Ordre de Saint-Jean (Bailliage de Brandebourg)

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Ordre de Saint-Jean
Johanniterorden
Image illustrative de l'article Ordre de Saint-Jean (Bailliage de Brandebourg)
Croix de l'ordre de Saint-Jean

Type Médaille de mérite
Chiffres
Date de création 1099, restaurée en 1852

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Bannière de l'Ordre

Le bailliage de Brandebourg de l'ordre de chevalerie de l'hôpital de Saint-Jean de Jérusalem (en allemand, der Brandebourg Balley des Ritterlichen Ordens Sankt Johannis vom Spital zu Jerusalem), ou simplement l'Ordre de Saint-Jean (Der Johanniterorden), est aujourd'hui un ordre allemand de chevalerie ayant une action humanitaire regroupant des membres de confession principalement protestante. Il est l'héritier de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, l'ordre historique fondée à Jérusalem, dans les années 1099. La scission avec l'ordre historique est intervenu en 1538 quand le bailliage de Brandebourg s'est rallié à la religion réformée. Il a été restauré comme ordre distinctif en 1852.

Le bailliage de Brandebourg[modifier | modifier le code]

Le Bailliage de Brandebourg est dirigé par son trente-septième Herrenmeister (Le maître), Oscar de Prusse, prince de Prusse (né en 1959), il est un arrière petit-fils du dernier empereur allemand, Guillaume II.

Chacune de ses chevaliers, environ quatre mille hommes dans le monde entier, est soit un Chevalier de la Justice (Rechtsritter) ou un chevalier d'honneur (Ehrenritter)[1]. L'adhésion à l'ordre se fait uniquement par cooptation, et les prétendants ne peuvent pas faire de pétition pour demander leur admission.

L’Ordre comprend dix-sept commanderies en Allemagne, ainsi qu'une commanderie mondiale avec subcommanderies dans huit autres pays (l'Australie, la Belgique, le Canada, la Colombie, la Namibie, l'Afrique du Sud, les États-Unis et le Venezuela). Il fait partie avec six autres ordres ou commanderies de l'Alliance des ordres de Saint-Jean qui regroupe les autres ordres qui se réclament également de leur origine commune à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem.

Polémique sur les héritiers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem[modifier | modifier le code]

L'ordre souverain militaire hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte, qui se considèrent comme seul héritier catholique le l'ordre historique de Saint-Jean de Jérusalem, reconnait et accepte aussi comme des héritiers protestants les ordres ou commanderies qui composent l'Alliance des ordres de Saint-Jean comme d'ailleurs le Très vénérable ordre de Saint-Jean britannique, à l'origine de confession réformée anglicane. Principalement, l'ordre souverain de Malte, et dans une moindre mesure, l'Alliance des ordres de Saint-Jean, dénie aux autres ordres ou associations la possibilité d'utiliser dans leur intitulé l'appellation « de Saint-Jean » ou « de Saint-Jean de Jérusalem »[2].

Œuvres de bienfaisance[modifier | modifier le code]

Grâce à son Johanniter-Unfall-Hilfe (« Aide aux accidentés de Saint Jean »), ses hôpitaux, ses maisons de soins infirmiers, ses hospices, et d'autres institutions, l'Ordre d'aujourd'hui est un important fournisseur de services médicaux et de secours en Allemagne et, dans une moindre mesure, des services comparables ailleurs en Europe, en Afrique et les Amériques. Ces services sont similaires à la Saint-John Ambulance dans de nombreux pays du Commonwealth et de diverses organisations affiliées à l'Ordre Souverain de Malte.

En outre, les retraites spirituelles et autres activités de l'Ordre se concentrent sur la formation spirituelle et le développement des citoyens chrétiens dans le monde moderne[3].

Historique[modifier | modifier le code]

Apparition de la Langue d'Allemagne[modifier | modifier le code]

Implantations de l'Ordre en 1300

Peu après la création de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem ses soutiens en Europe occidentale ont commencé à léguer des terres agricoles et d'autres actifs pour contribuer aux objectifs de l'Ordre, l'aide médicale des pèlerins chrétiens vers la Terre sainte et aussi leur protection militaire. Ces propriétés foncières ont été rassemblées dans des divisions administratives appelées commanderies, chacune dirigée par un frère chevalier de l'Ordre dit commandeur. La première commanderie en Allemagne a été fondée dans le milieu du XIIe siècle[4]. Ces commanderies étaient regroupées administrativement en prieurés et/ou bailliages et en langue hospitalière, dont la langue d'Allemagne.

