Renaturation

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Le mot renaturation désigne des opérations d'aménagements restauratoires ou de gestion restauratoire puis conservatoire consistant à restaurer le « bon » état écologique et paysager de sites que l'on estime dégradés par les activités humaines ou par l'absence de certains animaux (grands ou petits herbivores, fouisseurs, etc.).

Renaturation des pistes de l'aéroport désaffecté de Franckfort-Bonames.Elles ont simplement été disloquées pour permettre aux graines et racines d'espèces pionnières et facilitatrices de croître.
Début des travaux de renaturation (2006/2007) de la Weschnitz à Einhausen (Allemagne), en 2007
Restauration de méandres sur la Weschnitz à Lorsch (Allemagne), en 2007


La renaturation est une des bases de la restauration écologique, complément essentiel à la conservation[1].

Typologie selon les contextes et enjeux[modifier | modifier le code]

Selon les cas une opération de renaturation s'appuie sur :

  • une éventuelle dépollution préalable des sites concernés,
  • une éventuelle destruction d'éléments artificiels (bâtiments, infrastructures bétonnées, chenaux et endiguements, etc) et/ou
  • la reconstitution d'une végétation et d'une hydrographie plus « naturelle » (par exemple se rapprochant de la « végétation naturelle potentielle ».
  • la restauration des conditions d'une meilleure résilience écologique, notamment en reconnectant le site à son environnement naturel quand cela est possible, via par exemple les corridors biologiques d'une trame verte, et en favorisant les cycles de colonisation par des espèces pionnières, secondaires, etc. et en tenant compte de besoins et capacités de dispersion[2] des espèces (végétales, animales, fongiques...).
  • la réintroduction ou l'utilisation d'une ingénieur et/ou facilitatrice (le castor par exemple pour restaurer des zones humides au profit des plantes, insectes ou poissons qui y vivaient ou qui y sont inféodées tout ou partie de leur vie (amphibiens, salmonidés[3]...).

Ce néologisme évoque son équivalent allemand de « Renaturierung  ». Les Anglais parlent aussi de « mitigation »

Exemples d'application[modifier | modifier le code]

  • En Allemagne, des bords de rivière ou de fleuve (ex : Le Rhin) autrefois artificialisé ou canalisés ont ainsi été reconstitués par destruction des berges artificielles ou enrochements, et reconstitution des courbures et végétalisation naturelles. Les anciens sites d'extraction à ciel ouvert du lignite en Lusace (Saxe) et en Thuringe ont également fait l'objet d'une politique de reconstitution du paysage et des écosystèmes détruits par l'industrie minière.
    Sur le même principe, les emprises bétonnées de l'aéroport de Francfort-Bonames, désaffecté depuis 1985, ont été rouvertes à la végétation et à une utilisation ludique.

En France, le Rhône a fait l'objet d'une renaturation avec le programme Plan Rhône, notamment via la restauration des débits réservés qui a permis de rétablir les lônes naturels du fleuve[4].

  • De très nombreux projets de reforestation ont été mis en œuvre dans le monde, notamment pour lutter contre l'érosion et la désertification des sols. Le japonais Akira Miyawaki a développé des méthodes originales de reforestation, fondées en grande partie sur la naturalité. Selon la FAO (2010), les forêts plantées ne représentent que jusqu’à 7 pour cent de la superficie forestière mondiale, mais fournissent plus de 40 pour cent de l'approvisionnement en bois[5].

En forêt méditerranéenne, la réintroduction de feuillus permet de rétablir une forêt mixte, plus résiliente aux aléas (températures extrêmes, attaques de rongeurs, maladies, incendies...)[6].

