considérables de l'art statuaire, Thomire, né dans une famille de ciseleurs, n’échappe pas à l’atavisme familial. Il renonce aux ouvrages de la sculpture et entre dans l’atelier du bronzier Pierre Gouthière. Il acquiert très vite une parfaite connaissance du métier, notamment de la dorure au mat, qui faisait la gloire de son maître. Installé à son propre compte dès 1776 rue Saint-Martin, il sera après la faillite de Gouthière, au milieu des années 1780, le ciseleur le plus réputé.

L'Ancien Régime[modifier | modifier le code]

Les œuvres qu'il réalise avant la Révolution auraient suffit à assurer sa réputation de façon durable. En 1775, il travaille avec Jean-Louis Prieur (1732-1795), à qui l'administration royale a commandé les ornements en bronze du carrosse du sacre de Louis XVI. Dès 1776 il fonde sa propre fabrique. Cette année-là Houdon lui procure ses premières commandes importantes, notamment la fonte et la ciselure d'un écorché en bronze, destiné à l'étude de l'anatomie à l'École des beaux-arts de Paris[2]. Houdon lui commandera aussi une épreuve en bronze de son Voltaire assis, destiné aux collections de la tsarine Catherine II, et Thomire réalisera une copie en bronze de La Négresse du Salon de 1781[3], aujourd'hui conservée au musée Nissim-de-Camondo.

En le 17 juillet 1783 il succède à Jean-Claude Thomas Duplessis (1730-1783), comme bronzier de la Manufacture de Sèvres[4]. Il inaugure sa riche collaboration avec cette manufacture en étant choisi par le comte d'Agiviller, sur les conseils de Boizot, pour achever les décors de bronze doré de deux grands vases de forme médicis[5], l'histoire de Diane et Actéon[6] et l'histoire de Vénus[7], réalisés à Sèvres, d'après un dessin de Boizot. Entrepris le 22 avril 1783, Diane et Actéon fut achevé en un temps record pour être montré à l'exposition annuelle que le roi organisait dans ses appartements au mois de décembre[8]. Duplessis étant mort, sa veuve Elisabeth Bardot, en août 1783, « faisait remise à Pierre-Philippe Thomire, sculpteur ciseleur et doreur sur métaux, demeurant à Paris faubourg Saint-Martin, paroisse Saint-Laurent, des objets en bronze absolument finis, qui doivent entrer dans la décoration deux grands vases de porcelaine de la manufacture du roy. »[9].

Thomire se vit confier en 1785 la réalisation d'un candélabre commémorant l'engagement de la France dans la guerre d'indépendance des États-Unis. Offert au roi, il fut placé dans son cabinet intérieur à Versailles, ou il est toujours conservé. Il réalise les cariatides et les ornements de bronze doré du serre-bijoux de Schwerdfeger, offert par la ville de Paris à la reine Marie-Antoinette en 1787. Il est également l'auteur des bronzes du serre-bijoux de la comtesse de Provence, conservé aujourd'hui au château de Windsor. Il livre de nombreux bronzes d'ameublement pour les résidences royales. En 1787, un ensemble de bras de lumière pour le salon des jeux de la reine à Saint-Cloud[10] ; une suite de quatre appliques, livrée en 1788, pour la chambre de Louis XVI au château de Saint-Cloud[11].

Il livre une suite de six appliques pour le salon des jeux de la reine à Compiègne. Dans son étude de cette livraison, Pierre Verlet souligne que le règlement des corporation de l'ancien régime divisait le travail entre plusieurs corps de métier. Réalisé sous la direction du sculpteur Hauré, la maquette en cire et en bois était confiée à Martin, la fonte à Forestier et la ciselure et la dorure, étape la plus coûteuse de l'ouvrage, à Thomire.

L'Empire[modifier | modifier le code]

Le marché parisien est mis à mal dans les années 1790. On dit que Thomire fabriqua des armes. Il continue cependant à collaborer avec la manufacture de Sèvres jusqu'en 1793. Il reçoit également des commandes du marchand-mercier Martin-Éloi Lignereux. Lignereux associé depuis 1778 avec son confrère Dominique Daguerre, qui s'était établit à Londres, n'est pas inquiété pendant la Révolution[12]. La clientèle consulaire et étrangère soutient cette activité. Le préfet de la Seine, dans un rapport au ministre de l'Intérieur du 8 juin 1807 énonce que : "La maison Daguerre et Lignereux en temps de paix faisait avec l'étranger de 1.500.000 à 200.000.000 d'affaires".