En 1318, le bailliage de Brandebourg est établi dans les parties nord-est du Saint-Empire romain germanique, une agrégation des commanderies de l'Ordre sous la responsabilité d'un bailli. L'importance de ce bailliage pour les Hospitaliers après la dévolution des biens de l'ordre du Temple, a amené l'Ordre à permettre, par l'accord du Heimbach en 1382, le droit aux frères chevaliers de la langue de d'Allemagne du Bailliage de Brandebourg, de choisir leur propre bailli de Brandebourg, plus communément appelé le Herrenmeister, et par celui-ci les commandeurs du bailliage[5].

La scission de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem[modifier | modifier le code]

Pendant la Réforme protestante, se pose le problème de l'adhésion au catholicisme. Le grand maître de l'Ordre et le pape ne peuvent accepter des membres de confession protestante. En 1581 le grand maître Jean de La Cassière convoque le herrenmeister Martin von Hohenstein devant le Chapitre de l'Ordre à Malte mais, von Hohenstein ne s'étant présenté, de la Cassière décrète l'exclusion des chevaliers du bailliage de l'Ordre[6] en nommant le prieur d'Allemagne, catholique romain, bailli de Brandebourg, avec objectif de garder le bailliage au sein de l'Ordre[7],[8].

Avec l'appui des princes allemands, le bailliage de Brandebourg a continué à prospérer indépendamment de l'Ordre en admettant de nouveaux frères. Le bailliage a maintenu ses hôpitaux et autres institutions de soins pour les pauvres, les malades et les blessés. Les élections successives du herrenmeister (y compris un catholique romain, Adam von Schwartzenberg, en 1641) ont toujours été communiqués par le prieur d'Allemagne à l'Ordre mais les responsions du bailliage n'était plus transmis au trèsor de l'Ordre privant celui-ci de revenus importants[9].

La Guerre de Trente Ans dévasta le bailliage, entraînant la mort de nombreux chevaliers et la destruction d'une grande partie de la richesse du bailliage. Par les termes des Traités de Westphalie mettant fin au conflit, le bailliage a été placé sous la protection du prince électeur de Brandebourg, plus tard roi de Prusse, et membre de la Maison de Hohenzollern[10]. En vertu de cette protection, le Johanniterorden installe son siège au château de Sonnenburg dans le Neumark de Brandebourg, à l'est de l'Oder, même si le Herrenmeister réside dans le Ordenspalais à Berlin depuis son achèvement en 1738.

Frédéric le Grand de Prusse, protecteur du baillage et le grand maître Manoel Pinto da Fonseca ont convenus en 1764 d'une réunification, et même, de la participation des délégués du bailliage au Chapitre général de l'Ordre à Malte en 1776, malgré l'opposition de Clément XIII. Le XVIIIe siècle, après l'expulsion de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem de Malte, verra des tentatives sporadiques de reconstitution avec le bailliage protestant pour le réincorporer dans l'Ordre catholique romain. Malgré le rétablissement de relations suivies, y compris le paiement des responsions, cela n'a jamais été possible du fait du véto papal[11].

Le bailliage depuis le XIXe siècle[modifier | modifier le code]

En 1811 et 1812, dans sa position de protecteur du bailliage, le roi Frédéric-Guillaume III de Prusse a transféré les pouvoirs du herrenmeister et du Chapitre (le Conseil d'administration de l'Ordre) à la Couronne de Prusse, dissolvant de facto le bailliage et en confisquant ses biens. Il a instaure un nouvel Ordre du mérite de même nom (et aux insignes similaire), l'Ordre royal de Prusse de Saint Jean à sa place. Le herrenmeister du bailliage, le prince Auguste Ferdinand, est devenu le premier grand maître de l'ordre de mérite, en continuant à résider dans le palais de l'Ordre, et tous les chevaliers du bailliage sont devenus membres de l'ordre de mérite[12],[13],[14],[15].

