Culture de Liangzhu

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La culture de Liangzhu (良渚文化, liángzhǔ wénhuà) (3300-2000 avant l'ère commune)[1] est la dernière culture néolithique du jade dans le delta du Yangzi, en Chine.

Dans cette culture très hiérarchisée, les objets de jade, de soie, d'ivoire et de laque ne se trouvaient que dans les tombeaux de l'élite, alors que les poteries étaient déposés dans les tombes plus modestes.

L'agriculture était à un stade avancé, utilisait l’irrigation, pour la culture en rizière et l’aquaculture. Les habitations étaient, en général, construites sur pilotis sur les rivières ou le bord des rivages.

Le jade est présent sous forme de grands objets rituels finement travaillés, avec bien souvent le motif du taotie qui marquera durablement la culture chinoise. Les objets les plus typiques sont les cylindres cong, dont les plus grands découverts pèsent 3,5 kg. On a également retrouvé des disques bi et des haches cérémonielles yue, ainsi que des pendentifs gravés de représentations d’oiseaux, de tortues ou de poissons. De nombreux jades de Liangzhu ont un aspect d’os blanc laiteux, du fait de leur roche d'origine, la tremolite, et de l’effet des fluides aqueux présents sur les sites funéraires, mais on a aussi découvert fréquemment des jades réalisés à partir d’actinolite ou de serpentine avec des nuances vertes, mais pas seulement.

Toutes les dates indiquées sont sous-entendues situées avant l'ère commune.

Localisation et historique des découvertes[modifier | modifier le code]

Les cultures du néolithique final en Chine

Elle se situe au nord du Zhejiang et au sud du Jiangsu. Plus précisément : autour du lac Tai, vers le nord jusqu'à Nankin et le Chang Jiang, vers l'est jusqu'à Shanghai et la mer, et au sud jusqu'à Hangzhou.

Le site éponyme de Liangzhua été découvert dans le district de Yuhang, près de Hangzhou, au Zhejiang et exploré initialement par Shi Xingeng en 1936. Cette culture était alors considérée comme le résultat de la diffusion de la culture de Longshan. Dès les années 1970 elle a été reconnue en tant que culture indépendante[2]. De nombreuses études sont consacrées aux 200 sites de cette culture et aux jades qu'on y a trouvé.

Récemment on a retrouvé un autel néolithique[N 1] de la culture de Liangzhu lors de fouilles à Yaoshan (Zhejiang) montrant que les structures religieuses étaient soigneusement réalisées avec des empilements réguliers et des murs de pierre, ce qui démontre que la religion avait alors une très grande importance. L’autel avait trois niveaux, le plus élevé étant une plateforme de terre battue. Trois autres plateformes étaient pavées. On y distingue la trace d’un mur de pierre et, sur l’autel, douze gravures placées sur deux registres. Le gouvernement provincial du Zhejiang a annoncé le 29 novembre 2007 avoir retrouvé les traces de la base du mur d’enceinte de cette ancienne cité, alors que toutes les précédentes découvertes de murs appartenaient à des constructions à l'intérieur de la cité. On pense que le site était l’ancienne capitale du « royaume » (?) de Liangzhu, dont l’influence s’étendit jusqu’aux provinces du Jiangsu, de la municipalité autonome de Shanghai, et du Shandong. Un nouveau musée de la culture du Liangzhu a été construit et ouvert en 2008 à Hangzhou, à 18 km au nord ouest de l’angle nord-est du lac de l'Ouest.

Alimentation[modifier | modifier le code]

Cette culture possédait une agriculture avancée, avec un système d'irrigation, pratiquait la culture du riz paddy et l'aquaculture. Des maisons ont été souvent construites sur pilotis au bord des rivières ou du littoral[3]. La culture de Hemudu (5000-4500), dans la région voisine avait pratiqué la culture du riz auparavant, et encore bien plus tôt, vers 8000 AEC, le site de Shangshan[4] dans le Yangzi inférieur témoigne des toute premières véritables cultures de riz domestiqué[5]. Cette longue tradition a pu donner à ces populations une certaine sécurité alimentaire, avec les compléments plus ou moins importants de la pêche, de la chasse et de la cueillette dans cette région naturellement très riche à l'époque.


Objets caractéristiques[modifier | modifier le code]

Culture matérielle[modifier | modifier le code]

Habitat[modifier | modifier le code]

Les sites ont tendance à se présenter comme des groupements de villages, chacun avec son propre centre, qui se manifeste par des bâtiments de plus grande taille, probablement « publiques », et des tombes sophistiquées[9].

