Quatorze régions de la Rome augustéenne

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne les quatorze régions de Rome créées par Auguste. Pour la division antérieure de Rome en quatre régions, voir Tribu (Rome antique). Pour les onze régions de l'Italie créées par Auguste, voir Italie (époque romaine).
Plan intemporel de la Rome antique
Rouge : délimitation et numérotation des quatorze régions augustéennes.
Bleu : tracé des aqueducs.
Noir pointillé : tracé de la muraille servienne.
Noir : tracé des murs d'Aurélien.
Beige : tracé des voies romaines à l'extérieur des murs d'Aurélien.
Gris : contour des principaux monuments.
Vert pâle : délimitation des principaux jardins.

L'organisation en quatorze régions de la Rome augustéenne (en latin : regiones quattuordecim ou XIV regiones) est une division administrative de la ville de Rome antique entreprise par Auguste.

Pour un article plus général, voir Organisation de la ville de Rome antique.

Nouvelle division administrative[modifier | modifier le code]

En 7 av. J.-C.[a 1],[a 2], Auguste substitue aux quatre régions (regiones quattuor ou IV regiones), attribuées traditionnellement à Servius Tullius, une nouvelle division de la ville en quatorze régions administratives, plus adaptée à une ville qui a fortement évolué démographiquement et dont les limites des quartiers résidentiels dépassent largement celles du Mur Servien[1]. En abandonnant les anciennes divisions basées sur les quatre tribus urbaines instituées par Servius Tullius, Auguste souhaite donner de l'importance aux vici, structures déjà existantes mais administrativement sous-exploitées, et les répartit dans les nouvelles régions, circonscriptions plus vastes[2]. La ville de Rome devient alors souvent désignée par l'Urbs XIV regionum[3] ou l'Urbs sacra XIV regionum.

L'objectif d'Auguste ne se limite pas à une simple et nécessaire réorganisation administrative. La nouvelle répartition des vici, structures sur lesquelles ont pu s'appuyer les meneurs de séditions tel Clodius, permet à l'empereur d'établir une sorte de « contrôle social » sur la plèbe urbaine[4]. En effet, les magistrats subalternes placés à leur tête, en théorie choisis par les habitants de chaque quartier, sont loyaux à l'empereur et responsables de la célébrations de deux cultes attachés à la personne de l'empereur, ceux des Lares d'Auguste (Lares Augusti) et de son genius[2].

Les régions[modifier | modifier le code]

À l'origine, les régions (regiones urbi) ne sont désignées que par leur numéro[a 3],[a 4],[a 5],[a 6], mais les noms qui nous ont été transmis par les catalogues des Régionnaires du IVe siècle deviennent un usage courant. Leurs limites dépassent celles du pomerium et intègrent les pagi périphériques afin d'étendre la compétence des différents magistrats municipaux à tout le tissu urbain romain (continentia aedificia). La somme des superficies de toutes les régions atteint 1 385 hectares lors de leur création[5],[6].

À la tête de chaque regio est placé un magistrat annuel, tiré au sort parmi les préteurs, tribuns de la plèbe et édiles élus pour l'année. Il dispose d'une autorité administrative et religieuse comprenant le contrôle des nouvelles constructions et la réalisation des sacrifices aux dieux. Lors des cérémonies, ils sont accompagnés par des lictores populares denuntiatores. Toutefois, étant donné que ce magistrat administre la région en plus de sa tâche normale, la plupart du temps, il ne s'investit pas suffisamment dans les affaires de la région considérant sa charge municipale comme une charge purement honorifique. Afin de remédier à ce problème, au début du IIe siècle, les chefs de régions sont remplacés par des curateurs (curatores) recrutés parmi les affranchis. Ces curateurs disposent de moins de pouvoir que les magistrats précédents, une partie des missions passant sous la responsabilité du préfet des vigiles.

Les quartiers[modifier | modifier le code]

Chaque région est divisée en vici (quartiers ou ensembles de rues) administrés par des magistrats, les magistri vicorum ou vicomagistri, d'abord au nombre de quatre par vicus, puis de quarante-huit par région, indépendamment du nombre de vici. Ils assistent les curatores placés à la tête de chaque région.