L'ordre du mérite a été à son tour supprimé et le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse, encore une fois, exerçant ses pouvoirs de roi de Prusse en tant que protecteur de l'Ordre, restaure le bailliage d'origine, en 1852. Les chevaliers de justice, huit survivants de l'Ordre d'origine, ont été parmi ses premiers membres ; en 1853, ils ont élu le frère cadet du roi de Prusse, le prince Friedrich Karl Alexander, le nouveau herrenmeister de l'ordre rétabli. Il a annoncé son élection à l'Ordre souverain de Malte, lui-même en pleine reconstruction (de 1805 jusqu'en 1889, l'ordre souverain de Malte a été dirigé par un « lieutenant », qui noté cette restauration comme la continuation du bailliage historique[16],[17],[18],[19]. Le Johanniterorden et ses branches sont entièrement indépendant du grand maître catholique de Rome[20].

Au cours du XIXe et XXe siècles, l'Ordre a créé et soutenu de plus en plus d'activités de bienfaisance, il possède et exploite maintenant de nombreux hôpitaux, services ambulanciers, maisons de vieillesse, et de maternités et propose des formations de premiers soins et secours aux sinistrés, tant en Allemagne qu'ailleurs.

Après la Seconde Guerre mondiale, avec le Neumark donnée par les Alliés victorieux à la Pologne (Sonnenburg a été rebaptisé « Słońsk », et le château est en ruine), l'Ordre transfère son siège à Bonn en Allemagne de l'Ouest. Après la réunification de l'Allemagne, le siège est déplacé à nouveau, à Berlin.

La localisation du siège de l'Ordre a changé plusieurs fois après la Seconde Guerre mondiale. Les commanderies suédoises et néerlandaises se séparent de la supervision directe du Bailliage (mais encore en association libre avec elle à travers l'Alliance) en 1946, et deux ans plus tard, le Bailliage proprement dite commence à admettre des roturiers à la chevalerie[21].

Bien que le herrenmeister est désormais élu et non plus est nommé par le roi de Prusse ou l'empereur d'Allemagne, chaque titulaire du poste depuis 1693 a été un membre de la Maison de Hohenzollern, la famille des anciens rois de Prusse et du dernier empereur allemand[22].

Le statut actuel de l'Ordre en vertu du droit allemand dérive de son incorporation en 1852 et de la reconnaissance officielle par le gouvernement allemand en 1957 et 1959 des insignes de grade de l'Ordre comme décorations allemandes de mérite.

Liste des herrenmeister (maître des chevaliers)[modifier | modifier le code]

Prínce Carl avec croix de herrenmeister de l'Ordre

Liste des herrenmeister depuis 1382, date officielle de la création de la fonction[23]

1323 – 1336 : Gebhard von Bortefelde (praeceptor generalis)

1341 – 1371 : Hermann von Wereberge (praeceptor generalis)

  • 1371 – 1397 : Bernhard von der Schulenburg, considéré comme le premier herrenmeister
  • 1397 – 1399 : Detlev von Walmede
  • 1399 – 1418 : Reimar von Güntersberg
  • 1419 – 1426 : Busso von Alvensleben
  • 1426 – 1437 : Balthasar von Schlieben
  • 1437 – 1459 : Nicolaus von Thierbach
  • 1459 – 1460 : Heinrich von Redern
  • 1460 – 1471 : Liborius von Schlieben
  • 1471 – 1474 : Kaspar von Güntersberg
  • 1474 – 1491 : Richard von der Schulenburg
  • 1491 – 1526 : Georg von Schlabrendorff
  • 1527 – 1544 : Veit von Thümen
  • 1544 – 1545 : Joachim von Arnim
  • 1545 – 1564 : Thomas von Runge
  • 1564 – 1569 : Franz Neumann
  • 1569 – 1609 : Martin von Hohenstein
  • 1610 – 1611 : Frédéric, Margrave de Brandebourg
  • 1611 – 1613 : Ernest, Margrave de Brandebourg
  • 1614 – 1615 : Georg Albrecht, Margrave de Brandebourg
  • 1616 – 1624 : Jean-Georges, Margrave de Brandebourg
  • 1624 – 1625 : Joachim Sigismond, Margrave de Brandebourg
  • 1625 – 1641 : Adam von Schwartzenberg (de religion catholique romaine)
  • 1652 – 1679 : Jean-Maurice de Nassau-Siegen
  • 1689 – 1692 : Georges-Frédéric de Waldeck-Pyrmont
  • 1693 – 1695 : Karl Philipp, Margrave de Brandebourg-Schwedt
  • 1696 – 1731 : Albrecht Friedrich, Margrave de Brandebourg
  • 1731 – 1762 : Karlvon Preußen, Margrave de Brandebourg
  • 1762 – 1812 : Auguste Ferdinand de Prusse
  • 1853 – 1883 : Charles de Prusse
  • 1883 – 1906 : Albert de Prusse
  • 1907 – 1926 : Eitel-Frédéric de Prusse
  • 1927 – 1958 : Oscar de Prusse
  • 1958 – 1999 : Wilhelm Karl de Prusse
  • De 1999 : Oscar de Prusse