Un site, Mojiaoshan, non loin au Sud-Ouest du lac Tai, dans les contreforts des Monts Tianmu, a fait l'objet d'une fouille intense et c'est un centre important. Dans cette région, d'environ 34 km², on dénombre 135 sites, la plupart ne dépassant pas 1 à 2 ha[10]. Mojiaoshan est bâtie sur une terrasse de terre damée de 10 m. de haut, en partie rectangulaire et couvrant une surface de 30 ha. Un mur de terre damée sert d'enceinte sur une surface bien plus étendue : 290 ha. Plusieurs espaces, certains allant jusqu'à 3 ha., ont été construits sur la grande terrasse: il s'agit probablement d'un centre politique. Le cimetière de cette élite le plus proche, Fanshan, une colline artificielle, se trouve au Nord-Ouest du site : on y a trouvé jusqu'à 1100 objets de jade poli. Plus à l'écart on trouve deux autels sacrificiels, Yaoshan et Huiguanshan, avec des tombes creusées dans les terrasses qui recouvrent une colline naturelle. Deux sites réservés au travail du jade se trouvent dans la proximité du centre ce qui témoigne de la division sociale du travail dans cette société. Deux espaces réservés à la production de céramique se trouvent sur un site voisin. La plupart des sites datables remonte aux phases moyennes et tardives : 3000-2100 AEC. Une couche de limon a été déposée sur le niveau du Liangzu tardif, une inondation aurait été responsable de l'abandon de ce groupement de villages. Mais d'autres options restent possibles comme une invasion provenant de la culture de Longshan, à moins qu'une crise interne n'ait été amenée par une dépense excessive dans le travail du jade ou dans la réalisation des terrasses construites[11]...

Les tombes de l'élite, avec pour les plus riches jusqu'à plusieurs centaines d'objets de jade et de céramique, sont la preuve de la hiérarchie sociale. De très nombreuses tombes n'ont aucun dépôt funéraire. Dans le cimetière de Fanshan on a d'ailleurs trouvé quatre corps ensevelis d'une façon non cérémonielle : des victimes sacrifiées[12]. Enfin ce qui caractérise cette culture ce sont aussi ses cimetières qui sont en général constitués de seulement 10 à 20 tombes[13] .

Le jade poli[modifier | modifier le code]

Hache yue, jade. Musée National de Chine: Liangzhu

La plupart des jades de la culture de Liangzhu sont des néphrites, c'est-à-dire une roche et une variété verte de la trémolite, qui est habituellement blanche. Mais quelques unes sont en serpentine, dans des tombes moins luxueuses et provenant de cimetières ordinaires[14].

Le savoir-faire nécessaire à la réalisation de jade poli, sous forme de cong, bi et des autres formes comme la hache yue, a été partagé sur un très vaste territoire durant la période de Longshan et il a eu une influence prolongée sur la production des objets rituels dans la culture chinoise ultérieure [15]. Un exemple de cette culture du jade est donné par ces jades polis trouvés dans la culture de Longshan du Shandong qui n'ont pas été produits avec des matériaux locaux, et qui ont peut-être été façonnés ailleurs aussi. La circulation du jade sur de très longues distances était donc possible. Bien plus tard, la culture de Qijia (2200-1600), à l'Ouest et en majorité située au Gansu, a appris à produire ses propres jades en bénéficiant de cette circulation des savoir-faire hérités de la culture de Liangzhu. Quant aux jades trouvés sur les sites mêmes de Liangzhu ils proviennent des montagnes et des rivières voisines.

Si la plupart des jades ont des formes géométriques certains se distinguent par un anthropomorphisme ou zoomorphisme synthétique, en particulier des oiseaux plus ou moins stylisés ou naturalistes. Les formes les plus courantes restent le tube cong (rectangulaire à l'extérieur / cylindrique à l'intérieur) et le disque bi. Leurs proportions restent encore très variables. Un motif revient souvent : un « masque » stylisé avec des yeux hypertrophiés reliés par un bandeau, un nez épaté et une bouche aplatie, comme un bourrelet ou montrant une rangée de dents, faiblement incisées au sein d'un « décor » couvrant tout le « masque », où la spirale est un motif récurrent.

Céramique[modifier | modifier le code]

Les populations de la culture de Liangzhu, comme celles de la culture de Longshan du Shandong, ont le goût et le savoir-faire de la céramique noire à pâte fine montée au tour rapide et des éléments ajourés dans des formes à pieds. On y trouve aussi des décors gravés dans la terre avant cuisson [16].

