Zinnkoepflé
| Zinnkoepflé | |
Le Zinnkoepflé avec Westhalten à ses pieds. | |
| Appellation(s) principale(s) | alsace grand cru Zinnkoepflé |
|---|---|
| Type d'appellation(s) | AOC / AOP |
| Reconnue depuis | 1992 |
| Pays | |
| Région parente | vignoble d'Alsace |
| Localisation | Haut-Rhin |
| Climat | semi-continental |
| Ensoleillement (moyenne annuelle) |
1 968 heures (à Rouffach)[1] |
| Sol | calcaire et grès |
| Superficie totale | 71,03 hectares[2] |
| Superficie plantée | 27 hectares (en 2024)[3] |
| Cépages dominants | gewurztraminer Rs[N 1], riesling B et pinot gris G |
| Vins produits | blancs |
| Production | 1 133 hectolitres (en 2024)[3] |
| Pieds à l'hectare | minimum 4 500 pieds/ha[4] |
| Rendement moyen à l'hectare | 42 hl/ha (en 2024)[3] |
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Un alsace grand cru Zinnkoepflé[N 2], ou un zinnkoepflé, est un vin blanc français produit sur le lieu-dit le Zinnkoepflé, et sur de nombreux lieux-dits l'avoisinant, situés à la limite entre les communes de Westhalten et de Soultzmatt, dans le département du Haut-Rhin, dans la collectivité européenne d'Alsace, au sein de la région Grand Est.
Il s'agit d'un des cinquante-et-un grands crus du vignoble d'Alsace, bénéficiant chacun d'une appellation mais partageant le même cahier des charges alsace grand cru[4] (avec des contraintes plus rigoureuses que pour l'appellation alsace). Le Zinnkoepflé est majoritairement planté en gewurztraminer.
Histoire
[modifier | modifier le code]Au Moyen Âge, le coteau faisait partie de l’Obermundat, une des possessions de l'évêque de Strasbourg.
L'appellation alsace grand cru est créée en 1975, avec plus de contraintes que l'alsace[5] ; à partir de 1983, 25 noms de lieux-dits peuvent être rajoutés après celui de l'appellation[6], mais le cru du Zinnkoepflé ne fait pas partie des premiers sélectionnés. Les viticulteurs positionnés sur ce coteau obtiennent sa reconnaissance parmi les grands crus alsaciens le [7].
Il y a eu depuis quelques modifications : en les mentions vendanges tardives et sélection de grains nobles sont réglementées au sein de l'appellation[8] ; en 2001, les rendements sont réduits (passant de 70 à 55 hl/ha)[9] ; en , tous les grands crus d'Alsace passent du statut de dénominations géographiques au sein d'une même appellation à celle d'autant d'appellations partageant le même cahier des charges[10] ; en , nouvelle réduction du rendement (à 50 hl/ha)[11] ; en , autorisation des bouteilles de 300, 150, 100, 50 et 37,5 cl)[4].
Étymologie
[modifier | modifier le code]Il y a deux versions pour l'origine du nom du Zinnkoepflé.
La première version serait que le nom commun Sonne en allemand (ou Sunne en alsacien) désigne le Soleil, tandis que le nom commun Kopf désigne le sommet ou la tête. Il a donné le nom Sonnenkoepflé, le « mont du Soleil » pour ce coteau particulièrement exposé aux rayons solaires, nom déformé en Zinnkoepflé[12],[2].
La seconde version est que le nom commun Sinnele en alsacien désigne une entroque, un reste animal fossilisé qu'on retrouve en grand nombre dans la roche calcaire du sommet de la côte. Cela a donné le mot Sinnekoepfele en alsacien, traduit par les topographes allemands sous le nom de Zinnkoepfle[13].