L'Empire sera la grande période faste de la Maison Thomire, avec toutefois quelques soubresauts liés à cette époque. Le 12 novembre 1804, Lignereux vend à Thomire pour 15.000 francs son fonds de commerce, avec l'ébénisterie, les meubles et les marchandises qui le garnissent. Thomire s'associe alors avec ses deux gendres Beauvisage et Carbonelle, ainsi qu'avec Duterme. Cette adresse prestigieuse, du 41 rue Taitbout, devient leur vitrine, alors qu'ils conservent l'atelier du 7 rue Boucherat dans le quartier du Marais. Pour promouvoir cette nouvelle association l'annonce suivante parait dans le Journal de Paris, le vendredi 30 Frimaire An XIII[13] et le dimanche 2 Nivose An XIII[14] :

« THOMIRE, DUTERME & Cie, successeurs de M. Lignereux, marchand de Meubles, rue Taitbout, n°41, donnent avis qu'à compter du 1er nivôve, le fonds de COMMERCE d'EBENISTERIE, BRONZES, DORURES & curiosités que tenait ledit sieur Ligneureux, sera ouvert pour leur compte & qu'ils y ont réuni la fabrique de Bronzes & Dorures que tient longtemps le sieur THOMIRE, rue Taitbout, n°6, en sorte qu'à l'avenir les deux maisons n'en feront plus qu'une[15] »

Sous la raison sociale Thomire, Duterme et Cie il deviennent les plus grands pourvoyeurs de bronze doré, employant jusqu'à sept-cent ouvriers. Libéré du carcan corporatiste, Thomire est amené à transformer sa profession, jusqu'alors artisanale, en industrie.
Thomire connait alors un développement important. Il est le premier bronzier à participer à l'Exposition des Produits de l'Industrie de 1806, lors de laquelle il reçoit une médaille d'or. A partir de 1806, avec la mise en place du blocus continental et les effets des guerres, ses affaires périclitent. Une grande partie de sa production était réalisée pour l'export, à destination des monarchies anglaises, espagnoles, russes, des Etats Unis d'Amérique... Thomire à recours au système de prêts mis en place par le décret du 27 mars 1807 ; par la mise en garantie d'une partie de son stock, comme vingt-quatre autres de ses confrères, parmi lesquels on compte Jacob-Desmalter et Feuchère. Dans son rapport du 8 juin 1807, au ministre de l'intérieur, Frochot, préfet de la Seine, expose la situation difficile de la Maison Thomire :

« Ce fabricant succède au sieur Lignereux et a entrepris tout à la fois avec succès les meubles et les bronzes (médaille d'or à la dernière Exposition de l'industrie). La maison Lignereux faisait autrefois 150.000 à 200.000 francs d'affaires annuellement. Le nouvel établissement en fait pour 500.000 en 1806, mais une année de produits sont invendus dans les magasins. Cette fabrique est susceptible d'employer en temps de paix 7 à 800 ouvrier, elle en a maintenant 211. Elle souffre du défaut de débouché extérieur et de l'impossibilité de faire rentrer les fonds qu'elle a au dehors. Le préfet du département a proposé un prêt de 140.000 frs.[16] »

Par la suite l'horizon s'éclaircit. Participant une nouvelle fois à l'Exposition des Produits de l'Industrie de 1809, il est récompensé d'une autre médaille d'or. Il obtient également le brevet de fournisseur de leur Majestés impériales et royales. Les commandes importantes ont lieu à la suite du mariage de l'empereur avec l'archiduchesse Marie-Louise d'Autriche en 1810. L'une des plus significative fut celle de l'imposant berceau en vermeil du Roi de Rome à Saint-Cloud, commandé en 1811 par le préfet de la Seine Frochot, au nom de la ville de Paris. Ce berceau, conservé à Vienne depuis 1815, fut un travail collectif. Réalisé sur un dessin de Pierre-Paul Prud'hon, Roguier modela la figure de la Renommée, tandis que l'orfèvre Odiot et Thomire se partagèrent la fonte et la ciselure des parties en argent. Thomire exécuta également les ornements virtuoses du berceau du roi de Rome aux Tuileries, conservé dans les collections du Musée Napoléon du château de Fontainebleau.

Il serait difficile de dénombrer l'immense quantité de bronzes produits par les ateliers de Thomire, dans les premières décennies du XIXe siècle ; tables et guéridons, lustres, candélabres, appliques, surtout-de-tables, pendules, chenets, barres de cheminée, etc ... Thomire, produit massivement et avec un très haut niveau de qualité. Il est un illustration de l'excellence de l'industrie française de cette époque, qui s'exporte dans toute l'Europe.

