Clairière de l'Armistice

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49° 25′ 38″ N 2° 54′ 23″ E / 49.42722, 2.90639

Clairière de l'Armistice
Clairiere de l'Armistice Compiegne.jpg

Clairière de l’Armisticel : dalle centrale, au fond, l’allée et le monument aux libérateurs de l'Alsace-Lorraine

Présentation
Type
clairière
Architecte
Marcel Mages
Construction
1922 - 1937
Statut patrimonial
Géographie
Pays
Région
Département
Commune
Localisation
Coordonnées
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La clairière de l'Armistice, aussi appelée clairière de Rethondes (en raison de sa proximité avec l'ancienne gare de Rethondes même si elle est sur la commune de Compiègne), est la clairière où se trouvait le wagon dans lequel furent signés l'armistice du 11 novembre 1918 entre la France, ses alliés et la république de Weimar, puis l'armistice du 22 juin 1940 entre la France et le Troisième Reich.

Elle est située dans le département de l'Oise, en forêt de Compiègne, sur le territoire de la commune de Compiègne, non loin de celui de la commune de Rethondes, dont elle est séparée par la rivière Aisne.

Armistice de novembre 1918[modifier | modifier le code]

La recherche d'un lieu de négociation[modifier | modifier le code]

Alors que suite aux offensives alliées de l'été 1918, le grand état-major allié s'attend à une demande d'ouverture de négociations d'armistice de la part des Allemands, le maréchal Foch, commandant-en-chef du front de l'Ouest, demande à la DTMA, Direction du transport militaire aux armées, installée auprès du grand quartier général allié de Senlis de trouver un site pour abriter cette négociation d'armistice. Il doit pouvoir accueillir le train de Foch et un autre train pour la délégation allemande. Selon le général Weygand[1], Foch recherchait « une solitude du lieu qui devait assurer le calme, le silence, l'isolement, le respect de l'adversaire vaincu pendant le temps des négociations ».

Les représentants des réseaux ferrés Est et Nord qui siègent à la DTMA se mettent, avec les militaires, à la recherche d'un tel lieu. Il est alors proposé le site de la petite gare de Rethondes, située à environ 600 m du village dont elle est séparée par l’Aisne, sur les axes routier (RN 31) et ferroviaire (ligne aujourd’hui déferrée) reliant Compiègne à Soissons qui présente certaines facilités tout en n'étant pas trop éloignée ni du front, ni du quartier général allié. Mais une délégation de ce quartier général juge qu'elle n'est pas assez isolée. En quittant cette gare à la recherche d'un autre site dans les environs, elle tombe sur deux épis ferroviaires parallèles, espacés d'une centaine de mètres et quittant la voie principale pour s'enfoncer dans une futaie de la forêt de Compiègne. Ces voies annexes servent alors l’acheminement des pièces d’artillerie lourde sur rail pour le tir longue portée sur les lignes allemandes situées à quelques dizaines de kilomètres de là et ne figuraient pas sur les cartes des réseaux ferrés (mais étaient répertoriés sur les cartes militaires allemandes comme en témoignera une carte retrouvée après la guerre). Le lieu est proposé à l'état-major et validé par Foch.

L'arrivée des délégations[modifier | modifier le code]

La statue de Foch en 1940

Les Allemands ayant adressé début novembre une demande d'ouverture des négociations, le site est très rapidement et très sommairement aménagé pour que les trains puissent y circuler et y stationner (élagage de branches, installation d'un caillebotis entre les deux voies).

Sur l'une des voies est acheminé dans la matinée du 8 novembre le train de commandement de Foch et sur l'autre un train aménagé pour la délégation allemande dont le wagon principal est celui de l'ancienne impératrice Eugénie. La délégation allemande est accompagnée par le commandant de Bourbon Busset. Après un trajet en voiture depuis La Capelle (Aisne) elle monte dans le train à Tergnier (Aisne) et arrive ainsi à la clairière de Rethondes. L'armistice sera signé 3 jours plus tard le 11 à 5 h 15 du matin dans le wagon-salon de Foch où se déroulent les négociations.