Vignoble
[modifier | modifier le code]Aire d'appellation
[modifier | modifier le code]Le zinnkoepflé est produit en France, dans la collectivité européenne d'Alsace, au sein de la région Grand Est, plus précisément dans le département du Haut-Rhin, sur les communes de Soultzmatt et de Westhalten, à 18 kilomètres au sud-ouest de Colmar.
| Images externes | |
| Carte de l'aire d'appellation du zinnkoepflé | |
| Cartes cadastrales de l'appellation | |
| Orthophotos du parcellaire de l'appellation | |

Sur la route des vins d'Alsace, le Zinnkoepflé se trouve entre le Vorbourg à l'est et le Pfingstberg au sud.

Le Zinnkoepflé est une arête d'orientation nord-sud qui s'avance au milieu de la vallée, servant de séparation aux communes de Soultzmatt et de Westhalten. Son sommet sud atteint les 446 mètres tandis que son extrémité nord monte jusqu'à 468 mètres. L'aire plantée est de 71,03 hectares[14] (en légère progression, elle était de 68,4 hectares au tout début des années 2000) d'un seul tenant. Approximativement 30 hectares étaient produits en grand cru ces dernières années[3].
L'aire de production de la dénomination géographique zinnkoepflé est répartie entre les communes de Westhalten et de Soultzmatt et est limitée au versant sud de ce relief, entre 230 et 430 mètres avec une exposition plein sud pour la majorité et au sud-est pour l'extrémité orientale au-dessus de Westhalten.
Les lieux-dits cadastraux[15] formant l'aire d'appellation du zinnkoepflé sont, outre le Zinnkoepflé proprement dit qui est à cheval sur les deux communes,
- sur la commune de Soultzmatt : Baumhauer (une parcelle au sud), Oberberg (sauf partie nord), Am Viehweg, Kaeferloch, Mittlerer Burgweg, Bickenberg, Am Bergweg, Unten am Baumhauer (sauf une parcelle), Schroetel (sauf trois parcelles), Grimling (sauf trois parcelles), Beim Beiltor (sauf les parcelles bâties), Am Bergpfaedle, Erzgrubel, Zwischen den Nieringweg, Am Neuenweg, Am Bickenberg Pfaedle, Sulzerberg, Im Horn, et Juchpad ;
- sur la commune de Westhalten : Lutzelberg (partie sud-ouest) et Village (les parcelles non-bâties).
Géologie et orographie
[modifier | modifier le code]Le Zinnkoepflé se trouve au milieu des collines sous-vosgiennes, qui correspondent à une série de failles formant la transition entre les Vosges cristallines et la plaine du Rhin sédimentaire sous forme d'un escarpement. Les vignes sont plantées sur un coteau au sol varié datant du Trias[N 3], non seulement en raison d'une succession de couches géologiques de haut en bas, mais aussi à cause du fractionnement par une série de six failles découpant le coteau selon des axes parallèles sud-ouest/nord-est, ce qui en fait une sorte de puzzle.
Les plantations atteignent presque le sommet, composé de calcaire à entroques (d'une épaisseur de 10 à 15 mètres) datant du Muschelkalk supérieur. De couleur gris clair, parfois oolithiques, son nom provient de l'abondance de fossiles : des entroques (Encrinus liliiformis), des os de sauriens, des restes de crustacés (Pemphix sueuri) des brachiopodes, des bivalves et des gastéropodes. En dessous, la moitié supérieure de la dénomination se trouve sur des marnes du Muschelkalk moyen, aux couleurs bariolées (de bas en haut rouges, grises et blanches) mais les failles ont sauvegardé quelques zones de calcaire à entroques isolées.
La moitié inférieure est du Buntsandstein mais très compartimentée, les glissements le long des failles se faisant en perpendiculaire des couches géologiques. On a d'abord vingt mètres d'épaisseur de grès micacés dolomitiques (appelés grès coquilliers car renfermant de nombreuses coquilles marines et des entroques) ocre-brun, puis vingt mètres de marnes dolomitiques jaunes, enfin huit à douze mètres de grès à Voltzia (grès à grain fin, riche en mica blanc) de teinte rose parfois jaune clair avec des lentilles d'argile incluses. Pour finir, juste au-dessus de l'extrémité orientale de Soultzmatt, au pied du coteau, on trouve du grès bigarré rouge-brun[13],[16].