Société[modifier | modifier le code]

Le pouvoir de l'élite semble reposer sur l'exploitation du jade comme ressource, et probablement en raison de l'idéologie dont l'utilisation du jade n'est qu'un indice[17].

Dans la phase ultime de Liangzhu, on peut classer les cimetières en trois catégories. L'élite se distingue par l'usage quasi exclusif du jade, sur des tertres comme à Sidun, Coexieshan, Fuquanshan et Hengshan. Le second tiers concerne la plus grande partie des cimetières. Des différences sociales s'y font clairement sentir, ce n'est pas à proprement parler une « classe moyenne » tant s'y manifestent de différences. Quant au groupe le plus pauvre il n'est visible que sur le site de Zhaolingshan, où les tombes sont dépourvues du moindre objet funéraire et sont même dépourvues de fosses clairement destinées à la fonction de tombe[18].

La singularité du site de Liangzhu se porte sur quatre points[19]. Tout d'abord la culture de Liangzhu est née d'une migration, ceci se manifeste lors de la première période. Ensuite les pratiques funéraires sont, pour l'élite, organisées autour de l'unité de base constituée en petits cimetières de 10 à 20 tombes. Troisièmement, la production de jades et d'outils de pierre et leur « consommation » y étaient plus développées que dans les autres sites de la culture de Liangzhu. Enfin Maojiaoshan et le mur de la cité voisine marquent le centre culturel et il le restera jusqu'à la fin de cette culture.

