Pressoir vinicole

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Pressoir moderne à vis verticale (Larousse, 1922).

Un pressoir vinicole est un appareil de pressurage utilisé durant le processus de la vinification pour l'extraction du jus des raisins. On obtient le moût, ou le vin nouveau issu de la fermentation et encore imprégné dans le marc de raisin.

Historique[modifier | modifier le code]

De l'Antiquité au Moyen-Âge[modifier | modifier le code]

Le jus a longtemps été extrait manuellement ou par foulage aux pieds. Le pressoir est une évolution mécanique du processus.

Les formes les plus primitives de pressoirs apparaissent dessinées sur des vases de la Grèce antique et sur des fresques des tombeaux égyptiens, dont le pressoir à torsion qui était encore couramment utilisé en Corse au XIXe siècle.

Laurent Bouby explique : « Au IIe millénaire avant notre ère, le pressoir à levier s'ajoute au foulage au pied ou à la main et se perfectionne à son tour : d’un simple tronc d’arbre fiché dans un mur ou un rocher pour broyer les grappes, il acquiert poulies, câbles et treuils, bientôt lui-même remplacé par des systèmes à vis[1] ».

Caractéristiques et procédé[modifier | modifier le code]

Le pressoir moderne est composé d'un compartiment, appelé cage, destiné à accueillir les raisins ou le marc de vinification. Cette cage est ajourée afin de laisser s'écouler le liquide (respectivement jus/moût ou vin de presse) soit directement, soit par des drains se déversant tous deux dans une maie.

La capacité de la cage peut varier de quelques hectolitres à plusieurs centaines[2].

Afin de limiter l’oxydation des jus, le système de pressoir inerté permettent de saturer la cage et la maie en gaz, souvent du dioxyde de carbone (CO2), du diazote (N2), de l’argon (Ar), ou un mélange de ces gaz.

Typologie[modifier | modifier le code]

La typologie des pressoirs anciens est assez complexe. On peut toutefois les regrouper en deux grandes « familles » bien distinctes qui vont s'imposer de l'Antiquité au XVIIIe siècle, les pressoirs à levier et les pressoirs à vis centrale.

Pressoir à levier[modifier | modifier le code]

Représentation du système de levier.
Principe d'un pressoir à levier avec vis

Les raisins sont écrasés par une poutre-levier horizontale, fixe à une des extrémités. On les désigne aussi sous le nom de pressoir à abattage ou pressoir long-fûts. Le levier peut être tiré vers le bas par une corde et un treuil (« casse-coue ») ou une vis (par exemple les pressoirs du Clos de Vougeot, en Bourgogne).

Pressoir à vis[modifier | modifier le code]

Pressoir à vis centrale descendante[modifier | modifier le code]

Pressoir à vis centrale. Mosaïque de l'église de Qabr Hiram, Liban vers 575, musée du Louvre.

Les raisins sont écrasés par une vis, placée verticalement au centre d'un bâti-cage généralement cylindrique, s'appuyant sur une série de longerons croisés et empilés en pyramide pour répartir la pression. Au XXe siècle, une assistance mécanique aide à visser l'écrou puis une aide hydraulique (double-vérins) est installée (on fait tourner au maximum l'écrou pour descendre les longerons puis l'on pompe pour que les vérins écrasent la vendange et l'on renouvelle l'opération autant de fois qu'il faut).

Pressoirs à perroquet et à écureuil[modifier | modifier le code]

Pressoir à perroquet du château Labastidié, Gaillac.

Ce sont deux variantes du pressoir à vis centrale descendante qui sont essentiellement employées aux XVIIIe et XIXe siècle. Leur dénomination imagée évoque la roue qui permet d'actionner la vis des pressoirs.

La roue à perroquet[modifier | modifier le code]

Elle est simple et munie de longues poignées (comme des perchoirs à perroquet) sur lesquelles s'agrippe le pressureur pour la faire tourner.

La roue à écureuil[modifier | modifier le code]

Elle est la plus large et elle se présente sous forme d'une roue à double jante. Le pressureur se tient debout à l’intérieur, il marche comme s’il voulait monter et ainsi actionne la roue par son seul poids (il faut imaginer le hamster qui fait tourner sa roue dans la cage).

Les modèles à roue à écureuil sont les plus rares, il n'en reste que peu d'exemplaires en France.

Pressoirs du XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Pressoir à engrenages[modifier | modifier le code]

Avec la révolution industrielle du XIXe siècle, un changement s'opère dans la conception des pressoirs. La fonte et le fer vont remplacer progressivement le bois comme matériau de construction. La mise au point de systèmes métalliques de démultiplication permet une avancée technique importante. On va ainsi concevoir des pressoirs solides et nécessitant beaucoup moins de main d'œuvre pour leur fonctionnement. À cette époque, une grande diversité de pressoirs apparaît. Un des premiers modèle à acquérir une notoriété nationale est le pressoir Châtillonnais mis au point en 1848 à Châtillon-sur-Seine (Côte d'Or) par la maison Lemonnier et Nouvion. Dans ce pressoir d'un genre nouveau, une vis sans fin, verticale, tournait grâce à une grande roue d'engrenages située sous la maie, actionnée généralement par des manivelles.