Climatologie
[modifier | modifier le code]L'Alsace a un climat tempéré de type semi-continental d'abri, avec des printemps chauds, des étés secs et ensoleillés, de longs automnes et des hivers froids. Ces données climatiques liées à la latitude et à l'éloignement de l'océan sont renforcées par la toponymie. À l'ouest, le massif des Vosges protège un peu le coteau du vent et de la pluie : les vents d'ouest dominants perdent leur humidité sur le versant occidental et parviennent en Alsace sous forme de foehn, plus secs et chauds. Les précipitations sont donc moindres et les températures un peu plus hautes (moyenne annuelle plus haute de 1,5 °C) que ce qui serait attendu à cette latitude.
Au sud, le coteau voisin du Bollenberg protège lui aussi toute la vallée de Soutzmatt, appelée aussi la « vallée noble » (Valus Praenobilis), des vents du sud-ouest, ce qui renforce son aridité. On y a acclimaté le citronnier (Citrus limon), l'amandier (Prunus dulcis), et l'oranger (Citrus sinensis) ; le sommet du coteau est tellement aride qu'une lande y pousse ; on y trouve des cigales (Cicadidae montana), des mantes religieuses (Mantis religiosa) et des lézards verts (Lacerta viridis), tous théoriquement méditerranéens.
La station météorologique automatique Météo-France de Rouffach (celle qui était de 1986 à 2021 sur le domaine du Hohrain, à 285 mètres d'altitude : 47° 57′ 55″ N, 7° 17′ 12″ E)[17] a le mérite d'être sur un coteau planté de vignes (pas en plaine), à 2,5 km à l'est du Zinnkoepflé.
| Mois | jan. | fév. | mars | avril | mai | juin | jui. | août | sep. | oct. | nov. | déc. | année | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Températures (°C) | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Maximale moyenne | 5,3 | 7,1 | 11,7 | 16,3 | 20,3 | 24 | 26 | 25,8 | 21,2 | 15,7 | 9,4 | 6 | 15,7 | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Moyenne | 2,6 | 3,7 | 7,5 | 11,3 | 15,3 | 18,8 | 20,6 | 20,3 | 16,2 | 11,6 | 6,4 | 3,4 | 11,5 | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Minimale moyenne | −0,2 | 0,3 | 3,2 | 6,4 | 10,3 | 13,6 | 15,2 | 14,8 | 11,2 | 7,6 | 3,5 | 0,7 | 7,2 | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Nombre de jours avec gel | 15,2 | 12,8 | 6,2 | 1,1 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0,9 | 5,9 | 13,7 | 55,8 | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Précipitations | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Hauteur (mm) | 40 | 33 | 35,1 | 43,3 | 72,8 | 66,7 | 65,6 | 64,2 | 50,3 | 58,5 | 44,5 | 47,8 | 621,8 | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Ensoleillement | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Heures | 104,8 | 124,7 | 104,7 | 224,5 | 226,8 | 239,4 | 294,4 | 227,3 | 206,6 | 81,5 | 53,9 | 80,3 | 1 968,9 | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Encépagement
[modifier | modifier le code]Les vins correspondant à l'appellation d'origine contrôlée alsace grand cru suivie de la dénomination géographique (nom de lieu-dit) Zinnkoepflé doivent être produits avec un des cépages suivants : riesling B[N 1], pinot gris G, gewurztraminer Rs ou un des muscats (muscat ottonel B, muscat blanc à petits grains B ou muscat rose à petits grains Rs).
L'encépagement du vignoble est composé de 60% de gewurztraminer Rs, 24 % de pinot gris G, 15% de riesling B et 1 % de muscat B (toutes variétés confondues)[18].
Le gewurztraminer Rs (signifie « traminer aromatique » ou « épicé » en allemand) est un cépage rose aux baies orange ou tirant vers le violet. Ce proche parent du savagnin B et du savagnin rose Rs (appelé en Alsace klevener de Heiligenstein) est plutôt vigoureux, produit de gros rendements et donne de meilleurs résultats sur des sols marneux ou calcaires que sur des sols granitiques ou schisteux : il est donc le principal cépage cultivé sur le Zinnkoepflé (23,63 ha de gewürz sur un total de 32,53 en 2022, soit 72 % de l'encépagement)[3].
Le riesling B donne de meilleurs résultats sur les sols granitiques, d'où sa présence sur le Zinnkoepflé moins marquée qu'ailleurs. C'est un cépage au débourrement et à la maturation tardives, nécessitant des coteaux bien exposés au soleil, dont les vendanges peuvent avoir lieu vers la mi-octobre. Par contre, il résiste bien aux gelées d'hiver. Il est le deuxième cépage sur le coteau (6,06 ha en 2022, soit 18 %).
Le pinot gris G (appelé Grauburgunder, « bourguignon gris » en allemand, « malvoisie » à Ancenis et dans le Valais ou pinot grigio en Italie) est un cépage fragile et de maturité assez précoce. Il est issu d’une mutation du pinot noir et donc d’origine bourguignonne, où il est appelé « pinot beurot ». Il donne de meilleurs résultats sur des sols composés de cailloutis calcaires à condition d'être bien drainés grâce à une exposition en coteau. Il est le troisième cépage sur le coteau (2,83 ha en 2022, soit 8,6 %).
Les muscats sont rarement cultivés, que ce soit sur l'ensemble du vignoble d'Alsace ou sur les parcelles classées comme grands crus. Le muscat blanc à petits grains B, appelé aussi « muscat d'Alsace », est originaire de Grèce ; il est cultivé en Alsace depuis au moins le début du XVIe siècle. Il est plutôt précoce. Le muscat ottonel B est plus récent, découvert au XIXe siècle dans la vallée de la Loire avant d'arriver en Alsace au milieu du siècle. L'ottonel est un hybride du chasselas, il est donc encore plus précoce que l'autre muscat. Le muscat rose à petits grains Rs est également autorisé.
-
Grappes de gewurztraminer Rs.
-
Grappes de pinot gris G.
-
Grappes de riesling B.
-
Grappes de muscat blanc à petits grains B.
Pratiques culturales
[modifier | modifier le code]La densité de plantation est au minimum de 4 500 pieds par hectare ; l'écartement entre les rangs de vignes ne doit pas dépasser les deux mètres ; l'écartement entre les pieds sur le rang doit être compris entre 0,75 et 1,5 mètre ; les vignes sont conduites en hautain pour les protéger du gel, avec le feuillage palissé en espalier.
La hauteur de feuillage palissé ne peut être inférieure à 0,675 fois l'écartement entre les rangs ; la taille de la vigne doit se faire en Guyot simple ou double avec un maximum de 18 yeux francs. L'irrigation est interdite. La charge maximale moyenne à la parcelle est fixée à 8 500 kilogrammes de raisins par hectare[4].
Rendements
[modifier | modifier le code]Le rendement est limité par le cahier des charges de l'appellation à un maximum de 50 hectolitres par hectare (40 pour une sélection de grains nobles). Chaque année, ce rendement maximum peut être modifié à la hausse ou à la baisse par un arrêté du ministère de l'Agriculture, dans la limite des rendements butoirs de l'appellation, fixés à 60 hl/ha (48 pour une sélection de grains nobles)[4].
Le rendement réel de l'ensemble des grands crus alsaciens en 2024 a été de 40,1 hectolitres par hectare en moyenne[N 4] et de 42 hl/ha pour le zinnkoepflé[3].
Les grands crus d'Alsace doivent être obligatoirement vendangés manuellement.