Tout comme les magistrats chargés d'une région, qui sont leurs supérieurs et exercent un contrôle sur eux, les vicomagistri ont à la fois une fonction administrative et religieuse. Ils sont assistés par des ministri dans leurs tâches. Toutefois il semble que bien souvent le côté religieux ait pris le pas sur l'administration et toutes les inscriptions qui nous sont parvenus concernent des vicomagistri traitant des affaires religieuses. Ils doivent ainsi veiller à l'entretien des chapelles, à la célébration de certaines fêtes religieuses dédiées aux dieux Lares ou au Génie de l'empereur. Ils peuvent être chargés de la présidence de cérémonies ou de fêtes religieuses comme les jeux des Compitalia. Ils possèdent par ailleurs quelques attributions relatives à la paix publique qui se traduisent par une collaboration avec le préfet des vigiles et des missions de maintien de l'ordre. Enfin, ils contrôlent le commerce local et représentent leur quartier auprès des autorités.

Détermination du tracé des régions[modifier | modifier le code]

La détermination des contours exacts des régions issues de la division augustéenne est malaisée étant donné qu'ils ne figurent sur aucun des plans antiques qui nous sont parvenus[3]. Les auteurs antiques qui mentionnent la réforme administrative d'Auguste ne sont pas assez précis pour combler totalement cette lacune. Les historiens et archéologues modernes peuvent néanmoins s'appuyer sur différents types de documents, des textes anciens aux résultats des dernières fouilles archéologiques[3].

Évolution des limites de la ville[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Pomerium, Mur Servien et Mur d'Aurélien.

La reconstitution du tracé des régions se base tout d'abord sur la connaissance des limites de la ville de Rome sous la République, limites qui dépendent du pomerium et du tracé de l'enceinte servienne. La ville à proprement dite est donc à cette époque entièrement située sur la rive gauche du Tibre[7]. Son périmètre est évalué à 9 650 mètres et sa superficie à environ 320 hectares[8].

Sous l'Empire, une forte croissance démographique a entrainé l'extension rapide de l'habitat en-dehors du périmètre républicain. Le tracé du mur défensif construit à l'instigation de l'empereur Aurélien constitue un bon repère pour les historiens car il est connu exactement étant donné qu'il est encore aujourd'hui en grande partie bien conservé. Néanmoins, ce tracé ne correspond pas aux limites de la ville sous l'Empire, certainement parce qu'il n'est pas possible à l'époque de protéger efficacement toute la ville, trop étendue. Le tracé a donc été réfléchi afin de protéger les zones les plus importantes[6]. Le périmètre de l'enceinte, de 18 838 mètres, est donc inférieur au périmètre de la Rome impériale évalué à près de 22 300 mètres. Par conséquent, certaines régions s'étendent à l'extérieur du mur et leurs superficies peuvent être sous-évaluées. Ce serait le cas pour les regiones IX, VII et VI au nord et pour les regiones V et I au sud. Mais la région qui dépasse le plus de cette enceinte est la regio XIV. Seule une partie de la zone comprise entre le Tibre et les pentes du Janicule est incluse dans l'enceinte. La majeure partie de cette région, qui comprend la colline du Janicule et la plaine vaticane, se trouve à l'extérieur[9].

Les Régionnaires[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Régionnaires de Rome.

Ces catalogues précisent le nombre des édifices par type, le nombre de vici, les monuments remarquables, ainsi que le nombre de vicomagistri et de curatores pour chaque région[10]. Ils permettent d'appréhender leur délimitation au IVe siècle[a 7]. Malgré toutes ces précisions qui laissent penser qu'il a pu s'agir de documents administratifs utilisés par la préfecture urbaine, les catalogues semblent trop lacunaires et les relevés manquent trop de rigueur pour être considérés comme tels[11].

Description des régions[modifier | modifier le code]

Regio I : Porte Capène[modifier | modifier le code]

Regio I Porta Capena.

