Château de Beauregard (La Celle-Saint-Cloud)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Façade nord du château en 1872 alors propriété du Baron Maurice de Hirsch.
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir château de Beauregard.

Le château de Beauregard est un ancien château qui était situé sur les hauts de La Celle-Saint-Cloud dans le département des Yvelines, sur une colline qui sépare aujourd'hui la Celle-Saint-Cloud de la commune du Chesnay, à plus de 160 mètres d'altitude.

Il connaitra plus reconstructions avant de tomber définitivement en ruines pendant la Seconde Guerre mondiale. Il servit de camp de prisonniers sous l'occupation allemande entre 1940 et 1944, puis de centre de rapatriement pour les prisonniers soviétiques à la Libération. Il n'en reste plus aujourd'hui que la ruine d'un fronton et le domaine est occupé par des logements sociaux de la ville de Paris.

Historique[modifier | modifier le code]

Moyen Age et la constitution du domaine de Beauregard[modifier | modifier le code]

Le nom du domaine semble remonter au Moyen Âge ayant sans doute été la propriété de Jeanne de Sansac, Dame de Beauregard, dont la tombe existait dans l'église du bourg avec l'inscription suivante « Cy gist damoiselle Jehanne de Sansac, dame de Beauregard, femme de noble homme Louis de la Grange, escuyer, contrôleur de l'ordinaire des guerres, laquelle trepassa le 6 juillet 1547 ».

XVIIe siècle au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Au début du XVIIe siècle, le château est la propriété de la famille du Val. Pierre du Val est maître d'hôtel du roi (Henri IV ou Louis XIII). Sa fille Nicole, épouse de Paris, hérite du château qu'elle réaménagera. Son fils, Pierre de Paris, conseiller du Roi au Parlement de Paris en hérite en 1661. La famille mène grand train et reçoit : Lully et Quinault auraient ainsi séjourné au château. Sans descendance, Pierre de Paris lègue le château en 1722 à sa nièce Marie Angélique de la Chaise, veuve du Hyacinthe-Louis Pellevé, Comte de Flers qui le lèguera à sa mort à sa sœur, Anne-Françoise de la Chaise qui épouse le comte de Montaigu. Disposant de peu de fortune, les Montaigu loueront plusieurs fois le château. Jacques-Jérémie Roussel, fermier général, y séjourne avant de racheter à Madame de Pompadour le proche château de la Celle ainsi que les ducs d’Angoulême et de Berry, leur père le Comte d'Artois (futur Charles X) leur ayant loué le château comme résidence de vacances.

Après la Révolution, en 1792, le château fut confisqué, le marquis de Montaigu étant considéré comme un aristocrate ayant émigré, mais la famille réussit à récupérer son bien. Le château va alors pendant le Consulat, l'Empire et la Restauration être revendu plusieurs fois : il appartiendra successivement à Benoist de Boigne (son épouse Adèle d'Osmond y recevra Madame Récamier), au général-prince Aldobrandini, à Anisson du Perron, etc.

Miss Howard[modifier | modifier le code]

En 1852, Miss Howard, une Anglaise, achète le château et son parc. Elle lui adjoint la ferme de Béchevet et le haras de Bel-Ébat créant une propriété de plus de 184 hectares. Le château étant en mauvais état, elle le fait reconstruire dans le style néo-classique. Elle fait également clôturer l'ensemble de son domaine par un mur. C'est de sa propriété qu'elle œuvrera au succès de Louis-Napoléon Bonaparte (futur Napoléon III) dont elle est la maîtresse et le soutien financier. Elle y décède en 1865.

Son fils Martin-Constantin Haryett, fait comte de Béchevet par Napoléon III, en hérite. Très dépensier, il devra vendre le château en 1870 à la duchesse de Beauffremont.

De la guerre de 1870 à la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Mais quelques mois après, la guerre franco-prussienne éclate. Les Prussiens, installés à La Celle Saint-Cloud font de Beauregard leur quartier général et le fortifient. La duchesse de Beaufremont ruinée, ne pourra le remettre en état et le château et le domaine sont saisis. En 1872, il devient alors la propriété du baron Maurice de Hirsch qui le fait entièrement restaurer. Bien que possédant un hôtel particulier rue de l'Élysée (une rue longeant le palais éponyme et son parc) à Paris, lui et sa famille séjournent fréquemment à Beauregard. À sa mort en 1896, le château est légué à Maurice-Arnold de Forrest, comte de Bendern. Ce dernier propriétaire de plusieurs propriétés à travers l'Europe y vient peu et laisse le château à l'abandon.

En 1939, on songe à y installer un hôpital auxiliaire mais l'état du château l'en empêche. Il sert alors de dépôt militaire et est bombardé en 1940. Pendant l'Occupation, l'organisation Todt s'en sert comme base. D'octobre 1940 à mars 1941, un camp de prisonniers de guerre y est établi sous le nom de frontstalag 112. Puis il devient une annexe de la prison de Fresnes puis un camp de prisonniers russes. Au sortir de la guerre, Beauregard est en ruines.

Après la Libération : centre pour anciens prisonniers soviétiques[modifier | modifier le code]

À partir de fin 1944, l'Orangerie et le parc du château vont servir de lieu de regroupement et de rapatriement pour les prisonniers russes dispersés sur le territoire lors de l'Occupation allemande. Ce centre géré par la Mission de rapatriement soviétique passera brutalement sous contrôle du gouvernement français en novembre 1947, décision de Georges Bidault, alors ministre des Affaires étrangères, lors des derniers jours du gouvernement Ramadier. Il considérait ce centre servait alors plus comme un centre d'action et d'espionnage soviétique[1]. Le 14 novembre, il y envoya deux mille CRS et quatre chars. Ce qui sera qualifié d'« affaire Beauregard » symbolisa le durcissement des relations entre le gouvernement et le Parti communiste français et entre la France et l'URSS à cette époque (grande grève de 1947 et départ des ministres communistes du gouvernement Ramadier, tensions entre l'URSS et les pays occidentaux avec le plan Marshall).

La ville de Paris[modifier | modifier le code]

Son propriétaire, le comte de Bendern songe à le transformer le domaine en une réserve forestière ouverte au public, mais faute de pouvoir le faire, finit par le donner à la ville de Paris en 1949 avec comme objectifs de :

Avant-corps central de la façade sud du château au milieu des immeubles de Beauregard, septembre 2008.
  • « Donner à des travailleurs français, dans le cadre de la nature, des habitations très largement conçues;
  • Permettre à la jeunesse de pratiquer les sports et le plein air en lui procurant terrains de sports et de jeux et terrains de camping;
  • Offrir aux Parisiens et aux habitants de la banlieue l'accès des parties boisées du domaine qui devraient être aménagées en grand parc forestier naturel.  »

Le Conseil municipal de Paris accepte cette donation et signe alors une convention avec le comte avec les conditions suivantes :

  • « Création de cités-jardins composées de préférence d'habitations individuelles et réservant le maximum d'espaces verts, ...
  • Interdiction de toutes les activités qui pourraient être un obstacle aux buts poursuivis, en particulier : la chasse, les camps d'exercices militaires, les prisons, les entreprises industrielles ou commerciales, à l'exception des commerces alimentaires, des entreprises de spectacles, débits de boissons, cimetières, etc.  »

En 1956, les ruines restantes du château sont rasées. Seul l'avant-corps central (porte et fronton) subsiste encore mais dans un état très dégradé. Il se situe 300 mètres au nord de l'autoroute A13 ouverte après la guerre. Il est entouré par un grand ensemble d'immeubles construits en deux vagues, en 1956 et 1968, créant un quartier qui prit le nom de Beauregard. Une grande partie de ces immeubles, 2500 logements, à vocation sociale appartiennent encore à la ville de Paris[2] (qui créa la Société immobilière du domaine de Beauregard en 1955, devenue la SIEMP, Société immobilière d'économie mixte de la Ville de Paris) qui y possède également un centre nature pour les enfants parisiens, le centre Béchevet.

Sources[modifier | modifier le code]

48° 50′ 26.9″ N 2° 07′ 27.4″ E / 48.840806, 2.124278 ()

  1. Georges Bidault et la politique étrangère de la France, p. 363, de Jean-Rémy Bezias, Ed. L'Harmattan, 2006.
  2. Rapport de la Cour régionale des comptes du 1er août 2007.