Philippe de Dieuleveult

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Philippe de Dieuleveult
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Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 34 ans)
Chutes d'IngaVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Philippe Jacques Marie de DieuleveultVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Famille
Conjoint
Diane de Torquat de La Coulerie (d) (de à )Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfant
Tugdual de Dieuleveult (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
A travaillé pour

Philippe de Dieuleveult, né le à Versailles et disparu le aux abords des chutes d'Inga au Zaïre, est un journaliste reporter d'images et animateur de télévision français.

De 1981 à 1984, il coanime sur Antenne 2 le célèbre jeu télévisé La Chasse aux trésors dans lequel, chaque semaine, il incarne le rôle du journaliste-aventurier prêt à tous les exploits aux quatre coins du monde. Sa disparition mystérieuse au Zaïre en 1985 reste controversée et sujette à plusieurs hypothèses.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

Philippe de Dieuleveult est issu d'une ancienne famille bretonne, la famille de Dieuleveult[1]. Il est le benjamin d'une fratrie de sept frères, dont Yves (1938), Jacques (1939-1989), Guy (1941-1973), Jean (1942-2015), Hugues (1946) et Éric (1950-1991).

Il est élevé durement par sa mère : « Aux prises quotidiennes avec sept garnements, ma mère avait décidé que l'ordre et l'autorité seraient maintenus. Elle se promenait donc, du matin au soir avec une ceinture de cuir suspendue à sa taille. J'ai souvent éprouvé le contact de cette lanière de cuir qui parfois m'a fait saigner »[2].

En 1977, il se marie avec Diane de Torquat, qui est une descendante du corsaire Robert Surcouf, avec laquelle il aura trois enfants : Erwann (1978), Tugdual (1981) et une fille, Anaïd, née le , quelques jours après sa disparition.

Formation et débuts[modifier | modifier le code]

Il accomplit son service militaire au 1er régiment de chasseurs parachutistes. Il est diplômé « Conducteur de travaux "Bâtiment" » de l'ESTP (1975)[réf. nécessaire].

Successivement cadreur, puis pigiste à Antenne 2, Philippe de Dieuleveult se destine assez vite au reportage. En , il se classe troisième à l'émission des télévisions francophones La Course autour du monde qui permet aux candidats, en échange d'un reportage par semaine diffusé sur les télévisions francophones organisatrices, de partir à la découverte du monde pendant quatre mois, caméra Super 8 au poing[réf. nécessaire].

Carrière audiovisuelle[modifier | modifier le code]

En 1979, Philippe de Dieuleveult est engagé comme journaliste reporter d'images (JRI) par Jean-Claude Criton, journaliste, producteur et réalisateur d'une émission spéciale pour FR3 (Le Nouveau Vendredi de Jean-Marie Cavada) sur le Tchad. En 1980, juste après la révolution iranienne, il accompagne Alain Dubos (vice-président de Médecins sans frontières) en Iran dans une mission d'exploration clandestine, à des fins d'aide humanitaire[3]. Selon le site Observatoire de l'action humanitaire, il est bénévole pour MSF France[4].

À partir du , il coanime sur Antenne 2 l'émission de jeu La Chasse aux trésors, tout d'abord avec Philippe Gildas. Le jeu passionnera le public francophone pendant plus de quatre ans. Enregistrant l'émission chaque semaine dans un pays différent dans le monde entier, il marque alors les téléspectateurs par sa sympathie, son humour et ses prises de risques (chute depuis un hélicoptère, plongée sous-marine, saut en parachute en direct, etc.). L'émission, diffusée le dimanche soir, arrivera souvent en tête des audiences. Il chevauche souvent une Yamaha Ténéré pour effectuer ses explorations[5]. Il coanime l'émission avec Jean Lanzi et Marie-Thérèse Cuny en 1982, puis avec Didier Lecat et Elsa Manet. Le dernier numéro, qui se déroule à Ndjolé, au Gabon, est diffusé sur la TSR le puis sur Antenne 2 le 2 décembre suivant.

