Salomé Alexandra
| Reine de Judée | |
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Vers |
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| Nom dans la langue maternelle |
שלומציון אלכסנדרה |
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| Religion |
judaïsme |
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Salomé Alexandra (en hébreu שְׁלוֹמְצִיּוֹן, Šəlōmṣīyyōn, Shlomtsion : « paix de Sion », en grec ancien Σαλώμη Ἀλεξάνδρα), née vers 140 av. J.-C. et morte en 67 av. J.-C., est une reine de la dynastie hasmonéenne, régnant sur la Judée indépendante, de 76 à 67 av. J.-C., avec une diplomatie menant à la prospérité.
Biographie
[modifier | modifier le code]Nom
[modifier | modifier le code]L'historien Flavius Josèphe n'utilise pas le nom hébreu de Shlomtzion (Salomée), se référant uniquement à son nom grec Ἀλεξάνδρα (Alexandra). C'est le seul nom grec connu parmi les femmes hasmonéennes. Les petites-filles de Salomé portent également ce nom.
La littérature rabbinique, cependant, n'utilise jamais le nom d'Alexandra pour elle, se référant plutôt à elle avec divers noms sémitiques. Pareillement, les manuscrits de la mer Morte identifient Alexandra comme Shlomzion (שלמציון) dans plusieurs textes, y compris 4Q331 et 4Q332[1].
Parcours
[modifier | modifier le code]Salomé Alexandra vient d'une famille sacerdotale. Elle est la femme d'Aristobule Ier jusqu'à la mort de celui-ci[2] en 103 av. J.-C. Durant ce premier temps, elle jouit d'une une sorte de pouvoir en Judée avant même d'hériter du royaume[3], désignée par son mari sur son lit de mort[4]. Veuve, elle libère ensuite de prison les trois frères d'Aristobule Ier.
Elle épouse (probablement par lévirat) l'un d’eux, Jonathan, appelé en grec Alexandre Jannée[5],[6], roi hasmonéen descendant des Maccabées, vers 103 avant notre ère[2].
En tant que reine (basilissa en grec, malka en araméen), elle règne sur la Judée (royaume hasmonéen de Judée) durant neuf années, de 76 à 67 av. J.-C., alors que son fils Hyrcan II est nommé grand-prêtre[2]. C'est la seule femme à régner sur la Judée à l'époque du second Temple de Jérusalem et l'une des trois reines de Judée — les deux autres étant Debora et Athalia[2].
Suivant les conseils de son défunt conjoint, elle éloigne son second fils Aristobule II, jugé trop colérique et soumis aux Saducéens. Alexandra se réconcilie avec les Pharisiens persécutés par son mari[2], auxquels elle laisse l’orientation de la politique intérieure et le rétablissement du Sanhedrin devenant une cour suprême pour l'administration de la justice et des questions religieuses, dont les conseils sont placés entre les mains des pharisiens. Les prisonniers sont libérés, les exilés reviennent et la jurisprudence pharisienne acquiert force de loi. Les scribes et les docteurs de la Loi du parti pharisien, avec à leur tête le rabbin Shimon ben Shetah (probablement son frère[7]), entrent au conseil des Anciens (gérousia) jusqu’alors composé de prêtres et de notables du parti sadducéen[8]. Pour éviter tout conflit de parti, elle retire les sadducéens de Jérusalem, assignant certaines villes fortifiées à leur résidence. L'un des sadducéens, ancien conseiller d’Alexandre Jannée, est jugé par un tribunal de pharisiens et condamné à mort avec d’autres[9].
À l’extérieur, Alexandra pratique une politique de paix armée[2] : expédition d’Aristobule en Syrie contre Ptolémée, fils de Mennaios qui menaçait Damas (expédition vaine) ou riches présents offert à Tigrane II pour qu’il lève le siège de Ptolémaïs (Acre) avec 300 000 hommes[10]. Elle envoie également une force militaire pour défendre les alliés à Damas contre les Ituréens (du nord de la Galilée). Elle étend l'armée et octroie des forteresses afin que les monarques voisins soient dissuadés par les villes protégées le long de la frontière judéenne.
