Ferdinand Schörner

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Ferdinand Schörner
Ferdinand Schörner visitant l'Acropole d'Athènes, avril 1941.
Ferdinand Schörner visitant l'Acropole d'Athènes, .

Naissance
Munich, Empire allemand
Décès (à 81 ans)
Munich, Allemagne
Origine Allemand
Allégeance Drapeau de l'Empire allemand Empire allemand

Drapeau de la  République de Weimar République de Weimar

Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand
Arme War Ensign of Germany 1903-1918.svg Deutsches Reichsheer

Flag of Weimar Republic (war).svg Reichswehr

Balkenkreuz.svg Wehrmacht (Heer)
Grade Generalfeldmarschall
Années de service 1911 – 1945
Conflits Première Guerre mondiale
Seconde Guerre mondiale
Commandement Groupe d'armées Sud,
Groupe d'armées Nord,
Groupe d'armées Centre,
Oberkommando des Heeres
Faits d'armes Bataille de Caporetto,
Opération Bagration,
Offensive Vistule-Oder,
Offensive de Prague
Distinctions Pour le Mérite
Croix de chevalier de la croix de fer avec feuilles de chêne, glaives et brillants

Ferdinand Schörner, né le à Munich, Empire allemand, et mort le à Munich, Allemagne, est un général allemand, nommé Generalfeldmarschall dans les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale.

Un militaire de carrière[modifier | modifier le code]

Le Leutnant Schörner en 1918, qui vient d’être décoré de « Pour le Mérite ».

Après des études de langues étrangères, Ferdinand Schörner s'engage comme simple soldat en 1911 dans un régiment d'infanterie bavarois. Il est sous-officier à l'entrée en guerre de l'Empire allemand. Combattant dans plusieurs pays d'Europe — France (Verdun, Champagne), Italie (Dolomites), Serbie — il est décoré de l'ordre « Pour le Mérite » et nommé « officier au feu », sorti du rang[1].

Après avoir rejoint le Freikorps von Epp en 1919, il participe à la prise de Munich et à l'écrasement de la République des Conseils en 1919 ; il combat ensuite en Haute-Silésie, avant d'être admis dans la Reichswehr.

La période nazie[modifier | modifier le code]

À l'arrivée des Nazis au pouvoir en 1933, il poursuit sa carrière militaire et épouse la doctrine nationale-socialiste pour devenir un inconditionnel d'Hitler — en 1944-1945, il ira même jusqu'à conclure ses ordres du jour par le salut « Heil Führer[2] ». Défendant la nécessité d'une révolution nationale-socialiste au sein de la Wehrmacht, il croit au triomphe de la volonté[3]. Son comportement totalement inféodé à l'idée de « guerre à tout prix » fait de lui un officier sans scrupules.

Durant la période suivante, son engagement en faveur du régime entraîne sa mise à l'écart, non seulement des multiples complots qui se trament contre Hitler au cours du conflit, mais aussi des débats et échanges qui animent l'ensemble des officiers généraux sur ces complots[4].

Pendant la guerre[modifier | modifier le code]

Le colonel (Oberst) Schörner (au centre) en Bulgarie en .

Schörner bénéficie d'une promotion lente au début du conflit ; mais ensuite, en un peu plus de deux ans, il bénéficie de quatre promotions successives : il passe du grade de Oberst (confirmation de son grade de colonel en ) à celui de General der Gebirgstruppe (général de corps d'armée en ). Il ne commande de grandes unités qu'à partir d'[1].

Schörner (à gauche) sur le front arctique, entre 1941 et 1943.
Le General der Gebirgstruppe Schörner (avec lunettes) et ses aides de camp, lors d'une visite du Reichskommissar, Josef Terboven, dans le Nord de la Norvège et la Finlande en .

Hitler demande à Schörner, nazi fanatique dont il se sent proche[1], de politiser la Wehrmacht dans l'esprit du national-socialisme. En , il est nommé chef d'état-major des officiers instructeurs nationaux-socialistes et, à ce titre, coordonne l'action entre l'armée et le parti pendant la période de « guerre totale[2] », ce qui lui permet de nouer des contacts avec des personnalités importantes de l'entourage d'Hitler : Martin Bormann et Wilhelm Burgdorf[1]. En 1945, il continue de multiplier les proclamations exaltant le fanatisme de la résistance allemande aux troupes soviétiques, les soldats allemands qui se battent sans faire de prisonniers et les menaces à peine voilées contre ses propres officiers[5].

Commandant du groupe d'armées Nord[modifier | modifier le code]

Le General der Gebirgstruppe Schörner (à droite) avec le général Otto Wöhler en Roumanie en .