Vins
[modifier | modifier le code]Volumes
[modifier | modifier le code]Selon le service des Douanes, les données de production des années récentes sont[3] :
| Année | Superficie (ha) | Production (hl) | Rendement (hl/ha) |
|---|---|---|---|
| 2020 | 37,1 | 1 781 | 48 |
| 2021 | 31 | 853 | 27 |
| 2022 | 32,5 | 1 318 | 40 |
| 2023 | 26,5 | 1 157 | 43 |
| 2024 | 26,9 | 1 133 | 42 |
Titres alcoométriques
[modifier | modifier le code]Les raisins récoltés doivent présenter un titre alcoométrique volumique naturel moyen minimum de 12,5 % vol. pour les cépages pinot gris G et gewurztraminer Rs et de 11 % vol. pour le riesling B[N 1] et les muscats. Les vins issus d'un assemblage présentent un titre alcoométrique volumique naturel moyen minimum de 12 % vol.
Ne peut être considéré à bonne maturité tout lot unitaire de vendanges présentant une richesse en sucre inférieure à 193 grammes par litre de moût pour les cépages pinot gris G et gewurztraminer Rs et à 168 grammes par litre de moût pour les autres cépages. Lorsqu'une autorisation d'enrichissement est accordée, l'augmentation du titre alcoométrique volumique naturel moyen minimum ne peut dépasser 1,5 % vol.
Sur l'avis du syndicat viticole du Zinnkoepflé, le comité régional d'experts des vins d'Alsace peut proposer annuellement au comité national des vins et eaux-de-vie de l'Institut national de l'origine et de la qualité, pour l'appellation et pour chaque cépage, un titre alcoométrique naturel moyen minimum supérieur et une richesse en sucre des lots unitaires supérieure à ceux susvisés, ainsi qu'un taux d'enrichissement maximum inférieur au taux susvisé.
Vendanges tardives et sélections de grains nobles
[modifier | modifier le code]Les vendanges tardives désignent des vins faits à partir de raisins dont la récolte a été retardée pour les obtenir en surmaturité, d'où des vins riches en sucre et en alcool, aux goûts plus puissants, et souvent moelleux. Selon la législation, le moût doit avoir au moins 243 grammes de sucre par litre si c'est du gewurztraminer ou du pinot gris (soit 14,4 % vol. d'alcool potentiel), ou au moins 220 grammes de sucre par litre si c'est du riesling ou un muscat (soit 13,1 % vol. d'alcool potentiel) ; aucune chaptalisation n'est permise.
Quant à une sélection de grains nobles, il s'agit d'un vin fait à partir de raisins récoltés par tris sélectifs successifs des grains atteints de pourriture noble (le champignon Botrytis cinerea), ce qui donne des vins encore plus concentrés, plus sucrés, liquoreux. Selon la législation, le moût doit avoir au moins 279 grammes de sucre par litre si c'est du gewurztraminer ou du pinot gris (soit 16,6 % vol. d'alcool potentiel), ou au moins 256 grammes de sucre par litre si c'est du riesling ou un muscat (soit 15,2 % vol. d'alcool potentiel). Là aussi aucune chaptalisation n'est permise[19].
Vinification et élevage
[modifier | modifier le code]Les grands crus d'Alsace doivent être obligatoirement récoltés manuellement. Le jour de la vendange, à l'arrivée au chai, le raisin est foulé et pressé pour séparer le moût du marc de raisin. Pour ce travail, les pressoirs pneumatiques remplacent progressivement les pressoirs horizontaux à plateau. Puis le moût est mis en cuve pour le débourbage, qui est le soutirage du jus sans les bourbes, soit par filtrage, soit par décantation en attendant qu'elles se déposent au fond de la cuve.
La fermentation alcoolique débute sous l'action de levures indigènes ou de levures sélectionnées introduites lors du levurage : cette opération transforme le sucre du raisin en alcool. La maîtrise de la température de fermentation par un système de réfrigération permet d'exprimer le potentiel aromatique du produit. La fermentation achevée au bout d'un mois, le vin est soutiré afin d'éliminer les lies. La fermentation malolactique n'est généralement pas réalisée, bloquée par un sulfitage pour conserver son acidité au vin. Ce dernier peut être stocké en cuve pour le préparer à l'embouteillage ou élevé en barrique ou foudres de bois de chêne.