Dès les périodes initiale et moyenne on peut constater des liens très puissants entre tous les cimetières de l'élite, sur le site de Liangzhu. Les élites partagent les mêmes produits de jade, et probablement les mêmes artisans. D'autre part la production du jade et sa circulation prouvent que ces objets d'échange se propagent sur de très longues distances au sein des élites[20]. Le site de Liangzhu en est le centre comme lieu de production et comme lieu où se créent les formes et leur valeur symbolique - surtout au cours des deux premières périodes. Enfin il est un fait singulier que le site de Liangzhu, non seulement a produit un grand nombre de jades, mais la plus grande part en a été « consommée » sur place. Et si les objets symboliques de Liangzhu se sont bien dispersés tout autour, le phénomène inverse - l'introduction d'objets symboliques d'autres cultures - ne s'est jamais produit. Ce phénomène a pu être comparé au rayonnement de la culture de la fonte du bronze sous les Shang et sous les Zhou de l'Ouest[21].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Documentation et photographie dans L'architecture chinoise, collectif sous la direction de Nancy Steinhardt, édition Philippe Piquier, p. 17 et 18.: « Le site s'étage sur trois niveaux [...] dont une haute plate-forme de terre rouge [...] entourée au Nord et au Sud par trois plates-formes de terre jaunâtre pavées de galets [...] Douze tombes alignées... »
  2. Cette tombe est différente de la tomde no 3 de Sidun, exposée au Musée de Shanghai, Elisseeff 2008, p. 128-129, mais il s'agit d'une tombe similaire à celle reproduite sur notre image. « La tombe no 3 de Sidun, est celle d'un homme d'une vingtaine d'années, probablement de haut rang, [...] »: Corinne Debaine-Francfort 1998, p. 48. Celle-ci aussi.
  3. Ce type d'objet de néphrite reste aujourd'hui encore très énigmatique pour les archéologues spécialistes de cette culture. Le terme bi lui est de beaucoup postérieur. Il a eu de nombreuses interprétations au cours de ces derniers millénaires.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Li Liu et Xingcan Chen 2012, p. 216 et 236 sqq. qui déplace les anciennes dates de référence : 4300-2400 (Elisseeff 2008, p. 354). CHEN Honghai in Anne P. Underhill 2013, p. 574 retient les dates de 2300 et 2200 AEC.
  2. Li Liu et Xingcan Chen 2012, p. 236
  3. Traduction extraite de l'article Wiki (en) : [1], sans référence.
  4. Shangshan Remains - Remains of Ten Thousand Year Old Rice: history.cultural-china.com. Sur cette question voir aussi : Li Liu et Xingcan Chen 2012, p. 76 sqq. .
  5. Jean Guilaine, Caïn, Abel, Ötzi : L'héritage néolithique, Gallimard, 2011, ISBN 978-2-07-013238-6, page 44-45.
  6. Corinne Debaine-Francfort 1998, p. 49 : Ce motif pourrait être à l'origine des décors de "masque" [taotie] de l'Âge du Bronze chinois.
  7. Chinese Ceramics. 2010, p. 85
  8. Chinese Ceramics. 2010, p. 86
  9. Li Liu et Xingcan Chen 2012, p. 237
  10. Li Liu et Xingcan Chen 2012, p. 238 qui présente aussi le plan du site.
  11. Li Liu et Xingcan Chen 2012, p. 242
  12. Li Liu et Xingcan Chen 2012, p. 238
  13. QUIN Ling in : Anne P. Underhill 2013, p. 590
  14. QUIN Ling in : Anne P. Underhill 2013, p. 593
  15. QUIN Ling in : Anne P. Underhill 2013, p. 574
  16. Corinne Debaine-Francfort 1998, p. 48
  17. QUIN Ling in : Anne P. Underhill 2013, p. 574-596, p. 574, qui présente des cartes détaillées de la région.
  18. QUIN Ling in : Anne P. Underhill 2013, p. 586.
  19. QUIN Ling in : Anne P. Underhill 2013, p. 590.
  20. QUIN Ling in : Anne P. Underhill 2013, p. 593.
  21. QUIN Ling in : Anne P. Underhill 2013, p. 594.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Document utilisé pour la rédaction de l’article Corinne Debaine-Francfort, La redécouverte de la Chine ancienne, Paris, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard. Archéologie ;n° 360 »,‎ 1998, 159 p. (ISBN 2-07-053352-2). Autres tirages : 2001, 2003, 2005. ISBN 978-2-07-039173-8 en 2008.
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article Danielle Elisseeff, Art et archéologie : la Chine du néolithique à la fin des Cinq Dynasties (960 de notre ère), Paris, École du Louvre, Éditions de la Réunion des Musées Nationaux (Manuels de l'École du Louvre),‎ 2008, 381 p. (ISBN 9782711852697): bibliographie et Sites Internet.
  • Gabriele Fahr-Becker (sous la direction de), Les Arts de l'Asie orientale. Tome 1, Cologne, Könemann,‎ 1999, 406 p. (ISBN 382901743X).
  • Violette Fris-Larrouy, Arts de Chine, Paris, Société nouvelle Adam Biro. Musée Georges Labit, Toulouse,‎ 1999, 175 p. (ISBN 2876602458). Bon livre d'initiation d'après les trésors du Musée Labit à Toulouse: p. 15-25: Poteries et jades du Néolithique.
  • He Li, La Céramique chinoise, Paris, Thames & Hudson,‎ 2006, 352 p. (ISBN 2-87811-270-9).
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article He Li, La Céramique chinoise, Paris, Éditions de l'amateur / L'aventurine,‎ 2007, 352 p. (ISBN 2859172467).
  • (en) Li Feng, Early China : A Social and Cultural History, Cambridge et New York, Cambridge University Press,‎ 2013, 345 p. (ISBN 9780521895521) 24 cm, noir et blanc.
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article (en) Li Liu et Xingcan Chen, The Archaeology of China : From the Late Paleolithic to the Early Bronze Age, Cambridge et New York, Cambridge University Press,‎ 2012, 310 p. (ISBN 978-0-52181184-2) 24 cm , noir et blanc.
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article (en) Li Liu, The Chinese Neolithic : Trajectories to Early States, Cambridge et New York, Cambridge University Press,‎ 2004, 475 p. (ISBN 978-0-521-64432-7) 24 cm , noir et blanc. Texte basé sur la thèse de l'auteur consacrée à la culture de Longshan, et mise à jour avant 2004.
  • (en) Li Zhiyan, Virginia L. Bower and He Li (dir.), Chinese Ceramics : From the Paleolithic Period to the Qing Dynasty, Cambridge et New York, Yale University and Foreign Langage Press,‎ 2010, 687 p. (ISBN 978-0-300-11278-8) 31 cm . Mais pas un mot sur la céramique de Liangzhu.
  • Nancy S. Steihardt (dir.), L’architecture chinoise, Philippe Picquier,‎ 2005, 368 p. (ISBN 2-87730-789-1). Liu Xujie : Les origines de l’architecture chinoise, pp. 11-19. Éd. orig. : Yale Univ. Press 2002
  • (en) Anne P. Underhill (dir.), A companion to Chinese archaeology, Chichester, West Sussex ; Malden (Mass.), Wiley-Blackwell,‎ 2013, 640 p. (ISBN 978-1-4443-3529-3) 26 cm , noir et blanc.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Époque précédente : vers 5500-2900
Époque concernée : vers 3400-1900
Époque suivante : vers 2200-1400

Liens externes[modifier | modifier le code]