En 1980, Philippe de Dieuleveult frôle de peu la noyade en tentant d'accéder au fort Boyard en mer agitée. Il y reste coincé trois heures avant d'être secouru en hélicoptère. Cet épisode inspire par la suite Jacques Antoine (créateur de La Chasse aux trésors) dans la création de l'émission télévisuelle Fort Boyard[6].

Autres activités[modifier | modifier le code]

Dans le même temps que ses activités télévisuelles, Philippe de Dieuleveult enregistre en 1984 un disque, Los Angeles 84, à l'occasion des Jeux olympiques de Los Angeles. Puis il publie son autobiographie, J'ai du ciel bleu dans mon passeport (Grasset), qui en l'espace de cinq semaines devient un best-seller avec plus de 300 000 exemplaires vendus.

Ce passionné d'aventures en Afrique envisage aussi de participer au Paris Dakar 1985/1986 en tant que journaliste chroniqueur des étapes. Finalement, ce sera Gérard Holtz qui le remplacera.

A noter que c'est justement sur ce Rallye Dakar 1986 que disparaîtra Jean-Paul Le Fur[7]qui avait participé avec lui sur ses émissions télévisés de 1981 à 1984, accident d'hélicoptère qui a causé entre autres la mort aussi de Thierry Sabine et du chanteur Daniel Balavoine. Son ami Michel Colucci dit Coluche disparaîtra également cinq mois et cinq jours plus tard dans un accident de moto sur la Côte d'Azur le 19 juin 1986[8].

Officier de réserve de la DGSE[modifier | modifier le code]

Parallèlement à ses activités dans les médias, Philippe de Dieuleveult est capitaine de réserve de la direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE), le service de renseignement français[9],[a].

Cette appartenance est révélée par son frère Jean, le  :

« — Il appartenait aux services secrets français : il mʼavait confié ça il y a une vingtaine dʼannées, parce que jʼétais officier, et son frère. Mais ça cʼest tout à son honneur ! Il servait la France. Cʼest une façon de servir son pays que dʼappartenir aux services secrets.
— Dans ses missions (lui demande alors le journaliste), il servait aussi la France ?
— Dans ses missions, oui : tout officier sert la France ! et le renseignement, cʼest la base de tout ! […]
— Est-ce que lorsquʼil sʼest présenté aux barrages d'Inga, il pouvait avoir une deuxième casquette qui était celle dʼofficier des renseignements ?
— Non. Parce que jʼai rencontré à lʼépoque, il y a neuf ans, le patron du service Action, qui mʼa certifié que Philippe nʼétait pas en mission. Il mʼa donné sa parole dʼofficier[10]. »

Le fait sera formellement confirmé par son fils Tugdual dans son documentaire Philippe de Dieuleveult : enquête sur un mystère (2006), qui présente à l'écran les convocations de son père à des stages d'entraînement[11]. Dans ce même documentaire, sa femme, Diane, affirme qu'elle le savait depuis le début, « parce qu'il me l'avait dit », et laisse entendre qu'il s'agit alors dans la famille, d'un secret de polichinelle. Quant au patron de la DGSE de l'époque, il écrira aux enquêteurs (dans un document visible dans le documentaire de Tugdual de Dieuleveult) :

« Monsieur Philippe de Dieuleveult a été en contact épisodique avec le Service à partir de 1979 où il a réalisé un stage de sélection afin dʼintégrer les réservistes du Service. Il y a été admis le . Ce statut de réserviste nʼimplique en aucune manière que lʼintéressé fasse partie des effectifs de la DGSE. Sa situation était comparable à celle de tout réserviste de lʼarmée. En particulier, il nʼa jamais effectué de mission opérationnelle. »

Le secret et la protection des agents étant la base des renseignements, il convient toutefois de prendre ces informations et ces démentis avec précaution jusqu'à l'ouverture des archives ; d'autant qu'un document secret, en date du , le convoque à un stage commando ; l'année suivante, il apprendra les « techniques de la guérilla en zone rurale » et recevra les félicitations de sa hiérarchie[11].