La première région dans la classification des Régionnaires tire son nom d'une des portes du Mur Servien, la Porte Capène, qui marque l'arrivée dans Rome de la Voie Appienne. La région s'étire d'abord le long de la vallée entre le Mont Palatin et le Caelius de l'arc de Constantin à la Porte Capène. Puis elle suit la vallée au sud du mont Caelius[12] jusqu'au mur d'Aurélien entre la Porte Appia et la Porte Metronia[13]. Elle est bordée au nord par les regiones III et IV, à l'ouest par les regiones X et XIII, au sud par la regio XII et à l'est par la regio II.

Selon les Régionnaires[n 1], la regio I a un périmètre de 12 211 pieds, soit 3 617 mètres, bien qu'il soit évalué à 7 086 mètres par les historiens modernes[14]. La superficie de la région est estimée à 765 000 m²[14], 1 320 000 m² si on considère qu'elle s'étend au-delà du mur d'Aurélien, jusqu'à la rivière Almo[15].

Au IVe siècle, la région est divisée en dix vici gérés par deux curatores et 48 vicomagistri. Elle contient 3 250 insulae et 120 domus. Les habitants disposent de 10 édicules, 16 horrea, 86 balnea, 87 fontaines et 20 boulangeries.

Parmi les monuments remarquables situés dans cette région, on peut citer les thermes de Commode, le temple de l'Honneur et de la Vertu (Aedes Honor et Virtutis), le temple de Mars, l'arc de Constantin et l'arc de Drusus[a 8].

Regio II : Mont Caelius[modifier | modifier le code]

Regio II Caelimontum.

Cette deuxième région suit les contours de la colline du Caelius dont elle tire son nom, comprenant les deux sommets de la colline, le Caelius maior et le Caelius minor (ou Caeliolius). Elle s'étend du temple du Divin Claude jusqu'au mur d'Aurélien, comprise entre la via Latina et la via Tuscolana[13]. La région est limitrophe au nord avec les regiones III et V et au sud et sud-ouest avec la regio I.

Selon les Régionnaires, la regio II a un périmètre de 12 200 pieds, soit 3 611 mètres, bien qu'il soit évalué à 3 893 mètres par les historiens modernes[16]. La superficie de la région est estimée à 643 000 m²[17].

Au IVe siècle, la région est divisée en sept vici gérés par deux curatores et 48 vicomagistri. Elle contient 3 600 insulae et 127 domus. Les habitants disposent de 7 édicules, 27 horrea, 85 balnea, 65 fontaines et 15 boulangeries.

Le temple du Divin Claude, le marché de Néron (Macellum Magnum), l'arc de Dolabella et Silanus, la caserne des pérégrins ainsi que les abords orientaux du Colisée avec divers bâtiments annexes (ludi matutinum et galliacum, spoliarium, samiarium et armamentiarum), appartiennent à cette région[a 9].

Regio III : Isis et Sérapis[modifier | modifier le code]

Regio III Isis et Serapis.

La troisième région augustéenne tient son nom du sanctuaire d'Isis et Sérapis sur la via Labicana. Elle couvre la zone comprise entre les pentes du Caelius au sud, l'Esquilin à l'est, le Colisée à l'ouest, et le Cispius au nord. La colline de l'Oppius appartient à cette région. Cette dernière est bordée au sud par la regio II et une courte extrémité de la regio I, à l'est par la regio V et au nord et à l'ouest par la regio IV.

Selon les Régionnaires, la regio III a un périmètre de 12 350 pieds, soit 3 656 mètres. Au IVe siècle, la région est divisée en douze vici gérés par deux curatores et 48 vicomagistri. Elle contient 2 757 insulae et entre 60 et 160 domus. Les habitants disposent de 12 édicules, 17 horrea, 80 balnea, 65 fontaines et 16 boulangeries.

Parmi les monuments remarquables situés dans cette région, on peut citer le Colisée (pour lequel les Régionnaires précisent qu'il a une capacité d'accueil de 87 000 spectateurs[a 10]), le portique de Livie, la caserne des marins de Misène, les thermes de Trajan ainsi que ceux de Titus[a 10].

Regio IV : Temple de la Paix[modifier | modifier le code]

Regio IV Templum Pacis.

La quatrière région tire son nom du temple de la Paix construit par Vespasien. La région couvre une zone correspondant à la dépression entre le Viminal et l'Esquilin occupée par le quartier de Subure, les contreforts des collines du Fagutal et du Cispius et une partie de la colline de la Velia. sa frontière au nord et à l'ouest se matérialise par le Clivus Suburanus, l'Argilète et la Voie Sacrée. Elle est bordée au nord et nord-ouest par la regio VI, à l'ouest par la regio VIII, au sud par la regio X et une petite partie de la regio I et à l'est par les regiones III et V.

Selon les Régionnaires, la regio IV a un périmètre de 13 000 pieds, soit 3 848 mètres. Au IVe siècle, la région est divisée en huit vici gérés par deux curatores et 48 vicomagistri. Elle contient 2 757 insulae et 88 domus. Les habitants disposent de 8 édicules, 18 horrea, 75 balnea, 78 fontaines et 15 boulangeries.

La partie orientale des forums impériaux et le Forum adiectum appartiennent à cette région. Parmi les monuments les plus importants, on peut également citer la basilique de Maxence, la basilique émilienne, le Colosse de Néron, la Meta Sudans, le temple de Romulus, le temple d'Antonin et Faustine ou encore le temple de Vénus et de Rome[a 11].

Regio V : Esquiliae[modifier | modifier le code]

Regio V Esquiliae.

La cinquième région tire son de la colline sur laquelle elle s'étend, l'Esquilin. Elle couvre une zone qui est située entièrement en-dehors des limites du Mur Servien dont elle épouse le contour au nord-ouest. Elle inclut le Sessorium et s'étend jusqu'au mur d'Aurélien[18]. Elle est bordée à son extrémité nord par la regio VI, à l'ouest par les regiones IV et III et au sud par la regio II.

Selon les Régionnaires, la regio V a un périmètre de 15 600 pieds, soit 4 618 mètres, bien qu'il soit évalué à 7 400 mètres par les historiens modernes[19]. La superficie de la région est estimée à 2 175 000 m², ce qui en fait la deuxième région la plus étendue[20].

Au IVe siècle, la région est divisée en quinze vici gérés par deux curatores et 48 vicomagistri. Elle contient 3 850 insulae et 180 domus. Les habitants disposent de 15 édicules, 22 horrea, 75 balnea, 74 fontaines et 15 boulangeries.

La région est traversée par plusieurs aqueducs dont l'aqudeduc de l'Anio Vetus, ceux de l'Aqua Alexandrina, de l'Aqua Claudia et de l'Aqua Marcia. Parmi les monuments remarquables situés dans cette région, on peut citer l'amphithéâtre Castrense, le palais du Sessorium, le temple de Minerve Medica, la nécropole de l'Esquilin, la plus grande nécropole archaïque romaine, la basilique de Junius Bassus et plusieurs grands jardins parmi lesquels les Horti Lamiani, les Horti Liciniani et les Horti Maecenatis[a 12].

Regio VI : Alta Semita[modifier | modifier le code]

Regio VI Alta Semita.

La sixième région tire son nom d'une artère importante, Alta Semita, qui monte sur le Quirinal. La région couvre une zone correspondant au Quirinal et à une grande partie du Viminal. Elle inclut au nord la caserne de la Garde prétorienne et son champ de manœuvre. Elle est bordée à l'ouest par la regio VII, au sud-ouest par la regio VIII, au sud-est et à l'est par la regio IV et une petite partie de la regio V.

Selon les Régionnaires, la regio VI a un périmètre de 15 700 pieds, soit 4 648 mètres. Au IVe siècle, la région est divisée en dix-sept vici gérés par deux curatores et 48 vicomagistri. Elle contient 3 403 insulae et 146 domus. Les habitants disposent de 17 édicules, 18 horrea, 75 balnea, 73 fontaines et 16 boulangeries.

La région comprend de nombreux jardins, dont les plus inportants sont ceux de Salluste, et de nombreux temples parmi lesquels le temple de la gens Flavia, le temple de Quirinus et le temple de Sérapis. Deux grands thermes impériaux sont construits dans la région, ceux de Dioclétien et ceux de Constantin[a 13].

Regio VII : Via Lata[modifier | modifier le code]

Regio VII Via Lata.

La septième région porte le nom du prolongement de la Voie Flaminienne dans la ville, une fois franchie la Porta Flaminia : la via Lata (littéralement la « voie large »). La région, longue et étroite (2 km de long pour 200 à 500 m de large), s'étend du nord au sud du mur d'Aurélien au mur servien, du Pincio aux forums impériaux. Elle borde à l'est les pentes du Quirinal et à l'ouest le Champ de Mars[21]. Elle est limitrophe de la regio VI à l'est, de la regio VIII au sud et de la regio IX à l'ouest.

Selon les Régionnaires, la regio VII a un périmètre de 13 300 pieds, soit 3 937 mètres. Au IVe siècle, la région est divisée en quinze vici gérés par deux curatores et 48 vicomagistri. Elle contient 3 805 insulae et 120 domus. Les habitants disposent de 15 édicules, 25 horrea, 75 balnea, 76 fontaines et 15 boulangeries.

Parmi les monuments les plus remarquables de la région, on peut citer l'Arc Nouveau qui enjambe la via Lata, le portique Vipsania, l'autel de la Providence et le forum Suarium, marché de viandes porcines et bovines[a 14].

Regio VIII : Forum romain[modifier | modifier le code]

Regio VIII Forum Romanum.

La huitième région est la région centrale de Rome, comprenant le Capitole, la vallée située entre ce dernier et le Palatin, une partie du Vélabre ainsi que le Forum Romain (dont elle tient son nom), une partie des forums impériaux et l'extrémité occidentale de la Velia. Elle est bordée au nord-ouest par la regio IX, au nord par les regiones VII et VI, à l'est par la regio IV et au sud par les regiones X et XI[22].

Selon les Régionnaires, la regio VIII a un périmètre de 14 067 pieds, soit 4 162 mètres. Au IVe siècle, la région est divisée en trente-quatre vici gérés par deux curatores et 48 vicomagistri. Elle contient 3 480 insulae et 130 domus. Les habitants disposent de 34 édicules, 18 horrea, 85 balnea, 120 fontaines et 20 boulangeries[a 15].

La région correspond au centre historique de Rome où se concentrent les activités politiques, administratives et religieuses avec notamment le temple de Jupiter Capitolin et le temple de Junon Moneta, le Tabularium, les forums impériaux, la Curie Julia, la Regia et la maison des Vestales, ainsi que le temple de Saturne, le temple de Vesta, le temple des Dioscures et le temple de la Concorde, les basiliques Aemilia, Julia et de Maxence.

Regio IX : Cirque Flaminius[modifier | modifier le code]

Regio IX Circus Flaminius.

Le nom de cette neuvième région dérive de celui d'un champ de courses situé au sud du Champ de Mars, le Cirque Flaminius. La région s'étend sur tout le Champ de Mars, du Tibre jusqu'au Capitole au sud et jusqu'à la Via Lata au nord. L'île tibérine est incluse dans cette région. La regio X est donc délimitée au nord-est par la regio VII, au sud-est par la regio VIII et à l'est par le cours du Tibre[22].

Selon les Régionnaires, la regio IX a un périmètre de 32 500 pieds, soit 9 620 mètres. Au IVe siècle, la région est divisée en trente-cinq vici gérés par deux curatores et 48 vicomagistri. Elle contient 2 777 insulae et 140 domus. Les habitants disposent de 35 édicules, 25 horrea, 63 balnea, 120 fontaines et 20 boulangeries[a 16].

La région comprend de nombreux complexes monumentaux, répartis en deux groupes : le plus ancien s'est développé autour du Cirque Flaminius et le plus récent autour du théâtre de Pompée. Le panthéon de Rome, les théâtres de Marcellus et de Balbus, les thermes d'Agrippa, le mausolée d'Auguste et l'autel de la Paix font notamment partie de cette région.

Regio X : Palatin[modifier | modifier le code]

Regio X Palatium.

La dixième région tire son nom de la colline qu'elle contient : le Mont Palatin. Selon Tite-Live, son contour a été dessiné de façon à rester dans les limites de l'archaïque pomerium romuléen (Roma quadrata)[23]. Elle est située entre les regiones VIII et IV au nord, la regio I à l'est et la regio XI au sud et à l'ouest[23],[24].

Selon les Régionnaires, la regio X a un périmètre de 11 510 pieds, soit 3 440 mètres, bien qu'il soit évalué à 2 182 mètres par les historiens modernes[25]. La superficie de la région est estimée à 255 800 m²[25].

Au IVe siècle, la région est divisée en vingt vici gérés par deux curatores et 48 vicomagistri. Elle contient 2 642 insulae et 89 domus. Les habitants disposent de 20 édicules, 48 horrea, 44 balnea, 89 fontaines et 20 boulangeries[a 17].

L'intégralité du complexe palatial impérial, comprenant la maison d'Auguste et le palais impérial, est inclus dans la région.

Regio XI : Cirque Maxime[modifier | modifier le code]

Regio XI Circus Maximus.

La onzième région prend le nom du Circus Maximus qui en occupe une bonne partie. Elle s'étend sur tout le long de la vallée de la Murcia, comprise entre l'Aventin et le Palatin, jusqu'au Vélabre, comprenant le Forum Boarium et l'extrémité du Pont Sublicius. Elle est bordée au nord par les regiones VIII et X, à l'est par les regiones I et XII, au sud par la regio XIII et à l'ouest par le Tibre.

Selon les Régionnaires, la regio XI a un périmètre de 11 500 pieds, soit 3 400 mètres. Au IVe siècle, la région est divisée en dix-neuf vici gérés par deux curatores et 48 vicomagistri. Elle contient 2 600 insulae et 89 domus. Les habitants disposent de 19 édicules, 16 horrea, 15 balnea, 20 fontaines et 16 boulangeries[a 18].

La région comprend presque uniquement le Circus Maximus et le Forum Boarium. On y trouve l'autel d'Hercule, l'arc de Janus, le temple de Portunus, le temple d'Hercule Victor et le temple de Mercure.

Regio XII : Bains publics[modifier | modifier le code]

Regio XII Piscina Publica.

La douzième région tire son nom d'un monument qui disparaît durant l'Empire, la Piscina Publica mentionnée pour la première fois en 215 av. J.-C. et qui n'existe plus au IIe siècle selon Festus. Elle se situe entre la Voie Appienne au nord, l'Aventin à l'ouest, et le mur d'Aurélien au sud et à l'est. Elle est donc bordée par la regio I au nord-est, la regio XI au nord et la regio XIII à l'ouest.

Selon les Régionnaires, la regio XII a un périmètre de 12 000 pieds, soit 3 550 mètres. Au IVe siècle, la région est divisée en dix-sept vici gérés par deux curatores et 48 vicomagistri. Elle contient 2 487 insulae et 113 domus. Les habitants disposent de 17 édicules, 27 horrea, 63 balnea, 81 fontaines et 20 boulangeries[a 19].

Les thermes de Caracalla se situent au centre de cette région, ainsi que les thermes de Commode et le temple de Bona Dea.

Regio XIII : Aventin[modifier | modifier le code]

Regio XIII Aventinus.

Cette treizième région s'étend sur tout l'Aventin dont elle tire son nom. Elle comprend aussi le principal port fluvial de Rome : l'Emporium et le mont Testaceus. Elle est délimitée au nord par la 'regio XI, à l'est par la regio XII et au sud et à l'ouest par le Tibre.

Selon les Régionnaires, la regio XIII a un périmètre de 18 000 pieds, soit 5 328 mètres. Au IVe siècle, la région est divisée en dix-huit vici gérés par deux curatores et 48 vicomagistri. Elle contient 2 487 insulae et 130 domus. Les habitants disposent de 18 édicules, 35 horrea, 44 balnea, 89 fontaines et 20 boulangeries[a 20].

Le temple de Diane Aventine, quartier général de la plèbe durant la République, le temple de Minerve, les thermes de Sura et Decius et les horrea Galbae se trouvent dans cette région.

Regio XIV : Transtiberim[modifier | modifier le code]

Partie de la Regio XIV Transtiberim comprise dans le mur d'Aurélien.

