Taos Amrouche

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Marguerite Taos Amrouche
Description de cette image, également commentée ci-après
La maison de Taos Amrouche à Saint-Michel-l'Observatoire.
Informations générales
Nom de naissance Taos Amrouche
Naissance
Tunis (Protectorat français de Tunisie)
Décès (à 63 ans)
Saint-Michel-l'Observatoire (France)
Activité principale écrivaine, chanteuse
Genre musical Interprète de chants traditionnels kabyles
Années actives 1967-1976

Taos Amrouche (en kabyle : Ṭawes Ɛemruc), dite Marguerite Taos Amrouche, née le à Tunis et morte le à Saint-Michel-l'Observatoire (Alpes-de-Haute-Provence), est une artiste, écrivaine d'expression française et interprète de chants traditionnels kabyles. Elle est la fille de Fadhma Aït Mansour Amrouche et la sœur de Jean Amrouche.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Taos Amrouche est issue d'une famille kabyle chrétienne[1],[2],[3]. Marie-Louise est son prénom chrétien[4]. Ses parents, Antoine-Belkacem Amrouche (vers 1880-1958) et Marguerite-Fadhma Aït Mansour (vers 1882-1967), sont tous deux des Kabyles convertis au catholicisme dans leur jeunesse. Ils se sont mariés vers 1898. Après avoir vécu chez les parents de Belkacem dans un village des monts Bibans de l'actuelle commune d'Ighil Ali, Béjaïa, en Kabylie (Algérie), où son frère Jean Amrouche est né en 1906, ils quittent l'Algérie pour s'installer à Tunis en 1910. Ils y obtiennent la nationalité française de plein droit.

Formation[modifier | modifier le code]

Elle obtient le brevet supérieur à Tunis[5] puis s'installe à Paris et se consacre aux chants berbères de Kabylie[6].

Carrière littéraire et lyrique[modifier | modifier le code]

Son premier roman, Jacinthe noire, est publié en 1947, six ans après la fin de sa rédaction commencée entre 1935 et 1937[2].

Dans Jacinthe noire, Taos Amrouche fait une utilisation particulière et réflexive du « je », puisqu'il est utilisé par la narratrice pour décrire une jeune reine, qui est aussi l'autrice[2]. Le roman raconte l'histoire de Reine, personnage envoûtant et marginal venu de Tunisie, qui est accueillie par Maïthé dans une pension de famille. Reine est si différente qu'elle finit par en être chassée. Reine, qui vit dans une grande solitude, éprouve le besoin d'être appréciée et comprise, mais, d'une sensibilité maladive, elle se sent exclue du groupe. Jacinthe noire est un roman intimiste[2].

La mère de Taos Amrouche est une enfant illégitime, devenue tardivement catholique. La famille fréquente des exilés et des marginaux et Taos et son frère se sentent « à part ». Ces éléments sont repris dans ses romans, notamment Rue des tambourins, qui est autobiographique[2].

Son œuvre littéraire, au style très vif, est largement inspirée par la culture orale de Kabylie dont elle est imprégnée par l'influence de sa mère, mais aussi par son expérience de femme, ce qui fait qu'elle a pu être qualifiée de « narcissique »[2]. En signe de reconnaissance envers sa mère, qui lui a transmis tant de chansons, de contes et d'éléments du patrimoine oral, elle signe Marguerite-Taos le recueil Le Grain magique, joignant à son prénom celui sous lequel sa mère a reçu le baptême.

Parallèlement à sa carrière littéraire, elle interprète de très nombreux chants amazighs. Ces textes sont par ailleurs traduits par son frère Jean. Dotée d'une voix exceptionnelle, elle se produit sur de nombreuses scènes, comme au Festival des arts nègres de Dakar en 1966. Seule l'Algérie lui refuse les honneurs : elle n'est pas invitée au Festival culturel panafricain d'Alger en 1969. Elle s'y rend tout de même pour chanter devant les étudiants d'Alger.

Taos Amrouche a participé à la fondation de l'Académie berbère de Paris en 1966[7].

Elle fut l'épouse du peintre français André Bourdil, Prix Abd-el-Tif 1942.

Taos Amrouche a recueilli des contes que sa mère lui a racontés dans son enfance. Ce sont des récits venus de Kabylie, du côté des hautes montagnes qui bordent le nord du Sahara.

Émissions radiophoniques[modifier | modifier le code]

Comme son frère Jean, Taos Amrouche a produit plusieurs émissions pour la radio française.

L'heure de Shéhérazade ; l'heure de Shakespeare[modifier | modifier le code]

Émissions de fiction coproduites par André Bourdil, diffusées sur Paris Inter en 1951.

L’Étoile de chance[modifier | modifier le code]

La tombe de Taos Amrouche au cimetière de Saint-Michel-l'Observatoire.

Dans cette émission bimensuelle, dont le titre lui est inspiré par la disparition d'Antoine de Saint-Exupéry[5], elle reçoit une personnalité qui vient dévoiler sa biographie, son itinéraire, et les étoiles de chance qui ont permis l'éclosion de sa vocation. Émission diffusée sur France Inter et Inter-Variétés du au et dans laquelle la fille de Taos, Laurence Bourdil, lisait des extraits de textes des invités.

