Friedrich Paulus

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Friedrich Paulus
Paulus en juin 1942.
Paulus en .

Naissance
Guxhagen, Drapeau de l'Empire allemand Empire allemand
Décès (à 66 ans)
Dresde, Allemagne
Origine Allemand
Allégeance Flag of the German Empire.svg Empire allemand
Flag of Germany.svg République de Weimar
Flag of German Reich (1935–1945).svg Troisième Reich
Arme War Ensign of Germany 1938-1945.svg Wehrmacht
Grade Generalfeldmarschall
Années de service 19101943
Conflits Première Guerre mondiale,
Seconde Guerre mondiale
Commandement 10e armée allemande
6e armée allemande
Faits d'armes Campagne de Pologne
Bataille de France
Opération Barbarossa
Opération Fall Blau
Bataille de Stalingrad
Distinctions Croix de chevalier de la croix de fer avec feuilles de chêne

Friedrich Wilhelm Ernst Paulus, né le à Guxhagen (dans l’Empire allemand) et mort le à Dresde (en Allemagne de l'Est), est un Generalfeldmarschall du Troisième Reich qui s'est illustré au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Il mène en 1942 la 6e armée allemande jusqu'à Stalingrad, où il est encerclé et défait par l’Armée rouge : Paulus est capturé le , le lendemain de sa nomination par Hitler au grade de Generalfeldmarschall de l’Armée de terre allemande.

Collaborant avec ses anciens ennemis, il devient très critique à l'égard du régime nazi, servant la propagande de guerre soviétique. Il est un témoin à charge lors des procès de Nuremberg.

Naissance[modifier | modifier le code]

Friedrich Paulus est né à Guxhagen[1] en Hesse-Nassau ; il est le fils de Ernst Paulus, professeur d'école et de Bertha Nettelbeck.

La particule von est parfois accolée au nom de Paulus, mais il s'agit d’une erreur manifeste car Paulus n'a jamais été noble ni anobli. La confusion vient à la fois du mariage de Paulus avec une femme de la noblesse, et du fait que nombre de figures de la Wehrmacht étaient issues de l'aristocratie prussienne, comme par exemple Erich von Manstein, Gerd von Rundstedt, Wilhelm von Leeb, Fedor von Bocketc. Il avait en outre la réputation, dans les cercles mondains, d'avoir une prestance noble par ses manières policées et son port altier.

Jeunesse et Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Paulus essaye sans succès d'entrer comme cadet dans la Marine impériale, puis étudie brièvement le droit à l'université de Marbourg. Après avoir quitté l'université sans diplôme, il rejoint le 111e régiment d'infanterie comme cadet en .

Il épouse Elena Rosetti-Solescu (ro) le , dont il a ensuite trois enfants. Ce mariage lui ouvre les portes des milieux aristocratiques allemands, sa femme étant issue de la noblesse roumaine. Dès lors, sa carrière s'en trouve quelque peu accélérée. Paulus est un officier d'état-major plus que de terrain.

Au déclenchement de la Première Guerre mondiale, son régiment participe à l'offensive allemande sur le front français. Il combat dans les Vosges et autour d'Arras à l’automne 1914. Après une absence du front pour maladie, il rejoint l’Alpenkorps comme officier d'état-major, servant en Macédoine, en France et en Serbie. Il termine la guerre au grade de Hauptmann[N 1].

Entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

Après l'armistice, Paulus combat avec les Freikorps dans l'Est comme adjoint de commandant de brigade. Il reste dans des grades subalternes de la nouvelle Reichswehr créée après le traité de Versailles et est affecté au 13e régiment d'infanterie comme commandant d'une compagnie. Il sert à différentes fonctions d'état-major pendant plus d'une décennie — de 1921 à 1933 — puis commande brièvement un bataillon motorisé (1934-1935) avant d'être nommé responsable d'état-major au quartier général des Panzer en , une nouvelle formation sous le commandement du général Oswald Lutz qui dirige l'entraînement et le développement des trois divisions blindées de l'Armée de terre.

