Sunshine (film, 1999)

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Sunshine

Réalisation István Szabó
Scénario I. Szabó
Israël Horovitz
Acteurs principaux
Pays d’origine Drapeau de la Hongrie Hongrie
Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Drapeau de l'Autriche Autriche
Drapeau du Canada Canada
Sortie 1999
Durée 181 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Sunshine (titre du film en hongrois : A napfény íze) est un film coproduit par la Hongrie, l'Autriche, l'Allemagne et le Canada, réalisé par István Szabó, sorti en 1999.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Le film met en scène l'histoire de quatre générations d'une famille juive hongroise, les Sonnenschein. Un prologue nous montre le jeune Emmanuel Sonnenschein quittant son village pour s'installer dans la capitale hongroise. En effet, la distillerie de son père a été détruite par une explosion et celui-ci est décédé, suite à cet accident. Emmanuel emporte à Budapest le précieux carnet noir comportant les recettes secrètes de son père. Nous sommes au milieu du XIXe siècle. Lorsque le film débute vraiment, les Sonnenschein se sont enrichis grâce à une boisson baptisée Sonnenschein (en hongrois Napfény, « lumière du soleil »). Le film se divise en trois périodes historiques : de 1890 à 1914, de 1914 à 1944 et de 1945 à nos jours couvrant donc la fin de la Double monarchie austro-hongroise, les deux guerres mondiales et le communisme, et dont le protagoniste principal, à chaque génération, est interprété les trois fois par Ralph Fiennes. L'histoire est narrée en voix off par l'ultime descendant d'Emmanuel Sonnenschein, son arrière-petit-fils Iván.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Autour du film[modifier | modifier le code]

Sunshine est un film en anglais constitué d'acteurs essentiellement anglo-américains, produit au Canada, tourné en Hongrie, réalisé par un des plus grands réalisateurs magyars. « Le film traite d'un sujet qui reste pourtant spécifiquement et profondément hongrois, ou si l'on préfère, d'Europe centrale : le rôle et la destinée des Juifs dans la politique et l'histoire de la Hongrie du XXe siècle. »[1] Il expose, par conséquent, les contraintes et les drames auxquels a été confrontée l'identité juive après la Seconde Guerre mondiale, marquée en sa conclusion ultime par l'invasion militaire allemande en Hongrie, l'installation au pouvoir des Croix fléchées de Ferenc Szálasi (16 octobre 1944) et l'achèvement du processus d'anéantissement de la population juive du pays. Deux tiers des Juifs hongrois ont alors péri[2]. « C'est ainsi que, dans Sunshine, toute la famille d'Adám Sors est assassinée, hormis Iván et sa grand-mère Valérie. La guerre se termine enfin. Ici, István Szabó insère des images d'actualité montrant des bâtiments bombardés et des chevaux morts dans la rue, dépecés par la population affamée. »[1]

Sunshine traite donc de l'antisémitisme et de ses conséquences. Or, la représentation de ces faits historiques devient un des effets visibles du changement politique de 1989 en Hongrie. La même année, Judit Elek, elle-même Juive hongroise, réalise Mémoires d'un fleuve retranscrivant une affaire liée à l'antisémitisme, celle de Tiszaeszlár. Il ne faut pas croire, cependant, que l'identité juive fut, jusque-là, absente du cinéma hongrois. Mais, elle fut traitée de façon périphérique ou selon des figures métonymiques : ainsi dans Ah ! ça ira (1969) de Miklós Jancsó et Jours glacés (1966) d'András Kovács. Elle surgit plus nettement chez István Szabó avec Père (1966), son deuxième long métrage. Dans celui-ci, Takó, le jeune héros du film, et sa compagne Anni, d'origine juive, se promènent sur les bords du Danube. Anni confie alors : « Tu sais ce qui est terrible ? Pendant longtemps, j'ai nié que mon père était mort à Auschwitz. J'ai inventé quelque chose à son sujet pour la seule raison que je n'avais pas à admettre que je suis juive. »[3]

En réalité - et la répétition dans Sunshine de scènes d'actualités présentes dans Père en est un des signes -, « on peut considérer Sunshine comme la culmination de la filmographie allemande et hongroise d'István Szabó. Mais là où les premiers films étaient d'abord destinés à des spectateurs "locaux" (européens ou hongrois) [...] Sunshine est destiné à un autre public. Cela soulève un paradoxe : le film présume une bonne connaissance du contexte historique de la part du spectateur, mais doit en même temps communiquer cette connaissance tout en évitant le didactisme. D'où le choix de Szabó d'adopter une représentation de type "épopée réaliste" », constate Susan Suleiman[1] qui écrit plus haut : « L'objet de Sunshine est de raconter une histoire sur des individus auxquels le spectateur puisse s'identifier et s'intéresser, et en même temps de donner une représentation exacte d'une histoire collective complexe et étendue. »[1]

Par ailleurs, Szabó approfondit, surtout à travers le personnage d'Adám Sors (Ralph Fiennes), « un profil psychologique qui l'avait déjà fasciné dans Mephisto (1981) et Colonel Redl (1984), la psychologie du "paria parvenu" qui, une fois accepté, même à contrecœur, par un groupe ou une institution, devient loyal au point de perdre toute faculté de jugement, et est détruit dans le processus, moralement et physiquement. »[1] Dans Sunshine, Adám, champion d'escrime aux jeux olympiques de 1936 à Berlin, converti au catholicisme, ne se soucie que du triomphe de sa patrie, totalement indifférent à l'atmosphère prévalant en Allemagne sous Hitler[4]. Adám sera pourtant bientôt enrôlé dans le service du travail obligatoire, mis en place à partir de 1941 en Hongrie et dévolu à la plupart des hommes juifs. Torturé à mort, celui-ci refusera jusqu'au bout de reconnaître son identité juive. Quant à son fils, Iván, communiste après la Seconde Guerre mondiale, il assiste impuissant à l'arrestation de son chef et compagnon, Andor Knorr (William Hurt), accusé de conspiration sioniste par le régime de Mátyás Rákosi. Nous sommes en 1952 au moment du Procès de Prague et des complots juifs dont serait menacée l'Union soviétique. Iván prend douloureusement conscience de la difficulté d'être juif. Et lorsque, plus tard, il découvre une lettre de son arrière-grand-père, il reprend le nom originel de sa famille, Sonnenschein. Ici, la question complexe et délicate posée par Sunshine c'est « de savoir si, et comment, quelqu'un peut être à la fois Juif et Hongrois après l'Holocauste. »[1]

Cette conclusion aura soulevé bien des polémiques en Hongrie. « Le film de Szabó ne s'intéresse pas à des Juifs relativement bien ancrés dans leur identité [...]. Ses destinataires principaux seraient plutôt les Juifs assimilés qui, comme Szabó lui-même, n'ont que récemment admis, en public ou en privé, leur héritage ancestral. Ce qui est fascinant, sans être pour autant surprenant, c'est que les critiques qui ont attaqué Sunshine en Hongrie appartiennent précisément à ce groupe », écrit encore Susan Suleiman[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g Susan Suleiman : Sunshine et les juifs de Hongrie in : Théorème 7, Cinéma hongrois, le temps et l'histoire. Presses Sorbonne Nouvelle, Paris, 2003. ISBN 2-87854-255-X.
  2. Citons ici trois ouvrages importants traitant de la destruction des Juifs hongrois : Black Book on the Martyrdom of Hungarian Jewry d'Eugen Levai, Zürich et Vienne, 1948 ; The Politics of Genocide : The Holocaust in Hungary de Randolph L. Braham (en), Columbia University Press, New York, 1981 et La Destruction des Juifs d'Europe de Raul Hilberg, traduit en français en 1988 et publié chez Gallimard.
  3. Cité par Edit Rószavölgyi, Le traitement de l'Holocauste après 1960, in : Théorème 7, op. cité.
  4. István Deák (en), historien d'origine hongroise, a noté, dans sa critique historique du film, que le destin d'Adám Sors est calqué sur celui d'un personnage véridique, le champion d'escrime hongrois Attila Petschauer (1904-1943).

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