  • Le projet le plus ambitieux est le « défi de Bonn ». Son objectif mondial est la restauration de 150 millions d'hectares de forêts ayant été déboisées ou dégradées d'ici 2020 (avec possibilité d'inclure le sylvopastoralisme et l'agroforesterie dans ces projets).
    Cette campagne a été lancée par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et le Ministère de l’environnement allemand, à Bonn en septembre 2011, à l'occasion d'une "table ronde ministérielle sur les forêts, les changements climatiques et la biodiversité", au nom du Partenariat mondial sur la restauration des paysages forestiers, et dans le cadre de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, de la Convention sur la diversité biologique, et de la déclaration sur la forêt[7]. Selon une évaluation cartographiée encore à affiner, « plus de 2 milliards d’hectares dans le monde offrent des opportunités de restauration forestière. La plupart se trouvent dans les zones tropicales et tempérées. Un milliard et demi d’hectares sont davantage adaptés à une restauration par mosaïques, et 500 autres millions à une restauration à grande échelle de forêts fermées » ; L. Laestadius & al. rappellent avec la FAO qu' « il ne s’agit pas d’un retour à une vision passée de l’utilisation des terres mais de s’assurer que les générations présentes et futures pourront bénéficier des principaux biens et services écosystémiques, et seront effectivement en mesure d’affronter les incertitudes liées aux changements climatiques, économiques et sociaux ».
    Ce projet pourra aussi s'appuyer sur les cartes d'évolution récentes des paysages forestiers intacts pour les conforter ou restaurer.
  • Dans le bassin de la Durance, en France, une revégétalisation des sols trop utilisés pour le pâturage permet de recréer des paysages verdoyants et de lutter contre les inondations. En effet, sans couverture végétale, les matériaux érodés comblent les retenues d'eau et les lits des rivières, entraînant d'importantes inondations[8].

Financements spécifiques[modifier | modifier le code]

Ils proviennent souvent des mesures compensatoires demandées par les études d'impact. En France, suite au Grenelle de l'environnement (2007), un décret de février 2012 établit un fonds d'investissement pour la biodiversité et la restauration écologique[9]. Les aides financières sont attribuées sur décision du ministre chargé de la protection de la nature, après avis d'un comité consultatif[10] composé de représentants de l'État et de ses établissements publics et de représentants issus du Comité national « trames verte et bleue », qui peut émettre des recommandations quant à l'utilisation du fonds et établir un bilan chaque année.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Colloques

  • colloque : gérer la nature ? ; Tome 1 : séances plénières ; DGRNE ; Ministère de la Région wallonne ; direction générale des ressources naturelles et de l'environnement ; conservation de la nature, Namur, Conservation de la nature, 1990.- 344 P., T.1. 3,0-30 - Tome 2 : ateliers  ; DGRNE ; Ministère de la Région wallonne ; direction générale des ressources naturelles et de l'environnement ; conservation de la nature Namur, Conservation de la nature, 1990.- 828 P., T.2. 3,0-31
  • Colloque : Le concept de Naturalité : quelles place dans la gestion des espaces naturels ?, vendredi 1er février 2008, à partir de 8h30, Université des Sciences et Techniques du Languedoc - Amphithéâtre Dumontet, Montpellier (Programme et informations
  • Guide des espaces naturels sensibles, Ministère de l'environnement ; Caisse des dépôts et consignations ; Ideal ; Fondation de France, Ideal (Paris, Kremlin-bicêtre), 1992. 147 p

Livres/Documents, études

Références[modifier | modifier le code]

  1. Cristofoli S., Mahy G. ; 2010 ; Restauration écologique : contexte, contraintes et indicateurs de suivi. Biotechnol. Agron. Soc. Environ., 14 : 203-211
  2. Woodland creation for wildlife, Chapitre d'un document anglais sur l'intérêt du reboisement et de la renaturation tenant compte du potentiel de dispersion des espèces
  3. OPB Beaver Assisted Restoration (« Renaturation assistée par castors ») OPB 2010-10-28 ; (Les castors ont longtemps été pourchassés par les agriculteurs à cause de leurs barrages et modification du paysage, Maintenant des biologistes tentent de mettre ces mêmes compétences sur des terres publiques au service des saumons) (2010), Documentaire court, produit par Ed Jahn
  4. http://www.irstea.fr/nos-editions/dossiers/ingenierie-ecologique/biodiversite
  5. FAO, 210, Évaluation des ressources forestières mondiales 2010, FAO: Forêts n° 163. Rome.
  6. Article vulgarisé présentant les résultats de recherches en ingénierie écologique.
  7. L. Laestadius, S. Maginnis, S. Minnemeyer, P. Potapov, C. Saint-Laurent et N. Sizer, Carte des opportunités de restauration du paysage forestier, Revue Unasylva, n° 238 ; Vol62, FAO (voir notamment encart page 2)
  8. Se protéger grâce à la nature : article vulgarisé sur les recherches en ingénierie écologique
  9. Décret n° 2012-228 du 16 février 2012 relatif au fonds d'investissement pour la biodiversité et la restauration écologique ; JORF n°0042 du 18 février 2012 page 2828 ; texte n° 9
  10. commissions administratives à caractère consultatif, soumise au décret n° 2006-672 du 8 juin 2006