En , Paulus est nommé Chef des Generalstabes[N 2] du nouveau XVIe corps d'armée (Motorisiert), qui succède au commandement de Lutz. Guderian qui le décrit comme « brillamment intelligent, consciencieux, travailleur, original et talentueux », a des doutes sur sa capacité de décision, sa dureté. Il reste dans cette fonction jusqu'en quand il est promu Generalmajor[N 3] et devient chef d'état-major pour la 10e armée allemande, alors commandée par le général Walter von Reichenau.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Avec cette unité, il sert lors de l'invasion de la Pologne, en , puis sur le front de l'Ouest, lors de l'offensive sur les Pays-Bas et la Belgique (pour celle-ci, son unité est renommée « 6e armée »).

Paulus est promu Generalleutnant[N 4] en et, le mois suivant, il est nommé adjoint au chef d'état-major adjoint de l'Armée de terre, Franz Halder. Dans ce rôle, il contribue par son expertise de l'arme blindée à l'élaboration des plans pour l'invasion de l'Union soviétique.

Paulus est également chargé de missions diplomatiques auprès des gouvernements hongrois, finlandais et italien. Il se rend en Libye, en 1941, pour enquêter sur les initiatives de Rommel.

Nommé général des troupes blindées[N 5], il prend le commandement de la 6e armée le , alors qu'il n'a jamais commandé un corps d’armée ni même une division. Il subit trois mois d'offensives soviétiques pendant l'hiver 1942. Sa hiérarchie le juge « un homme assez ordinaire[bbg 1] ».

Paulus semble avoir eu des rapports distants avec l'idéologie nazie. Il refuse d'appliquer l'« ordre sur les commissaires » qui affranchit explicitement les troupes allemandes de la Convention de Genève. Il fait rapporter les mesures féroces contre les civils russes, juifs en particulier, qui ont été édictées par son prédécesseur, Reichenau. Paulus semble avoir été apolitique : ni partisan ni opposant au régime nazi[bbg 2].

Stalingrad[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Stalingrad.
Friedrich Paulus sur le front de l'Est en 1942.

Paulus progresse le long du Don et jusqu'à la Volga de à , en menant une série de batailles d'encerclement contre les armées soviétiques[bbg 3]. Il lance alors ses troupes à l'assaut de Stalingrad à trois reprises, sans parvenir à contrôler totalement la ville.

Paulus suit les ordres de Hitler de ne pas évacuer la position allemande à Stalingrad quoi qu'il arrive et ce malgré son encerclement par de puissantes formations soviétiques en . Le significatif effort du groupe d'armées du Don sous les ordres du Generalfeldmarschall Erich von Manstein pour faire la jonction échoue en . Paulus ne reçoit jamais l'autorisation de faire une sortie, même lors de l'opération de secours de Manstein. Après guerre, les généraux allemands lui ont reproché de n'avoir rien tenté[2]. Les historiens pensent aujourd'hui qu'hormis peut-être le tout premier jour après l'encerclement, une sortie n'était guère réalisable en raison de la faiblesse des réserves de carburant disponibles dans la poche encerclée, et que la 6e armée ne pouvait que se défendre sur place[3].

Le Generalfeldmarschall Paulus (à gauche), avec son état-major, lors de sa reddition à Stalingrad le .

Les troupes assiégées de Paulus résistent jusqu'au début du mois de . Le manque de ravitaillement en vivres, munitions, carburants, la détérioration de l'équipement et de la condition physique des soldats allemands, la rigueur de l'hiver, et bien sûr les assauts soviétiques ont finalement raison des défenseurs. Paulus a refusé plusieurs offres de reddition présentées à partir du par le général Konstantin Rokossovsky, commandant du front du Don de l’Armée rouge.

Alors que les combats touchent à leur fin, Hitler promeut Paulus au grade de Generalfeldmarschall le , probablement pour le dissuader de toute reddition : aucun maréchal de l'armée allemande ne s'étant rendu jusque là, Hitler attendait certainement de Paulus qu'il se suicide plutôt que de se rendre.

Malgré cela, Paulus et son état-major se rendent le lendemain, le . Le surlendemain, le , les restes de la 6e armée allemande capitulent ; 2 500 officiers et 24 généraux sont faits prisonniers. Mikhail Stepanovich Shumilov, commandant de la 7e armée de la Garde lors de l'Opération Uranus, mène l'interrogatoire du maréchal Paulus.

