Belle de Jour (film)

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Belle de Jour

Réalisation Luis Buñuel
Scénario Luis Buñuel
Jean-Claude Carrière
Joseph Kessel
Acteurs principaux
Sortie 1967
Durée 101 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Belle de Jour est un film français de Luis Buñuel, tiré du roman Belle de Jour de Kessel, et sorti en 1967.

Le titre évoque le nom d'une fleur qui ne fleurit que la journée, et en l'occurrence fait référence à la jeune bourgeoise (Séverine Serizy) à qui la patronne de la "maison de passe" qu'elle fréquente a donné ce nom ("Belle de jour") parce qu'elle n'offre ses charmes que l'après-midi (de 2 à 5).

Synopsis[modifier | modifier le code]

Séverine Serizy est une jeune et très belle femme aux fantasmes masochistes assez particuliers. Elle est mariée au très charmant docteur Pierre Serizy (Jean Sorel) qu'elle aime « au-delà du plaisir » : elle ne parvient pas en effet à trouver le plaisir auprès de lui, ce qui les frustre tous deux. Un ami du couple que le jeune docteur apprécie beaucoup plus que sa femme, Monsieur Henri Husson (Michel Piccoli), en vient à parler à Séverine d'un bordel de luxe qu'il fréquentait dans le passé et accessoirement lui avoue son désir pour elle.
Séverine qui s'ennuie et qui est, selon toute apparence, insatisfaite sexuellement, finit par se rendre dans le mauvais lieu que lui a signalé Husson, entre en contact avec la patronne de l'endroit, Madame Anaïs (Geneviève Page), qui pense qu'elle a des problèmes d'argent et commence à y travailler secrètement, étant entendu qu'elle ne s'y prostituera que certains après-midi de 14 à 17 heures (d'où le surnom qu'on lui donne : Belle de jour). Elle retrouve ensuite, en fin d'après-midi, les bras de son mari qui, amoureux confiant et heureux, ne se doute évidemment de rien.
Après un certain nombre de "passes" sans lendemain ni conséquences qui sont autant d'expériences pittoresques : un fabricant de bonbons bordelais, paternaliste et farceur, un Asiatique policé et herculéen au baragouin incompréhensible, un duc BCBG aux fantasmes mortuaires extravagants, Belle de jour se lie à Marcel (Pierre Clémenti), un jeune rebelle qui éveille sa passion et satisfait autant ses sens que son masochisme secret.
La situation se complique lorsque la jeune femme envisage avec l'accord de Madame Anaïs de cesser de fréquenter sa maison, parce que Marcel devient trop exigeant et jaloux de son mari ; elle devient même catastrophique, quand Monsieur Husson, revenu dans la maison de passe après une très longue absence, découvre le secret de Séverine et, suprême humiliation, refuse finalement de coucher avec elle car, dit-il, ce qu'il aimait en elle, c'était sa vertu.
Pire, le grand ami du jeune loubard Marcel suit Séverine à son insu jusque chez elle et découvre son adresse, sa vraie identité. Marcel peut ainsi rendre visite à la jeune femme et la menacer de tout révéler au mari (dont la photo trône au salon). Elle réussit quand même à le convaincre de quitter l'appartement.
En fait, Marcel attend simplement dans sa voiture le retour du mari et il lui tire dessus avant de s'enfuir. Dans sa précipitation, il provoque un accident de circulation et, après un échanges de coups de feu avec la police, est abattu par celle-ci.
Bien que très grièvement blessé, entre la vie et la mort pendant plusieurs jours, le jeune médecin (mari de Séverine) survit à ses blessures. Il ne sort hélas de l'hôpital qu'aveugle et partiellement paralysé (en chaise roulante). La police, en tout cas, ne parvient pas à élucider les motifs de la tentative de meurtre, et Séverine, apaisée, devient la garde-malade de son mari, tout aux petits soins pour lui. Le calme semble revenu dans l'appartement ultra bourgeois du couple... jusqu'à ce que Monsieur Husson s'y annonce. Avec son cynisme habituel, il déclare à Séverine que, dans une volonté de libérer son ami infirme (Pierre Serizy) de la reconnaissance qu'il croit devoir à sa femme, il va lui révéler comment elle occupait ses après-midi. Séverine n'a aucun moyen de s'opposer à la révélation. Husson lui propose d'ailleurs, juste avant d'entrer dans la chambre du malade, d'assister à l'entretien. Mais elle préfère rester au salon et s'asseoir sur le canapé, fermer les yeux.
On retrouve le couple Pierre-Séverine chez eux, côte à côte, lui dans son fauteuil roulant, elle en train de faire de la broderie. Elle s'adresse tendrement à son mari, mais réalise qu'il est comme terrassé, sans réactions et que les doigts de sa main, grande ouverte sur une cuisse, ne bougent plus du tout. Ultime fantasme de Séverine : son mari a miraculeusement retrouvé la santé, quitté son fauteuil d'infirme et ses lunettes noires d'aveugle, ils s'embrassent amoureusement, avant de regarder par la fenêtre comme dans la scène d'ouverture. On revoit la voiture découverte tirée par deux chevaux et conduite par deux palefreniers. Elle avance dans une grande allée jonchée des feuilles mortes des bois avoisinants, mais contrairement au fantasme initial, le couple Serizy n'est plus assis à l'arrière de la calèche : les banquettes de celle-ci sont vides.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

Analyse[modifier | modifier le code]

Pour Olivier Bourque de la revue Séquences, Bunuel dresse « un portrait implacable des contraintes de la bourgeoisie. Sans jugement aucun, il accompagne cette femme, cette héroïne bovarienne, qui ne peut vivre dans un milieu social qu'elle trouve étouffant. Il ne donne pas plus de réponses sur les motivations de la belle à être violée, brutalisée. Mais le film apporte tout de même un éclairage : Séverine se transforme en une épouse épanouie à partir du moment où elle devient Belle de jour. »[1]

Dans ce récit d'une riche épouse d'un interne en médecine qui se livre à la prostitution occasionnelle, Buñuel porte, à son habitude, un regard acide sur la bourgeoisie. Mais il aborde aussi avec pudeur des interrogations sur le bien et le mal, sur la recherche ambigüe du plaisir masochiste par cette femme sujette au bovarysme dans des conditions qui peuvent être humiliantes. Peut-on vendre son corps et y trouver du plaisir ? Et peut-on vendre son corps tout en restant fidèle ? On peut se demander si certaines scènes sont nées de l'imagination de Séverine, ou si elles ont réellement lieu. Ce film présente le conflit entre le plus tendre amour et l'exigence implacable des sens[travail inédit ?].

Autour du film[modifier | modifier le code]

  • Le réalisateur américain Martin Scorsese a fait en sorte que le film sorte en DVD en 2002.
  • En 2006, le réalisateur portugais Manoel de Oliveira a sorti Belle toujours, qui raconte la rencontre imaginée entre deux personnages du film.


Références[modifier | modifier le code]

  1. Olivier Bourque « Belle de jour : l’éducation française » Séquences : La revue de cinéma, n° 250, 2007, p. 24, lire en ligne.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Conférences[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]