Tribun militaire à pouvoir consulaire

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Politique sous la Rome antique
Image illustrative de l'article Tribun militaire à pouvoir consulaire

Les tribuns militaires à pouvoir consulaire (en latin : tribunus militum consulari potestate) furent des magistrats romains suprêmes dans les premiers temps de la République romaine, entre les années 444 av. J.-C. et 367 av. J.-C.

Historique[modifier | modifier le code]

Cette magistrature fut mise en place sous la pression des tribuns de la plébe dans la série d'avancées démocratiques qui suivit la chute des décemvirs despotiques, en 444 av. J.-C.[1]. Eutrope date cette innovation d'un peu plus tard, 365 années après la fondation de Rome et la première année après le sac de Rome par les Gaulois, soit vers 389 av. J.-C.[2].

Comme les consuls, les tribuns militaires à pouvoir consulaire étaient élus par les comices centuriates pour un mandat d'un an, et partageaient le pouvoir suprême (l'imperium consulaire). Toutefois et à l'inverse des consuls, ils ne disposaient pas de la potestas, ne pouvaient pas célébrer un triomphe ni bénéficier des ornements consulaires comme les ex-consuls[3]. Enfin, les candidatures d'origine plébéienne étaient acceptées, alors qu'à cette époque, les patriciens tentaient de monopoliser le consulat. Une autre différence réside dans la collégialité des tribuns militaires à pouvoir consulaire : alors que les consuls étaient toujours au nombre de deux, les tribuns pouvaient être au nombre de trois, quatre ou cinq, selon les besoins militaires et le nombre de fronts sur lesquels Rome devait combattre. Le nombre record de huit tribuns militaires fut atteint en 403 av. J.-C. durant la guerre contre Véies[4]. Selon certaines sources, il y aurait eu neuf tribuns consulaires en 380 av. J.-C.[5]. Toutefois, selon Heurgon, le nombre d'élus plafonne à six, huit étant une erreur faite par exemple en additionnant les censeurs aux tribuns consulaires[6].

Pendant cette période de 77 ans, les Romains élurent 51 fois des tribuns militaires à pouvoir consulaire, le Sénat romain décidant à chaque renouvellement électoral si l’on élirait des tribuns militaires ou des consuls, selon les tensions politiques du moment, ou bien pour faire face simultanément à des conflits extérieurs sur plusieurs fronts[6].

Malgré l'ouverture des candidatures, les plébéiens furent rarement élus car le système électoral privilégiait le vote des patriciens, ce qui généra des frustrations parmi les plébéiens. Quoique Tite-Live présente P. Licinius Calvus comme le premier plébéien élu à cette charge en 400 av. J.-C., les historiens modernes relèvent quelques noms antérieurs : Q. Antonius en 422 av. J.-C., Agrippa Menenius en 419 et en 417 av. J.-C., Sp. Rutilius en 417 av. J.-C.. L'année 400 av. J.-C. serait plutôt une année d'afflux majoritaire de plébéiens, comme 399, 396 et 379 av. J.-C.[6].

Cette magistrature fut supprimée définitivement et remplacée par le consulat en 367 av. J.-C. lorsque les tribuns de la plèbe Caius Licinius Stolon et Lucius Sextius Lateranus firent voter les lois licinio-sextiennes imposant qu'un des deux consuls serait obligatoirement plébéien[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Tite-Live, Histoire romaine, Livre IV, 6
  2. Eutrope, Abrégé de l'histore romaine, livre II, 1
  3. Mireille Cébeillac-Gervasoni, Alain Chauvot et Jean-Pierre Martin, Histoire romaine, Paris, Armand Colin, 2003, (ISBN 2200265875), p. 59
  4. Tite-Live, Histoire romaine, Livre V, 1
  5. 380 : Selon Tite-Live, il y a six tribuns consulaires cette année-là (Tite-Live, Histoire romaine, Livre VI, 27). Selon la liste des tribuns consulaires, il y en aurait eu neuf, soit un record
  6. a, b et c Heurgon 1993, p. 285-286
  7. Tite-Live, Histoire romaine, Livre VI, 42

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Adcock (F. E. ), « Consular tribunes and their successors », The Journal of Roman Studies, Vol. LLVII, no 1/2, 1957, p. 9-14
  • Bayet (Jean), « Origine et portée du tribunat consulaire », appendice III à Tite-Live, Histoire romaine, T. IV, Paris, Les Belles Lettres, C.U.F., 1946, p. 132-148.
  • (en) Boddington (Ann), « The original nature of the consular tribunate », Historia : Zeitschrift für Alte Geschichte, Vol. VIII, no 3, juillet 1959, p. 356-364.
  • Jacques Heurgon, Rome et la Méditerranée occidentale jusqu'aux guerres puniques, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Nouvelle Clio : l'histoire et ses problèmes » (no 7),‎ 1993 (réimpr. 1980), 3e éd. (1re éd. 1969), 477 p. (ISBN 2-13-045701-0 et 978-2-13-045701-5, ISSN 0768-2379, notice BnF no FRBNF35585421, présentation en ligne)
  • (en) Kirby (V.), « The consular tribunate and the roman oligarchy », Mundus antiquus, I, 1976, p. 24-29.
  • Richard (Jean-Claude), « Réflexions sur le tribunat consulaire », Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité, T. 102, no 2, 1990, p. 767-799 (en ligne).
  • (en) Ridley (Ronald T.), « The consular tribunate : The testimony of Livy », Klio, LXVIII, 1986, 444-465.
  • (en) Staveley (E. S.), « The significance of the consular tribunate », The Journal of Roman Studies, Vol. XLIII, 1953, p. 30-36.

Voir aussi[modifier | modifier le code]