Il devient Generaloberst (général d'armée) en . Nommé commandant du groupe d'armées Sud Ukraine en [1], puis du groupe d'armées Nord le [2], il y fait régner une discipline brutale, n'hésitant pas à multiplier les exécutions de soldats pour lâcheté, défaitisme ou désertion[2] ou à menacer les officiers généraux sous ses ordres[6] (il juge d'ailleurs le nombre de désertions très élevé et se sert de ce nombre pour justifier sa dureté devant ses officiers[7]). Cependant, il doit rapidement tenter de stopper les percées soviétiques en direction de Riga : il colmate comme il peut un front disloqué par l'exploitation soviétique des succès du début de l'été[8], maintenant le contrôle allemand sur Riga, mais ne pouvant empêcher un premier enfermement en Lettonie et en Estonie de son groupe d'armées[8].

Cependant, lorsque le groupe d'armées Nord est enfermé pour la première fois dans les pays baltes, à partir du , il doit affronter la crise de moral des unités placées sous ses ordres[9]. Ses faibles forces ne lui permettent cependant pas de participer activement au succès de l'opération Doppelkopf, destiné à restaurer un lien terrestre entre son groupe d'armées et le reste du Reich[10].

Dans un premier temps, en dépit de ses erreurs tactiques[11], il parvient à éviter, même s'il le redoute[12] l'encerclement de son groupe d'armées et, dans un deuxième temps — à l'automne 1944 — à maintenir un contact terrestre entre la Courlande et le Reich ; enfin, bloqué dans la poche de Courlande (Sworbe)[13], il évite de peu l'anéantissement du groupe d'armées Nord. Au mois de septembre, malgré ses indéniables succès défensifs, il doit affronter une offensive soviétique qui finit par isoler son groupe d'armées, toujours dans la Courlande[14]. Le mois suivant, il impose à Hitler le retrait allemand de la ville de Riga, ancienne capitale de l’Ostland[15].

Dans ses proclamations, il tente d'insuffler à ses troupes la foi dans la victoire du Reich, la loyauté totale envers Hitler et le fanatisme dans la défense du Reich et des territoires qu'il contrôle encore[2]. En dépit de cela, il ne peut rien contre le pessimisme qui gagne aussi ses officiers et les hommes de troupe, comme le note un rapport des responsables du NSDAP en fonctions dans les régions que son groupe d'armées contrôle[16]. Ainsi, perpétuellement en première ligne, il visite régulièrement les unités placées sous ses ordres[1], ce qui lui assure une certaine popularité parmi les hommes de troupe jeunes et les jeunes officiers[17].

Commandant du groupe d'armées Centre[modifier | modifier le code]

En , il est nommé par Hitler, furieux de la percée soviétique en Pologne, au commandement du groupe d'armées A, rebaptisé pour l'occasion groupe d'armées Centre[18], et se signale par la brutalité de ses méthodes de commandement, imaginant pouvoir stabiliser le front par des mesures implacables[19], servant de modèle à Himmler lorsque ce dernier commande le groupe d'armées Vistule[20].

Ayant reçu de Hitler les « mains libres » pour défendre la Silésie[21], il fait passer au peigne fin les gares, les dépôts militaires, les régions proches du front à la recherche de déserteurs et de faux permissionnaires, fusillés ou pendus pour l'exemple[17]. Jusqu'au derniers jours du conflit, il fait régner une discipline de fer au sein des unités qu'il commande[22].

Responsable du groupe d'armées Centre, considérablement renforcé, grâce à l'influence d’Albert Speer, par des unités prélevées en Slovaquie et en Hongrie[23], il exerce son commandement à la place de Reinhardt le et coordonne la défense de la Silésie, réellement à partir du 20 janvier, date de son arrivée à son quartier général d'Oppeln[24]. conscient des limites de ses unités et des siennes propres, il confie la conduite des opérations à son état-major, se réservant de relever le moral de ses unités démoralisées par la débâcle qu'elles viennent de vivre[1]. Ainsi, il coordonne la défense du bassin industriel de Haute-Silésie, balayée par les Soviétiques en 17 jours, à la demande expresse de Staline[1] : la région est évacuée définitivement le 27 janvier, sans subir de destructions de grande ampleur[25], ou sans qu'il subisse la colère de Hitler[25].

Cet échec consommé, il s'attelle à la défense de la rive gauche de l'Oder, parvenant à limiter les têtes de pont soviétiques dans le secteur de Ratibor, les réduisant mais ne parvenant pas à les détruire complètement[26].

