Thierry Paulin

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Paulin.

Thierry Paulin
Tueur en série
Image illustrative de l’article Thierry Paulin
Information
Naissance
Fort-de-France, Martinique
Décès (à 25 ans)
Hôpital Bichat, Paris 18e
Cause du décès Sida
Surnom Le monstre de Montmartre
Le tueur de vieilles dames
Sentence Mort avant le procès.
(son complice est condamné à perpétuité)
Actions criminelles Meurtres
Victimes entre 18 et 21
Période -
Pays Drapeau de la France France
Régions Île-de-France
Ville Paris
Arrestation

Thierry Paulin, né le à Fort-de-France en Martinique et mort le à l'Hôpital Bichat à Paris, est un tueur en série français.

Surnommé le « tueur de vieilles dames » et le « monstre de Montmartre », il avoue en 1987 les meurtres de vingt-et-une personnes commis par étranglement ou étouffement tandis que la justice lui en a attribué dix-huit.

Biographie[modifier | modifier le code]

Paulin est né à Fort-de-France en Martinique. Enfant métis non désiré de Guy « Gaby » Paulin, maçon et de Rose-Hélène « Monette » Larcher 16 ans, alors amants[1]. Son père le reconnaît, mais part pour la métropole deux jours après sa naissance, laissant la mère se débrouiller avec le bébé. Paulin est élevé dès l'âge de dix-huit mois par sa grand-mère paternelle, qui possédait le restaurant le Maman-Jojo sur la plage de L'Anse à l'Âne et qui prêtait peu d'attention à son petit-fils. Pendant ce temps, sa mère se marie et a cinq enfants. Quand il a 10 ans, sa mère le reprend, il a beaucoup de mal à s'intégrer à ses demi-frères et demi-sœurs. À partir de ce moment, son comportement devient erratique et violent envers les autres enfants à l'école, se révélant dissimulateur. Sa mère reprend contact avec son père biologique, qui vit à Toulouse au Mirail, il est marié et a deux enfants. Elle lui réclame la pension alimentaire, il refuse et emmène son fils chez lui[2].

En métropole, Paulin a du mal à s'intégrer parmi ses camarades blancs et il a de grandes difficultés scolaires. Il obtient le BEPC, mais échoue au CAP de coiffure, et au CAP de mécanique et électricité-auto. À 17 ans, il décide de devancer l'appel du service militaire : il rejoint le 14e RPCS où il est affecté au salon de coiffure ; cependant, les autres soldats le rejettent du fait qu'il est noir et homosexuel[1].

Premier délit et condamnation[modifier | modifier le code]

Le , rue Ledru-Rollin à Toulouse alors qu'il est en permission, il dévalise une femme de 75 ans dans son épicerie, la menaçant avec un couteau. Malgré son foulard, il est reconnu par l'épicière et est vite arrêté pour ce vol de 1 400 francs. En juin 1983, il est condamné à deux ans de prison avec sursis pour vol avec violence. Paulin est libre, mais il est exclu de son régiment et affecté à l’école des fusiliers marins à Lorient d'où il est renvoyé, puis à la base aéronavale de Toussus-le-Noble où il est chargé de la tonte des pelouses[3].

En , Paulin apprend que sa mère et sa famille viennent d'emménager à Nanterre, dans les Hauts-de-Seine. Il part habiter chez eux, mais leurs relations sont difficiles[1].

Paulin devient serveur au Paradis latin, cabaret parisien renommé entre-autres, pour ses spectacles de travestis. Il y rencontre un autre serveur, Jean-Thierry Mathurin, alors âgé de 19 ans. Mathurin, né en Guyane, est toxicomane et se prostitue. Paulin est toxicomane lui aussi, mais moins sévèrement que Mathurin. Ils tombent amoureux et deviennent amants[4]. Paulin commence une carrière d'artiste au Rocambole, boîte de nuit de Villecresnes, dans le Val-de-Marne, s'habillant en drag queen en chantant les morceaux de son artiste préférée, Eartha Kitt[5]. Un soir, sa mère est invitée à venir voir le spectacle de son fils. Elle quitte le club précipitamment, en larmes, quelques secondes après le début du spectacle. Il la rejoint peu après et lui confirme ce qu'elle vient de comprendre, il est homosexuel. La mère de Paulin le chasse de chez elle, car il l'a menacée avec un couteau et a frappé au ventre sa demi-sœur enceinte alors qu'elle tente de s'interposer. Il s'installe avec Mathurin dans un hôtel rue Victor-Massé, dans le 9e. À l'automne , Paulin et Mathurin sont renvoyés du Paradis latin, à la suite d'une violente scène de jalousie de Paulin, au cours de laquelle il menace de mort Mathurin, et casse du mobilier et de la vaisselle. Paulin se lance dans le trafic de stupéfiants[4].

Première vague de meurtres[modifier | modifier le code]

Le , deux femmes âgées sont agressées à Paris. Germaine Petitot, 91 ans, survit mais le traumatisme subi l'empêche de se souvenir des détails ou la description de ses agresseurs. Anna Barbier-Ponthus meurt après avoir été battue et asphyxiée par un oreiller. Ses assassins lui dérobent 300 francs (45 euros)[6].

En octobre-novembre 1984, huit femmes âgées sont agressées et assassinées à leurs domiciles, dans le 18e. La violence des crimes est horrible, les victimes ont leur tête glissée dans un sac plastique, battues à mort et certaines ont été forcées de boire des détergents. Dans toutes ces affaires, les motivations de ces meurtres sont toutes crapuleuses (vol de bijoux et d'argent). Des enquêtes rapportèrent que Paulin engageait des conversations avec les femmes qui lui semblaient les plus laides et inamicales et il choisissait les plus fragiles[6].

Au même moment, Paulin et Mathurin mènent un style de vie complètement extravagant, passant leurs nuits en discothèque, buvant du champagne et sniffant de la cocaïne. Fin novembre, ils décident de partir pour Toulouse quelques mois chez le père de Paulin. Mais son père n'accepte pas l'homosexualité de son fils : s'ensuivent de violentes disputes, mettant fin à l'idylle de Paulin et Mathurin. Mathurin retourne à Paris. Paulin, quant à lui, tente de monter sa propre entreprise de spectacles de travestis. Mais cela se solde par un échec en automne 1985[7].

Deuxième vague de meurtres[modifier | modifier le code]

Entre le et le , huit autres femmes âgées sont assassinées et détroussées à leurs domiciles. La police est incapable d'identifier le tueur, bien que les enquêteurs aient quelques pistes. La police arrive à déterminer, grâce à une empreinte digitale, que l'agresseur est le même que celui qui a commis les meurtres de 1984.

Arrestation et incarcération[modifier | modifier le code]

À l'automne , à Alfortville, Paulin agresse un de ses dealers de cocaïne. Il le menace avec un pistolet d'alarme puis le frappe à coup de batte de baseball. Le dealer porte plainte. Paulin est arrêté et condamné à 16 mois de prison[8].

Il passe un an à la prison de Fresnes. À sa libération, il apprend qu'il a contracté le virus du sida.

Derniers meurtres présumés et arrestation[modifier | modifier le code]

Se sachant condamné à court terme par sa maladie, Paulin profite de la vie en organisant de gigantesques fêtes, dépense beaucoup d'argent. Paulin paye ses fêtes avec des cartes de crédit et chèques volés provenant de ses victimes.

Le , la série reprend avec le meurtre de Rachel Cohen, 79 ans. Le même jour, il s'attaque à Berthe Finalteri, qui suffoque et qui est laissée pour morte. Deux jours plus tard, il étrangle Geneviève Germont qui sera sa dernière victime présumée. Berthe Finalteri, qui s'était évanouie, survit. Sur la base de son témoignage et de celui d'un voisin ayant croisé Thierry Paulin dans les escaliers, la police fait un portrait-robot de l'agresseur. Il ressemble à un métis d'1,80 mètre d'une vingtaine d'années coiffé à la Carl Lewis, au nez épaté et aux cheveux crépus décolorés en blond, une boucle à l'oreille gauche. Grâce à ces indications transmises à toutes les équipes de police, un commissaire, Francis Jacob, interpelle le suspect, rencontré par hasard dans la rue le [9].

Une fois arrêté, il avoue le meurtre de 21 personnes à l'issue de deux jours de garde à vue ; de l'avis des policiers qui enquêtent sur ses meurtres depuis trois ans, comme des magistrats chargés du dossier, le nombre de ses victimes présumées s'élève probablement à une trentaine. Le 4 décembre, il est inculpé pour 18 crimes car trois ne concordent pas avec les informations de la police[10].