Pressoir à cliquets[modifier | modifier le code]

À la fin du XIXe siècle, de nouvelles innovations techniques permettent l'apparition de pressoirs manuel à levier multiple différentiel, ordinairement connus sous le nom de pressoirs à cliquets. Ils seront fabriqués en grandes séries par des entreprises telles que Marmonier (pressoir américain), Mabille…

Pressoirs contemporains[modifier | modifier le code]

De nombreux modèles différents de pressoirs et de marques existent, néanmoins ils peuvent être classés en quatre catégories selon leur mode de fonctionnement[3].

Pressoir à vis verticale[modifier | modifier le code]

Pressoir vertical.

De type « Coquard » ou « Marmonier », généralement manuel, occasionnellement électrique ou hydraulique. Le raisin est versé dans une cage à claire-voie horizontale. Une fois la cage pleine, le couvercle est lentement abaissé par vissage d'un écrou sur l'axe central. La pression fait éclater les grains libérant le jus. Ce type de pressoir est bien adapté aux petits volumes mais l'écoulement du liquide à l'air libre le laisse au contact de l'oxygène. Un risque d'oxydation est à surveiller. Ce pressoir travaille lentement ; de plus, si l'opérateur veut faire une seconde pressée, il doit faire une « rebèche » (décompactage du marc) manuelle.

Pressoir horizontal à vis[modifier | modifier le code]

Marc de Muscadet compacté par les plateaux.

Leur apparition date du XIXe siècle (cf. le « pressoir Révillon ») mais leur développement est favorisé par l'avènement de la force électrique. Le type « Vaslin » est l'un des plus connus. Deux plateaux sont vissés sur l'axe central par la rotation de la cage à clairevoie. Le jus s'écoule à l'air libre. Muni parfois de chaines, le marc se décompacte tout seul au desserrage, évitant une « rebèche » manuelle pour une seconde pression.

Pressoir continu[modifier | modifier le code]

Également appelé pressoir à vis sans fin.

Le raisin est vidé dans une trémie à fond perforé puis est poussé par la rotation de la vis sans fin dans un cylindre à grille. À la sortie, la porte, est plus où moins fermée pour réguler la pression. Ce type de pressoir donne le meilleur rendement en jus, grâce à sa pression très importante, fait gagner du temps dans les grosses unités de production avec son travail en continu. En revanche, la pression atteinte écrase pellicules et pépins ; le vin de presse est donc très astringent, ses tanins sont durs et est de moindre qualité. Dans certaines régions viticoles son emploi est interdit pour les vins d'Appellation.

Pressoir horizontal[modifier | modifier le code]

Hydrauliques ou pneumatiques, on les trouve sous forme de pressoirs horizontaux avec une ou plusieurs membranes souples, gonflées à l'air comprimé ou à l'eau, au milieu ou sur un côté de la cage de presse. La cage peut être hermétique, munie de drains pour l'écoulement; cet équipement permet un pressurage à l'abri de l'air, donc de l'oxydation. Ce type de pressoir, le plus récent peut être programmé et piloté finement. Il peut donc extraire le jus à faible pression en prenant le temps nécessaire pour avoir une meilleure qualité de turbidité. Il est relativement lent dans son travail, mais il donne le meilleur résultat qualitatif. De plus, sa capacité de programmation permet de travailler de manière autonome pendant le repos du vinificateur (nuit) ou pendant qu'il effectue une autre opération. Le pressage doux compacte peu le marc. Il n'a donc pas besoin d'être brisé entre deux pressées.

Pressoirs divers[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Laurent Bouby, ingénieur d’étude au CNRS-CBAE, « Vins, vignes, pépins, production viticole aux temps anciens : la science mène l’enquête ! », sur cnrs.fr, Montpellier
  2. « Bucher Vaslin sort un pressoir hors normes à Chalonnes (49) - 750 hL », sur entreprises.ouest-france.fr,‎
  3. « Optimisation de la conduite du pressurage et de la sélection des jus avec une liste d'expérimentations effectuées », sur vignevin-sudouest.com (Institut français de la vigne et du vin) (consulté le 21 mars 2010)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • A. Bouhelier, Les Pressoirs Châtillonnais, Châtillon-sur-Seine, Images en Châtillonnais,‎
  • X. Humbe, Vieux pressoirs sans frontières, Paris, Guenegaud,‎
  • B. Lauvergeon, Les grands pressoirs bourguignons pré-industriels, Revue in Situ n°5,‎

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]