Prisonnier, bien qu'ayant dans un premier temps refusé de collaborer avec les Soviétiques, Paulus devient après l'attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler une voix critique contre le régime nazi, rejoignant le Comité national pour une Allemagne libre, parrainé par les Soviétiques et appelant les Allemands à se rendre.

Paulus reste prisonnier des Soviétiques jusqu'à la capitulation de l'Allemagne nazie.

Témoin de l'accusation à Nuremberg[modifier | modifier le code]

L'annonce des procès contre les principaux criminels de guerre allemands suscite en une grande agitation parmi les officiers capturés qui avaient combattu à Stalingrad : un des chefs d'accusation concernait le meurtre de 40 000 civils. Les subordonnés de Paulus rejettent toute responsabilité et se retranchent derrière ses ordres. C'est ce qui pousse sans doute Paulus à collaborer avec l’Union soviétique : il fait savoir à l'officier de liaison du NKVD qu'il souhaite témoigner au sujet de la préparation de la campagne de Russie et de ce qu'il sait sur le Gouvernement général de Pologne.

Sous le pseudonyme de Satrap et sous protection soviétique, il est emmené discrètement en Allemagne au début de 1946 et le , il est témoin de l'accusation devant le tribunal. Il explique son propre rôle lors de la préparation de l'opération Barbarossa et aussi le caractère de guerre de conquête et de destruction que les accusés ne pouvaient pas ignorer. Interrogé sur les principaux coupables, il désigne Keitel, Jodl et Göring. La défense ne parvient pas à affaiblir ses affirmations en lui reprochant son propre rôle dans l'état-major général de la 6e armée et ensuite, après sa capture, au sein du NKVD : en effet, le juge ne considère pas ces aspects comme importants. La déclaration de Paulus satisfait parfaitement les attentes des responsables soviétiques, mais Paulus n'obtient rien en échange. Il lui est notamment interdit d’aller au chevet de sa femme gravement malade : « on n'en voit pas l'utilité ». Ainsi, celle-ci meurt en 1949 sans avoir revu son mari.

L'attitude du Generalfeldmarschall ne convainc pas les soldats et les officiers prisonniers des Russes : la plupart le tiennent pour quelqu'un de méprisable et estiment qu'il n'est pas moins coupable que Keitel, Jodl ou Göring. Pour cette raison, plusieurs pensent qu'il sera lui-même jugé également. À son retour d’Allemagne, Paulus n'est pas ramené au camp, mais installé dans une datcha à Tomilino. Il y retrouve les généraux Vincenz Müller et Arno von Lenski ainsi que son officier d'ordonnance, le colonel Adam. En convalescence après une tuberculose pulmonaire, ils séjournent deux mois en Crimée pendant l'été 1947. Leur régime change en 1948, quand — contrairement à Paulus — ils sont relâchés et qu'on ne laisse avec Paulus que deux prisonniers de guerre allemands en tant que cuisinier et ordonnance. Cette situation et les mauvaises nouvelles sur la santé de sa femme, provoquent chez lui une dépression. Aussi, en , il demande à être rapatrié en zone orientale de l'Allemagne, car il souhaite aider à la construction d'une Allemagne démocratique étroitement liée à l'Union Soviétique. Apparemment, il escompte avoir ainsi des chances plus grandes d'être libéré ; mais sa demande reste sans réponse. Paulus a le sentiment que l’Union soviétique cherche à le mettre en accusation : les sorties au théâtre de Moscou ne lui sont plus permises, il ne reçoit plus la visite de fonctionnaires et on lui retire sa radio sous un prétexte futile. Cependant, en 1949, bien qu'il existe contre lui des charges assez lourdes, il n'est toujours pas inculpé.

La mort de sa femme en lui est cachée pendant quatre semaines : on veut éviter que Paulus refuse désormais d'aller vivre en Allemagne de l'Est, puisque le fils et la fille qui lui restent vivent tous deux en Allemagne de l'Ouest. Pour cette raison, si on donne un accord de principe à une nouvelle demande en , la permission définitive n'arrive toujours pas. Un rapport de 1953 indique : « le rapatriement de Paulus est repoussé jusqu'à un ordre exprès, on n'a plus à en parler. » Il ne peut désormais être question pour lui que de s'installer en Allemagne de l'Est, puisqu'à l'Ouest son image a été dégradée, notamment par un roman de Theodor Plivier, relatif aux évènements de Stalingrad ; en outre, l'Allemagne de l'Ouest a la possibilité de le mettre en accusation. En , il rencontre à nouveau Walter Ulbricht en Russie, et son retour est à nouveau évoqué. Avant que Paulus ne monte dans le train pour Francfort-sur-l'Oder avec ses deux domestiques le , il écrit une nouvelle lettre pour parler de son dévouement envers l'Union soviétique, ce qui, aux yeux du public allemand, le classe définitivement chez les traîtres.