Le vin est soutiré, puis généralement de nouveau filtré avant le conditionnement en bouteilles[20].
Gastronomie
[modifier | modifier le code]D'une façon générale, les alsaces grands crus sont plus aromatiques, plus concentrés et plus long en bouche que les autres vins d'Alsace. Ils se gardent davantage, vieillissant avec avantage de deux jusqu'à dix ans. Les vendanges tardives renforcent la concentration des arômes, les rendant encore plus puissants ; les sélections de grains nobles donnent des vins encore plus sucrés et alcoolisés, mais avec moins d'arômes fruités. Ils doivent être servi frais, mais pas glacés : l'idéal selon la CIVA est entre 8 et 10 °C.
Le gewürztraminer a une robe dorée soutenue, devenant ambrée avec l'âge, avec un nez et une bouche au fruité très marqué (sont généralement évoqués la rose, le litchi et la bergamote) avec parfois des notes épicées (sont alors évoqués la girofle et le poivre). Un gewürztraminer fera merveille en apéritif ; on peut aussi l'associer avec tous les plats parfumés et relevés, notamment les plats exotiques (y compris pimentés ; il s'associe bien avec le gingembre), le poulet au curry, ou avec le pâté de foie de volaille, le foie gras de canard, la tarte à l'oignon, le poisson fumé, les fromages corsés (du munster par exemple) et les desserts.
Un riesling a une robe claire s'accentuant avec l'âge, avec un nez sur l'agrume ou floral, ainsi qu'une bouche plus vive, parfois minéral[21]. Il s'alliera avec les poissons (grillés, en sauce, ou crus marinés), les crustacés, les plats de la cuisine alsacienne, les viandes blanches (le coq au riesling notamment), les fromages de chèvre ou de brebis.
Un pinot gris a une robe jaune dorée, avec un nez et une bouche au fruité marqué, évoquant l'abricot, le miel et les fruits confits, avec des notes du sous-bois (champignon) s'affirmant avec l'âge. Il se mariera bien avec le foie gras d'oie, la poularde, l'oie rôtie, le gratin de langoustines[22], les plats asiatiques sucrés-salés, du comté ou du beaufort.
Économie
[modifier | modifier le code]Type de bouteilles
[modifier | modifier le code]Les grand crus, comme tous les vins alsaciens, sont mis en bouteille obligatoirement en Alsace et traditionnellement dans des flûtes, c'est-à-dire des bouteilles du type « vin du Rhin » de 75 centilitres, règlementées par des décrets[23].
Depuis juillet 2025, sont autorisées d'autres formats de bouteilles, tous élancés (rappelant la flûte) : de 300 (l'équivalent du jéroboam), 150 (le magnum), 100 (le litre-flûte), 50 (le demi-litre) et 37,5 cl (la demi-bouteille, ou « fillette »)[4].
Mentions
[modifier | modifier le code]Dans tout le vignoble d'Alsace, les vins sont le plus souvent identifiés par leur(s) cépage(s) : riesling, gewurztraminer, etc. Cette mention domine l'étiquette même si elle est facultative.
Lors de la création de l'appellation alsace grand cru, le but était clairement de valoriser le terroir. La mention du cépage n'y est pas obligatoire et il est possible de mettre le nom de la dénomination en caractères plus grands que celui du cépage. Donc plusieurs mentions sur l'étiquette de la bouteille sont possibles, soit simplement le nom de l'appellation et de la dénomination géographique (alsace grand cru Zinnkoepflé), soit avec en plus une mention de cépage (gewurztraminer, pinot gris ou riesling), à laquelle peut être rajoutée la mention sélection de grains nobles ou vendanges tardives :
- alsace grand cru Zinnkoepflé ;
- alsace grand cru Zinnkoepflé gewurztraminer ;
- alsace grand cru Zinnkoepflé riesling ;
- alsace grand cru Zinnkoepflé pinot gris ;
- alsace grand cru Zinnkoepflé vendanges tardives gewurztraminer ;
- alsace grand cru Zinnkoepflé vendanges tardives riesling ;
- alsace grand cru Zinnkoepflé vendanges tardives pinot gris ;
- alsace grand cru Zinnkoepflé sélection de grains nobles gewurztraminer ;
- alsace grand cru Zinnkoepflé sélection de grains nobles riesling ;
- alsace grand cru Zinnkoepflé sélection de grains nobles pinot gris.
