Île des Cygnes (ancienne île de Paris)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Île des Cygnes.

48° 51′ 42″ N 2° 17′ 46″ E / 48.861666, 2.296035

« Isle Maquerelle ou des Cignes », reliée à la rive gauche par le « pont rouge », plan de Roussel, 1730.

L'île des Cygnes ou île Maquerelle est une ancienne île de Paris, réunie à la rive gauche de la Seine à la fin du XVIIIe siècle. Elle se trouvait au nord-ouest de l'actuel 7e arrondissement, entre la rue de l'Université et la Seine, les Invalides et le Champ de Mars, là où se situe à présent le Musée du quai Branly.

Il convient de ne pas la confondre avec l'actuelle île aux Cygnes située en aval, dans le 15e arrondissement.

Formation[modifier | modifier le code]

L'île des Cygnes a été constituée par la fusion de plusieurs îlots : l'île de Grenelle, l'île des Treilles, l'île aux Vaches, l'île de Jérusalem et l'île de Longchamp[1] .

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le nom de Maquerelle dérive peut-être de « male » (mauvaise) « querelle » rappelant qu'en ce lieu on se battait en duel[2]. On a également avancé[3] qu'il pouvait s'agir d'une contraction de « ma » et de « querelle ». Il est toutefois plus probablement qu'elle doive son nom à un particulier[4].

Histoire[modifier | modifier le code]

Lors de la construction de la culée du pont d'Iéna en août 1806, est découverte une pirogue en chêne assemblée avec des chevilles en sapin, qui pourrait être une embarcation normande datant du Siège de Paris de 885-887[5],[6].

Au XIIIe siècle, les paysans de Chaillot ont le droit de faire paître leurs vaches sur l'île Maquerelle en échange d'une redevance en espèces et en nature payée à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés[7],[8].

Le fermage est de 20 livres en 1492, et le bail de l'herbe est porté à 27 livres en 1551[9].

En 1554, afin de désencombrer le cimetière de la Trinité, le Roi Henri II prescrit à l'Hôtel-Dieu de Paris de cesser d'y inhumer ses morts et de le remplacer par un cimetière à créer sur l'île Maquerelle.
En 1572, après le massacre de la Saint-Barthélemy, on y enterre les corps de 1 200 victimes[10],[11].

Elle est renommée « île des Cygnes » après que des cygnes y ont été placés par ordonnance royale du 16 octobre 1676[12]. Le « garde-cygnes » est chargé de les récupérer « depuis le pont de Saint-Cloud jusqu'à Saint-Maur et Corbeil » pour les mettre à l'abri durant l'hiver[13]. La maison du garde-cygnes est inventoriée dans les bâtiments du roi[14].

Le roi cède l'île à la ville de Paris le 21 mars 1722[15].

Vers 1730[16] on y trouve un chantier où l'on transforme en bûches et entrepose le bois de chauffage, de charpente, et où l'on récupère le bois des bateaux mis hors-service[17],[18].

Elle est alors reliée à la rive gauche par le « pont des Cignes »[19] ou « pont rouge », situé à son extrémité orientale.

Jean-Jacques Rousseau, après son retour en France en 1767, s'y promène[20].

Des lettres patentes, autorisant la Ville de Paris à faire combler le canal qui sépare l'île des Cygnes du Gros-Caillou, sont signées le 20 juin 1773[15] et un comblement partiel du canal est signalé en 1780[21].

En 1782, on y fabrique de l'huile de tripes, destinée à alimenter les réverbères[22].

Le 11 avril 1786, une ordonnance de police dispose que « tous les abbatis de bœufs, vaches et moutons, continueront d'être portés à l'île des Cygnes pour y être préparés et cuits comme à l'accoutumée »[23].

En 1789, les frères Jacques et Augustin Périer sont chargés par la ville de Paris d'y installer des moulins à vapeur pour répondre à la pénurie hivernale de farine, lorsque les eaux de la Seine sont trop basses pour alimenter les moulins à eau. L'installation, formée de deux machines à vapeur entraînant douze meules d'1,95 m de diamètre, est inaugurée le 30 novembre 1790 en présence du maire[24].

En 1802-1803 l'inventeur Robert Fulton y mène ses expériences sur la navigation à vapeur[25].

Le reste du canal est comblé en 1812[26], en même temps que l'on construit le pont d'Iéna.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. L'île des Cygnes, ou île Maquerelle
  2. Alfred Fierro, Histoire et Dictionnaire de Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1996 (ISBN 2-221-07862-4), p. 942
  3. V. Jaillot, cité par de Saint-Victor dans Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours, 1811, t. III, p. 831.
  4. Revue d'archéologie, XIIIe année, première partie, p. 214 : "Cette île Maquerelle, qui doit sans doute son nom à un particulier et non point à ce qu'on s'y battait ou à ce qu'on y faisait la débauche, comme on l'a ridiculement imaginé (...)."
  5. Société préhistorique française Compte rendu, année 1905, p.455 Schleicher frères, 1906
  6. Édouard Fournier, , Histoire du Pont Neuf, p.36
  7. Paris à travers les âges, histoire nationale de Paris et des Parisiens depuis la fondation de Lutèce jusqu'à nos jours, paru en 1879
  8. Legrand, Jean-Baptiste-Bonaventure de Roquefort Histoire de la vie privée des François p.94
  9. Pierre-Thomas-Nicolas Hurtaut, Magny Dictionnaire historique de la ville de Paris et de ses environs, p.368, 1779
  10. Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français - Page 134, 1861
  11. Athanase Coquerel Précis de l'histoire de l'Église réformée de Paris p.126, 1862
  12. Edouard Fournier, Énigmes des rues de Paris, p. 278
  13. Dominique Garrigues,Jardins et jardiniers de Versailles au Grand Siècle, p.134, 2001
  14. Jules Guiffrey, Comptes des bâtiments du roi sous le règne de Louis XIV - Page 1130 1901
  15. a et b Lucien Lazard Inventaire sommaire de la collection Lazare-Montassier pp.87-88, Imprimerie Nouvelle (association ouvrière) 1899
  16. voir le plan de « Paris, ses fauxbourgs et ses environs », de Roussel
  17. Déchireurs et Hotteurs
  18. Archives parlementaires de 1787 à 1860, p.683
  19. Pierre-Thomas-Nicolas Hurtaut, Magny, Dictionnaire historique de la ville de Paris et de ses environs, p.99, 1779
  20. Neuvième promenade, Rêveries du promeneur solitaire in Oeuvres complètes, tome 6 p.522, Ch Lahure 1857
  21. Mémoires de la Société nationale des antiquaires de France 1864, p.106
  22. Tableau de Paris, par Louis-Sébastien Mercier, paru en 1782
  23. De France, Jourdan , Decrusy, Recueil général des anciennes lois françaises, depuis l'an 420 jusqu'à la Révolution française p.165, Belin-Le Prieur 1827
  24. Jean Paul Favreau Les moulins de l'île aux Cygnes, 14 novembre 2006
  25. Louis Figuier , Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernes, pp. 284-285 , 1862
  26. Léon de Lanzac de Laborie, Paris sous Napoléon, tome 2, p.119, Plon, 1905

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :