Grândola, Vila Morena

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Grândola, Vila Morena
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Mur à Grândola en hommage à la chanson
Chanson de Zeca Afonso
extrait de l'album Cantigas do Maio
Sortie
Enregistré
Hérouville (France)
Durée 3:04
Auteur-compositeur Zeca Afonso

Pistes de Cantigas do Maio

Grândola, Vila Morena est une chanson portugaise composée par Zeca Afonso, qui raconte la fraternité des habitants de Grândola, une ville située dans l'Alentejo, au sud du Portugal.

Elle est considérée comme une chanson d'opposition au régime du dictateur Antonio de Oliveira Salazar, l'Estado Novo. Elle joue un rôle majeur dans le déclenchement de la révolution des Œillets qui restaure la démocratie au Portugal, le 25 avril 1974. C'est sa diffusion à la radio qui donne le signal aux militaires de renverser le pouvoir.

Historique[modifier | modifier le code]

L'importance historique de la chanson est notamment liée à son rôle dans la Révolution des Oeillets, le 25 avril 1974.

Les militaires du Mouvement des Forces Armées (MFA) qui ont décidé de renverser l'Estado Novo (autrement dit, la dictature salazariste qui sévissait depuis 40 ans au Portugal) ont en effet choisi de diffuser à la radio Grândola, Vila Morena pour donner le signal de déclenchement des opérations militaires. À 00h20, la chanson est diffusée sur Radio Renascença, dans la nuit du 24 au 25 avril 1974. C'est le signal qu'attendaient les militaires : les officiers du MFA prennent alors le contrôle de leurs unités et entament le mouvement de prise de contrôle des points stratégiques de la capitale[1].

Grândola, Vila Morena a été choisie pour plusieurs raisons : d'abord, par son aspect traditionnel (en effet, la musique reprend les codes des chansons populaires de l'Alentejo, os Cantos Alentejanos), elle éveillait ainsi peu de soupçon. Ensuite, son introduction (célébrissime : des pas lents et rythmés sur du gravier, enregistrés en 1971, à 3h du matin, au Château d'Hérouville avec Francisco Fanhais et José Mario Branco) donnent un air militaire à la chanson (alors que ce sont plutôt les pas lents des ouvriers agricoles de Grândola qui sont recherchés). Enfin, car elle exprime un idéal de fraternité populaire ("o povo é quem mais ordena", "c'est le peuple qui commande" peut-on y entendre) et que, contrairement à d'autres titres, elle n'est pas interdite par le pouvoir.

Zeca Afonso enregistre la chanson, ainsi que tout l'album Cantigas do Maio, sous la direction musicale de José Mario Branco et accompagné de son fidèle ami Francisco Fanhais, en 1971. Il ne jouera ce titre en live, pour la première fois, que le 10 mai 1972 : à Saint-Jacques-de-Compostelle en Galice, devant des étudiants et sous la surveillance de la police espagnole. Le 29 mars 1974, Zeca Afonso l'a interprétée en public à Lisbonne, lors d'un concert vu alors comme un signe d'opposition au régime salazariste.

Par la suite, cette chanson gagne en reconnaissance par la voix de l'une de ses interprètes, Linda de Suza. Elle est même réinterprétée, en 1974, par la chanteuse nationale de fado, Amália Rodrigues.

Le , un groupe de députés de gauche chante cette chanson révolutionnaire à l'Assemblée de la République ; de cet usage né le verbe grandolar en portugais, autrement dit "exprimer un mécontentement politique en chantant Grândola, Vila Morena". La chanson est souvent reprise lors des manifestations massives pour s'opposer à l'austérité imposée par le gouvernement[2].

En 2021, de nombreuses personnes découvrent la chanson dans la série espagnole La casa de papel. La série intègre en effet Grândola, Vila Morena à la fin de son cinquième épisode de la saison 5. Cette chanson, qui est déjà associée à la Révolution, se veut ainsi, dans cet épisode, un symbole de résistance.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Victor Pereira, C'est le peuple qui commande. La révolution des Oeillets 1974-1976., Paris, Editions du Détour, , 275 p. (ISBN 978-2-38532-032-4), p. 73
  2. « Zeca Afonso - Grândola, Vila Morena » [vidéo], sur YouTube (consulté le )

Article connexe[modifier | modifier le code]