Les empreintes digitales de Paulin avaient été archivées par la police de Toulouse dès 1982. Les autorités se rendent compte après l'arrestation de Paulin qu'il aurait pu être identifié et interpellé beaucoup plus tôt, et que de nombreuses victimes auraient pu être épargnées s'il avait existé un fichier central regroupant toutes les empreintes digitales traitées de manière informatique. Cette affaire contribuera à la création du Fichier automatisé des empreintes digitales (FAED).

Mort en prison[modifier | modifier le code]

Au début 1988, le corps de Thierry Paulin commence à succomber aux effets de la maladie. Après une année d'hospitalisation dans une chambre de l'hôpital Bichat dans un état de quasi-paralysie, il meurt des suites du sida en prison à Fresnes, le , avant de pouvoir être jugé[11].

Le , Jean-Thierry Mathurin est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une peine de sûreté de dix-huit ans pour sa complicité dans les sept premiers meurtres et la première tentative de meurtre. Il est libéré en janvier 2009[12].

Liste des victimes connues[modifier | modifier le code]

Date de découverte Date des faits Identité Nom d'épouse Âge Arrondissement Lieu
Germaine Petitot Michel 91 18e rue Lepic
Anna Ponthus Barbier 83 9e 10 rue Saulnier
Suzanne Foucault - 89 18e rue Nicolet
Ioana Seicaresco - 71 18e 60 boulevard de Clichy
Alice Partouche Benaïm 84 18e 15 rue Marc-Séguin
Marie Choy - 80 18e 7 rue Pajol
Maria Cifre-Valle Mico-Diaz 75 18e 27 rue des Trois-Frères
Jeanne Lorent Louis 82 18e rue Armand-Gauthier
Paule Victor - 77 17e rue Jacques-Kellner
Estelle Donjoux 91 14e 14 rue Lacaze
Andrée Ladam 77 14e rue Baillou
Yvonne Couronne 83 14e 8 bis rue Sarrette
Marjem Jurblum 81 11e 7 rue Pelée
Françoise Vendôme 83 12e rue de Charenton
Yvonne Schaiblé 77 5e rue Censier
Virginie Labrette 76 12e rue de Wattignies
Ludmillia Liberman Lamont 85 14e avenue du Général-Leclerc
Rachel Cohen 79 10e rue du Château-d'Eau
Berthe Finaltéri 87 10e rue d'Alsace
Geneviève Germont 73 10e 22 rue Cail

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Alain Bauer, Dictionnaire amoureux du Crime, Plon, , p. 403.
  2. Agnès Grossmann, L'enfance des criminels, Place Des Éditeurs, , p. 122.
  3. Paulin, Thierry, sur tueursenserie.org
  4. a et b Alain Bauer, op. cit., p. 404
  5. Agnès Grossmann, L'enfance des criminels, Place Des Éditeurs, , p. 123.
  6. a et b Sylvain Larue, Tueurs en série de France, Éditions De Borée, , p. 310
  7. Jean-Pierre Vergès, Les tueurs en série, Hachette Pratique, , p. 183.
  8. Jean-Pierre Vergès, Les tueurs en série, Hachette Pratique, , p. 184.
  9. « Thierry Paulin - TUEURS EN SERIE.org », sur TUEURS EN SERIE.org (consulté le 11 novembre 2015)
  10. « Thierry Paulin - Page 2 de 2 - TUEURS EN SERIE.org », sur TUEURS EN SERIE.org (consulté le 11 novembre 2015)
  11. Serge Garde, Rémi Gardebled, Valérie Mauro, Guide du Paris des faits divers: du Moyen âge à nos jours, Le Cherche Midi, , p. 173.
  12. Le complice du tueur des vieilles dames est libéré, moreas.blog.lemonde.fr

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Serge Bornstein et Christiane Jumeaucourt-Nevchehirlian, L'assassin des vieilles dames, Éditions de Paris, 2005.
  • Georges Moréas (conseiller technique) et Bill Waddell (conseiller technique), Dossier meurtre. Enquête sur les grands crimes de notre temps, vol. 1 : Le tueur de vieilles dames. Thierry Paulin : flambeur dans les boîtes la nuit, tueur le jour. Il faudra trois années pour le confondre, Paris, ALP, , 30 p.

Filmographie[modifier | modifier le code]

L'affaire a en partie inspiré Claire Denis pour son film J'ai pas sommeil, sorti en 1994.

Documentaires télévisés[modifier | modifier le code]

Émissions radiophoniques[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]