Salomé Alexandra s'avére être une administratrice de qualité[11]. Elle étend l'armée, maintient la paix avec les puissances voisines et gère les affaires étrangères avec prudence. Sa gouvernance préserve la stabilité et la prospérité internes, et même des sources hostiles reconnaissent sa compétence administrative. Les sources anciennes—en particulier celles de Flavius Josèphe (Antiquités juidaïques) et du Talmud (Taanit 23a, Sifra, ḤuḲḲat, i. 110)[12] — décrivent son règne de manière positive, à côté de leur critique sévère des autres rois hasmonéens.
Fin de vie
[modifier | modifier le code]Cependant, la tension au sein de la famille royale augmente vers la fin de sa vie. Son fils aîné, Hyrcanus, grand-prêtre est considéré comme son héritier, tandis que le jeune Aristobulus, plus ambitieux et enclin militairement, rassemble des partisans opposés à l'influence pharisienne[10]. Alors que la santé d'Alexandra décline, Aristobulus prend le contrôle de plus de vingt forteresses et de leurs trésors pour lever une armée puis se déclare roi[10],[11]. Sa femme et ses enfants sont détenus par la reine dans la forteresse de Baris, citadelle sise au nord du Mont du Temple à Jérusalem[10].
À la mort de Salomé Alexandra en 67 av. J.-C., qui avait désigné son fils aîné Hyrcan comme successeur, son fils cadet Aristobule conteste la décision et les deux frères, déjà en opposition[10], entrent en conflit pour le trône de Judée. Une guerre civile éclate où Aristobule II prend le pouvoir en Judée[13] mais le pays affaibli permet au général romain Pompée, en 63 avant notre ère, d'intervenir en assiégeant Jérusalem et mettre fin à l’indépendance de la Judée[14].
Héritage
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« Shlomtzion » (hébreu : שלומציון), voire Shlomit, Shulamit, est utilisé comme prénom féminin en Israël contemporain.
Pendant le mandat britannique de Palestine, une rue principale de Jérusalem s'appelait « rue Princess Mary », d'après la fille unique du roi George V et de la reine Mary de Teck[15]. Après l'indépendance d'Israël, la rue est rebaptisée « Shlomtsiyon Hamalka Street » (rue de la reine Salomé), pour commémorer la reine juive. De tels noms de rues existent également à Tel Aviv et à Ramat Gan.
Lors des élections de la Knesset de 1977, Ariel Sharon accepte le conseil de l'écrivain Amos Keinan de nommer son nouveau parti politique Shlomtzion (qui fusionne ensuite avec le Likoud).
Les zoologistes israéliens observant attentivement les léopards du désert de Judée accordent le nom « Shlomtzion » à une femelle léopard dont la vie, l'accouplement et la progéniture ont fait l'objet d'une étude intensive pendant des années. En 1996, son corps est retrouvé dans le ruisseau Tze'elim, étant morte de vieillesse[16].
Postérité
[modifier | modifier le code]Iconographie
[modifier | modifier le code]- Salomé Alexandra est représentée dans le livre iconographique Promptuarii Iconum Insigniorum ("Promptuaire des médailles") de Guillaume Rouillé, publié en 1553.
Art contemporain
[modifier | modifier le code]- Salomé Alexandra figure parmi les 1 038 femmes référencées dans l'œuvre d’art contemporain The Dinner Party (1979) de Judy Chicago. Son nom y est associé à Boadicée[17],[18].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ (en) Kenneth Atkinson, « A History of the Hasmonean State : Josephus and Beyond », sur search.worldcat.org, (consulté le ), p. 133-134
- Thierry Legrand, « Salomé Alexandra [Entre le IIe et le Ier siècle av. J.-C.] », dans Béatrice Didier, Antoinette Fouque et Mireille Calle-Gruber (dir.), Dictionnaire universel des créatrices, Éditions Des femmes, , p. 3822
- ↑ Atkinson, p. 138.