Articles détaillés : Wagon de l'Armistice et Armistice de 1918.

Le nom trompeur de clairière de Rethondes (ou simplement Rethondes) qui est donné au lieu vient de sa proximité de l'ancienne gare de Rethondes où aboutissaient les deux épis ferroviaires. Cette petite gare se trouvait sur la commune de Compiègne et avait été nommée ainsi pour la différencier de la gare principale de la ville et car le village de Rethondes n'en était pas très éloigné.

Aménagement du site pendant l'Entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

Le site est aménagé en 1922 par l'architecte Marcel Mages en collaboration avec Binet-Valmer, président de la Ligue des sections et anciens combattants, pour devenir le symbole de la Victoire et de la paix.

Monument aux libérateurs de l'Alsace-Lorraine[modifier | modifier le code]

Avant d'arriver à la clairière, on découvre, sur le côté de la route, le monument dédié aux libérateurs de l'Alsace-Lorraine dit « monument aux Alsaciens-Lorrains », œuvre d'Edgar Brandt, ferronnier alsacien, représentant un aigle renversé, transpercé par une épée avec cette dédicace inscrite sur le socle : « Aux héroïques soldats de France, défenseurs de la Patrie et du Droit, glorieux libérateurs de l'Alsace et de la Lorraine. »

La Clairière[modifier | modifier le code]

A partir de ce monument, est percée une large allée de 250 mètres de long conduisant à une clairière ovale d'une centaine de mètres de diamètre qui a été dégagée en rasant la futaie, laissant apparaitre les deux voies ferrées. L'emplacement où se trouvait le wagon de l'Armistice est marqué par un gros rocher taillé posé entre les rails avec l’inscription « Maréchal Foch » gravé sur le dessus.

Dalle commémorative[modifier | modifier le code]

Au centre de la clairière, à mi distance des deux voies ferrées, est posée une dalle monumentale avec l'inscription rédigée par Jean Binet-Valmer : « Ici le 11 novembre 1918 succomba le criminel orgueil de l'empire allemand vaincu par les peuples libres qu'il prétendait asservir ».

Statue du maréchal Foch[modifier | modifier le code]

Une grande statue en pied du maréchal Foch par Firmin Michelet est ajoutée sur le côté de la clairière en 1937 (Foch est mort 8 ans plus tôt, en 1929).

Wagon de l'Armistice[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Wagon de l'Armistice.

Le wagon de l'Armistice qui entretemps a été retourné en 1919 à son propriétaire, la Compagnie internationale des wagons-lits (il avait été réquisitionné en 1918), est acquis cette même année par le gouvernement français et installé dans la cour d'honneur des Invalides à Paris d'avril 1921 à avril 1927. Suite aux demandes récurrentes du député-maire de Compiègne, Robert Fournier-Sarlovèze et grâce au mécénat d'Arthur-Henry Fleming, un Américain de Pasadena, le wagon est restauré, convoyé jusqu'à la clairière et un bâtiment est construit à côté pour l'abriter. Il est inauguré lors des commémorations du 11 novembre 1927 en présence du maréchal Foch et des officiers alliés présents lors de la signature de l'Armistice.

Armistice de juin 1940[modifier | modifier le code]

Le 21 juin 1940, après avoir abattu un mur du musée abritant le wagon depuis 1927, les soldats allemands extraient le wagon pour l'amener à son emplacement du 11 novembre 1918, en prévision du passage de Hitler.
Hitler (la main au côté), accompagné de hauts dignitaires nazis et de ses généraux, regardant la statue du maréchal Foch avant d’entrer dans le wagon pour le début des négociations de l'armistice, signé le lendemain en son absence.