Disparition[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

La disparition de Philippe de Dieuleveult survient juste après l'Affaire du Rainbow Warrior (8-10 juillet 1985), d'où la volonté du gouvernement français de couvrir ce qui peut paraître inavouable, mais aussi dans le but de ménager la popularité du président Mitterrand déjà bien atteinte à l'époque, même si celui-ci remontera par la suite en popularité, lui permettant de se faire réélire en 1988. Le peuple français ignorait à l'époque certains secrets[b] qui pourraient être plus difficilement cachés aujourd'hui[c],[12].

Déroulement des faits[modifier | modifier le code]

Expédition « Africa Raft » (4 juillet-5 août 1985)[modifier | modifier le code]

Vue des chutes d'Inga en 2004, où Philippe de Dieuleveult a disparu le .

En 1985, Philippe de Dieuleveult entreprend, avec une dizaine de compagnons, la descente en rafting du fleuve Zaïre, deuxième fleuve du monde par son débit après l'Amazone avec 50 000 m3/s. L'explorateur démarre sa descente fluviale depuis le lac Tanganyika. Il s'agit de l'expédition « Africa-Raft », comprenant deux radeaux pneumatiques. Sont membres de cette expédition, outre Dieuleveult lui-même, André Hérault, Richard Jeannelle, Angelo Angelini, Neston Bastos, enfin Guy Colettte et Lucien Blockmans[13]. Quant à François Laurenceau et Jean-Louis Amblard, ils renonceront au dernier moment à les accompagner, ce qui leur sauvera la vie, contrairement à leur six compagnons d'infortune[14].

Disparition le 6 août 1985[modifier | modifier le code]

Le , ses deux radios cessent d'émettre, alors que l'équipe établit une communication quotidienne avec Paris. Philippe de Dieuleveult disparaît avec six autres membres de l'opération dans les chutes d'Inga. Un autre membre de l'équipe, Thierry Sadoun, n'est pas à bord de l'expédition et a pu rejoindre Paris[15].

François Laurenceau et Jean-Louis Amblard, devant la dangerosité des chutes d'Inga, réputées infranchissables (ce qui a justifié la construction du chemin de fer Matadi-Kinshasa entre 1890 et 1898), avaient abandonné le matin de la tragédie et étaient restés au bivouac sur l'île aux Hippopotames. Sept heures après le départ des rafts, les deux hommes parviennent à pied au barrage d'Inga où ils se retrouvent face à des gendarmes en alerte. Ils apprennent que le télex de Kinshasa annonçant le passage de l'expédition est bien arrivé au poste de sécurité du barrage afin de ne pas prendre les membres de l'expédition pour des mercenaires voulant plastiquer les installations, « mais le responsable de la sécurité l'a gardé sous son coude et a envoyé des patrouilles sur les rives », selon Laurenceau et Amblard[16].

Annonce publique audiovisuelle de sa disparition les jours suivants[modifier | modifier le code]

La disparition de l'équipe est annoncée dans les journaux télévisés d'Antenne 2 des 10[17] et [18].

Enquête[modifier | modifier le code]

Le correspondant de l'AFP qui a communiqué l'information à sa rédaction relate la disparition de Dieuleveult et de son équipe dans les rapides du fleuve Zaïre dans les colonnes du Monde le [19]. Il est entre-temps déclaré persona non grata par les autorités zaïroises et expulsé du pays[20],[21].

En 1994, France 2 présente les révélations de l'ancien officier zaïrois Okito Bene-Bene, qui affirme que Philippe de Dieuleveult ne serait pas mort dans un accident sur le fleuve Zaire mais aurait été exécuté par les services secrets zaïrois[22].

En 2006, Jérôme Pin et Tugdual de Dieuleveult, 25 ans, fils de Philippe, réalisent une enquête qui fait l'objet d'un documentaire diffusé par Canal+ révélant « les enjeux cachés de sa disparition, dans le jeu complexe des relations franco-africaines[23] »[24].

En 2020, l'Institut national de l'audiovisuel présente une rétrospective des reportages consacrés à la disparition de Philippe de Dieuleveult et aux différentes interprétations auxquelles cette disparition a donné lieu[25].

La même année, Alexis de Dieuleveult, neveu de Philippe, prenant la suite des recherches de son père Jean décédé, publie aux éditions Balland, Noyade d'État[26], un ouvrage exposant des « détails mettant à mal la thèse de l'accident par noyade que défendent les gouvernements français et zaïrois »[27]. Le paraît chez le même éditeur une réédition de l'ouvrage sous titrée « Je ne veux pas me taire », augmentée d'une centaine de pages présentant de nouveaux éléments[28] que l'auteur détaille le sur RTL[29]. En février 2023, Alexis de Dieuleveult demande la réouverture de l'enquête et porte à nouveau plainte contre X pour assassinat[30].

Pistes sur sa disparition[modifier | modifier le code]

Hypothèse d'un accident par noyade[modifier | modifier le code]

Carte du site des barrages d'Inga.

Enfin, selon le journal belge Le Soir en date du , c'est la thèse de l'accident qui est la plus vraisemblable[31][source insuffisante].

Le journal relève que plusieurs employés des barrages d'Inga ont regardé les radeaux pneumatiques dévaler les rapides. Ken Selman, un conseiller américain, raconte que le raft de Philippe de Dieuleveult a dérivé sur le fleuve avant le virage en tête d'épingle, puis a été happé par les courants vers l'ouest devant le barrage. Il a vu plonger l'embarcation cinq secondes, sauter en l'air en se retournant et sombrer de nouveau avant de réapparaître. Selman et son collègue n'ont vu personne à bord. Ils ont aperçu une pagaie, qui a effectivement été retrouvée sur le bateau échoué. Selman ne croit pas qu’un équipage non attaché comme celui de Philippe de Dieuleveult ait pu se maintenir sur le radeau au moment du looping. Le second raft aurait sans doute chaviré dès les premiers mètres des rapides.

De plus, le , un ingénieur zaïrois, Tunasi Atanga et un ami affirment au journal Le Soir avoir vu, le lendemain de la tragédie, le mercredi 7 août vers 11 heures, depuis un escarpement près du bout de l'aéroport trois hommes blancs aller et venir autour du bateau intact. Ils « paraissaient ranger des sacs jaunes sur le bateau ». Les sacs de l'expédition sont en effet jaune vif. Il précise avoir allumé un feu et fait des signes avec une chemise blanche, mais, affirme-t-il, « ils ne semblaient pas en danger ». Vers 16 heures, ces trois hommes blancs auraient disparu.

Une semaine plus tard, Atanga n'est plus aussi formel sur la couleur de la peau des trois hommes, estimant qu'à cette distance d'environ un kilomètre et demi, à la jumelle, « on ne pouvait pas reconnaître la couleur de la peau ». Son ami affirme encore avoir vu trois hommes blancs. Ce témoignage est capital et constituait, à l'époque de la disparition de Philippe de Dieuleveult et selon le journal Le Soir, « la clé du mystère ».

En 1986, le reportage intitulé Inga, le défi du Zaïre réalisé par Luc-Henri Fage, sur l'expédition dirigée par Renaud Lavergne, précise à la 33e minute les multiples éléments non pris en compte par l’expédition Africa-Raft qui, selon le commentateur, « ne pouvait qu'aboutir à ce dénouement tragique ». Ce témoignage, associé au témoignage de Ken Selman, accrédite la thèse de l'accident pour les deux bateaux. Le scénario probable est que le deuxième raft ait dérivé jusqu'en aval des chutes, et qu'il ait été amarré par des populations locales qui, dénuées de tout, voulaient vendre la cargaison au plus offrant. Ceci expliquerait les objets cachés sous des pierres non loin du bateau. Cette hypothèse n'exclut pas non plus la possibilité que trois membres de l'expédition aient pu se retrouver rescapés sur la mauvaise rive après avoir chaviré - c'est-à-dire involontairement sur la zone interdite. Dès lors, ils auraient été pris par les gardes zaïrois de l'époque.