- ↑ Flavius Josèphe, "5". Antiquités. Vol. 15. pp. xiii.
- ↑ Note : La dynastie hasmonéenne était alors devenue corrompue et de plus en plus impopulaire, menant de nombreuses guerres sanglantes, à l'intérieur contre les Pharisiens et à l'extérieur, contre ses voisins.
- ↑ Note : La déclaration de F. Joseph (Antiquités juives xv. 6, § 3), selon laquelle Hyrcan II, le fils aîné de Jannée, avait quatre-vingts ans alors qu'il a été mis à mort par Hérode, en 31 av. J.-C., est probablement erronée, car cela fixerait l'année de sa naissance à 111 avant notre ère, et Jannée lui-même est né en 125 av. J.-C., de sorte qu'il aurait pu avoir que quatorze ans quand Hyrcanus est né de lui. Il est difficile de comprendre comment un garçon de treize ans a épousé une veuve de trente ans. La déclaration, faite par Josèphe (Antiquités juives xiii. 11, §§ 1, 2), selon laquelle pendant le règne d'Aristobule, la femme d'Aristobule, probablement Salomé Alexandra, a provoqué la mort du jeune prince Antigone Ier, parce qu'elle voyait en lui un rival de son mari, manque de confirmation supplémentaire.
- ↑ (en) Catherine Hezser, Rabbinic Law in Its Roman and Near Eastern Context, Mohr Siebeck, (ISBN 978-3-16-148071-3, lire en ligne), p. 207
- ↑ Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère: des prêtres aux rabbins, Presses Universitaires de France, coll. « Nouvelle Clio : l'histoire et ses problèmes », (ISBN 978-2-13-056396-9), p. 365
- ↑ (en) Jonathan A. Goldstein, « The Hasmonean revolt and the Hasmonean dynasty », dans The Cambridge History of Judaism: Volume 2: The Hellenistic Age, vol. 2, Cambridge University Press (réédité par W.D. Davies, Louis Finkelstein, 2008), coll. « The Cambridge History of Judaism », , 292–351 p. (ISBN 978-0-521-21929-7, lire en ligne), p. 345
- Goldstein 2007, p. 346.
- Grabbe 2020, p. 428.
- ↑ Note : Le traité talmudique Taanit 23a utilise la métaphore suivante pour évoquer son règne : « Aux jours de Shimon ben Shetach et de la Reine Shlomtzion, il pleuvait les mercredis soirs, de sorte que les grains de blé devenaient aussi gros que des reins, les grains d’orge aussi gros que des noyaux d’olive et les lentilles aussi grosses que des dinars d’or. » Les sages ont recueilli des spécimens de ces grains et les ont conservés pour montrer aux générations futures les récompenses de l'obéissance à la Loi et ce que la piété pouvait accomplir.
- ↑ Grabbe 2020, pp. 431–432.
- ↑ (en) Lester L. Grabbe, « The Maccabaean revolt, Hasmonaean rule, and Herod the Great (175-4 BCE) », dans A history of the Jews and Judaism in the Second Temple period, vol. 3, T&T Clark, coll. « Library of Second Temple studies », (ISBN 978-0-567-69294-8), p. 425
- ↑ (en) Alamy Limited, « Princess Mary Street with Rex Cinema in background, West Jerusalem. 1940, Israel Stock Photo - Alamy », sur www.alamy.com (consulté le )
- ↑ (he) אילנה קוריאל et אילנה קוריאל, « האיש שתיעד את הנמרים האחרונים בעין גדי » (Environnement Sciences), Ynet, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Musée de Brooklyn - Centre Elizabeth A. Sackler - Salomé Alexandra.
- ↑ Judy Chicago, The Dinner Party : From Creation to Preservation, Londres, Merrel 2007. (ISBN 1-85894-370-1).