Le nom de cette quatorzième région signifie « au-delà du Tibre », c'est-à-dire de l'autre côté du Tibre, sur la rive droite, par rapport au centre historique de Rome. La regio XIV comprend toute la zone de Rome de l'autre côté du Tibre à l'intérieur du mur d'Aurélien, le quartier actuel du Trastevere, mais aussi une partie de la plaine vaticane au nord et la région des grands jardins au sud.

Selon les Régionnaires, la regio XIV a un périmètre de 33 388 pieds, soit 9 883 mètres. Au IVe siècle, la région est divisée en soixante-dix-huit vici gérés par deux curatores et 48 vicomagistri. Elle contient 4 405 insulae et 150 domus. Les habitants disposent de 78 édicules, 22 horrea, 86 balnea, 180 fontaines et 24 boulangeries[a 21].

Parmi les monuments remarquables de cette région, on peut citer la naumachie d'Auguste, située dans le mur d'Aurélien, le cirque de Caligula et le mausolée d'Hadrien, situés dans la plaine vaticane, et les jardins d'Agrippine et de César.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Sauf information contraire, les informations données pour chaque région proviennent des catalogues régionnaires Notitia et Curiosum (lire en ligne).

Références[modifier | modifier le code]

  • Sources antiques :
  1. Suétone, Vie des douze Césars, Auguste, XXX
  2. Dion Cassius, Histoire romaine, Livre LV, 8
  3. Tacite, Annales, XV, 40
  4. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, III, 66‑67.
  5. Histoire Auguste, Vie d'Antonin Héliogabale, 20.
  6. Suétone, Vie des douze Césars, Domitien, XII, 1
  7. Notitia Regionum Urbis XIV du Chronographe de 354 [1]
  8. Notitia et Curiosum, Regio I Porta Capena
  9. Notitia et Curiosum, Regio II Caelemontium
  10. a et b Notitia et Curiosum, Regio III Isis et Serapis
  11. Notitia et Curiosum, Regio IV Templum Pacis
  12. Notitia et Curiosum, Regio V Esquiliae
  13. Notitia et Curiosum, Regio VI Alta Semita
  14. Notitia et Curiosum, Regio VII Via Lata
  15. Notitia et Curiosum, Regio VIII Forum Romanum
  16. Notitia et Curiosum, Regio IX Circus Flaminius
  17. Notitia et Curiosum, Regio X Palatium
  18. Notitia et Curiosum, Regio XI Circus Maximus
  19. Notitia et Curiosum, Regio XII Piscina Publica
  20. Notitia et Curiosum, Regio XIII Aventinus
  21. Notitia et Curiosum, Regio XIV Transtiberim
  • Sources modernes :
  1. Fraschetti 2002, p. 65-66.
  2. a et b Fraschetti 2002, p. 66.
  3. a, b et c Homo 1971, p. 93.
  4. Fraschetti 2002, p. 66-67.
  5. Cordier 2001, p. 87.
  6. a et b Homo 1971, p. 99.
  7. Homo 1971, p. 94.
  8. Homo 1971, p. 95.
  9. Homo 1971, p. 100-101.
  10. Ralf 2006, p. 744.
  11. Ralf 2006, p. 744-745.
  12. Gozzini 2012, p. 359.
  13. a et b Capanna 2012, p. fig.II.
  14. a et b Gozzini 2012, p. 359-360.
  15. Homo 1971, p. 100.
  16. Fatucci 2012, p. 358.
  17. Fatucci 2012, p. 342-358.
  18. Fraioli 2012, p. 323-341.
  19. Fraioli 2012, p. 323.
  20. Fraioli 2012, p. 324.
  21. Capanna 2012, p. fig.2.
  22. a et b Richardson 1992, p. 332.
  23. a et b Richardson 1992, p. 332-333.
  24. Bruno 2012, p. 215.
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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • Augusto Fraschetti, « La réorganisation du tissu urbain », dans Auguste et Rome, Presses Universitaires du Mirail,‎ , p. 65-71
  • Jean-Pierre Guilhembet, « La densité des domus et des insulae dans les XIV régions de Rome selon les Régionnaires : représentations cartographiques », Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité, t. 108, no 1,‎ , p. 7-26 (lire en ligne)
  • Jean-Marie Pailler, « Rome aux cinq régions ? », Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité, t. 97, no 2,‎ , p. 785-797 (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]