Hypothèse d'une bavure militaire[modifier | modifier le code]

En 2006, une enquête réalisée par Tugdual de Dieuleveult et Jérôme Pin pour Lundi Investigation, diffusée le sur Canal+[32], présente en effet un autre point de vue.

Selon ce reportage, la version la plus crédible est celle soutenue par Jean-Louis Amblard, à savoir une bavure[d] de l'armée zaïroise sur trois des participants (Philippe de Dieuleveult, Angelo Angelini et Lucien Blockmans) à bord du raft nommé « Françoise » et d'une noyade pour les quatre autres (André Hérault, Richard Janelle, Guy Colette et Nelson Bastos) sur le « Godelieve » dont l'épave est retrouvée disloquée alors que le « Françoise » est récupéré intact, accosté le long d'une petite crique[33]. Cette version est aussi soutenue par l'amiral Pierre Lacoste, chef de la Direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE) à l'époque, et Gérard d'Aboville dans le reportage de Tugdual, mais l'absence d'indices sur la bavure laisse planer le doute.

Certains supposent[Qui ?] que les autorités zaïroises et françaises auraient accrédité l'accident en soutenant la thèse de la noyade sans avoir cherché à comprendre ce qui avait pu se passer. Les raisons de cette réaction de l'État français auraient été diplomatiques et peut-être liées à l'appartenance supposée de Philippe de Dieuleveult à la DGSE[34].

Au même moment dans la région, la présence de Laurent Désiré Kabila, principal opposant politique de Mobutu Sese Seko, président du Zaïre, est alors attestée dans un camp installé le long du fleuve où étaient présents des conseillers militaires cubains et soviétiques, avec de nombreux rebelles angolais et zaïrois.[réf. nécessaire]

Hypothèse d'un assassinat[modifier | modifier le code]

L'hypothèse de son assassinat a été évoquée en 1994 par Okito Bene-Bene, un ex-officier des services secrets zaïrois qui affirme, dans un livre intitulé J’ai vu mourir Philippe de Dieuleveult chez Michel Lafon, que Dieuleveult a été éliminé avec d'autres membres de l'expédition. Il affirme que les autorités zaïroises pensaient que l'expédition Africa Raft était un commando qui venait attaquer le barrage d'Inga.

Dans ce livre, Okito Bene-Bene, réfugié en Belgique en 1990 et aujourd'hui décédé, dit avoir assisté à l'exécution de Philippe de Dieuleveult. Il décrit en détail ses dernières heures. Après avoir été mis au cachot et avoir subi des heures d'interrogatoire dans un camp militaire, il aurait été exécuté avec quatre de ses compagnons dans la nuit du [35]. À la suite de ces révélations, Jean de Dieuleveult, le frère de Philippe de Dieuleveult, porte plainte contre X pour assassinat. La brigade criminelle de la PJ parisienne lance une enquête et conclut que la thèse de l'assassinat ne tient pas car le seul corps retrouvé de l'équipe, Guy Colette, a été exhumé et n'affichait aucun impact de balle. À cette époque (1999), les services français retiennent la thèse de l'accident comme la plus plausible à 99 %[36].

Cette hypothèse qui ne s'appuie que sur la parole d'un homme, est cependant confortée dans une enquête publiée par le journal XXI en et intitulée « Les crocodiles du Zaïre »[37]. La journaliste Anna Miquel[38], à la suite de plusieurs séjours en République démocratique du Congo (ex Zaïre) rapporte des témoignages d'anciens des services de sécurité de Mobutu ainsi que des documents qui racontent que Philippe de Dieuleveult a été arrêté puis éliminé avec d'autres de ses compagnons d'aventure[39]. Parmi les documents de l'enquête d'Anna Miquel dans l'ex Zaïre, il y a un procès-verbal d'audition qui dit que le (deux jours après la disparition officielle des sept membres de l'expédition « Africa Raft » dans les chutes d'Inga), Philippe de Dieuleveult a été interrogé à Kinshasa par un officier de la « Division spéciale présidentielle » (DSP), la garde personnelle de l'ex-président Mobutu Sese Seko. Les divers témoignages publiés dans l'article vont dans le même sens.

