Temple de la Concorde

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Temple de la Concorde
Image illustrative de l'article Temple de la Concorde
Reconstitution du temple de la Concorde

Lieu de construction Forum Romain
Date de construction Entre la fin du IVe siècle av. J.-C. et 218 av. J.-C.
Ordonné par Sénat romain
Type de bâtiment Temple romain
Le plan de Rome ci-dessous est intemporel.
Planrome2b.png
Temple de la Concorde
Localisation du temple dans la Rome antique (en rouge)

Coordonnées 41° 53′ 34″ N 12° 29′ 02″ E / 41.892734, 12.48391541° 53′ 34″ Nord 12° 29′ 02″ Est / 41.892734, 12.483915
Liste des monuments de la Rome antique

Le temple de la Concorde (en latin : Templum ou aedes Concordiae) est un temple romain dédié à la déesse Concordia et situé sur le Forum Romain, à Rome.

Localisation[modifier | modifier le code]

Le temple est situé à l'extrémité occidentale du Forum Romain, au pied des pentes du Capitole[1], en avant du Tabularium dont il dissimule une partie de la façade, entre le Tullianum au nord-est et le temple de Vespasien au sud-ouest. Après sa construction, l'espace autour du temple prend le nom d'Area Concordiae, mentionnée en 183 et 181 av. J.-C.[2] (voir le plan).

Fonction[modifier | modifier le code]

Dédié à la Concorde, le temple symbolise l'unité du peuple romain. Il sert occasionnellement de lieu de réunion pour le Sénat romain après 121 av. J.-C., surtout en temps de crise sociale, où il traite les affaires des tribunaux[3]. C'est dans ce temple qu'en 63 av. J.-C., Cicéron prononce devant le Sénat le quatrième discours des Catilinaires. Au début de l'Empire, en 31, le Sénat y condamne Séjan qui est ensuite exécuté dans le Tullianum, construit non loin[4]. Les Frères Arvales s'y réunissent également[5].

Lors de sa reconstruction au début du Ier siècle, Tibère fait placer dans le temple de nombreuses œuvres d'art, pour la plupart grecques, dont Pline l'Ancien fait la liste dans son Histoire naturelle, transformant le sanctuaire en une sorte de musée. On y trouve entre autres, une statue de Vesta de Rhodes, les statues d'Apollon et de Junon par Baton, de Latone avec Apollon et Diane enfants par Euphranor, d'Esculape et d'Hygie par Niceratus, de Mars et de Mercure par Piston, de Cérès Jupiter et Minerve par Sthennis, des tableaux de Marsyas par Zeuxis, de Liber par Nicias et de Cassandre par Theodorus, ainsi que quatre éléphants en obsidienne dédiés par Auguste et une sardonyx (pierre précieuse de couleur brune) qui aurait appartenu à Polycrate de Samos[2],[a 1],[a 2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Antiquité[modifier | modifier le code]

Selon la tradition, le temple est voué par Marcus Furius Camillus en 367 av. J.-C. pour célébrer la promulgation des Leges Liciniae Sextiae[6] qui marquent une étape importante dans la lutte de la plèbe pour obtenir une reconnaissance de ses droits[a 3]. Ces lois mettent sur un même pied d'égalité, du moins d'un point de vue politique, les plébéiens et les patriciens[4],[7]. Le peuple aurait libéré Camille de son vœu en décidant le jour suivant de construire le temple pour lui[3],[a 4]. Mais il paraît peu probable que le temple ait été construit à cette époque, la pratique consistant à déifier des vertus abstraites n'apparaissant qu'à la fin du IVe siècle av. J.-C.

En 304 av. J.-C., l'édile curule Cnaeus Flavius fait élever un autel en bronze dédié à la Concorde près du Comitium, non loin de l'endroit où est construit plus tard le temple qui le remplace[8]. La construction de ce dernier ne date peut-être que de 218 av. J.-C., sous la direction du préteur Lucius Manlius[4]. Tite-Live rapporte que le temple a été frappé par la foudre en 211 av. J.-C.[a 5] :

« La foudre frappa la statue de la Victoire élevée au sommet du temple de la Concorde, et la renversa sur les Victoires placées au-dessous de la frise, où elle s'arrêta, sans tomber jusqu'au bas. »

— Tite-Live (traduction de M. Nisard, 1869, lire en ligne), Histoire romaine, livre XXVI, 23.

Le temple est restauré sur ordre du Sénat en 121 av. J.-C. par le consul Lucius Opimius qui lui adjoint la basilique Opimia. Il est dédié un 22 juillet[3]. Cette restauration, qui intervient peu après la répression sanglante du soulèvement populaire mené par Caius Gracchus, la mort de ce dernier et la condamnation à mort de centaines de ses partisans, est perçue comme une provocation arrogante de l'aristocratie par les plébéiens.

Le temple est nouveau restauré entre 7 et 10 ap. J.-C. par Tibère[4],[9] après son triomphe qui utilise une partie du butin rapporté de Germanie[3],[a 6]. Le temple est agrandi et dédié à Concordia Augusta le 16 janvier 10[a 7] ou 12 ap. J.-C.[a 8], au nom de Tibère, alors héritier d'Auguste, et de son défunt frère Drusus. En 16, on dépose dans le temple des offrandes sur ordre du Sénat pour célébrer l'éventement de la conspiration de Libo[9],[a 9].

Il est peut-être restauré une dernière fois après l'incendie de 284 comme l'indiquait une inscription sur l'architrave, aujourd'hui disparue, relevée par un pèlerin lors de sa visite à Rome et consignée dans un document appelé Itinéraire d'Einsiedeln[5].

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Le temple est toujours au moins partiellement debout au VIIIe siècle mais il donne des signes de fragilité et menace de s'effondrer sous le pontificat d'Adrien Ier, entre 772 et 795.

Vestiges[modifier | modifier le code]

Le temple a aujourd'hui presque complètement disparu, seules les fondations du podium et le seuil de la cella sont encore visibles, ainsi qu'un morceau de corniche qui est exposé dans une galerie du Tabularium et un chapiteau corinthien orné de béliers à la place des volutes qui est exposé dans le Forum Antiquarium.

Architecture[modifier | modifier le code]

Sesterce frappé entre 35 et 36 représentant à l'avers la façade du temple de la Concorde. Au milieu des colonnes du pronaos, on aperçoit la figure assise de la Concorde, flanquée des statues de Mercure et Hercule. Le sommet du fronton est décoré avec les statues de Jupiter, Junon, et Minerve, la triade capitoline. Ce groupe statuaire est encadré par les statues de Cérès et Diane puis par des victoires placées sur les acrotères. Le tympan ne contient pas de bas-reliefs[10].

Extérieur[modifier | modifier le code]

À l'origine, le temple devait avoir une forme rectangulaire de dimensions modestes. Lors de sa reconstruction par Tibère, le temple est agrandi et adopte une forme originale où la largeur de la cella excède sa profondeur (une cella dite « barlongue » de 45 mètres de large pour 24 mètres de profondeur), permettant ainsi de s'adapter au mieux au peu d'espace disponible[3]. La basilique Opimia, construite par Lucius Opimius le long du côté nord du temple qu'il a fait restaurer à la même époque, disparaît lors de la reconstruction impériale. Le temple est entièrement couvert de marbre[10].

Intérieur[modifier | modifier le code]

Le pronaos, plus étroit que la cella avec 34 mètres de large et 14 mètres de profondeur[11], est hexastyle (avec six colonnes corinthiennes en façade). On y accède depuis l'Area Concordiae par une volée de marches très larges. Le seuil de la cella se compose de deux grands blocs de marbre de Porta Santa gravé chacun d'un caducée, emblème des ambassadeurs et symbole de réconciliation[4]. Les murs de la cella sont divisés en onze baies contenant chacune une niche par une rangées de colonnes corinthiennes de marbre blanc doublées de pilastres corinthiens engagés[12]. La niche au centre du mur opposé à l'entrée devait abriter une grande statue représentant la Concorde[9] assise sur un trône tenant une corne d'abondance (cornucopia) et une patère[12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  • Sources modernes :
  1. Richardson 1992, p. 98.
  2. a et b Platner et Ashby 1929, p. 138-140.
  3. a, b, c, d et e Richardson 1992, p. 99.1.
  4. a, b, c, d et e Coarelli 2007, p. 67.
  5. a et b Platner et Ashby 1929, p. 140.
  6. Richardson 1992, p. 98-99.
  7. Duret et Néraudau 2001, p. 78.
  8. Richardson 1992, p. 100.
  9. a, b et c Platner et Ashby 1929, p. 139.
  10. a et b Richardson 1992, p. 99.2.
  11. Platner et Ashby 1929, p. 139-140.
  12. a et b Richardson 1992, p. 99.1-2.
  • Sources antiques :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Samuel Ball Platner et Thomas Ashby, A topographical dictionary of Ancient Rome, Londres, Oxford University Press,‎ , 608 p.
  • (en) Lawrence Richardson, A New Topographical Dictionary of Ancient Rome, Johns Hopkins University Press,‎ , 488 p. (ISBN 0801843006)
  • (en) Filippo Coarelli, Rome and environs : an archaeological guide, University of California Press,‎ , 555 p. (ISBN 978-0-520-07961-8)
  • Luc Duret et Jean-Paul Néraudau, Urbanisme et métamorphose de la Rome antique, Les Belles Lettres, coll. « Realia »,‎

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Plan du Forum Romain
Liste des édifices du Forum Romain
Plan du forum à la fin de l'époque républicaine.
Plan du forum à la fin de l'Empire.