Dernières années[modifier | modifier le code]

Le , Paulus foule le sol allemand pour la première fois depuis 1946 : sur le quai, l'attendent Arno von Lenski et Wilhelm Adam. Ils se rendent ensuite à Berlin-Est à une réception officielle donnée par la direction de l'État et du parti de la RDA.

Friedrich Paulus à une conférence de presse à Berlin en 1954.

Son nom gagne en importance après que Konrad Adenauer, le chancelier fédéral, ancre à l'Ouest la RFA : en effet, on veut lui opposer des figures connues qui soutiennent la RDA. On le loge donc dans une villa de Dresde, dans le quartier de Weisser Hirsch, et il a le privilège de porter une arme et de disposer d'une voiture fabriquée en Allemagne de l'Ouest : une Opel Kapitän. Il n'en est pas moins soumis, après son arrivée, à la surveillance de la Stasi : tous ses employés font partie des services secrets, son courrier est espionné, son téléphone et son logement surveillés.

En RDA, on ne lui donne aucun poste où il peut avoir de l'influence. Sa fonction officielle est de diriger le bureau de recherche d'histoire de la guerre à la Haute École de la police populaire en caserne : il y est, entre autres, l'un des principaux auteurs des instructions de service de l'Armée populaire nationale de la RDA. Paulus écrit et donne des conférences sur la bataille de Stalingrad. Pour le reste, il mène la vie des notables locaux et passe volontiers des soirées entre vieux soldats. De fait, il a alors des difficultés à établir le contact avec ses compatriotes et s'entend mieux avec les généraux soviétiques.

En 1955, il est associé à l'initiative « Rencontres panallemandes entre officiers », qui vise à empêcher le réarmement des deux Allemagnes. Lors de cette initiative, il s'efforce d'obtenir la libération des derniers prisonniers de guerre. Pour cela, il contacte le gouvernement de la RDA qui n'y trouve aucun intérêt. La deuxième rencontre appelle à la résistance nationale contre la politique menant à une scission durable de l'Allemagne. Cet appel, ainsi que la participation d'officiers de la Waffen-SS, conduisent la RDA à interdire les rencontres qu'il organise.

Ensuite, principalement pour des raisons de santé, Paulus se retire de la vie publique : en effet, à compter de 1955-56, il souffre de paralysie bulbaire avec sclérose latérale amyotrophique, une affection du système nerveux central qui conduit à la paralysie des muscles mais qui n'affecte pas sa lucidité intellectuelle. L'aggravation rapide de son état de santé l'empêche de terminer une étude sur la bataille de Stalingrad. Il meurt en fin d’après-midi le dans sa villa de Dresde et il est inhumé avec les honneurs militaires au cimetière de Dresde-Tolkewitz.

Sa tombe est ensuite déplacée au cimetière de Baden-Baden pour qu'il repose au côté de sa femme morte huit ans avant lui.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Équivalent en français de capitaine.
  2. En français, chef de l’état-major général.
  3. Équivalent en français de général de brigade.
  4. Équivalent en français de général de division.
  5. Équivalent en français de général de corps d’armée.

Références[modifier | modifier le code]

  1. p. 199.
  2. p. 200.
  3. p. 148-164.
  1. Il est dit parfois à Breitenau, mais cet endroit est un lieu-dit de la commune de Guxhagen.
  2. Lost Victories, p. 337 et suivantes, Manstein, 1955.
  3. Voir à la fois When Titan Clashed, p. 134, Glantz et House, University Press of Kansas, 1995 ; Russia's War, p. 181, Richard Overy, Penguin Books 1997 ; Stalingrad, la bataille au bord du gouffre, p. 356, Jean Lopez, Economica 2008.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Lopez, Stalingrad, la bataille au bord du gouffre, Economica, 2008.