Le procès-verbal de cet interrogatoire, que la journaliste affirme avoir retrouvé, débute selon elle par « L'an mille neuf cent quatre-vingt-cinq, le huitième jour du mois d'août, a été entendu le prévenu Philippe Dieuleveult ». Ce document porte selon la journaliste l'en-tête de la DSP et la mention « pro-Justicia ». Toujours selon elle, il est estampillé « République du Zaïre » et porte deux signatures : celle du « major K. », « chef d'opérations » et celle du « comparant » Philippe de Dieuleveult, authentifiée par son frère Jean de Dieuleveult[40]. Ce dernier saisit le procureur de la République[41] en 2009 pour ouvrir à nouveau le dossier et porter plainte pour assassinat contre X précisant que d'après lui, il y a eu une manipulation de l'État français, dont Roland Dumas est alors le ministre des Affaires étrangères[42],[43].

Cependant, les enquêteurs de la brigade criminelle française déterminent que les documents utilisés par Anna Miquel sont des faux, dont le prétendu procès-verbal d'audition de Philippe de Dieuleveult sur lequel sa signature a été « scannée, et rehaussée à l'encre »[44].

Un droit de suite est donnée début janvier 2010 par la revue XXI[45].

Un documentaire produit par Gaumont TV et France Télévisions intitulé Dieuleveult, les disparus du fleuve et diffusé le sur France 2 reprend cette thèse controversée[46]. Écrit par Anna Miquel et Yannick Saillet, il est jugé complotiste par l'émission Arrêt sur images, qui rappelle que Anna Miquel est « la même journaliste qui signait en 2008 l'enquête de XXI qui se basait sur un document qui a depuis été déclaré faux par la brigade criminelle française »[47]. Ce documentaire est également dénoncé par les enfants de Philippe de Dieuleveult : ceux-ci fustigent « un film qui est un tissu d'approximations et de suppositions ». Ils déclarent : « Ce qui nous pose problème, c'est que l'on diffuse de tels documentaires, faits par des gens qui travaillent n'importe comment[44]. » À l'inverse, celui-ci a été approuvé par leur cousin Alexis de Dieuleveult[48].

Publication[modifier | modifier le code]

  • Philippe de Dieuleveult, J’ai du ciel bleu dans mon passeport, Paris, Grasset, , 292 p. (ISBN 2-246-34421-2).

Discographie[modifier | modifier le code]

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

« Je voudrais confier quelques mots au vent des voyageurs, un vieux copain. Chez nous, gens de télé, certains ont des ressorts à leurs semelles et des billets d'évasion plein les poches. Ils portent la caméra au cœur et sur l'épaule. Pour moi, ce sont des découvreurs d'oxygène. Philippe de Dieuleveult est de ceux-là. Je le dis comme je le pense. Je le dis comme tout le monde le pense. Philippe nous manque dans un coin de notre écran, mais si forte que soit l'injustice de l'absence, ce n'est pas notre affaire, c'est la sienne. On n'est jamais fou quand on choisit, on perd toujours quand on recule. En ne mettant aucune frontière entre sa vie et son métier, il nous a tous touchés, tous étonnés, tous plu. C'est rare, un ami devenu qu'on ne connaît pas. Le silence est acide, vaste comme la forêt ou l'océan où les fleuves se perdent. Libre, libre tout simplement, comme Philippe de Dieuleveult, tel qu'en lui-même la vie l'a fait et que voici maintenant…[réf. souhaitée] »