En -, commandant le groupe d'armées Centre chargé de protéger Prague, Dresde et Berlin par le Sud[27], Schörner organise également la défense allemande de la Silésie proche, qu'il tient pied à pied dans une gigantesque bataille, exploitant toutes les possibilités du terrain, ce qui la rend très coûteuse pour l'Armée rouge, en hommes et matériels[28]. Au début de , il planifie une contre-offensive destinés à dégager Breslau[29] et parvient à mener à bien la phase préparatoire, destinée à s'assurer le contrôle d'une voie de chemin de fer moderne[30] : il parvient ainsi à reprendre des petites villes comme Lauban et Striegau, autant de gares sur la ligne Berlin-Breslau[30]. Ces victoires sans lendemain sont naturellement exploitées par la propagande de Goebbels[31], l'un des objectifs assignés à cette offensive[30]. Il ne peut cependant pas empêcher les unités soviétiques de conquérir l'ensemble de la Silésie, dont les derniers bastions sont pris par les Soviétiques le , lors de la chute de Ratibor[32] ; à la suite de cette défaite, il doit replier ses unités en Bohême et dans les Sudètes[33].

Schörner est promu Generalfeldmarschall le  : il est l'avant-dernier des onze officiers généraux allemands qui ont bénéficié de cette promotion entre le et la fin du conflit[N 1],[34].

Le , Hitler rédige son testament et nomme les responsables chargés de lui succéder dans l'ensemble de ses fonctions : jouissant de la confiance de Hitler[35], Schörner y est désigné commandant en chef de l'Armée de terre (la Heer)[36], alors qu'il exerce le commandement opérationnel du groupe d'armées Centre, fort de 600 000 hommes[37], engagé dans d'âpres combats en Tchécoslovaquie.

Dès le , il fait savoir à Dönitz, nouveau président du Reich, que ses unités ne sont pas en mesure de résister longtemps à la pression soviétique et fait préparer des ordres en vue de la retraite[38]. Cependant, à partir du , la ville de Prague se soulève et rend illusoire toute tentative de résistance à l'offensive soviétique[39].

Dans les derniers jours du conflit, Schörner, qui comprend que la défaite du Reich est totale, abandonne son groupe d'armées[N 2],[40], revêt une tenue civile et rejoint en avion[22] l’Autriche, préférant être fait prisonnier par les Américains plutôt que par les Soviétiques. Il est néanmoins remis aux Soviétiques, jugé puis libéré.

Après la guerre[modifier | modifier le code]

Il est de retour en Allemagne en 1955 où il persiste, jusqu'à la fin de sa vie, à ne pas dénigrer son action, allant même jusqu'à donner des conférences. Il est néanmoins jugé comme responsable de la mort de nombreux soldats allemands, ayant ordonné les exécutions de ceux qui faiblissaient au combat : il est toutefois soutenu par certains de ses anciens subordonnés à cette occasion[12].

Promotions[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Douze généraux ont été promus Generalfedmarschall le au cours d'une cérémonie à Berlin (en), onze autres l'ont été au fur et à mesure et de manière moins formelle entre 1941 et 1945, par exemple Friedrich Paulus par radio, la veille de sa reddition à Stalingrad le .
  2. Le groupe d'armées Centre, placé sous son commandement depuis le mois de précédent, capitule le .

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g et h Lopez 2010, p. 233.
  2. a, b, c, d et e Kershaw 2012, p. 81.
  3. Kershaw 2012, p. 80.
  4. Garraud 2009, p. 21.
  5. Kershaw 2012, p. 292.
  6. Lopez 2014, p. 356.
  7. Kershaw 2012, note 96, p. 547.
  8. a et b Lopez 2014, p. 281.
  9. Lopez 2014, p. 256.
  10. Lopez 2014, p. 358.
  11. Kershaw 2012, p. 136.
  12. a et b Kershaw 2012, note 11, p. 533.
  13. Masson 1994, p. 394.
  14. Kershaw 2012, p. 137.
  15. Aglan et Frank 2015, p. 721.
  16. Kershaw 2012, p. 337.
  17. a et b Lopez 2010, p. 235.
  18. Kershaw 2012, p. 270.
  19. Kershaw 2012, p. 269.
  20. Kershaw 2012, p. 290.
  21. Lopez 2010, p. 231.
  22. a et b Kershaw 2012, p. 475.
  23. Lopez 2010, p. 232.
  24. Lopez 2010, p. 361.
  25. a et b Lopez 2010, p. 243.
  26. Lopez 2010, p. 245.
  27. Kershaw 2012, p. 389.
  28. Masson 1994, p. 453-454.
  29. Lopez 2010, p. 362.
  30. a, b et c Lopez 2010, p. 363.
  31. Masson 1994, p. 453-455.
  32. Kershaw 2012, p. 328.
  33. Kershaw 2012, p. 329.
  34. Garraud 2009, note 12, p. 10.
  35. Kershaw 2012, p. 451.
  36. Masson 1994, p. 469.
  37. Masson 1994, p. 471.
  38. Kershaw 2012, p. 469.
  39. Kershaw 2012, p. 471.
  40. Aglan et Frank 2015, p. 1047.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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