Autres chevaliers éminents[modifier | modifier le code]

Otto von Bismarck avec la croix Ehrenritter ("Chevalier d'honneur") de l'Ordre

Références[modifier | modifier le code]

  1. Verzeichnis der Mitglieder der Balley Brandenburg des Ritterlichen Ordens St. Johannis vom Spital zu Jerusalem ; Berlin : Johanniterorden, septembre 2008 ; page 88.
  2. Sainty, pages 63, 108-112, 145.
  3. Johanniter.de ; The Alliance of the Orders of St. John of Jerusalem, consulté le 5 novembre 2011 ; Clark, pages 62 et 70 à 105. En 2011, le Johanniter-Unfall-Hilfe compte 1 200 000 membres dans la seule Allemagne, la Johanniter-Schwesterschaft (congrégation d'infirmières de soins de Saint Jean) avait environ 600 infirmières, toutes formés dans les écoles d'infirmières de l'Ordre et la plupart travaillant dans les hôpitaux et autres institutions de l'Ordre en Allemagne, le chiffre d'affaires annuel financier de l'Ordre et ses institutions associées a dépassé le milliard d'euros.
  4. Clark, pages 1-2 ; Storm, page 21.
  5. Sainty, pages 4, 84-85, 89 ; Clark, pages 7-9.
  6. Clark, pages 11 à 14
  7. Sainty, pages 84-86
  8. Storm, pages 21-22
  9. Sainty, pages 85-86 ; Clark, pages 17-18.
  10. http://www.lwl.org/westfaelische-geschichte/portal/Internet/finde/langDatensatz.php?urlID=740&url_tabelle=tab_quelle#art12, consulté le 5 novembre 2011.
  11. Clark, pages 18-25 ; Sainty, pages 86, 89-90
  12. Clark, pages 27-28
  13. Freller, page 216
  14. Sainty, page 90
  15. Storm, page 22
  16. Clark, pages 28-31
  17. Freller, pages 217-218, 223
  18. Herrlich, pages 235-236
  19. Pierredon, page 277
  20. Johanniter.de
  21. Sainty 95-96, 99, 103.
  22. Clark, pages 110-111 ; voir aussi Johanniter.de.
  23. Clark, pages 110-111.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Robert M. Clark, Jr., The Evangelical Knights of Saint John: A History of the Bailiwick of Brandenburg of the Knightly Order of St. John of the Hospital at Jerusalem, Known as the Johanniter Order; Dallas, Texas: 2003.
  • (en) Thomas Freller, The German Langue of the Order of Malta: A Concise History; Santa Venera, Malte: Midsea Books Ltd., 2010.
  • (de) Carl Hugo Herrlich, Die Balley Brandenburg des Johanniter-Ordens von ihrem Entstehen bis zur Gegenwart und in ihren jetzigen Einrichtungen; Berlin: Carl Heymanns Verlag, 1904.
  • (en) Michael Galea, German Knights of Malta, Bugelli Publications, Malta, 1986
  • Michel de Pierredon, Histoire Politique de l'Ordre Souverain des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem dit de Malte, depuis la chute de Malte jusqu'à nos jours ; Paris, 1926.
  • (en) Guy Stair Sainty, The Orders of Saint John: The History, Structure, Membership and Modern Role of the Five Hospitaller Orders of Saint John of Jerusalem; New York: The American Society of the Most Venerable Order of the Hospital of Saint John in Jerusalem, 1991.
  • (en) Robert Storm, A Brief History of the Bailiwick of Brandenburg of the Chivalric Order of St. John of the Hospital at Jerusalem, dans le Volume XXVIII, No. 1 (Easter, 2011), de Johanniter Herald.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]