Après la défaite des troupes alliées lors de la campagne de France, Hitler exige que l'armistice soit signé sur le lieu de signature de l'armistice de 1918. Le 20 juin 1940, l'organisation Todt remet la voie ferrée en état puis amène le wagon de l'Armistice à son emplacement exact de novembre 1918, à une centaine de mètres du bâtiment qui l'abritait[N 1]. Le 21 juin, Hitler, accompagné de ses généraux et quelques hauts dignitaires nazis[N 2], se rend sur place quelques heures pour le début des négociations d'armistice. La délégation française est menée par le général Huntziger accompagné de l'ambassadeur Léon Noël, du général d'aviation Bergeret et du vice-amiral Le Luc. La rencontre se déroule dans le wagon. Hitler quitte rapidement les lieux, laissant les négociations se poursuivre, et l'armistice est signé, au même endroit le lendemain en fin d’après-midi, par les généraux Keitel et Huntziger.

Article détaillé : Armistice du 22 juin 1940.

Ensuite, sur ordre de Hitler, le wagon est convoyé jusqu'à Berlin puis l'ensemble des édifices et monuments est dynamité (seule, la statue de Foch reste intacte), la destruction de la dalle commémorative étant filmée. Le terrain est ensuite aménagé pour être labouré et planté de blé.

Face à l'avancée alliée, le wagon quitte Berlin en 1944[2] puis, en avril 1945, il est brûlé par les SS dans la région d'Ohrdruf à Crawinkel en forêt de Thuringe, sur ordre de Hitler[N 3].

Après Guerre[modifier | modifier le code]

Le site est reconstitué à l'identique à la fin des années 1940, le monument aux Alsaciens-Lorrains est reconstruit et les morceaux de la dalle centrale retrouvés en Allemagne sont ramenés à Compiègne le 17 août 1946[3]. La République française fait l'acquisition d'un wagon de la même série de 1913 et le fait réaménager à l’identique ; un nouveau bâtiment est construit pour l'abriter. En 1960, une salle lui est adjointe, puis deux autres en 1993, consacrées aux armistices de 1918 et 1940, constituant le « Mémorial » ou « Musée de l'Armistice ».

La clairière est inscrite aux monuments historiques par un arrêté du [4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Un mur du musée de 1927 est abattu pour pouvoir sortir le wagon.
  2. Sont notamment présents le Generalfeldmarschall Göring, ministre de l'Air et commandant en chef de la Luftwaffe, Rudolf Hess, successeur désigné de Hitler à la tête du parti nazi et chancelier du parti, Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères du Reich, le général Keitel, commandant en chef de la Wehrmacht, le Großadmiral Raeder, commandant en chef de la Kriegsmarine, le général von Brauchitsch, commandant en chef de la Heer (l‘Armée de terre allemande).
  3. On a longtemps pensé qu'il avait été détruit lors d'un bombardement de Berlin en 1943 ou 1944 or, après la chute du Mur, des habitants de la région d'Ohrdruf ont restitué au musée de l'Armistice des vestiges du wagon (informations provenant du musée de l'Armistice).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Maxime Weygand, Le 11 novembre, Flammarion, 1932
  2. Christian Mens, La bataille de l'Arbresle, Éditions Publibook,‎ 2010, p. 26.
  3. Pieter Lagrou, Mémoires patriotiques et occupation nazie – Résistants, requis et déportés en Europe occidentale, 1945-1965, éd. Complexe, Bruxelles, et IHTP-CNRS, Cachan, coll. « Histoire du temps présent », 2003, 358 p. (ISBN 2-87027-843-8 et 978-2870278437), p. 178
  4. « Notice no PA60000027 », base Mérimée, ministère français de la Culture

Pour approfondir[modifier | modifier le code]

  • Musée de l'Armistice, Compiègne

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Yves Bonnard, Rethondes, Le jour où l'Histoire s'est arrêtée (11 novembre 1918 - 21 juin 1940), éditions du Trotteur ailé, 2008.

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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