Parmi ses invités :

  • 1re émission le 27/09/1961 : Gabriel Audisio (Taos Amrouche explique à son invité dans ces termes pourquoi elle l'a choisi pour sa première émission : « Gabriel Audisio, laissez-moi dire la raison personnelle qui me fait commencer par vous cette série d'émissions qui a pour titre L'Étoile de chance. N'est-ce pas vous qui, il y a vingt-quatre ans, m'avez donné le baptême des ondes en me poussant à chanter pour la première fois mes chants berbères ? Vous avez été ce jour-là, mon étoile de chance. »[8]
  • 31/01/1962 : Marcel Mouloudji
  • 05/12/1962 : Djamila Debèche
  • 08/05/1963 : Yacine Kateb
  • 12/11/1964 : Mohammed Dib
  • 08/04/1965 : Jean Pélégri
  • 10/06/1965 : Aimé Césaire
  • 24/06/1965 : François Maspero
  • 12/07/1966 : Malek Haddad
  • 13/09/1966 : Albert Memmi
  • 21/02/1969 : Zora Boumedienne (1re partie)
  • 03/03/1969 : Zora Boumedienne (2e partie)
  • 20/02/1970 : Marcel Reggui (1re partie)
  • 06/03/1970 : Marcel Reggui (2e partie)
  • 21/08/1970 : Jean-Marie Serreau (1re partie)
  • 04/09/1970 : Jean-Marie Serreau (2e partie)
  • 04/10/1970 : Mohammed Dib (1re partie)
  • 18/10/1970 : Mohammed Dib (2e partie)
  • 17/01/1971 : Nabile Farès
  • 20/06/1971 : Ramdane Sadi (frère de Saïd Sadi, étudiant en mathématiques à l'époque)
  • 19/05/1972 : Leïla Ben Sedira

Entretiens avec[modifier | modifier le code]

  • Rencontre avec Jean Giono, série d'entretiens réalisés chez Jean Giono par Taos et Jean Amrouche. 49 entretiens (environ 10 heures) diffusés entre le et le sur la Chaîne nationale.
  • Jean Giono, Entretiens avec Jean Amrouche et Taos Amrouche, Paris, éd. Gallimard, 1990.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Maison de la culture Taos Amrouche à Béjaïa.

Œuvres littéraires[modifier | modifier le code]

Discographie[modifier | modifier le code]

  • Chants berbères de Kabylie, 1967, Grand prix du disque.
  • Chants de processions, méditations et danses sacrées berbères, 1967.
  • Chants de l'Atlas, 1971.
  • Chants espagnols archaïques de la Alberca, 1972.
  • Incantations, méditations et danses sacrées berbères, 1974.
  • Chants berbères de la meule et du berceau, 1975.
  • Les chants de Taos, coffret : un album et cinq CD, L'Empreinte Digitale, 2002.

Hommages[modifier | modifier le code]

  • La ville de Mont-Saint-Martin inaugure le la Maison "Taos Amrouche"
  • Le chanteur kabyle Oulahlou, issu de la même commune natale, a écrit la chanson "Marguerite" en son hommage dans l'album Arraw n tleli sorti en 2006[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Amrouche Jean (1906-1962) », Universalis (consulté le ).
  2. a b c d e et f Jean Déjeux, La littérature féminine de langue française au Maghreb, (ISBN 2-86537-500-5 et 978-2-86537-500-4, OCLC 31850459, lire en ligne), p. 72-84.
  3. « Les chrétiens d’Algérie, une minorité discrète «qui ne se cache plus» », sur www.arabnews.fr (consulté le )
  4. Déjeux, J. et Pantuček, S., « Amrouche », Encyclopédie berbère, no 4,‎ (ISSN 1015-7344, lire en ligne, consulté le ).
  5. a et b « Marguerite Taos Amrouche », sur www.lehall.com (consulté le ).
  6. « World music Les chants de Taos Amrouche - Chants berbères de Kabylie, La Librairie sonore », sur www.fremeaux.com (consulté le ).
  7. « Taos Amrouche ».
  8. Toutes les émissions sont conservées par l'INA et sont consultables au centre de l'Inathèque qui se trouve à la BNF en salle P.
  9. « Oulahlou Marguerite » (consulté le )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Maspéro, "Le merle blanc de Kabylie", dans Le Monde des Livres, Paris, .
  • Dans ses deux livres Ces voix qui m'assiègent
Djebar, Assia, 1936-2015., Ces voix qui m'assiègent : --en marge de ma francophonie, Presses de l'Université de Montréal, (ISBN 2-7606-1750-5 et 9782760617506, OCLC 243565381, lire en ligne) (chapitre Taos ou le chant du phénix) et Le blanc de l'Algérie
Djebar, Assia, 1936-2015., Le blanc de l'Algérie : récit, Paris, A. Michel, , 279 p. (ISBN 2-226-08457-6 et 9782226084576, OCLC 34873916, lire en ligne) (chapitre Quatre femmes et un adieu), Assia Djebar détaille la vie, l’œuvre et les circonstances de la mort de Taos Amrouche.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]