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le « 89e bataillon des services » est l'unité de soutien administratif des militaires affectés dans les services de renseignement.
  2. Dont la fille cachée de François Mitterrand, Mazarine Pingeot, que Jean-Edern Hallier s'efforcera en vain de faire connaître son existence au grand public, existence qui ne sera finalement connue qu'en novembre 1994 au lieu de 10 ans auparavant en mars 1984.
  3. Voir à ce propos l'ouvrage sur Mitterrand avec des images parues aux éditions Chronique.
  4. Dans cette région, les militaires zaïrois vivent dans la psychose d'une invasion de Kadhafi et ont l'ordre de tirer à vue sur toute personne suspecte. N'étant pas avertis de l'expédition de raft, ils auraient tiré sur les membres du premier raft qui sont les seuls à avoir franchi le passage dangereux du fleuve.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Article « Dieuleveult (de) » dans le Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle sur Gallica.
  2. Extrait de son livre J'ai du ciel bleu dans mon passeport publié dans Télé 7 Jours no 1271, semaine du 6 au 12 octobre 1984.
  3. Philippe Brassart, Depuis trente ans, l'humanitaire défie les frontières de la souffrance (1), www.ladepeche.fr, 11 mars 2001 (consulté le 22 novembre 2018)
  4. Médecins Sans Frontières - Historique, www.observatoire-historique.org (consulté le 22 novembre 2018)
  5. XT 600Z Ténéré, l'autre XT, www.yamaha-motor.fr, 1983 (consulté le 22 novembre 2018)
  6. Guillaume Comont, Épisode 5 : 1913-1980 : de l'abandon à la nouvelle vie, www.fortboyard.net, 30 août 2005 (consulté le 22 novembre 2018)
  7. « Page dédiée à Jean-Paul Le Fur », sur lachasseauxtresors.tv (consulté le ).
  8. Bernard Pascuito, Célébrités : 16 morts étranges, Coluche, pages 151 à 166, l'Archipel, 2010
  9. « Philippe de Dieuleveult : un compagnon d'armes » [archive], sur Le monde et ses magouilles, (consulté le )
  10. « Extrait vidéo » [vidéo], sur ina.fr
  11. a et b [vidéo] Philippe de Dieuleveult : Enquête sur un mystère (2006) sur YouTube
  12. « Borne, Mitterrand, Chirac, Sarkozy… Quand les journalistes révèlent l’intimité des politiques », sur marianne.net, .
  13. Bernard Pascuito, Célébrités : 16 morts étranges, Philippe de Dieuleveult, page 138, l'Archipel, 2010
  14. Idem.
  15. (en) French TV Host, 6 Others Missing on Congo River Trip, www.latimes.com, 11 août 1985 (consulté le 22 novembre 2018)
  16. Arnaud Bédat, L'énigme Dieuleveult, P.-M. Favre, , p. 62.
  17. « Disparition de Dieuleveult : Antenne 2 Midi » [vidéo], sur ina.fr,
  18. « De Dieuleveult : Antenne 2 Le Journal de 20h » [vidéo], sur ina.fr,
  19. Nicolas Baby, « Les naufragés du Zaïre », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  20. « Expulsion provisoire du correspondant de l'AFP », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  21. « Expulsion du correspondant de l'AFP », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  22. « Nouvelle révélation à propos de la mort de Philippe De Dieuleveult : F2 Le Journal 20H » [vidéo], sur ina.fr,
  23. « Philippe de Dieuleveult : Enquête sur un mystère », sur lachasseauxtresors.tv,
  24. « Philippe de Dieuleveult : Enquête sur un mystère », sur youtube.com
  25. « 6 août 1985, la mystérieuse disparition de Philippe de Dieuleveult », sur ina.fr,
  26. Alexis de Dieuleveult 2020.
  27. « Alexis de Dieuleveult. Noyade d'État. La mort de Philippe de Dieuleveult », sur editions-balland.com
