Moldavie (région de Roumanie)

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Moldavie occidentale
La Moldavie occidentale (jaune foncé) et la Moldavie ex-soviétique (jaune pâle)Divisions administratives en 2016.
La Moldavie occidentale (jaune foncé) et la Moldavie ex-soviétique (jaune pâle)
Divisions administratives en 2016.
Administration
Pays Drapeau de la Roumanie Roumanie
Type Région culturelle traditionnelle
sans statut administratif
Autres villes Iași (capitale), Galați (port danubien), Suceava, Roman, Bacău, Bârlad...
Démographie
Population 4 700 000 hab. (2002)
Densité 158 hab./km2
Groupes ethniques Roumains moldaves (autour de 95 %)
Roms
Csángós
Lipovènes
Géographie
Altitude Min. Rive du Danube devant Galați : 5 m – Max. Pic Pietrosul Călimanilor : 2 100 m
Superficie 29 680 km2

En Roumanie, du point de vue géographique, la Moldavie (en roumain : Moldova ou Moldova occidentală) est une région traditionnelle de 29.680 km² soit la partie occidentale de la région historique de 86.783 km² issue de l’ancienne principauté de Moldavie. Cette région représente 46 % de l’ancienne Principauté et est limitée :

La Moldavie roumaine (nord-est, en vert foncé) avec la Bucovine (en bleu)
Limites des județe en gris fin.
Initialement divisée en "Haut-pays", "Bas-pays" et "Bessarabie" (originelle), la Moldavie a été partagée en Bucovine autrichienne (1775), Bessarabie russe (1812) et Moldavie occidentale (unie à la Valachie pour former la Roumanie en 1859).

Elle est peuplée par 4 700 000 habitants, Moldaves d’origine locale à 98 %[1]. Ainsi, 56 % des Moldaves vivent sur 46 % du territoire de l’ancienne Moldavie, en Roumanie, tandis que 44 % d’entre eux vivent sur 54 % du territoire de l’ancienne Moldavie, en république de Moldavie et en Ukraine où ils sont mélangés à des populations slaves. La république de Moldavie voisine possède 29.680 km²[2] soit 36 % de l’ancienne Principauté avec 4 325 000 habitants, d’origine locale à 69 % soit 3 288 000 personnes[3]. Enfin l’Ukraine possède 21.297 km² soit 18 % de l’ancienne Principauté avec 372 000 moldaves soit 11 % de la population des régions de Bucovine septentrionale et de Bessarabie du sud et 0,8 % de la population de l’Ukraine[4].

La Moldavie occidentale roumaine (correspondant à huit județe) est une appellation courante qui n’a pas actuellement de statut administratif et ne doit pas être confondue avec la région de développement Nord-Est de la Roumanie, qui n’occupe que six județe (les deux les plus méridionaux faisant partie de la région de développement Sud-Est) : voir l’article sur les subdivisions de la Roumanie.

Diverses appellations pour une même région[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Étymologie de Moldavie.

Le pays moldave ayant été habité dans l’Antiquité par les Daces, les protochronistes affirment que son nom dériverait des mots daces molta (beaucoup) ou molo (boue) et dava (cité). On a aussi avancé sans sources que l’origine du nom serait le mot molift ou molid désignant en roumain l’épicéa. Enfin, il existe une légende médiévale qui raconte que le voïvode Dragoș, fondateur de l’État moldave, aurait eu une chienne nommée Molda qui se serait noyée dans la rivière, désormais appelée Moldova, ainsi que le pays.

L’hypothèse sur laquelle s’accordent les historiens et les linguistes est que le nom de la principauté fondée par le prince Dragoș, venu du Maramureș voisin, nom qui désigne aussi la rivière Moldova, dérive de l’ancien germanique Mulda qui signifie « creux », « mine », ce qui est aussi le sens du nom roumain Baia, nom de la capitale de Dragoș. On sait que des mines y étaient exploitées par des maîtres extracteurs allemands, et l’on retrouve Mulda en Saxe et en Bohême. Les noms historiques du pays sont Moldova en roumain, Moldva en magyar, Moldavie en français, Moldau en allemand et Moldavia dans plusieurs langues telles que l’anglais ou l’espagnol. Mais par le passé, la principauté a aussi été nommée Valachie orientale, Bogdano-Valachie et même Bogdanie d’après le nom du voïvode Bogdan. Une valachie désigne en ancien français (et dans les autres langues européennes : Walachei, Wallachia, Vlachföld, Valachia…) une principauté roumanophone ; la Valachie intérieure était la Transylvanie (intérieure au royaume hongrois) et l’Hongro-Valachie ou Valachie extérieure était l’actuelle Valachie (située au sud-est et à l’extérieur de la Hongrie), principauté elle-même divisée en Grande-Valachie (Munténie) et Petite-Valachie (Olténie). Le nom de Valaques désignait à l’étranger les populations à parler roman dans ces régions, jusqu’à ce qu’Émile Ollivier et Élisée Reclus fassent adopter en français le nom de Roumains, francisation de Rumâni ou Români, endonyme par lequel ces populations s'identifiaient[5]. D’autres appellations de la même famille sont la Valachie morave (ancien district de bergers roumanophones dans l’est de l’actuelle République tchèque), et la Valachia meridionalis sive graeca (pays des Aroumains dans l’actuelle Macédoine)[6].

Divisions et sémantique[modifier | modifier le code]