Pierre-Philippe Thomire se retire en 1823. Il est âgé de 72 ans. Ses gendres et ses petits enfant perpétueront le nom de Thomire jusqu'au règne de Louis-Philippe, sous la raison Thomire et Cie.

Hommages[modifier | modifier le code]

Médaille en bronze modelée par Pierre-Philippe Thomire, fondue par Richard et Quesnel, commémorant la remise de la croix de la Légion d'Honneur à Pierre-Philippe Thomire par le roi Louis-Philippe Ier, le 14 juillet 1834

Louis-Philippe Ier distingua Pierre-Philippe Thomire en lui remettant la croix de la Légion d'Honneur le 14 juillet 1834 pour récompenser 60 années de travail. Thomire alors âgé de 82 ans, modèle lui même une médaille commémorative, avec son autoportrait de profil, qui fut fondue par Richard et Quesnel.

Une rue Thomire dans le 13e arrondissement de Paris, fut baptisée en hommage au célèbre ciseleur-doreur. Cette voie située près du boulevard Kellermann fut ouverte en 1933.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hans Ottomeyer et Peter Pröschel, Vergoldete Bronzen, Editions Klinkhardt & Biermann, München 1886, Tome 2 pp. 655-665 Pierre-Philippe Thomire - Unternehmer und Künstler
  • Daniel Alcouffe, Anne Dion-Tenenbaum, Gérard Mabille, Les bronzes d'ameublement du Louvre, Dijon, Editions Faton, 2004
  • Juliette Niclausse, Thomire fondeur ciseleur 1751-1843, Paris 1947
  • Christophe Huchet de Quénetain, Les Styles Consulat et Empire, Collection des styles, Paris, Les Éditions de l’Amateur, 2006, ISBN 2859174133(OCLC 63693193).
  • Christophe Huchet de Quénetain, « De quelques bronzes dorés français conservés à la Maison-Blanche à Washington D.C. », dans La Revue, Pierre Bergé & associés, n°6, mars 2005, pp.54-57(OCLC 62701407).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Juliette Niclausse, Thomire, Fondeur-Ciseleur (1751-1843) Sa Vie - Son Oeuvre, Paris, 1947, p.  124, pl. 3.
  2. Ce bronze y est toujours conservé.
  3. Terre cuite conservée au Musée de Soissons
  4. Histoire des manufactures françaises de porcelaine, par Xavier de Chavagnac et Gaston Antoine de Grollier, Paris Alphonse Picard 1906, p.248
  5. Daniel Alcouffe, Anne Dion-Tenenbaum, Gérard Mabille, Les bronzes d'ameublement du Louvre, Dijon, Editions Faton, 2004, pp. 218 à 223.
  6. Vase achevé avec son bandeau historié en biscuit de Sèvres. Exposé à Versailles jusqu'en 1793, puis au Louvre jusqu'en 1807, puis au palais de Saint-Cloud. Il est aujourd'hui exposé au musée du Louvre à Paris.
  7. Ce vase ne fut achevé qu'en 1784, dépourvu de son bandeau historié. On ne sait pour quelles raisons ce bandeau fut remplacé par un décor en bronze doré de cannelures et de flèches. Offert à Napoléon et Marie Louise reined'Étrurie, il est toujours conservé à Florence, au palazzo Pitti.
  8. Daniel Alcouffe, Anne Dion-Tenenbaum, Gérard Mabille, Les bronzes d'ameublement du Louvre, Édition Faton 2004, p. 218
  9. Xavier de Chavagnac et Gaston Antoine de Grollier, Histoire des manufactures françaises de porcelaine, Paris, Alphonse Picard, 1906, p. 248.
  10. Quatre de ces appliques sont aujourd'hui conservées dans le salon du Petit Trianon à Versailles.
  11. Conservées dans la donation Wrightsman, Metropolitan Museum of Arts, New York, U.S.A.
  12. Sans doute parce qu'il remis entre les mains de l'État le 30 Brumaire An II une précieuse collection d'objets d'art et de curiosités, comprenant notamment des laques de Chine que la reine Marie-Antoinette avait confiées, le 10 août 1789, à Daguerre
  13. 21 décembre 1804
  14. 23 décembre 1804
  15. Vergoldete Bronzen, par Hans Ottomeyer et Peter Pröschel, Klinkhardt & Biermann, München 1886, Tome 2 pp. 660-661
  16. Ce prêt de 140.000 francs fut accordé par arrêté du 9 juin sur gage de 186.666 francs

Liens externes[modifier | modifier le code]