  28. « Noyade d'État : la mort de Philippe de Dieuleveult », sur cultura.com
  29. « Décès de l'animateur Philippe de Dieuleveult : l'hypothèse d'une bavure militaire », sur rtl.fr,
  30. Le Parisien, « "Affaire Dieuleveult : le neveu de l’animateur réclame la vérité sur sa disparition en 1985" »,
  31. « La disparition de l'expédition Dieuleveult : l'accident, thèse la plus vraisemblable », article du journal Le Soir du 20 août 1985.[source insuffisante]
  32. [PDF] « Philippe De Dieuleveult : enquête sur un mystère - Une enquête de Tugdual de Dieuleveult et Jérôme Pin », communiqué de presse de l'émission Lundi Investigation du 13 décembre 2006 sur Canal+.
  33. Bernard Pascuito, Célébrités : 16 morts étranges, Archipoche, , p. 98.
  34. Jean Mayet, 365 jours, Mon Petit Éditeur, , p. 429.
  35. « entretien avec Okito Bene-Bene ».
  36. Patricia Tourancheau, L'envers de Maigret. Travail anonyme en équipe: les policiers de la Crime s'effacent derrière la légende, www.liberation.fr, 2 août 1999 (consulté le 22 novembre 2018)
  37. France inter, « De Dieuleveult exécuté? », France Inter,‎ (lire en ligne [archive] Accès libre [https://www.lefigaro.fr/international/2008/10/15/01003-20081015ARTFIG00024-dieuleveult-aurait-ete-assassine-sur-ordre-.php%5D)
  38. Bio d'Anna Miquel, Les auteurs du numéro 4, Le Blog de XXI, 16 octobre 2008.
  39. Europe 1, « L'affaire Philippe de Dieuleveult »,
  40. « Philippe de Dieuleveult n'est pas mort noyé, selon le magazine XXI »(Archive.orgWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), Le Monde.fr avec AFP, 14 octobre 2008.
  41. « Mort de Philippe de Dieuleveult : que s'est-il vraiment passé ? », Le Post.fr, 24 juillet 2009.
  42. « Mort de Philippe de Dieuleveult, "les preuves qui manquaient" » (consulté le )
  43. Philippe Mirkovic, « "Mon oncle a été assassiné" affirme dans un livre le neveu de l'aventurier Philippe de Dieuleveult », sur ouest-france.fr, Ouest-France, (consulté le )
  44. a et b Vladimir de Gmeline, « "Dieuleveult, les disparus du fleuve" sur France 2 : un doc' plein d'approximations, les enfants du défunt consternés », Marianne, (consulté le ).
  45. « Affaire Dieuleveult : droit de suite », Le Blog de XXI, 14 janvier 2010.
  46. Patrice Gascoin, « "Dieuleveult, les disparus du fleuve" : l'enquête controversée de France 2 », France bleu, (consulté le )
  47. « Philippe de Dieuleveult : le docu de France 2 jugé "complotiste" - Par Pauline Bock | Arrêt sur images », sur www.arretsurimages.net, (consulté le )
  48. https://www.ouest-france.fr/medias/france-2/le-fils-de-philippe-de-dieuleveult-fustige-le-documentaire-de-france-2-dans-une-tribune-9b295d5c-f556-11ed-954e-25a7e463632a
  49. « Philippe de Dieuleveult - Los Angeles 84 », bide-et-musique.com (consulté le 24 novembre 2018).
  50. www.lachasseauxtresors.tv/images/lundi_investigation.pdf
  51. Fabien Lecoeuvre, 1001 histoires secrètes de chansons, Editions du Rocher, , 608 p. (ISBN 978-2-268-09848-7, lire en ligne), « Capitaine abandonné »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages
Documentaires
  • Tugdual de Dieuleveut et Jerôme Pin, Philippe de Dieuleveult : Enquête sur un mystère, émission Lundi Investigation diffusée sur Canal+ le . [voir en ligne]
  • Anna Miquel et Yannick Saillet (réalisation Yannick Saillet), Dieuleveult, les disparus du fleuve, diffusé sur France 2 le . [voir en ligne]
Ressources radiophoniques
Ressource vidéo

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]