Liste de producteurs
[modifier | modifier le code]- Bestheim, à Bennwihr ;
- Domaine Léon Boesch (Gérard et Matthieu Boesch), à Westhalten ;
- Domaine Agathe Bursin à Westhalten ;
- Domaine Diringer (Sébastien et Thomas Diringer), à Westhalten ;
- Château d'Orschwihr (Hubert Hartmann), à Orschwihr ;
- Duss-Aublette (Bernard et Eliane), à Soultzmatt ;
- Domaine Jean-Marie Haag (Myriam et Jean-Marie), à Soultzmatt ;
- SARL Raymond et Martin Klein à Soultzmatt ;
- Paul Kubler, à Soultzmatt ;
- Seppi Landmann, à Soultzmatt ;
- Domaine Rieflé à Pfaffenheim ;
- Domaine Éric Rominger, à Westhalten ;
- Domaine Schlegel-Boeglin à Westhalten ;
- EARL Lucien Schirmer et Fils (Thierry et Catherine) à Soultzmatt ;
- EARL François Wischlen, à Westhalten ;
- Cave Materne Haegelin et filles à Orschwihr ;
- etc.
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- Le code international d'écriture des cépages mentionne de signaler la couleur du raisin : B = blanc, N = noir, Rs = rose, G = gris.
- ↑ Le nom d'un vin est un nom commun, donc ne prend pas une majuscule, cf. les références sur la façon d'orthographier les appellations d'origine.
- ↑ Les Allemands divisent le Trias en trois périodes (d'où le nom de Trias) portant les noms de Buntsandstein (grès vosgien, poudingue de Sainte-Odile et grès à Voltzia), Muschelkalk (dolomites, argiles salées, calcaires à entroques et à cératites) et Keuper (dit aussi Salzkeuper, argiles bariolées gypseuses) ; ces trois périodes correspondent à peu près pour les auteurs français au Trias inférieur (Induen et Olénékien), moyen (Anisien et Ladinien) et supérieur (Carnien, Norien et Rhétien) ; la différence est que les Allemands mettent le Lettenkohle (argiles dolomitiques à lentilles de lignite) comme début du Keuper, tandis que les Français le mettent à la fin du Trias moyen (partie du Ladinien). Pour les correspondances, voir le tableau de la commission de stratigraphie allemande, sur le site stratigraphie.de.
- ↑ Le rendement s'obtient en divisant la production par l'aire cultivée, soit en 2024 : 25 825,83 hl / 643,1624 ha = 40,15 hl/ha. Source : service des Douanes[3].
Références
[modifier | modifier le code]- « Fiche 68287003 Rouffach SA » [PDF], sur donneespubliques.meteofrance.fr.
- [PDF] « Fiche sur le Zinnkopflé », sur vinsalsace.com.
- « Portail de la Direction Générale des Douanes et Droits Indirects : superficies et volumes en production par produit », sur douane.gouv.fr (consulté le ).
- « Cahier des charges des cinquante et une appellations d’origine contrôlées « Alsace grand cru » », modifié par l'arrêté du , publié au JORF du et au BO Agri du .
- ↑ « Décret du 20 novembre 1975 définissant l'appellation d'origine contrôlée « Alsace Grand Cru » », publié au JORF du p. 12072-12073.
- ↑ « Décret du 23 novembre 1983 relatif à l'appellation d'origine contrôlée « Alsace Grand Cru » », publié au JORF du , p. 3438.
- ↑ « Décret du 17 décembre 1992 relatif à l'appellation d'origine contrôlée « Alsace grand cru » », publié au JORF no 295 du .