À partir du XVe siècle, la Principauté de Moldavie est divisée en Țara de Sus (« Haut-Pays »), comprenant la future Bucovine, et Țara de Jos (« Bas-Pays »). Les capitales du pays ont été successivement Baia et Siret au XIVe siècle, Suceava et Iași au XVIe siècle. En 1484 les Turcs s’emparent des rivages danubiens et maritimes de la Moldavie, nommés Bessarabie depuis que les voïvodes Basarab de Valachie en avaient chassé les tatars (en 1328). Lorsqu’en 1812 la Russie annexe la moitié orientale de la Moldavie entre Prut et Dniestr, les gouverneurs russes utilisent ce nom de Bessarabie pour désigner l’ensemble du territoire annexé, aujourd’hui partagé entre l’Ukraine et la république de Moldavie. Depuis lors, dans les Principautés danubiennes et la Roumanie qui leur succède, le nom de « Moldavie » (Moldova en roumain) ne désigne progressivement plus que la moitié occidentale, dont il devient synonyme dans le langage courant (qui désigne les Moldaves originaires de la moitié orientale ex-russe et soviétique par le nom de « Bessarabiens »)[7].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Recensement de 2002 - Evenimentul.ro - 25 février 2009.
  2. Le territoire de la République de Moldavie compte 33.843 km² mais tous ne font pas partie de celui de l’ancienne principauté de Moldavie puisque 4.163 km² (que l'état moldave ne contrôle d'ailleurs pas) appartiennent, sur le rive gauche du Dniestr, aux régions historiques de Podolie et du Yedisan.
  3. (ro)(en) Recensămîntul populației 2004.
  4. (en) « The World Factbook », CIA (2006) ; (en) ONU (2004).
  5. Les anciens chroniqueurs moldaves Grigore Ureche, Ion Neculce ou Dimitrie Cantemir mentionné comme endonyme depuis le XVIe siècle comme en attestent :
    • Tranquillo Andronico écrit en 1534 que les roumains ("Valachi") "s’appellent eux-mêmes romains" ("nunc se Romanos vocant" in: A. Verress, Acta et Epistolae, I, p. 243).
    • En 1532 Francesco della Valle accompagnant le gouverneur Aloisio Gritti note que les roumains ont préservé leur nom de romains et qu' "ils s’appellent eux-mêmes roumains (Romei) dans leur langue". Il cite même une phrase : "Sti rominest ?" ("sais-tu roumain ?", roum. :"știi românește ?"): "...si dimandano in lingua loro Romei...se alcuno dimanda se sano parlare in la lingua valacca, dicono a questo in questo modo: Sti Rominest ? Che vol dire: Sai tu Romano..." (in: Cl. Isopescu, Notizie intorno ai romeni nella letteratura geografica italiana del Cinquecento, in Bulletin de la Section Historique, XVI, 1929, p. 1-90.
    • Ferrante Capeci écrit vers 1575 que les habitants des "provinces valaques de Transsylvanie, Moldavie, Hongro-valaquie et Mésie" s’appellent eux-mêmes roumains (romanesci) (“Anzi essi si chiamano romanesci, e vogliono molti che erano mandati quì quei che erano dannati a cavar metalli...” in Maria Holban, Călători străini despre Țările Române, vol. II, p. 158-161.
    • Pierre Lescalopier remarque en 1574 que "Tout ce pays la Wallachie et Moldavie et la plus part de la Transilvanie a esté peuplé des colonies romaines du temps de Trajan l’empereur…Ceux du pays se disent vrais successeurs des Romains et nomment leur parler romanechte, c'est-à-dire romain…" (Voyage fait par moy, Pierre Lescalopier l’an 1574 de Venise a Constantinople, fol 48 in Paul Cernovodeanu, Studii și materiale de istorie medievală, IV, 1960, p. 444).
    • Le saxon transylvain Johann Lebel note en 1542 que les Valaques se désignent eux-mêmes sous le nom de « Romuini“: "Ex Vlachi Valachi, Romanenses Italiani, /Quorum reliquae Romanensi lingua utuntur.../Solo Romanos nomine, sine re, repraesentantes./Ideirco vulgariter Romuini sunt appelanti" (Ioannes Lebelius, De opido Thalmus, Carmen Istoricum, Cibinii, 1779, p. 11-12.
    • Le chroniqueur polonais Orichovius (Stanislaw Orzechowski) observe en 1554 qu’ «en leur langue ils s’appellent romin, selon les romains et valaques en polonais, d’après les italiens» ("qui eorum lingua Romini ab Romanis, nostra Walachi, ab Italis appellantur" in: St. Orichovius, Annales polonici ab excessu Sigismundi, in I. Dlugossus, Historiae polonicae libri XII, col 1555).
    • Le croate Anton Verancsics remarque vers 1570 que les Valaques se nomment eux-mêmes romains (roumains): „...Valacchi, qui se Romanos nominant...„ “Gens quae ear terras (Transsylvaniam, Moldaviam et Transalpinam) nostra aetate incolit, Valacchi sunt, eaque a Romania ducit originem, tametsi nomine longe alieno...“ (in: De situ Transsylvaniae, Moldaviae et Transaplinae, in Monumenta Hungariae Historica, Scriptores; II, Pesta, 1857, p. 120).
    • Le hongrois transylvain Martinus Szent-Ivany cite en 1699 les expressions : "Sie noi sentem Rumeni" ("nous aussi, nous sommes roumains", pour le roum. : "Și noi suntem români") et "Noi sentem di sange Rumena" ("nous sommes de sang roumain", pour le roum.: "Noi suntem de sânge român"): Martinus Szent-Ivany, Dissertatio Paralimpomenica rerum memorabilium Hungariae, Tyrnaviae, 1699, p. 39.
    • À la même époque, Grigore Ureche (Letopisețul Țării Moldovei, p. 133-134) écrit : "În Țara Ardealului nu lăcuiesc numai unguri, ce și sași peste seamă de mulți și români peste tot locul...".
    • Enfin, dans son testament littéraire, Ienăchiță Văcărescu écrit: "Urmașilor mei Văcărești!/Las vouă moștenire:/Creșterea limbei românești/Ș-a patriei cinstire." Enfin dans une "Istoria faptelor lui Mavroghene-Vodă și a răzmeriței din timpul lui pe la 1790" un Pitar Hristache versifie: "Încep după-a mea ideie/Cu vreo câteva condeie/Povestea mavroghenească/Dela Țara Românească".
  6. Ion Ciortan, Măriuca Radu, Octavian Ion Penda, Descriptio Romaniae (cartographie), Musée national des anciennes cartes et livres, R.a. Monitorul oficial, Bucarest, 2004.
  7. Dragoș Moldovanu, Tezaurul toponimic al României : Moldova, Vol. 1, ., Institutul de Filogogie Română "Alexandru Philippide", éd. de l'Académie roumaine, Bucarest 1992

Voir aussi[modifier | modifier le code]