Psyché (mythologie)

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Psyché (en grec ancien Ψυχή / Psykhế, souvent traduit par âme) est un personnage qui apparaît dans un roman qu'Apulée a écrit entre 160 et 180, les Métamorphoses (4, 28-6,24). On a longtemps cru que cet épisode s'inspirait d'un original grec. Mais le personnage d'Apulée n'a pas les caractéristiques physiques de l'allégorie de l'âme que l'on trouve dans l'iconographie gréco-romaine : il en est distinct parce qu'il ne possède pas d'ailes de papillon.

Apulée se réfère essentiellement à la vie humaine de Psyché qui ne dispose, par conséquent, pas encore de ses attributs divins. Seul le dernier paragraphe de cette histoire (table 24) évoque la déification de la princesse[1].

Dans les Métamorphoses, l'histoire de Cupidon et Psyché est présentée sous la forme d'un récit enchâssé dans l'œuvre principale, raconté par une vieille femme à une jeune fille enlevée par des brigands, dans le but de lui changer les idées. L'histoire terminée, Apulée fait malicieusement dire à son héros Lucius, changé en âne, qu'il « se désolait de ne pas avoir de tablettes ni de stylet pour prendre en note une si belle histoire » (VI, 25, 1), ce qui peut signifier que l'auteur s'est réellement inspiré d'un conte oral.

Histoire[modifier | modifier le code]

Mosaïque d'époque romaine trouvée dans une villa à Cordoue (Espagne)

Psyché est une princesse d'une beauté si parfaite qu'elle excite la jalousie d'Aphrodite, à laquelle on la compare. Elle a deux sœurs aînées, d'une grande beauté également, mais sur lesquelles Psyché l'emporte de loin. Toutefois, contrairement à ses sœurs, elle ne trouve pas d'époux, les foules se contentant de venir la contempler comme une œuvre d'art et de la vénérer comme une déesse, au point d'oublier de célébrer Aphrodite. La déesse, jalouse de cette rivale et offensée par un tel sacrilège, ordonne à Cupidon de la rendre amoureuse du mortel le plus méprisable qui soit. Cependant, alors que le dieu s'apprête à remplir sa mission, il tombe lui-même amoureux de Psyché en se blessant avec l'une de ses propres flèches.

Le père de Psyché, désespéré de voir que sa fille ne trouve pas d'époux, se rend à Didymes pour supplier Apollon de permettre à Psyché de se marier. L'oracle est catégorique : Psyché doit être abandonnée sur un rocher au sommet d'une colline, où viendra la chercher son futur époux, un horrible monstre.

Désolé mais résigné, le père de Psyché exécute les ordres divins et abandonne sa fille à son funeste destin. Cependant, Zéphyr, le doux Vent de l'ouest, emporte la jeune femme jusqu'à une merveilleuse vallée. Il dépose délicatement la princesse dans l'herbe tendre, non loin d'un magnifique palais. Psyché y pénètre et y découvre un savoureux festin qui l'attend ; elle est servie par des personnages invisibles, dont elle entend seulement les voix. Elle s'endort ensuite dans une chambre somptueuse.

Plus tard dans la nuit, son mystérieux époux (Eros) la rejoint, lui demandant de ne jamais chercher à connaître son identité, cachée par l'obscurité de la chambre. Toutes les nuits, il lui rend visite puis la quitte avant l'aurore. La jeune femme apprécie de plus en plus les étreintes et les mots doux qu'ils échangent alors. Rien ne manque au bonheur de Psyché, si ce n'est de connaître le visage et le nom de son amant nocturne, et de revoir sa famille.

C'est alors que la Renommée informe les deux sœurs de Psyché du triste sort de cette dernière, que l'on croit morte sur Terre. Celles-ci se lamentent, accablées de douleur. Psyché, ne pouvant supporter de voir ses sœurs pleurer ainsi, convainc son époux de lui permettre de les inviter. Les deux sœurs, amenées aussitôt par Zéphyr au palais de Cupidon, sont finalement folles de jalousie à la vue de tant de richesses et de bonheur. Lors d'une autre visite, elles persuadent Psyché que son époux n'est rien d'autre que l'horrible monstre de l'oracle, et qu'il est de son devoir de le tuer, à moins qu'elle ne veuille être dévorée. Terrifiée à cette idée, la jeune fille profite du sommeil de son amant pour allumer une lampe à huile afin de percer le mystère. Elle découvre alors le jeune homme le plus radieux qu'elle ait jamais vu. Mais une goutte d'huile brûlante tombe sur l'épaule droite du dieu endormi, qui se réveille aussitôt et s'enfuit. Dans un élan de désespoir, Psyché s'agrippe à la jambe de son mari, mais prise de fatigue, elle lâche prise et tombe. Cupidon, attendri, répugne à la laisser en cet état ; il fait atterrir son épouse délicatement, et part, cette fois pour de bon.

L'Enlèvement de Psyché, par William Bouguereau.

Folle de chagrin et de remords, Psyché se jette dans une rivière. Mais la rivière, compatissante, la dépose sur la berge, où est assis le dieu Pan. Ce dernier conseille à Psyché de tout faire pour reconquérir l'amour de Cupidon. Elle erre alors de temple en temple, rencontrant Cérès et Junon, déesses qui, ne voulant pas se fâcher avec Aphrodite, refusent de l'aider dans sa quête. Pendant ce temps, Cupidon, malade de sa brûlure , souffrait sur le lit de sa mère, tandis que celle-ci se baignait dans l'océan. Or, une mouette va trouver la déesse de la beauté, et lui raconte tout l'histoire. Aphrodite dispute alors et séquestre son fils dans son palais. Puis, elle charge Mercure de lui ramener Psyché (qui hésitait déjà à se rendre au palais de sa belle-mère).

Sur l'ordre d'Aphrodite, l'Inquiétude et la Tristesse rouent alors de coups et torturent la pauvre Psyché. Puis, celle-ci est soumise à toutes sortes d'épreuves, telle une esclave :

  • D'abord, elle doit trier, en une soirée, un énorme tas de grains de variétés différentes. Par bonheur, des fourmis, prises de pitié, l'aident à accomplir sa tâche, et le tas est trié à temps.
  • Ensuite, elle est contrainte de rapporter à Aphrodite de la laine de terribles brebis enragées à la toison d'or. Psyché, désespérée, allait se jeter dans une rivière voisine lorsqu'un roseau, ému par l'infortune de la jeune femme, lui indique la marche à suivre : « Tant que le soleil de midi darde ses rayons, ces brebis sont possédées d'une espèce de rage. Tout mortel alors doit redouter les blessures de leurs cornes acérées, le choc de leur front de pierre, et la morsure de leurs dents venimeuses ; mais une fois que le méridien aura tempéré l'ardeur de l'astre du jour, que les brises de la rivière auront rafraîchi le sang de ces furieux animaux, tu pourras sans crainte gagner ce haut platane nourri des mêmes eaux que moi, et trouver sous son feuillage un sûr abri. Alors tu n'auras, pour te procurer de la laine d'or, qu'à secouer les branches des arbres voisins, où elle s'attache par flocons. » [réf. nécessaire]
  • Puis elle doit rapporter de l'eau du Styx, puisée à même la source. Cette dernière se situe au sommet d'une haute montagne gardée par des dragons. C'est alors que l'aigle de Zeus, à son tour pris de pitié, décide d'aider Psyché. L'oiseau royal va donc remplir une fiole avec de l'eau du Styx, fiole qu'il remet ensuite à la jeune femme.
  • Psyché doit mettre dans une boîte une parcelle de la beauté de Perséphone, la reine des Enfers. Épuisée, Psyché est à nouveau tentée de mettre fin à ses jours. Elle est sur le point de se jeter du haut d'une tour quand, soudain, la tour commence à lui parler, la convainc de rester en vie et lui indique même comment réussir cette épreuve. Ainsi, elle parvient à récupérer une parcelle de la beauté de Perséphone. Mais sa curiosité la perd : pensant que la beauté de la déesse l'aidera à reconquérir Cupidon, Psyché ouvre la boîte et, aussitôt, plonge dans un profond sommeil, pareil à la mort.

Entre-temps, Cupidon, dont la blessure a cicatrisé et les forces sont revenues, s'est échappé du palais d'Aphrodite. Toujours épris de Psyché, il la ranime doucement avec la pointe d'une de ses flèches. Puis il l'emmène devant Zeus en personne, qui convoque les dieux de l'Olympe, et annonce publiquement le mariage de Cupidon et Psyché. Celle-ci est invitée à consommer l'ambroisie, ce qui lui confère l'immortalité et la dote de délicates ailes de papillon. Le dieu et la nouvelle déesse sont alors unis en présence de tout le Panthéon, et un merveilleux banquet s'ensuit. Quelque temps plus tard, Psyché donne à Cupidon une fille, nommée Volupté (Plaisir). L'amour (Cupidon) et l'âme (Psyché) sont ainsi réunis pour l'éternité.

Analyse comparée[modifier | modifier le code]

Les folkloristes considèrent généralement que le récit d'Apulée est la première attestation du conte-type ATU 425B « Fils de la sorcière »[2]. La tradition des contes de la Belle et la Bête (ATU 425C) est apparentée à cette variante mais s'en distingue nettement. Graham Anderson, spécialiste du folklore antique, concluait en l'an 2000 que la recherche folklorique n'avait pas permis de mettre en valeur l'origine de l'histoire racontée par Apulée[3]. Plus récemment, plusieurs études sont revenues sur les hypothèses d'Henri Basset et Émile Dermenghem, deux auteurs défendant, dès l'époque coloniale, l'origine nord-africaine de l'histoire. Le corpus de contes berbères nouvellement réuni possède des similitudes frappantes avec certains points de l'histoire d'Apulée, notamment avec les motifs de l'interdiction de voir son mari surnaturel (C32.1 Thompson) ou du tri des graines par des fourmis (H1091.1 Thompson)[4]. Parmi ces contes berbères qui partagent des traits fondamentaux avec le récit d'Apulée, on peut citer L'oiseau de l'orage traduit en français par Taos Amrouche dans le Grain magique.

Évocations artistiques[modifier | modifier le code]

Peintures :

L'Enlèvement de Psyché par Paul Baudry (1885)

Sculptures :

Gravures :

Tapisseries :

Vitraux :

Littérature :

Contes populaires : De nombreux motifs du récit réapparaissent dans les contes populaires de divers pays, par exemple :

Musique :

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Apulée, L'Âne d'or ou Les Métamorphoses, préface de Jean-Louis Bory, trad. et notes de Pierre Grimal, Gallimard / Folio classique, 1998 (ISBN 2-07-036629-4) (pp.110-151)
  • Henri Lemaître, Essai sur le mythe de Psyché dans la littérature française des origines à 1890, Boivin, Paris, 1939 ;
  • Jean de Palacio, Les Métamorphoses de Psyché, Séguier, Paris, 1999 ;
  • Sonia Cavicchioli, Eros et Psyché, Flammarion, Paris, 2002 ;
  • Véronique Gély, L'Invention d'un mythe : Psyché. Allégorie et fiction, du siècle de Platon au temps de La Fontaine, Honoré Champion, Paris, 2006.
  • (el) Ouvrage collectif écrit en grec, dédié à Cornelius Castoriadis, l'un des auteurs est Yorgos Oikonomou "Psyché, Logos, Polis", éditions Epsilon, Athènes, 2007.
  • (en) Emmanuel et Nedjima Plantade, Psyche Libyca: Apuleius and the Berber Folktales, dans B.T. Lee, E. Finkelpearl, L. Graverini (éd.), Apuleius and Africa, Routledge, New York/London, 2014, 174-202.
  • Emmanuel et Nedjima Plantade, Psyché (d'Apulée), Encyclopédie Berbère, 37, 2015, 6588-6602.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Apulée, L'âne d'or ou les métamorphoses, Gallimard, , p. 195, table 24
  2. (en) Hans-Jörg Uther, The Types of International Folktales, Helsinki, FFC, , vol.1, p.250
  3. (en) Graham Anderson, Fairytale in Ancient World, London, , p.58
  4. (en) Emmanuel et Nedjima Plantade, Apuleius and Africa, New York, Routledge, , p.181-184 et p.189-190
  5. National Gallery of Victoria, Melbourne, "Cupidon et Psyché" dans les collections
  6. Jean Vittet, L'énigme de « L'Histoire de Psyché », L'Objet d'Art hors-série n°43, mai 2009, pp.33-43.
  7. Nicole Garnier-Pelle, Les vitraux de la Galerie de Psyché, L'Objet d'Art hors-série n°43, mai 2009, pp.56-63.