- ↑ « Décret du relatif aux appellations d'origine contrôlées « Alsace » et « Alsace grand cru » », publié au JORF du .
- ↑ « Décret du 24 janvier 2001 relatif à l'appellation d'origine contrôlée « Alsace grand cru » », publié au JORF no 22 du .
- ↑ « Cahier des charges des cinquante et une appellations d'origine contrôlées « Alsace grand cru » » [PDF] (p. 179-304), homologué par le décret no 2011-1373 du publié au JORF du .
- ↑ « Arrêté du modifiant le cahier des charges des cinquante et une appellations d'origine contrôlées « Alsace grand cru » », publié au JORF no 0111 du .
- ↑ « Fiche de présentation du cru »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?), sur alsace-du-vin.com.
- Notice de la carte du BRGM [PDF]no 378 (Neuf-Brisach Obersaasheim, disponible sur le site infoterre.brgm.fr.
- ↑ [PDF] « Carte des parcelles du Zinnkoepflé », sur vinsalsace.com.
- ↑ « Le portail des plans officiels de délimitation | INAO », sur www.inao.gouv.fr (consulté le )
- ↑ « Carte géologique centrée sur le Zinnkoepflé » sur Géoportail.
- ↑ « 68287003 – ROUFFACH - SA – DOMAINE DU HOHRAIN » [PDF], sur donneespubliques.meteofrance.fr.
- ↑ « Grand Cru Zinnkoepflé - Vins d'Alsace », sur www.vinsalsace.com (consulté le )
- ↑ [PDF] « Fiche sur les vendanges tardives et les sélections de grains nobles », sur vinsalsace.com.
- ↑ « La vinification en blanc »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?), sur vinsalsace.com (consulté le ).
- ↑ Dictionnaire des vins de France, Paris, Hachette, coll. « Les livrets du vin », , 383 p. (ISBN 2-01-236-582-5), p. 15.
- ↑ Michel Mastrojanni, Guide des vins de France, Paris, Solar, , 2e éd. (1re éd. 1992), 280 p. (ISBN 2-263-01942-1), no 4.
- ↑ « Décret no 55-673 du 20 mai 1955 relatif à l'emploi de la bouteille type « Vin du Rhin » », publié au JORF du ; « arrêté du 13 mai 1959 concernant l'emploi de la bouteille du type à « vin du Rhin » », publié au JORF du ; « décret no 63-295 du 19 mars 1963 relatif aux caractéristiques des bouteilles susceptibles de servir de récipients mesures dans le commerce de certains liquides », publié au JORF du .
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Vignoble d'Alsace, éditions Benoît France et CIVA, Paris, 2007, carte 88 x 55 cm au 1/120000 (ISBN 978-2-84354-158-2).
- Vins d'Alsace : carte touristique, Institut géographique nationale, Paris, 2006, carte 96 x 66 cm au 1/125000 (ISBN 978-2-7585-0182-4).
- Serge Dubs et Denis Rizenthaler, Les grands crus d'Alsace, éditions Serpenoise, Metz, 2002, 288 pages (ISBN 2-87692-567-2).
- Claude Muller, Les Vins d'Alsace, histoire d'un vignoble, éditions Coprur, Strasbourg, 1999, 192 pages (ISBN 2-84208-008-4).
- Le vignoble d'Alsace : la route des vins, Mitra productions, Illkirch, 1995, carte 90 x 34 cm au 1/180000 (BNF 40658287).
- Guide des grands crus d'Alsace, Centre d'information des vins d'Alsace, Colmar, 1994, 50 pages (BNF 36691659).
- Bernadette Burn et Gilles Schmidt, Alsace, clos et grands crus, collection Le Grand Bernard des vins de France, éditions Jacques Legrand, Paris, 1989, 190 pages (ISBN 2-905969-24-5).
Liens externes
[modifier | modifier le code]- « Grand Cru Zinnkoepflé – Vins d'Alsace », sur vinsalsace.com (site du CIVA).
- « Zinnkoepflé », sur alsace-du-vin.com (site des vignerons indépendants).